janvier 28, 2022

Top 100 Albums 2021 – La Crème dans tes Oreilles

Avec une année 2021 remake de 2020, les concerts se sont faits rares, et ont dû laisser la place à une écoute frénétique d’albums, et ça tombe bien car la qualité a été particulièrement élevée cette année. Loin de tenir des propos comme quoi, c’était mieux avant (enfin, si, avant, il n’y avait pas la COVID), aidé bien sûr par le fait que je n’écoute aucune radio musicale commerciale, et j’ai laissé tomber le rap il y a de ça 15 ans maintenant, ça m’a aidé à avoir encore accès à la qualité. Au point qu’après avoir fait un top 30 en 2019, et un top 70 en 2020, voici un top 100 (bon, j’ai un brin triché, mais comme chez le boucher, il y en a un peu plus, je vous le mets quand même). Ami lecteur, je te souhaite une bonne lecture. Maintenant, prends un bol de bière chaud ou un verre de thé, assieds-toi (ou reste debout, c’est cool aussi) et plonge-toi dans cette année musicale 2021. Bonne année 2022, puisse-t-elle être riche en bonnes sorties.

#100 Foo Fighters – Medicine At Midnight (Roswell Records/RCA/Sony) (USA)

Dixième album des Foo Fighters en 27 ans de carrière. En 27 ans, les Foo ont réussi à glaner une grosse fan base à travers le monde autour de leur rock alternatif, autour d’une ossature solide avec le bassiste Nate Mendel, le guitariste Pat Smear, le batteur Taylor Hawkins (depuis le deuxième album), le tout entrainé par le leader charismatique Dave Grohl, ex-batteur de Nirvana et musicien le plus cool du monde. Les Foo Fighters n’ont plus rien à prouver depuis longtemps et du coup, vont à chaque fois chercher à se faire plaisir, quitte à surprendre. D’ailleurs, ça n’a pas loupé, le deuxième single, Shame Shame, a divisé. Il faut dire que pour un single, ce n’est pas de prime abord le titre le plus pêchu. Mais c’est ça avec les derniers albums du combo d’Encino, L.A., on a beau être dubitatif dans les premiers instants, mais chaque fois, c’est imparable : on se prend dans la gueule que c’est Foo Fighters, et qu’ils ont ce truc en plus qui rend leurs albums addictifs. Ça commence avec Making a Fire et ses chœurs soul, ça enchaine avec un Shame Shame un poil popisant mais dont le refrain est immédiat et donne envie de chanter, même faux. On continue avec Cloudspotter patate et efficace, puis Waiting on a War qui commence comme une fausse ballade semi-acoustique et finit avec une grosse montée en puissance. Medicine at Midnight mêle des couplets funky en diable et refrain purement rock. Ensuite, No Son of Mine et Holding Poison nous rappelle le Foo Fighters au rock ultra énergique qui fait sauter les foules. On continue avec Chasing Birds qui offre la ballade de l’album, d’une infinie douceur. Le tout finit avec la cavalcade Love Dies Young, plutôt classique, le morceau le moins marquant de l’album. Certes, on n’est pas dans le niveau des albums Foo Fighters, The Colour and the Shape, on ne retrouvera pas des titres du calibre d’Everlong, The Pretender ou Rope, mais encore une fois, c’est un excellent album, certes un brin court, mais c’est efficace, la production est encore une fois de très bon niveau et ça donne une pêche énorme. Jetez vos anxiolytiques, Medicine at Midnight, c’est ça qui devrait être remboursé par la Sécu.

#99 POOLS – You & Us (Something Beautiful Recordings) (Suède)

Si certains groupes peuvent espacer leurs albums studios de longues années de tournées, d’albums live et de vacances (je ne cite personne), d’autres artistes ne supportent pas l’inactivité. C’est le cas de Arvid Hällagård du groupe Greenleaf qui, en parallèle de l’album Echoes From A Mass, a également enregistré le premier album de son side-project POOLS, duo avec le musicien multi-instrumentiste Fredrik Forell du groupe de rock prog’ Me And My Kites. POOLS joue dans un registre moins rock, optant plutôt pour une musique ancrée dans l’americana et autres racines de la musique US. You & Us mêle des influences folk, blues, voire même gospel comme c’est le cas sur Grave. A la fois crépusculaire et d’une profonde douceur, You & Us révèle une autre facette d’Arvid Hällagård, où sa voix chaleureuse trouve un écrin parfait. Neuf pépites séminales qui plongent l’auditeur au plus profond de l’Amérique profonde d’avant-guerre. On se calme, on respire un bon coup, on oublie, on boit une bière et on se laisse porter. Le reste attendra.

#98 Erdve – Savigalia (Season of Mist) (Lituanie)

Deuxième album pour le groupe lituanien d’Erdve. Est-ce le fait de vivre en Lituanie? Toujours est-il que les gars d’Erdve sont du genre énervé. Erdve c’est du blackened hardcore et comme souvent dans le genre, c’est de la noirceur à l’état brut, viscérale et sauvage, un son abrasif comme embrasser une ponceuse en marche ou bouffer de l’asphalte à 200km/h. C’est noir, rugueux, tortueux avec une putain de dissonance, une ambiance chaotique et un mec qui beugle comme si on lui avait piqué son goûter. Pour autant, on a tout de même droit à de (courtes) pauses salutaires. Pas pour toutes les esgourdes mais c’est manifestement très bon.

#97 Amenra – De Doorn (Relapse Records) (Belgique)

Lancinant, ténébreux, empreint de douleur et de spiritualité, De Doorn, septième album des belges d’Amenra lance un nouveau cycle après six albums du nom de Mass, cette fois-ci c’est un autre symbole religieux à être mis en avant : les épines (De Doorn). Pour le reste, c’est un doom lancinant, massif sur lequel hurle comme un damné sur des compos brumeuses et massives. Une plongée dans les abîmes qui laisse l’auditeur rincé.

#96 Lords of Altamont – Tune In Turn On Electrify (Heavy Psych Sounds) (USA)

Septième album pour les garagistes de Lords of Altamont, deuxième chez Heavy Psych Sounds, label qui a décidément le nez creux. HPS oblige, le garage rock sec et nerveux des Lords of Altamont se teinte de stoner un brin gras. Inspiré et jubilatoire, Lords of Altamont signe un joyau brut de décoffrage, blindé de l’énergie de jeunes premiers (énergie que les gars communiquent parfaitement en live),
dignes héritiers des MC5 toujours prêts à bouffer du micro après 21 ans d’existence.

#95 The Drowned God – Pale Home (Solid State) (USA)

Oooouh la zoulie pochette, je suis sûr que c’est un truc fin, délicat, tout mignon. (Après 10 secondes) ah ben non en fait. Enfin non plus l’inverse. Bienvenue dans l’univers de The Drowned God, groupe de Philadelphie formé en 2015 et qui en est à son 3ème album. L’état d’esprit de Pale Home ? On le trouve résumé dans le final dément You Remained Silent. Du post-hardcore bien violent mêlé de post-black metal/blackgaze aux plages atmosphérique. Un équilibre délicat entre chaos et harmonie où les hurlements désespérés de Cody Golob répond aux doux arpèges éthérés de Brandon Baum qui se changent en riffs tortueux et dissonants au possible, accompagnés à merveille par une basse et une batterie versatiles entre douce mélopée et violence viscérale. Une musique franchement déstabilisante, sortant l’auditeur de toute zone de confort pour l’entraîner dans un univers instable parcouru de nuances de noir. A la fois effrayant et mélancolique mais toujours d’une beauté folle, Pale Home n’est pas fait pour toutes les oreilles. Mais c’est profondément cathartique.

#94 Blackberry Smoke – You Hear Georgia (3 Legged Records) (USA)

Depuis 21 ans, Blackberry Smoke assène un southern rock influencé par des groupes comme Lynyrd Skynyrd ou ZZ Top. Difficile de faire plus ricain comme style. You Hear Georgia, c’est 10 titres et autant de roadhouse anthems. Alternant entre blues-rock (All Rise Again avec Warren Haynes), country-rock (Ain’t the Same), country pure et dure (Lonesome for a Livin’ avec Jamey Johnson), boogie rock, folk (Old Enough to Know), rock sudiste (You Hear Georgia…), You Hear Georgia se savoure cheveux au vent ou accoudé au comptoir en écoutant des motards débiter des discours sur le rêve américain.

#93 Chaser – Dreamers (Thousand Island Records) (USA)

Derrière ce magnifique artwork réalisé par un français se cache le cinquième album de Chaser, groupe californien formé en 2000 et qui sort des albums de manière régulière depuis le troisième sorti en 2018. Dreamers, c’est son nom, représente la quintessence du punk mélodique. Tout ce que les amateurs de ce genre de punk aiment est représenté au long des 13 titres. Chant tirant vers le pop-punk, ligne de basse complètement dingue, notamment sur Good TimesJesse Stopnitzky livre une prestation hallucinante à la 4 cordes. La batterie de Josh Millican est monstrueuse, technique et ultra-rapide dans l’esprit du hardcore mélodique de ce que NOFX ou Rise Against nous a offert de mieux. Nate Warner sort des putains de riffs. Bref, il n’y a rien à jeter. Toujours mélodique et parfois avec un petit surplus d’agressivité, Chaser nous sort 40 minutes de pur bonheur et on se prend à penser aux albums les plus marquants du genre aux côtés desquels Dreamers a une place plus que légitime. On n’est qu’en mai et on a déjà l’une des plus belles galettes (la plus belles) en matière de punk mélodique de l’année, rien que ça.

#92 Greenleaf – Echoes From A Mass (Napalm Records) (Suède)

Greenleaf, c’est les grandes plaines américaines, les balades à moto le long d’une ligne droite… Ah ben non en fait puisque, en dépit de sa musique qui pourrait le laisser penser, Greenleaf ne nous vient pas d’outre-Atlantique mais d’une ville de 40.000 habitants en Suède. Au départ conçu comme un side-project de musiciens de Dozer, Greenleaf est devenu un groupe à part entière quelques années après. En 22 ans d’existence et huit albums, Greenleaf n’a pas eu un line-up hyper stable, le guitariste fondateur Tommi Holappa étant le seul « survivant » de la formation d’origine. Et miracle, pour la première fois depuis 2003, le line-up n’a pas changé en deux albums. Echoes From A Mass est un album de stoner plutôt classique. Le quartet connait bien sa grammaire, mais cette expertise fait la force de l’album. Sévèrement riffu, boosté par un duo basse/batterie des plus efficace et emmené par la voix chaleureuse d’Arvid Hällagård, Echoes From A Mass, fruit d’un Greenleaf tout en maîtrise et qui a du cœur, n’est peut-être pas révolutionnaire en soi mais il donne tout ce que l’amateur de bon gros rock est en droit de demander. Et c’est déjà beaucoup.

#91 Accept – Too Mean to Die (Nuclear Blast) (Allemagne)

Formés sous le nom de Band X en 1968 avant de changer définitivement de nom en 1976, année où ils furent rejoints par Wolf Hoffman, seul membre historique encore dans le line-up, 16 albums au compteur depuis 1976, une longévité incroyable malgré plusieurs splits après le départ du chanteur Udo Dirkschneider parti fonder U.D.O., groupe référence pour de nombreuses formations cultes comme le Big 4 of Thrash Metal, Soundgarden, Alice In Chains, Mötley Crüe, Pantera ou encore les Guns. Les vieux briscards d’Accept ont marqué le hard rock puis le metal au fer rouge, et ont contribué à façonner la scène allemande. Après une reformation miraculeuse en 2009, les teutons ont sorti pas moins de 5 albums, lesquels, s’ils n’ont eu l’impact de Balls to the Wall ou de Metal Heart, ont montré un groupe encore affamé après 45 ans d’existence.
Affamé, enragé, c’est ce qui vient à l’écoute de Too Mean To Die, dont le titre en dit long sur la détermination. Quatrième opus avec Mark Tornillo au chant, Too Mean To Die peut encore compter sur le toujours monstrueux lead guitariste Wolf Hoffman (une des références de Kirk Hammett), aidé par la paire de gratteux rythmiques Uwe Lulis et Phillip Shouse, et Martin Motnik à la 4 cordes (les deux petits nouveaux du groupe), ainsi que le cogneur Christopher Williams. Après 45 ans d’existence, Accept vient de montrer qu’il ne faut pas enterrer les vieux singes, parce qu’ils sont trop méchants pour crever.

#90 Asphyx – Necroceros (Century Media Records) (Pays-Bas)

Présents depuis les débuts du genre, 33 ans d’existence (même si ça inclut plusieurs splits dont un de 7 ans), 10 albums au compteur, Asphyx fait partie des légendes du death européen voire du death tout court. Un statut unanimement reconnu et qui vaut aux hollandais une fanbase solide qui attend patiemment chaque sortie. Cinq ans après Incoming Death, les bataves sortent Necroceros, album frais et bucolique qui sent bon le coquelicot et l’amour. Necroceros, c’est du pur death primal où le premier beuglement se fait entendre dès les premières notes du furibard The Sole Cure is Death. Un death classique, oppressant, joué par des néandertaliens venus du fin fond des âges sombres. Comme plusieurs pains dans la gorge avec en prime d’authentiques bijoux doomeux (The Blazing Oceans ou le final mammouthesque Necroceros) qui prennent l’auditeur par la nuque et lui écrasent méchamment la gueule contre le mur de la caverne. 50 minutes de suffocation dans une atmosphère putride avec pour G.O. Martin van Drunen et sa voix de vieux briscard qui se rempli le gosier au verre pilé, Paul Bayens et ses riffs classiques et efficaces, Alwin Zuur et sa basse qui éclate des sternums par packs de 10 et Stephan Hüskens aux fûts pour achever le tout. Prévoir des mouchoirs à la menthe parce qu’à la fin, on se mouche méchamment rouge.

#89 Demon Head – Viscera (Metal Blade Records) (Danemark)

Sous cette pochette intrigante se cache Viscera, quatrième album des danois Demon Head, groupe de rock occulte aux accents doom et hard rock. Demon Head fait une musique hyper dark, parfois dissonante, perturbante. Dès le morceau introductif Tooth and Nail, l’atmosphère est profondément mystique et franchement sombre. Niveau chant, Marcus Ferreira Larsen penche du côté de Robert Smith et l’influence de The Cure est palpable, mais en nettement plus inquiétant. Viscera mêle instrumentaux oppressants et morceaux presque metal où le chant alterne entre imprécations, chœurs cérémonieux (The Lupine Choir) et élans fantomatiques où le chanteur distille de doux frissons d’angoisse (en particulier sur Magical Death et le final dantesque The Triumphal Chariot of Antimony).
Plongée dans un univers chargé de mysticisme démoniaque, Viscera ravira les amateurs de fantastique italien et britannique des 70’s, impression renforcée avec cette production vintage. Demon Head prouve qu’on peut dégager une noirceur infinie, sans brutalité.

#88 Decline of the I – Johannes (Agonia Records) (France)

Chanteur et musicien hyperactif depuis la fin des années 90, A.K. (Johannes Judicaël de son vrai nom, selon Metal Archives) a participé à ou fondé une palanquée de groupes dont Vorkreist, Waiting For My End, Merrimack, Eros Necropsique, Neo Inferno 262, etc…. Au sein de cette hyperactivité, Decline Of The I œuvre autour de thématiques bien particulières. Après 3 albums, chacun espacé de 3 ans, autour des travaux du neurobiologiste Henri Laborit, le quartet parisien a enclenché un nouveau cycle autour du philosophe, théologien, critique social et poète Søren Kierkegaard. Comme A.K., Kierkegaard a été très productif et a sorti des ouvrages sous une quinzaine de pseudonymes, dont 3 commençants par Johannes.  Classé comme post-black metal car il incorpore des éléments d’autres musique, Decline of the I œuvre dans un black metal grandiloquent, théâtral et complètement fou. Musicalement, c’est complet et assez fouillé avec en plus la présence de multiples samples illustrant la pensée du philosophe, et sur le plan vocal, A.K. possède une solide palette tortueuse à souhait et guidée par un désespoir profond. Pas forcément des plus accessible, Johannes nous livre un gros morceau de black metal complètement dingue et se rajoute au sein de la fournée d’excellents albums de black cette année.

#87 Ministry – Moral Hygiene (Nuclear Blast) (USA)

Après le désastreusement inécoutable Amerikkkant (et c’est dommage car le titre, la pochette et le feat de Burton C. Bell y avait moyen de mieux), je n’étais pas pressé de retrouver tonton Al, je suis même allé à reculons pour être honnête, mais tel des résidents d’Ehpad après que l’infirmière aie confondu les petites pilules du soir avec du Viagra maxi dosé, la bande à Al Jourgensen semble avoir retrouvé une seconde jeunesse. Il faut dire que l’Amérique de la fin de règne de Trump, les fake news hors de contrôle ou encore une pandémie, c’est du pain béni pour Ministry. Du groupe, les parrains du metal indus s’en donnent à cœur joie avec un album fourmillant d’idées et de trouvailles, complètement foutraque, perché mais surtout inspiré et superbement exécuté et ça, ça faisait un moment.

#86 Djiin – Meandering Soul (Klonosphere/Season of Mist) (France)

Groupe rennais formé en 2015, Djiin tient son nom des génies et autres créatures de l’imaginaire sémitique. Djiin mêle un doom des origines d’influence Black Sabbath, le rock prog des 70’s à des sonorités orientalisantes. La musique de Djiin est inclassable en ce sens qu’elle mêle des influences diverses tout en se construisant un univers unique. C’est ce qui a dû plaire à Klonosphère qui a signé le groupe pour son deuxième album, Meandering Soul, album aussi tortueux que son concept. Meandering Soul fait semblant de nous emmener dans des territoires connus pour mieux nous hypnotiser et attaquer sur un registre plus inattendu. Imprévisible, indomptable, Meandering Soul demande plusieurs écoutes pour l’apprivoiser. Mais pour ceux qui se laissent prendre au jeu de la voix envoûtante de la chanteuse-harpiste Chloé Panhaleux qui peut devenir hyper rauque, enveloppée du duo abrasif de cordes Tom Penaguin/Charlélie Pailhes et du batteur Allan Guyomard, l’écoute prend alors les airs d’un superbe livre d’aventures blindé d’illustrations psychédéliques.

#85 ex aequo Aborted – ManiaCult (Century Media Records) (Belgique)

11ème album pour belges d’Aborted, piliers de la scène brutal death européenne (avec un soupçon de grindcore). Un album dans les canons du genre avec la voix de Sven de Caluwé (seul membre d’origine) hyper polyvalente et très riche dans la palette vocale metal extrême, un batteur supersonique qui tabasse dru et des riffs torturés. Ne cherchez point de traces de délicatesse dans ManiaCult, elle est morte. Par contre c’est plus efficace qu’une pluie de parpaings et ça débite en tranches de la barbaque par packs de 12. Pour un groupe dont le nom donne des sueurs nocturnes à Christine Boutin c’est d’accord.

#85 Cannibal Corpse – Violence Unimagined (Metal Blade Records) (USA)

Il y a des groupes qui restent toujours dans le même registre et qui en sont rassurants. On peut citer AC/DC ou Motörhead par exemple. Et en même temps, on n’a pas envie de les voir faire autre chose. Depuis 1988, quand on dit Cannibal Corpse, on s’attend à une pochette bien gore signée Vincent Locke (bien sûr cet artwork de Violence Unimagined est soft, mais c’est la version censurée, l’autre est tout de même bien plus violente), à des lyrics extrêmes baignés dans les films gore et les histoires de tueurs (Fisher dira que non, ce n’est pas de l’apologie, juste la version musicale d’un film d’horreur), et une patte sonore reconnaissable entre mille. Cannibal Corpse est l’un des groupes les plus incontournables du death metal, piliers du brutal death, l’un des seuls groupes jouant ce style à avoir écoulé plus d’un million d’albums. Les mecs ont beau avoir eu des changements de line-up, ça n’a pas un énorme impact sur leur musique. Même quand l’iconique frontman Chris Barnes part, remplacé par le massif George « Corpsegrinder » Fisher (le cou gagnant du death), le style Cannibal reste immuable. Même chose quand Pat O’ Brian pète un accès de folie homérique et se retrouve devant les tribunaux (pour effraction, charge contre un représentant de l’ordre publique, possession massive d’armes à feu et de munitions…) et se voit remplacer par Erik Rutan, rien ne change de manière flagrante. Il faut dire que Rutan a travaillé sur plusieurs albums de Cannibal et connait bien la maison, et du coup a fusionné très facilement avec le combo. Violence Unimagined s’illustre donc dans la tradition Cannibal Corpse. On retrouve ces riffs diaboliques, cette guitare rythmique bien massive, cette basse profonde de l’historique Alex Webster, ces éructations de Fisher qui cale son growl extrême sur la rythmique de manière toujours aussi spectaculaire et surtout la batterie de bûcheron de l’indéboulonnable Paul Mazurkiewicz (peut être l’un des plus grands artisans du son Cannibal Corpse), toujours aussi puissant à 52 piges. Pour résumer, on sait à quoi s’attendre, on a ce qu’on est venu chercher, et c’est toujours aussi bon.

#84 Angelus Apatrida – Angelus Apatrida (Century Media Records) (Espagne)

Formé en 2000 dans l’autonomie de Castilla-La Mancha, le quatuor signe son 7ème album, intitulé Angelus Apatrida, 15 ans après le premier (ils ont mis 6 ans avant d’enregistrer le premier album et depuis, ils en sortent avec la régularité d’un métronome). Chose suffisamment rare pour être souligné, le line-up n’a pas bougé depuis le début et se compose toujours de Victor Valera aux fûts, de David Alvarez à la guitare et des hermanos José et Guillermo Izquierdo, respectivement à la basse et au chant/guitare. Angelus Apatrida ne réinvente pas la roue, c’est du thrash à l’ancienne qui balance plus de parpaings à la minute que leurs compatriotes dans le BTP. 10 titres bien énervés, aux textes souvent engagés, et sans aucun temps mort. Niveau voix, Guillermo Izquierdo est très propre là où souvent dans le thrash la voix est le point faible, Valera régale aux fûts et on se gave de superbes riffs avec la paire Izquierdo/Alvarez qui tricote plus qu’une armée de grand-mères qui confectionnent des kilomètres de pulls sous MDMA. C’est simple, efficace, bourrin en restant mélodique, bref tout ce qu’on demande à un bon album de thrash.

#83 Sordide – Les Idées Blanches (Les Acteurs de l’Ombre) (France)

Vous ne risquez pas de les voir faire la fête au manoir de Montretout. Autant anticiper les Jean-Michel Tientenàlamusique, l’art est politique, la musique est politique et chez certaines formations, c’est nettement marqué. Chez Sordide, on peut même dire que son engagement est viscéral. Sept ans après son acte fondateur La France a Peur, Sordide en est à son quatrième album : Les Idées Blanches. D’entrée de jeu, Je n’ai nul pays pose les bases en vomissant une haine farouche du racisme, du fascisme, du patriotisme et du nationalisme. Sordide ne fait pas de cœur avec les mains mais propose un black metal anarchiste, martial teinté d’énergie punk. Une plume acérée, portée dans la plaie (suffit de voir le texte de chansons comme Les Idées Blanches pour se faire une idée). Nulle quiétude, la musique est crasseuse, obscure, funeste à l’image de notre époque. Un discours clair empli de désillusion comme sur Ne Savoir Que Rester ou Le Silence Ou La Vie. Une musique ciselée finement exécutée avec des passages dynamiques comme sur L’Atrabilaire. Il faut dire que Nemri (Malemort, Monarch), Nehluj (Ataraxie) et Nebhen (Telümehtår) sont loin de venir de débarquer et possèdent un background plutôt solide. Il fallait justement ça pour posséder une telle force de frappe. Les Idées Blanches ? Un formidable crochet dans le bide à une époque où on en a bien besoin.

#82 SaaR – Gods (Source Atone Records/Klonosphere) (France)

Groupe formé il y a plus de 10 ans à Paris, composé de membres de Parlor ou d’Ovtrenoir (le groupe qui Soulage, vanne indémodable), SaaR sort son troisième album, le premier chez Source Atone Records et Klonosphere. SaaR c’est un post-metal/post-rock instrumental, avec des influences comme Isis, Russian Circles ou Cult of Luna. Inspiré (à l’instar de Prophetic Scourge, autre signature de Klonosphere) par la mythologie de l’Odysée d’Homère, Gods est un album aussi riche que profond, plutôt complexe au niveau de l’orchestration et gagnant en densité et en noirceur au fur et à mesure des titres, jusqu’au climax final avec Julien Sournac de Wolve (seule piste non instrumentale de l’album). Gods demande un peu de lâcher prise pour l’apprécier pleinement et s’immerger dedans.

#81 MOLYBARON – The Mutiny (Inside Out Music/Sony) (France)

Deuxième album pour le groupe de metal alternatif franco-irlandais Molybaron, formation suivie de près et dont les travaux connaissent des critiques élogieuses. Pour ce deuxième album, c’est un nouveau batteur qui officie, Camille Greneron. Si l’album (à titre personnel) m’a demandé plus de temps pour l’adopter, c’est parce que j’avais un peu plus de mal avec la voix de Gary Kelly, qui sonne comme Mathias Malzieu de Dionysos sur certains morceaux. En revanche, ce qui a été immédiat, c’est tout le reste. Superbement produit, The Mutiny met en avant le talent indéniable des musiciens avec des compos limite prog’, bien travaillées où navigue une superbe ligne de basse parfois syncopée (Sébastien de Saint-Angel balance un groove sublime et communicatif), des riffs jubilatoires, et un travail propre à la batterie. Musicalement, c’est riche et la voix de Kelly, une fois qu’on l’a adoptée, amène une petite originalité à la musique de Molybaron, entre metal alternatif, modern metal, rock, un soupçon de pop, toujours rondement menée. The Mutiny c’est 10 titres et autant de perles avec, cerise sur le gâteau, un guest de Whitfield Crane d’Ugly Kid Joe pour un duo de voix de toute beauté. Encore une fois, la scène metal française prouve qu’elle a du talent à revendre, en atteste cet album énergique et généreux, qui se bonifie écoute après écoute.

#80 Chevelle – NIRATIAS (Epic) (USA)

Très peu connu sous nos latitudes, Chevelle en est pourtant à son neuvième album. Chevelle peut être à classer entre nu metal et metal alternatif porté par deux frangins : Pete Loeffler au chant, à la guitare, à la basse, au piano, s’il y avait du triangle, il en jouerait et Sam aux fûts. Au niveau du chant, la voix cristalline empreinte de fragilité (mais aussi dans son chant hurlé) de Pete fait immédiatement penser à celle de Chino Moreno en moins grandiloquent (So Long, Mother Earth et Piistol Star (Gravity Heals) en sont de parfaits exemples). Pour être plus exact, on n’est pas loin d’un Deftones (jusque dans les noms étranges des morceaux et l’origine géographique) et pas loin non plus de Tool sans le côté ultra prog. NIRATIAS (pour Nothing Is Real And This Is A Simulation) brille par un songwriting de bonne facture, des influences variées (un riff très Gojiresque sur les refrains de So Long, Mother Earth, des faux airs de Korn sur Mars Simula ou encore du Coheed And Cambria), une ambiance SF travaillée, un artwork superbe signé Boris Vallejo (Conan le Barbare, Tarzan…) ou encore un mix très propre. De l’instrumental Verruckt au final très étrange Lost In Digital Woods en passant par le prenant Self Destructor, NIRATIAS mélange les ambiances sans perdre en cohérence et les interludes ne cassent pas le rythme, chose rare.

#79 ex aequo – Blackwater Holylight – Silence/Motion (RidingEasy Records) (USA)

Après deux très bons albums et un split (en compagnie d’Acid King, Here Lies Man, The Well, Warish et Zig-Zags), les portlandaises de Blackwater Holylight reviennent avec un troisième opus. Un opus marqué par la pandémie et la grossesse d’une membre du groupe. Un contexte qui amènera la chanteuse-guitariste Laura Hopkins à confier sur une bonne partie des morceaux le poste au micro et la gratte à la bassiste Allison Farris (la seconde guitariste Mikayla Mayhew assurant l’intérim à la basse sur les chansons en question). Silence/Motion se démarque des deux premiers albums avec la première et la dernière chanson qui montrent une agressivité inhabituelle chez le groupe avec l’apport de Bryan Funck de Thou sur Delusional et A.L.N (Mizmor) et Mike Paparo (Inter Arma) sur Every Corner. Le reste est un doom tantôt ouaté tantôt massif porté par une voix éthérée mais toujours élégant.

#79 Lucifer – Lucifer IV (Century Media Records) (International)

On n’arrête plus Lucifer. A peine un et demi après le précédent, Lucifer enquille sur un nouvel album, toujours éponyme. Et entre temps, le groupe a sorti un split avec Kadavar, a tourné (comme ils ont pu) et a bien teasé le nouvel album avec un premier inédit (qui hélas ne figure pas sur l’album) en duo avec Elin Larsson de Blues Pills, puis plusieurs singles. Parti sur un line-up (à quelque chose près) un poil plus stable, Lucifer ne révolutionne pas sa formule d’un iota. On est toujours sur un doom old school teinté d’occult rock, le tout un brin psychédélique et d’une énergie redoutable tout du long des 11 morceaux, tantôt lourds tantôt hyper pêchus, porté avec la voix chaleureuse de la superbe et élégante Johanna Sadonis (cette chanteuse, même en carburant au muscadet tout un set à 10h30 du matin arrive à afficher une classe de chaque instant). Encore une fois c’est de très bonne facture et hyper catchy, encore une fois, on se surprend à danser sur des rythmes démoniaques. Bref, Lucifer……………C’EST SATANIQUE!!!!

#78 The Rumjacks – Hestia (Lou & Rocked Boys) (Australie)

Les Rumjacks nous viennent du pays des quokkas, des koalas et des kangourous et font plus dans le celtic punk à la bostonienne que dans le Crocodile Dundee. Après 2 EP et 5 albums en 13 ans, les Aussies nous livrent leur cinquième et plus bel album à ce jour (et dieu sait que leurs précédents étaient de très bonne facture). Pouvait-il en être autrement quand un album commence par une bombe comme Naysayers qui donne envie d’entrer dans la danse séance tenante ? Tout le reste est du même tonneau (de rhum?) avec des fulgurances comme Hestia qui ressemble un brin à My Time Again, Through These Iron Sights qui donne envie de lâcher un gros « yeaaaaaaaaaah! » dès la première seconde avec son intro bien classe et sa montée en tempo, Sainted Millions et son refrain fédérateur, le mid-tempo Rhythm of Her Name, le Floggingmollyesque Lizzie Borden ou encore le Dropkickien Lights In My Shadow, le bien punk Anthems to the North ou encore Goodnight & Make Mends qui conclue en beauté, autant de pub anthems en puissance (en fait, on peut carrément citer tout l’album) qui prouvent encore une fois que le celtic punk est un genre mondialisé et qu’on arrive à trouver des compléments aux Pogues, aux Real McKenzies, ou encore à Dropkick Murphys.

#77 In Mourning – The Bleeding Veil (Dalapop) (Suède)

Fondé en 2000, In Mourning est un groupe suédois qui a débuté dans le gothic metal avant de bifurquer vers le death metal mélodique progressif et technique. Musicalement c’est assez classique avec des variations de rythme, côté vocal, In Mourning offre un metal riche et varié entre growl, beuglante hardcore et chant clair parfaitement exécutés. Chaque morceau est d’une profondeur insoupçonnée et ce sixième album, The Bleeding Veil, est une superbe offrande.

#76 ex aequo Corpus Diavolis – Apocatastase (Les Acteurs de l’Ombre) (France)

L’apocatastase est la restauration finale de toute chose, la certitude du salut universel où même les démons seront restaurés dans leur plénitude originelle, dans l’amitié de Dieu. C’est aussi le nom du quatrième album, sorti chez Les Acteurs De L’Ombre, de Corpus Diavolis, formation marseillaise de blackened death metal fondée en 2008. Un album sauvage mêlant un metal rapide et lourd à une certaine solennité mystique avec la présence de chœurs quasi-liturgiques. Un black metal grandiose prêtant à penser à du Rotting Christ couplé à la puissance du blackened death pour un résultat brutal, violent mais avec aussi majestueux et théâtral dans le sens noble du terme.

#76 Forhist – Forhist (Debemur Morti Productions) (France)

Un coup de chaud ? Trop de soleil (chose rarissime en 2021) ? Pourquoi ne pas faire un voyage en Scandinavie ? C’est que propose Forhist, l’un des multiples projets de Vindsval sorti fin février au cœur des quasi six mois d’hiver. Guitariste chanteur de Blut Aus Nord, Vindsval traîne ses guêtres dans le Black Metal depuis ses 15 ans. En prêt de 30 ans, en plus Blut Aus Nord, il a signé de multiples projets comme Vlad, Children of Mäani, Karras, The Eye ou plus récemment Yerûšelem. Dernier fruit de la fertilité de Vindsval, Forhist est un hommage au Black Metal de la seconde vague, celui du début des années 90, celui de Darkthrone, Satyricon, Enclaves ou Immortal. Un retour aux racines de 42 minutes et 8 morceaux sans aucun nom, dépouillé de toutes fioritures. Un seul mec, pas de photo, peu de communication à part celle du label Debemur Morti aux sorties de hautes volées. Rien d’autres qu’une musique qui commence par un chant d’oiseaux et se termine avec des riffs aériens et entre deux, une ballade de plus de 40 minutes dans une forêt sombre et humide au rythme d’une musique menaçante, violente, noire, épique mais étrangement méditative, classique, classique dans son registre, organique. En somme, un Black pur et dur de haute tenue.

#75 Wheel – Resident Human (Odyssey Music Network) (Finlande)

Wheel est un groupe finlandais de metal progressif et (autant le dire de suite) hyper influencé par Tool. Resident Human est leur deuxième album et si le précédent a valu le rapprochement avec la bande à Meynard, sur cet opus c’est tout aussi prononcé. Entre métal prog et metal alternatif avec 3 morceaux de plus de 10 minutes et à tiroirs mêlant de multiples variations. Des riffs splendides, un mélange entre tumulte et contemplation. Une basse élégante et racée (et qui nous berce ronronnement) de mèche avec un batteur au travail d’orfèvre. Seul le chant de l’anglais James Lascelles (qui officie au chant et à la gratte) riche en nuances, prend des distances avec la voix de Keenan. Oscillant entre gros pavés et titres plus court, tous aussi riches et d’une parfaite maîtrise qui permet à Wheel de ne pas partir en roue libre.

#74 Grant Haua – Awa Blues (DixieFrog) (Nouvelle-Zélande)

Et si l’une des révélations de la scène blues venait du pays du long nuage blanc ? Auréole d’un énorme bouche à oreille et de superbes critiques, Awa Blues porte à le croire. Ancien rugbyman ayant écumé les festivals australiens et Néo-Zélandais, Grant Haua signe son deuxième opus solo, cette fois chez un label français. Riche et généreux, Awa Blues est un album cocon où on se sent comme à la maison.

#73 Tribulation – Where the Gloom Becomes Sound (Century Media Records) (Suède)

Formé en 2005, le quartet suédois Tribulation a évolué du black metal des débuts à un mélange entre black n’roll, heavy et gothic doomeux. Trois ans après le très bon Down Below, le cinquième album Where the Gloom Becomes Sound continue dans cette voix avec une musique cérémoniale, parfois épique, massive et funèbre. C’est blindé de morceaux de bravoure comme Daughter of the Djinn, Dirge of a Dying Soul, Hour of the Wolf ou le final The Wilderness lancinant et progressif. Riche et généreux, le nouveau Tribulation est magistralement produit et orchestré. Difficile de ne pas laisser partir vers quelque chose de transcendantal et de spirituel.

#72 Acid Mammoth – Caravan (Heavy Psych Sounds) (Grèce)

A peine plus d’un an après le déjà très bon Under Acid Hoof et quelques mois à peine avec un split EP avec 1782, le quatuor hellène possédant en son sein le duo de gratteux père/fils Babalis signe une superbe offrande aux dieux païens du doom. Un poil plus long avec tout autant de morceaux, bénéficiant d’une production plus costaude, musicalement plus abouti et étoffé que le précédent, Caravan est comme une version 2.0 d’Under Acid Hoof. Si le fuzz de la guitare de Chris Babalis est bien grasse (tout comme la basse), celle de Junior nous livre des riffs sublimes, des envolées lyriques orgiaques dans le pur esprit fin 60/début 70. Après un Berserker bien rentre-dedans, les autres morceaux partent dans des terres enfumées et psychédéliques où les musiciens s’en donnent à cœur et où la voix de Babalis Jr se fait presque chamanique. Et des morceaux comme Caravan (11 minutes) Psychedelic Wasteland (8minutes 53) et le final Black Dust (8’57) qui se conclut par un long et majestueux instrumental ont beau être de sérieux pavés, à aucun moment on ne sent de lassitude, bien au contraire. Encore une fois, Acid Mammoth sort un des meilleurs albums du genre de l’année. Cette fois, c’est sûr, la Grèce est une vraie terre de stoner et de doom et Acid Mammoth définitivement un groupe à suivre de près.

#71 Dr. Colossus – I’m a Stupid Moron With an Ugly Face and a Big Butt and my Butt Smells and I Like to Kiss My Own Butt (Death Mountain Records) (USA)

On tient probablement le titre d’album de l’année. Des groupes dont l’œuvre est monomaniaque, le metal en compte quelques-uns. Souvent, c’est autour de l’œuvre de Tolkien ou de Lovecraft. D’autres sont un brin plus légers, comme Austrian Death Machine, one man band tournant autour de la filmographie d’Arnold Schwarzenegger (et c’est généralement excellent). Chez Dr. Colossus (comme chez Okilly Dokilly), c’est les Simpson. Les Australiens ont un univers centré autour du show de Matt Groening. Sauf qu’au lieu d’être focalisé sur un personnage, l’univers de Dr Colossus est plus large, et en même temps, les références sont hyper poussées et les paroles vont faire tilter les fans les plus nerds, les plus hardcore des aventures des habitants de Springfield. Le groupe tire son nom d’un personnage de la série, ex-mari de la créatrice de la poupée Malibu Stacy, et supervillain des BDs et des jeux dérivés. Après un premier LP dont l’artwork était la taverne de Moe, le deuxième opus, I’m a Stupid Moron With an Ugly Face and a Big Butt and my Butt Smells and I Like to Kiss My Own Butt, tient son nom d’un canular (ou prank comme disent les jeunes) que fait Bart Simpson à Moe dans un épisode. Tout l’album est à l’avenant, avec des morceaux comme Get Mendoza (comme le mec qui tue le partenaire de McBain dans un épisode), The Hummingbird of Bengal (un des surnoms d’Apu) ou le final Space Coyote (une hallucination de Homer durant un épisode où il mange un piment trop fort), etc…. Pour autant Dr. Colossus ne fait pas uniquement dans la private joke pour geeks des Simpsons. C’est un doom massif que nous offre les aussies, avec des guitares hyper saturées qui fuzzent gras, de la basse massive et une frappe de batterie pachydermique, le tout couplé à un rock psychédélique en diable. C’est bon de bout en bout et ça se conclue par un véritable feu d’artifice sonore. Et puis, faut avouer que la pochette, qui convoque le chauffeur de bus Otto et Barney dans un paysage désertique de SF, a franchement de la gueule.

#70 Alice Cooper – Detroit Stories (Ear Music) (USA)

Une trentaine d’albums à son actif (en comptant les deux de Hollywood Vampires), plus de cinquante ans de carrière, des scènes cultes au cinéma (dont Wayne’s World et la seule bonne scène de Dark Shadows), Vincent Furnier alias Alice Cooper n’a plus rien à prouver et demeure une des grandes légendes du rock. Pour son nouvel album, Alice Cooper fait un retour aux racines avec une ode à Detroit, là où tout a basculé. Pour Detroit Stories, Mr Cooper n’invite rien de moins que Wayne Kramer des légendes MC5, Mark Farner de Grand Funk Railroad pour plusieurs chansons, mais aussi Joe Bonamassa, tous les anciens du groupe Alice Cooper, reprend Rock n’Roll des Velvet Underground, East Side Story de Bob SegerDetroit Stories oscille entre proto-punk efficace (Go Man Go), pop psychédélique et mélancolique (la cover Our Love Will Change the World), hard rock bluesy et rock n’roll flamboyant. Très varié, oscillant entre grandiloquence et sobriété, c’est un l’album brillant d’une légende qui ne repose pas sur ses lauriers et ose naviguer entre les styles. Et le tout avec la classe macabre de Vincent Furnier, aidé par la superbe prod de Bob Ezrin.

#69 The Amenta – Revelator (Debemur Morti Productions) (Australie)

La dose de violence malsaine nous vient du pays des quokkas et des koalas (soit deux des bêtes les plus mignonnes du monde) et non on ne parle pas du dyptique Wolf Creek ou de rugby à XIII, mais bien de musique. The Amenta est un quintet qui nous vient de Sydney. Après huit ans d’absence, ils signent un 4ème album et après trois opus chez Listenable, ils restent en France puisqu’ils sont chez Debemur Morti, un label qui a décidément le vent en poupe. A l’image de leurs confrères de l’autre côté de la mer de Tasman Ulcerate également signé chez Debemur, The Amenta propose un death bien crade, violent et malsain, mais cette fois du death industriel. Revelator, c’est la bande son idéale pour une partouze de fétichistes du fil de fer barbelé. Perturbant au dernier degré, Revelator jouit d’une production bien troussée qui met en relief l’expérience dans les moindres détails. Une expérience dérangeante, perturbante, qui vous sort de votre confort pour vous livrer un vrai exemple de catharsis.

#68 Mammoth WVH – Mammoth WVH (EX1 Records) (USA)

Il fait beau, le soleil brille…bon, il ne fait qu’une poignée de degrés mais on va oublier ça avec le premier album de Mammoth WVH, le premier album de Wolfgang Van Halen, fils du regretté Eddie. Ayant débuté comme bassiste pour Van Halen puis sur deux albums de Tremonti (dont Cauterize, l’un des meilleurs albums du groupe), Wolfgang Van Halen lance enfin son propre projet solo avec ce premier album éponyme. Produit par Michael Baskette (Tremonti, Alter Bridge, Trivium…), orné par une peinture de John Brosio, Mammoth WVH sonne comme le méchant tourteau de sa pochette : fat. Un hard rock moderne dans sa production musclée mais également dans la lignée de ce hard rock old school énergique, pêchu, décomplexé et généreux. 14 morceaux tubesques en diable, aux refrains immédiats et fédérateurs, entrecoupés de ballades bien senties et conclus par l’hommage émouvant d’un fils à son père.

#67 Sangham – Intangible (Klonosphere) (France)

Groupe formé en 2020, Sangham nous vient de Marseille et tient son nom du point de confluences de plusieurs rivières ou fleuves et considéré comme lieu de purification. Sangham c’est un metal progressif moderne, mélodique, où une orchestration toute en légèreté et en finesse croise le fer avec un duo chant clair/chant saturé. Alors, certes, le ressort dit de la belle et de la bête est connu est reconnu, mais il s’inscrit ici avec des arpèges de guitare électriques tout en douceur et une frappe de batterie à la fois technique et empreinte d’une émotion à fleur de peau. Cette constante dualité entre l’aérien et la fureur fait tout le sel d’Intangible et l’inscrit directement dans les œuvres qui sortent franchement du lot.

#66 Bill Fisher – Hallucinations of a Higher Truth (Septatonic Records) (Angleterre)

Dans le genre changement de registre improbable, Bill Fisher a poussé les potards au max. Chanteur-musicien du groupe/collectif(/secte ?) de Church of the Cosmic Skull, Bill Fisher nous avait gratifié d’un premier solo dans la lignée stoner occulte psyché de son travail au sein du groupe et ne sortant pas des masses de son chemin habituel, l’homme revient avec une offrande plutôt orientée piano-rock sous influence soul. Avec son look et le nom de son album à faire trembler Miviludes, Bill Fisher impressionne par son charisme de gourou et sa classe qui éclabousse chaque morceau.

#65 Pestilence – Exitivm (Agonia Records) (Pays-Bas)

35 ans d’existence, deux splits dont un de 14 ans, huit albums et surtout un statut de précurseur de la scène européenne, les hollandais de Pestilence font partie des parrains du death du vieux continent. Une discographie qui leur a valu une fanbase solide, et malgré les splits et les changements de line-up, une jolie longévité avec des albums régulièrement salués. Exitivm s’inscrit dans une discographie d’albums ne cherchant pas la simplicité. Si la base death old school est là avec son rythme mid-tempo avec des vocalises à l’ancienne du style d’Obituary, l’ambiance est résolument épique et les compos franchement ambitieuses qui font d’Exitivm un temps fort de l’année death.

#64 Exanimis – Marionnettiste (Klonosphere) (France)

Exanimis est un groupe formé à Nancy en 2015. Après un crowdfunding couronné de succès (dépassant l’objectif fixé), Exanimis sort son premier album, Marionnettiste, chez Klonosphere. Se définissant comme du Death Metal Orchestral, Exanimis mélange le death symphonique de Fleshgod Apocalypse mais surtout de SepticFlesh dont l’influence est ici très présente, le death technique d’un Obscura et le progressif d’un Opeth avec ses plages acoustiques voire méditatives et ses titres fleuves. La production est superbe, mettant en avant des compositions léchées, précises et surprenantes. Musicalement, c’est un album riche et généreux, blindé d’idées et de trouvailles, baignant l’auditeur dans une ambiance steampunk tantôt oppressante, tantôt merveilleuse. Avec son album articulé autour d’un cycle de rêve, à l’ambiance théâtrale et immersive, Exanimis signe probablement l’un des disques les plus ambitieux, originaux et passionnants de l’année.

#63 Aephanemer – A Dream of Wilderness (Napalm Records) (France)

Sous cette couverture à faire rêver un habitant du Carladez ou du Cantal (deux contrées où la chasse au sanglier est une des choses les plus importantes sur Terre) se cache le troisième opus d’Aephanemer, groupe de death mélodique toulousain signé chez Napalm Records. A Dream of Wilderness marque une évolution dans la démarche musicale du groupe, avec davantage de symphonie dans leur death melo, mais aussi dans le chant de Marion Bascoul, avec quelques touches de chant symphonique et opératique (« Antigone« , « Le Radeau de la Méduse« ). Généreux dans sa grandiloquence au niveau des compos, hyper travaillé avec des orchestrations majestueuses, riche dans ses inspirations (l’art, le théâtre et même une reprise de Tchaïkovski) A Dream of Wildeness marque un nouveau cap pour le groupe qui en plus de s’imposer comme une valeur sûre du death mélo commence à s’aventurer avec succès sur les terres de SepticFlesh.

#62 The Picturebooks – The Major Minor Collective (Century Media) (Allemagne)

La bonne expérience du featuring de Chrissie Hynde sur l’album Hands of Time et la pandémie qui a stoppé la tournée de cet album ont donné aux Allemands The Picturebooks l’envie de faire des chansons qui seraient chantées par des artistes qu’ils aiment de tout horizon. Le résultat c’est The Major Minor Collective, album bardé d’invités de choix et naviguant dans plusieurs registres, parfois lorgnant un poil trop vers les influences du groupe. Certes c’est un poil moins bon que le monument Home Is A Heartache mais c’est du très solide.

#61 Bloody Hammers – Songs of Unspeakable Terror (Napalm Records) (USA)

Chantre d’un doom metal teinté de gothic rock, le couple Bloody Hammers a profité du lockdown pour partir vers un horror punk hyper dynamique. Groupe peu connu et franchement sous-estimé, Bloody Hammers n’avait pourtant pas grand-chose à prouver après plusieurs albums de haute volée. Mais dans une démarche ressemblant autant à de la remise en question que l’envie d’explorer d’autres horizons, ils ont sorti, avec « Songs Of Unspeakable Terror », un album généreux malgré sa courte durée, catchy, se posant à la fois sur les forces habituelles du duo (des refrains qui claquent, une musique bien plus travaillée qu’elle n’y parait, une ambiance délicieusement inquiétante ou encore la voix du chanteur) tout en tentant de nouvelles choses. Au final, c’est un album instantanément attachant, immédiat et qui aborde l’année 2021 de la plus belle des manières. Ces derniers mois, les Américains nous ont envoyé pas mal de choses effrayantes, mais cette fois, le frisson est délicieux.

#60 Prophetic Scourge – Gnosis (Klonosphère) (France)

Formation basque née en 2013, Prophetic Scourge signe une première démo EP « Corrupt Karmic Invigilators » en 2015, avant un premier album, « Calvary », un second disque, toujours chez Klonosphère, cette fois-ci revisitant l’Odyssée d’Homère, se focalisant sur le voyage retour d’un homme, Odysseus marqué par le deuil et la culpabilité du survivant. Quintessence de toute la profondeur de gamme offerte par les multiples sous-genres du death metal, Prophetic Scourge nous fait l’honneur d’un album à la fois ambitieux, riche, généreux et d’une profondeur qu’on en songerait à le faire écouter en cours de littérature grecque.

#59 High On Wheels – Fuzzmovies (Klonosphère) (France)

« Philiiiiiiippe, je sais où tu te caaaaaaaaaaaaaaaches, viens ici que j’te bute, enculé« 

Le stoner et quelques autres genres comme le psychobilly et le garage rock ont toujours entretenu une affection particulière pour les cinémas bis, son esthétique, son fun et sa décomplexion. Chez High On Wheels, trio parisien fondé en 2014, on pousse l’affection encore plus loin avec, pour leur deuxième effort, un album entièrement dédié aux série Z. Fuzzmovies contient 7 titres où les influences à la Kyuss ou encore Fu Manchu se marient avec cet univers cinématographique. Ça commence assez fort avec cette musique que Tarantino avait glissé en guise d’introduction des diptyque Kill Bill et Grindhouse, suivi de la voix de Tura Satana (la star de Faster Pussycat Kill Kill), le tout pour Blind Your Mind petite ogive heavy rock à la lourdeur doomeuse. Les gars ont sorti les amplis Orange et la grosse disto et c’est pas pour beurrer les sandwiches. Par la suite, on retrouve des samples de films comme Rocketship X-M, Blood Feast, Satan’s Sadists ou encore Cannonball. On se régale de purs moments jouissifs comme We Don’t Know Where We Go But We Know How, le sec Destiny Is On My Way ou l’entrainant Thrill Under My Wheels. Mais LE morceau de bravoure reste Hitman Le Cobra qui, pendant 5 minutes, va reprendre les meilleures répliques de ce joyau rohmérien du 7ème art. Sans être aussi ambitieux que l’exercice de style fait par 7 Weeks, ça offre un résultat bluffant tant la musique et le rythme se marient à merveille avec ces dialogues surréalistes. Rien que ce titre, qui figurera aisément dans les meilleurs titres stoner de l’année, justifie l’écoute de l’album ainsi qu’une bonne note. Mais en plus, toutes les autres chansons sont de très haute volée. Au final, Fuzzmovies est l’un des albums de stoner les plus cool et jouissifs de l’année, et montre que High On Wheels est une formation à suivre.

#58 ex aequo Aorlhac – Pierres Brûlées (Les Acteurs de l’Ombre) (France)

Né en 2007 dans la citadelle d’Aurillac, entre les volcans d’Auvergne, les Monts d’Aubrac et les plateaux hostiles du Carladez, Aorlhac (du nom occitan d’Aurillac) propose un black metal pagan des origines centré autour d’un amour immodéré pour la région. Quatrième opus du combo, Pierre Brûlées propose un voyage dans une terre marquée par le travail des forces telluriques. Culturellement enraciné dans les terres cantaliennes et dans la vénération de chaque recoin de sa région, le groupe propose une heure d’un black metal primitif blindé de blast, de guitares surmenées et de hurlements viscéraux. C’est clair, net, précis, chirurgical, à la fois infernal et furieusement mélodique. Seul un superbe interlude éthéré acoustique propose une légère pause respiration. Avec Aorlhac se retrouvent valorisés des paysages hostiles mais d’une beauté folle, comme la musique du groupe en somme. Laissez-vous tenter par la force des pierres brûlées.

#58 Diablation – Allégeance (Antiq Records) (France)

Diablation est né en 2020 de l’union de Vicomte Vampyr Arkames (Ad Inferna et ex-chanteur de Seth, notamment sur le culte « Les Blessures de l’Âme« ) et du guitariste-claviériste compositeur Yann Ferlaak alias V. Orias A. (Ad Inferna et ex-guitariste de De Profundis), deux artisans solides du metal noir français, auxquels se sont rajoutés le bassiste Hyde et le batteur VNA. Allégeance est le premier album du combo qui propose un black metal grandiloquent, sauvage, malsain et lugubre au chant très particulier entre chant black pur et spoken word incantatoire, ode aux créatures de la nuit aux crocs pointus le tout en français et sur des textes très littéraires, composant une philosophie à la noirceur sépulcrale. Un black metal vampirique prenant sa source aux origines même d’un genre dont le groupe le plus « grand public » répond au nom de Cradle of Filth. Allégeance sonne comme la promesse d’une mortalité qui n’existe plus, de la fin de la chaleur d’un corps, d’un voyage par les airs accompagnés d’une armée de serviteurs du célèbre Comte de Transylvanie. Toute résistance est inutile, car tel le chant des sirènes, celui des ténèbres est séduisant, inexorable. Aussitôt la touche play appuyée, on ne peut y échapper.

#57 Garbage – No Gods No Masters (Stun Volume/Infectious Music) (USA)

Après un premier album culturisme, la discographie de Garbage a connu des hauts et des bas avec des albums certes pas marquants en eux-mêmes mais contenant presque à chaque fois des morceaux magistraux voire mémorables. En 2012, Not Your Kind of People, bardé de pépites se hisse presque à la hauteur du premier opus. Puis vient un Strange Little Birds plutôt anecdotique. 5 ans après, Garbage sort sa septième galette. Dopés par l’envie d’en découdre et un contexte social qui a donné envie de tremper la plume dans la plaie, Garbage sort No Gods No Masters comme un pavé dans la gueule, un poing levé avec pour étendard « ni dieu ni maître ». Avec des titres comme Waiting for God, Godhead ou encore A Woman Destroyed, Shirley Manson multiplie les coups dans les burnes avec classe et talent, une Shirley Manson à son meilleur niveau, tout comme Butch Vig qui nous sort des compositions audacieuses (suffit d’écouter l’intro hallucinée de The Men Who Rule The World). De ballades hypnotiques en missiles rock indus, Garbage nous régale. Et quand les réjouissances semblent s’arrêter, la deuxième galette de l’édition deluxe donne des friandises supplémentaires avec de superbes duos comme celui avec Brody Dalle des Distillers ou des covers de très bonne facture (Starman, Because The Night). 1h21 après, on se demande naturellement : No Gods No Masters est-il l’égal du premier Garbage voire le dépasse ? La question mérite d’être posée.

#56 Face To Face – No Way Out But Through (Fat Wreck Records) (USA)

En dehors du superbe acoustique Hold Fast qui reprenait les titres du groupe version unplugged, il aura fallu attendre 5 ans pour avoir un nouvel album de Face To Face. Et l’attente a été récompensée avec ce No Way Out But Through, un des meilleurs skeuds du combo californien. Pour leurs 30 ans d’existence, les gars ont la pêche de jeunes premier. Ça joue vite, la ligne de basse est plus belle que jamais, la gratte est toujours plus accrocheuse, c’est hyper pêchu et la puissante et chaleureuse voix de Trever Keith (l’une des plus belles voix masculines du punk US avec Tim Armstrong et Mike Ness) est toujours aussi prenante. Et pour couronner le tout, la prod’ aux petits oignons magnifie chaque morceau pour faire de ce Face To Face un des bijoux punks de l’année.

#55 Weedpecker – IV: The Stream of Forgotten Thoughts (Stickman Records) (Pologne)

Quatrième opus pour Weedpecker, encore une fois orné d’une superbe pochette (les albums du groupe bénéficient à chaque fois de superbes artworks). Weedpecker fait dans le stoner bien (hyper) psychédélique, avec une musique qui porte franchement à croire que les compos n’ont pas été signées à jeun tant ça fourmille d’idées et d’une créativité foisonnante, au point qu’on en vient à se demander à l’écoute de l’album, si l’hallucination n’est pas communicative. Elégant et parfaitement maitrisé, IV The Stream of Forgotten Thoughts est un temps fort de l’année stoner 2021.

#54 Dropkick Murphys – Turn Up That Dial (Born & Bred Records) (USA)

Les Dropkick Murphys font ce qu’ils font de mieux depuis Going Out In Style (oui, c’est un album charnière puisqu’ils sont partis d’un street punk par moments celtique vers un celtic punk pur et dur), un celtic punk racé et fortement ancré dans leur ville de Boston, régulièrement citée et qui aura de nouveau droit à une chanson : City By The Sea. Pour autant, les Dropkick n’en oublient pas l’esprit et l’énergie punk des débuts avec le fun Mick Jones Nicked My Pudding, le simple et efficace Middle Finger ou encore l’hymne Smash Shit Up. On a droit aussi au pures pub song qui sentent bon le whisky irlandais et la Guinness: Turn Up That Dial qui donnent envie de danser sur les tables, L-EE-B-O-Y et son refrain simple à chanter à tue-tête, le fédérateur H.B.D.M.F. ou encore le fédérateur Chosen Few. Comme souvent, l’émotion est palpable le temps d’un morceau, et cette fois, c’est le chanteur Al Barr qui dit adieu à son père récemment disparu dans I Wish You Were Here (et non, c’est pas une cover des Floyd) avec toute l’orchestration celtique qui va bien, un moment suspendu et sincère qui rejoint 4-15-13, 1953, ou encore Green Field of France dans les moments où Dropkick Murphys donnent des frissons et des larmes. Des frissons, des rires, des larmes et surtout beaucoup de plaisir. Encore une fois, Dropkick Murphys remplit sa mission avec brio.

#53 Kadavar & Elder – ELDOVAR: A Story of Darkness & Light (Robotor Records) (Allemagne/USA)

Respectivement un an après The Isolation Tapes et un an et demi après The Omen, les Allemands de Kadavar et les Américains d’Elder sortent l’album ELDOVAR A Story of Darkness & Light, fruit d’une collaboration entre les deux groupes. Deux groupes qui, après avoir évolué dans un stoner vintage psychédélique ont opéré un léger changement de son. ELDOVAR s’inscrit dans ce changement de registre, un album scindé en deux parties, l’une plus acoustique, limite folkisante, l’autre plus mystérieuse et mélancolique. Le duo de groupe va plonger l’auditeur dans une lente progression dont l’apogée fait écho au Pink Floyd période Dark Side of the Moon. Au final, A Story of Darkness & Light est un superbe album mariant bien les ambiances, riche et élégant, dont il serait criminel de passer à côté.

#52 Orbit Culture – Nija (Seek & Strike) (Suède)

Orbit Culture est un groupe suédois formé en 2013 et qui évolue entre groove metal et death mélodique avec des touches d’indus. Après deux albums, le line-up a été changé au niveau du guitariste lead et du bassiste, avant un remplacement aux fûts en 2019. C’est donc avec une nouvelle ossature qu’Orbit Culture sort Nija. Le chanteur Niklas Karlsson a connu de sérieux drames dans sa vie, dont le suicide de deux amis quand il avait 18 ans qui l’a profondément marqué et l’écriture de Nija (pour lequel il a écrit les paroles et signé les compositions instrumentales, en plus d’assurer le mix et la production) a été un exutoire. D’ailleurs, le triptyque Nensha, Rebirth et The Shadowing traite des troubles obsessionnels compulsifs. Un Karlsson dont les capacités vocales impressionnent, entre growl profond et puissant et chant clair parfaitement maitrisé, sonnant par moments comme le jumeau vocal parfait du James Hetfield d’And Justice For All et du Black Album. Cette ressemblance est encore plus frappante dans le morceau Behold, fausse ballade qui commence en douceur avec des accords acoustiques pour finir en explosion de fureur. Chaque morceau est une grosse mandale magnifiée par un mix énorme dans la lignée du metal moderne, ainsi que des groupes comme Dagoba, avec une grosse mise en avant de la batterie (ce qui tombe bien parce que Christopher Wallerstedt offre une palette riche et une frappe bien bourrine qui fait penser à Franky Costanza). On note aussi des influences comme Lamb of God tant dans le groove que dans le growl, mais aussi Gojira (Orbit Culture avouera d’ailleurs en interview qu’ils sont fans des landais et qu’ils les ont beaucoup écoutés pendant l’enregistrement) jusque dans certains riffs. Nija est une succession de mandales magnifiquement produites et mixées.

#51 Opprobre – Fragments de Destinée (Klonosphère) (France)

Toute la scène post-black française n’est pas basée à Paris. Opprobre est une formation venue de Montpellier. Fragments de Destinée, c’est la seconde offrande du groupe, sortie cette fois chez le puits de talents qu’est Klonosphere, label qui n’en finit plus d’élargir son horizon. Opprobre distille un post-black tendant vers un post-metal avec un duo de voix chant clair/shriek et une orchestration presque prog’, des morceaux fleuves et complexes. Une musique riche et complexes, foisonnant d’idées et à l’ambiance chargée.

#50 Monster Magnet – A Better Dystopia (Napalm Records) (USA)

Depuis leurs premier EP en 1990, Monster Magnet a toujours sorti des albums avec une régularité métronomique, se nourrissant de l’asphalte avalée lors de tournées pour composer l’album suivant. Seulement, le contexte sanitaire s’en est mêlé et les Newjersyens, sortis tout juste de la tournée de Mindfucker se sont retrouvés confinés. Composer un nouvel opus ? Dave Wyndorf et sa bande n’en ont pas trop envie, entre la pandémie et la situation sociale flippante aux USA…. Et les trucs sur Zoom ou les jams par youtube, c’est pas trop leur came, alors le quintet décide de rendre hommage, via un cover album, aux groupes qui l’ont influencé. Qui connait Monster Magnet sait que, outre sa mascotte (Bull-God) hyper badass et leur musique stoner cool, élégante, Monster Magnet a déjà glissé çà et là des covers dans leurs albums. Ce n’est donc pas une nouveauté pour le groupe. Et les mecs n’ont pas voulu faire dans la facilité avec des titres populaires ou des reprises de légendes du rock. La sélection est carrément plus pointue, et (en dehors d’Hawkwind, groupe le plus connu de la sélection) seuls les experts en rock psychédélique de fin 60-début 70 connaitront les artistes repris. A Better Dystopia, c’est du pur Monster Magnet, un rock psychédélique racé, riche en envolées lyriques planantes. Hommage à une époque charnière, A Better Dystopia est la bande son d’une période ravagée par l’angoisse de la guerre du Vietnam, des tensions raciales, de la folie meurtrière de la famille Manson et où le LSD représentait une échappatoire. Ou comment exorciser l’époque dystopique actuelle par une plus ancienne.

#49 Noctambulist – Noctambulist I : Elegieën (Northern Silence Productions) (Pays-Bas)

Sous cette pochette fraiche et bucolique se cache le premier album de Noctambulist, groupe hollandais mêlant post-black metal et black metal atmosphérique (à ne pas confondre avec Noctambulist, groupe américain de black-death). Formé en 2016, Noctambulist est un quintet (dont 3 guitaristes) composé de mecs qui ont pas mal exploré les différents genres de metal par le passé. Le bassiste chanteur Sam C.A. vient du heavy/thrash. Le chanteur et guitariste J.D. Kaye a exercé dans un groupe de death mélodique/deathcore. Le second guitariste Stef Heesakkers joue également dans Treurwilg (tout comme le batteur) qui fait du doom-death mélodique et a joué dans un groupe de metal prog. Quant au batteur, Mitchell Scheerder, il a fait du powerviolence, du grindcore, et du power metal. Une expérience et une polyvalence qui se ressent au sein des morceaux de ce premier Noctambulist, qui alterne les moments furieux et les plages contemplatives inspirées notamment par le shoegaze et d’une beauté folle. Des moments suspendus où Scheerder calme le rythme vers une lenteur doomeuse. On n’est pas forcément devant quelques choses de joyeux, n’attendez pas des bataves qu’ils fassent danser sur les tables. Ici, on est dans l’émotion pure, dans ce qu’elle a de plus primal. Un album à fleur de peau qui appelle à la transcendance.

#48 Funeral Mist – Deiform (Norma Evangelium Diaboli) (Suède)

Premier groupe devenu side-project d’Arioch, chanteur qui officie depuis 2004 sous le nom de Mortuus chez Marduk, Funeral Mist traine ses guêtres depuis 1993 et n’a fait que peu de sorties, mais quelles sorties. Fidèle à la vieille école scandinave, Funeral Mist, c’est un black metal martial, sauvage et brutal, qui envoie mêle chœurs liturgiques cérémonieux et imprécations maléfiques, qui envoie du blast beat de marteau piqueur, qui tremolo-pick à mort, martyrise les guitares et se corpse painte. Un black metal sculpté dans le bois, la pierre et le fer, gravé dans les chairs, écrit en lettre de sang, forgé dans les entrailles de l’Enfer. Un Black Metal qui jure allégeance au Malin, qui exhale le souffle de la Bête, convoque des entités démoniaques et fait s’accoupler la Vierge et le Bouc. Un black metal à la croix renversé, viscéral, gorgé de hargne et de misanthropie, la bande-son impie, blasphématoire, implacable et puissante d’une Apocalypse où les ténèbres recouvriraient la Terre, et où règneraient les anges déchus.

#47 Mork – Katedralen (Peaceville Records) (Norvège)

Mork est une one-man band de black metal Norvégien mené par Thomas Eriksen, chanteur multi-instrumentiste venu du rock alternatif. Avec plusieurs albums salués, Mork s’est imposé petit à petit comme un incontournable au point de signer sur le label anglais Peaceville Records. Pas franchement venu pour se tourner les pouces, Mork sort un cinquième opus, à peine deux ans après le précédent. Illustré, comme le précédent, par le français David Thiérrée, Katedralen est un album de black à la scandinave, une véritable cérémonie funeste à l’atmosphère bien glauque. Ça commence et ça se termine au son bien puissant d’orgues de cathédrale joués par Eero Pöyry de Skepticism. Un album sur lequel figurent également les guests Nocturno Culto de Darkthrone sur Svartmalt à la rythmique punkisante et Dolk de Kampfar sur Født til å herske. Ici règne un parfum de black metal old school, comme un retour aux débuts des 90s (Svartmalt en est un parfait exemple). Entre hurlements démoniaques et chants harmoniques, Eriksen couvre une palette vocale intéressante. Musicien complet, il alterne grattes dissonante et grosse basse sur Evig intens smerte, et part sur un style plus black n’roll sur Det siste gode i meg. Et puis il y a ce final, De fortapte sjelers katedral, long de 9’28 qui alterne violence brute et plage plus atmo avec solis de guitare limite heavy de toute beauté. L’année black metal était déjà riche en très bonnes sorties, Katedralen ne fait pas exception. Un opus radical, sans concession aucune qui se pose naturellement dans le très haut du panier, tout comme son auteur qui, en quelques années, a montré qu’il tutoyait les plus grands. Oh hi Mork!

#46 Blindfolded And Led To The Woods – Nighmare Withdrawals (Landmine Records) (Nouvelle-Zélande)

Avec son nom un brin macabre (Les Yeux Bandés et Conduit Au Bois), on se doute que Blindfolded And Led To The Woods n’allait pas nous chanter la mélodie du bonheur. Originaire de Christchurch, fondé en 2010, le quintet a commencé par du deathcore aux paroles teintée d’humour avant de partir vers du death metal technique. Avec ce death metal déstructuré et schizophrénique, on peut pas dire que nos kiwis font dans l’accessible, bien au contraire. Sur leur troisième album Nightmare Withdrawals, c’est une ambiance malsaine et aux confins de la folie furieuse dans laquelle nous sommes plongés. La paire de gratteux Stuart Minchington/Ben Atkinson (ce dernier étant la nouvelle recrue pour cet album) multiplie les riffs ravageurs et les dissonances pour nous maintenir dans une sensation de malaise. Agressive en diable (avec en prime un batteur sûrement doté de six bras et huit jambes, ultra-rapide), la musique des néo-z nous offre que très peu de répit, avec de temps en temps des breaks de mammouth vers de courtes plages contemplatives. Pour les accompagner dans ce délire, Karl Sanders de Nile vient poser son growl profond sur Atop the Wings of a Magpie (l’association entre l’enragé Stace Fifield et Sanders fait merveille) et Callum Gay de Spook The Horses vient contribuer au côté post-metal extrême de Lucid Visitations. Blindé de fulgurances et de morceaux de bravoure (en premier lieu The Inevitable Fate of the Universe, …and You Will Try to Speak, Atop the Wings of a Magpie, The Obscured Witness et Rorschach and Delirium), riche et complexe, mais généreux en diable, Nightmare Withdrawals est probablement l’un des albums de death les moins conventionnels et les plus passionnants.

#45 ex aequo Greta Van Fleet – The Battle at Garden’s Gate (Republic Records/Lava) (USA)

La scène blues-rock 60’s/70’s revival actuelle nous aura livré des excellents groupes à la discographie blindée de pépites comme Rival Sons, Blues Pills, The Temperance Movement pour les connus, Simo, The Vintage Caravan, The Picturebooks, Dirty South pour les plus confidentiels et tout aussi bons. Mais un groupe connait une trajectoire fulgurante malgré un bashing incompréhensible : Greta Van Fleet. Leur tort ? Avoir un style qui fait penser à Led Zeppelin au point que les médias les ont taxés de nouveaux Led Zep, ce qui a fait pas mal grincer les dents. Et c’est dommage parce qu’après deux EP remarqués et un premier album remarquable, le quartet composé aux 3/4 par les frangins Kiszka signe un deuxième album, The Battle at Garden’s Gate. Sur ce nouvel opus, le groupe gagne encore plus en élégance, en travail sur leur musique avec une production élégante et racée. Aux côtés de Led Zep’, se côtoient les Wings ou encore le fantôme de Janis Joplin et ses formations. The Battle at Garden’s Gate est une plongée dans l’histoire, sans verser dans le trip opportuniste. Ici, on sent réellement la sincérité de la démarche, on sait que les garçons ont baigné dans cette époque durant leur enfance. Ils jouent et chantent avec les tripes et livrent 12 pépites à faire frétiller les tympans des mélomanes nostalgiques. 12 titres aux structures aussi surprenantes qu’intelligentes, où l’orchestration n’a d’égal que la voix hors normes de Josh Kiszka. 12 ogives hyper cinématographiques où on sent que la part belle a été laissée à l’improvisation. Greta Van Fleet frappe encore plus fort qu’avant et s’impose dorénavant comme un incontournable de la scène.

#45 Haunt – Beautiful Distraction (auto-production) (USA)

Avec son évolution et des sous-genres récents absolument inécoutables, des mariages de saveur atroces (coucou le trap metal qui est probablement une des pires merdes inventées avec la tektonik) et je ne mentionne même pas les actualités extra-musicales récentes, j’en viens à me poser des questions, douter et me demander ce qui me fait aimer à ce point le metal et avec convictions. Et puis Beautiful Distraction, dès les premières secondes, m’apporte les réponses. Dès l’intro du premier morceau, « Beautiful Distraction« , ça sonne comme une évidence : rarement un genre ne me mettra les poils comme ça. Dans un paysage peu reluisant qui annonce un avenir difficile pour un genre qui a plus de 50 ans et où des mariages douteux s’opèrent de plus en plus sous couvert de modernité, HAUNT préfère s’ancrer dans le passé, sans pour autant être dans un trip qu’on peut qualifier d’opportuniste qui consisterait à surfer sur la vague 80’s juste dans un délire marketing. Derrière HAUNT se cache Trevor William Church, fils de Bill Church qui a fait de la basse pour Sammy Hagar. Tout porte donc à croire que le monsieur a écouté pas mal de hard rock et de metal old-school dans sa jeunesse, et sa musique transpire la sincérité. Haunt signe avec « Beautiful Distraction » une nouvelle madeleine de Proust en état de grâce. Une friandise électrique, endiablée, catchy qui colle la banane. Une musique certes pas révolutionnaire (et qui ne cherche pas à l’être) mais d’une efficacité imparable. Le genre d’album qui donne envie de ne plus se poser de question, et de tracer la route en secouant la nuque.

#44 exaequo King Buffalo – The Burden of Restlessness (auto-production) (USA)

Ouh la zoulie pochette, c’est l’allégorie d’un homme qui a fait un marathon de films de Julien Leclercq ou lu un livre de philosophie écrit par Hanouna ? Ah non c’est la pochette réalisée par Zdzisław Beksiński, artiste polyvalent, pour le troisième album des Américains de King Buffalo, un gros morceau de stoner psychédélique dont la grandiloquence des morceaux, le travail de composition et la musique en elle-même rappellent les grandes œuvres de Monster Magnet. Au total, 40 minutes de voyage halluciné, de plages stratosphériques, de boucles envoûtantes, de mélodies entêtantes et d’un rock à la fois vintage et résolument moderne mais toujours d’une classe folle. Un indispensable pour tout amateur du genre.

 #44 King Buffalo – Acheron (auto-production) (USA)

Quelques mois à peine après the Burden of Restlessness, King Buffalo signe le deuxième volet d’une trilogie qui se conclura en 2022. Acheron c’est 4 titres pour 40 minutes (ce n’est donc pas un EP) enregistrés (et filmés façon live) dans une grotte souterraine (rien que ça). Encore une fois, King Buffalo livre une œuvre racée et élégante, blindée d’envolées lyriques qui n’auraient pas dépareillé sur certains albums de Monster Magnet, le tout mené par la voix chaleureuse de Sean McVay. Au final, on oscille entre un stoner pur jus et un prog floydien au niveau du travail de compos et des plages atmos bien planante. Ce groupe est décidément une mine d’or.

#43 Néfastes – Scumanity (Source Atone Records) (France)

Vous avez remarqué comment l’époque actuelle est propice aux albums joyeux et centrés sur l’amour de son prochain ? C’est dans cet état d’esprit que Julien Truchan s’est retrouvé avec Liem N’Guyen et Olivier Gabriel, deux anciens de la maison Benighted. Alors que Benighted est un des incontournables de la scène death moderne, il contenait des éléments black metal dans son premier album. C’est dans cet univers là qu’évolue Néfastes, d’abord pensé comme un énorme défouloir mais devant l’engouement suscité par les quelques titres sortis, un album s’imposait. C’est ainsi que naquit Scumanity, concentré de misanthropie viscérale, de dégoût pour l’humanité et de noirceur. Un black brutal dans le pur style de l’école suédoise de Marduk (à l’exception de Carved Into the Flesh lorgnant plutôt vers l’école norvégienne). Maître incontesté du chant brutal death mêlé de pig-squeal, Julien Truchan impressionne en s’époumonnant comme un damné dans un registre black avec lequel il est parfaitement à l’aise. Enregistrée dans des conditions particulières dignes d’une certaine scène du film Metalhead, sa voix n’en est que plus démoniaque encore, et participe pleinement à la réussite de ce Scumanity, album séminal prévu comme un one shot et classique instantané du metal noir hexagonal.

#42 Fractal Universe – The Impassable Horizon (Metal Blade Records) (France)

Formés en 2013, les Nancéens de Fractal Universe a sorti un premier EP en 2015 puis un album tous les 2 ans. Troisième album du groupe, The Impassable Horizon bénéficie d’une production sublime soulignant autant la batterie Massive qu’une orchestration fine et virtuose. Fractal Universe, c’est du death metal technique (sans virer à l’extrême comme Obscura fait par moments) que mélodique. Les morceaux sont riches et généreux, alliant voix rugueuse et chant clair du plus bel effet, hargne pure et envolées atmosphériques magiques blindées de solis et de riffs élégants, de volutes de saxo et de cassures rythmiques. Dans le genre, cet album est une merveille.

#41 ex aequo Lewis – Inside (Klonosphere/Season Of Mist) (France)

Diplômé en psychologie clinique spécialisé dans la psychologie de la musique, Lewis Féraud a fondé plusieurs groupes en bourlinguant entre la France et le Canada avant de former le groupe Tense of Fools, où il officie encore. Songwriter, chanteur multi-instrumentiste, il sort son premier album, Inside, sur le label Klonosphere. Inside comme une introspection cathartique après une douloureuse expérience dans sa vie d’homme. Lewis, c’est une musique difficilement classable, pas toujours accessible, à la croisée d’influences comme Pink Floyd, Jeff Buckley ou Steven Wilson. Inside est un OVNI, album singulier s’il en est, et une preuve de l’attachement du label Klonosphere aux projets audacieux. Lewis, disons-le, a un bel avenir devant lui.

#41 Akiavel – Vae Victis (Akia Records) (France)

Formé en 2018 dans le sud de la France, Akiavel connait une montée en puissance spectaculaire. Après un EP, le quatuor a enchainé sur un premier album. Intitulé « V », il était centré autour des cinq blessures de l’âme. Sorti à quelques semaines d’un premier confinement qui a mis le monde en pause forcée, « V » n’a pu être défendu sur scène. Qu’à cela ne tienne, au lieu de ronger son frein, nos quatre lascars se sont mis en mode écriture et composition (ce qui change de toutes les activités qu’on a pu faire dans cette période). De cette productivité naît un second album, intitulé « Væ Victis ». Akiavel explore à nouveau la psychologie, cette fois-ci à travers les tueurs en série. Pas d’apologie du meurtre, loin de là, mais un vrai travail de profilage sur des éléments qui ont poussé le passage à l’acte, ainsi qu’un hommage aux victimes. Alors que son prédécesseur montrait un quatuor d’une impressionnante maturité et d’un très grand savoir-faire, « Vae Victis » monte encore de plusieurs crans. Porté par le growl caverneux et puissant d’Auré qui, en plus, élargit sa palette, des murmures inquiétants en français sur « Matrimonial Advertisements » en passant par un chant clair du plus bel effet sur « The Lady of Death« , les riffs assassins de Chris, la frappe d’un Butch qui allie puissance, technique, et variation de rythme ou de la basse monstrueuse de Jay, « Væ Victis » est un véritable travail d’orfèvre, une œuvre aboutie, riche, complexe et passionnante.

#40 Scarred – Scarred (Klonosphere) (Luxembourg)

Le Luxembourg n’est pas qu’un paradis fiscal où travaillent des traders, c’est aussi un pays qui a une scène metal qui…… bon, on ne va pas se cacher, le Luxembourg c’est pas le genre d’endroit où on s’imagine qu’il y a d’autres groupes que des mecs qui jouent avec un polo noué autour du cou et qui grattent des guitares avec des billets de 500€ en guise de mediator. C’est de là que nous vient Scarred, groupe fondé en 2000 (sous le nom de Requiem, avant de devenir Scarred en 2003) qui, après un premier album auto-produit en 2009, a signé chez Klonosphere pour un deuxième album en 2013. Il a fallu attendre 8 ans et un changement de line-up avant que les luxembourgeois livrent un troisième effort. Comme pour marquer cette nouvelle ère (nouveau chanteur, nouveau guitariste), ce troisième album est éponyme. La magnifique pochette s’inscrit dans le registre apprécié par les groupes de metal prog. Il faut dire que Scarred, bien qu’étiqueté death metal, ne fait pas dans le bourrin pur et dur. On cite des influences comme Gojira ou Meshuggah, et à l’écoute de Scarred, on le ressent, bien que ce serait un brin réducteur. Titre après titres, Scarred enfile tellement de perles une après l’autre qu’ils pourraient fabriquer des colliers et les revendre en bijouterie. Solide musicalement comme au niveau de la voix puissante et rocailleuse de Yann Dalscheid, Scarred propose une musique qui ne fait pas dans la dentelle tout en soignant l’aspect mélodique et offre de belles trouvailles.

#39 Los Males Del Mundo – Descent Towards Death (Argentine)

Los Males Del Mundo est un groupe de black metal formé en 2016 et venu tout droit, non de Norvège, de Suède, de France ou des USA, mais d’Argentine, pays plus connu pour son tango et ses empanadas que pour son black metal. Aidés par l’allemand Nikita Kamprad de Der Weg Einer Freiheit, Los Males Del Mundo sort son premier album, Descent Towards Death, et répand 40 minutes durant tous les maux de la terre telle une boîte de Pandore infernal. Un black metal d’une noirceur absolue, concentré de haine et de colère sur fond de riffs torturés, de samples en espagnol et de beuglantes démoniaques. Descent Towards Death est sans conteste une première œuvre explosive d’un groupe à suivre de très près.

#38 ex aequo Seth – La Morsure du Christ (Season of Mist) (France)

Huit ans après The Howling Spirit, Seth revient avec un sixième album qui sonne comme un retour dans le style des Blessures de L’Âme. Nouvel album, nouveau line-up également. Depuis 1995, le groupe a pas mal muté et connu un split entre 2005 et 2011. Le batteur Alsvid et le guitariste et Heimoth (également bassiste du supergroupe Sinsaenum) restent les seuls membres d’origine. Auxquels on rajoute maintenant Saint Vincent (Vorkreist, Blacklodge, The Arrival of Satan) au chant, Pierre Le Pape (Melted Space) aux claviers, Esx Vnr (Vorkreist, ex-Merrimack, ex-Purge, ex-Glorior Belli) à la basse et Drakhian (ex-Loudblast) à la guitare. La magnifique couverture de l’album est signée Leoncio Harmr et représente Notre-Dame de Paris en flamme. Le groupe y voit un symbole du déclin de la religion dans un monde sans Dieux. C’est un peu le gros thème de l’album qui aborde des thématiques classiques pour un album de black metal. La musique de Seth est rapide avec un batteur au niveau démentiel et tout le reste au diapason, un black metal technique mais qui ne vire pas au branlage de manche, des claviers atmosphériques, des textes intégralement en français hurlés par un damné. Prenant de bout en bout, La Morsure du Christ se fait spectaculaire à plusieurs reprises.

#38 Borgne – Temps Morts (Les Acteurs de L’Ombre) (Suisse)

Un an après Y, les suisses de Borgne sortent leur dixième album en 23 ans de carrière. Temps Morts peut se voir comme la suite logique de Y, à ceci près que les helvètes ne s’aventurent que peu dans les registres techno/drum-n-bass pures, à l’exception de l’avant dernière piste Even if the Devil Sings Into My Ears Again (le groupe a le chic pour trouver des titres de chanson qui claquent), véritable teuf (dans le sens de l’autre nom pour désigner une rave) en Enfer. Ça commence très fort avec To Cut The Flesh and Feel Nothing But Stillness et c’est parti pour 1h13 de pure noirceur putride et de délicieuse violence, le tout assuré de main de maître par Bornyhake, maître de cette cérémonie obscure aux vocalises inquiétantes et à la polyvalence bluffantes aux instruments, encore une fois très bien accompagné par sa muse Lady Kaos et son clavier funeste. Une musique froide, martiale, impitoyable qui vous prend à la gorge et nous lâche que peu. Après un Y excellent, Borgne hausse encore le niveau de jeu avec une musique pas franchement accessible mais ô combien grandiose. Encore une fois, l’immersion est totale. Bref, de nouveau, à la fin, ce sont les Suisses qui gagnent.

#37 exaequo At The Gates – The Nightmare of Being (Century Media Records) (Suède)

Faisant figure de patrons de la scène death depuis les 90s aux côtés de leurs coreligionnaires In Flames ou encore Dark Tranquillity, At The Gates revient avec un septième album, trois ans après l’excellent To Drink From The Night Itself. The Nightmare of Being continue à œuvrer dans ce death mélodique massif, aux instrumentations riches et tendant par moments vers le prog’ avec même des incrustations de saxo, des riffs inventifs et la voix hargneuse de Tomas Lindberg, des passages incisifs et d’autres plus atmosphériques. Toujours aussi réussi, inspiré de bout en bout, le death d’At The Gates fait de nouveau mouche et continue d’être gage d’excellence.

#37 Fear Factory – Agression Continuum (Nuclear Blast) (USA)

Six ans se sont écoulés depuis la sortie du monstrueux Genexus. Depuis, le groupe a fait plus parler de lui pour des embrouilles judiciaires puis le départ en claquant la porte de Burton C. Bell, revenu dans le giron de son side-project Ascension of the Watchers, avec lequel il a sorti un album franchement moyen et anecdotique en 2020. Par chance, Bell avait enregistré les parties vocales d’Agression Continuum. Aussi, ce dixième album est l’occasion de dire au revoir à Burton C. Bell. Des au revoir sur un album où Fear Factory ne sort pas de sa zone de confort et qui s’inscrit comme un jumeau de Genexus (à l’exception qu’il n’y aucune « ballade » comme Expiration Date ou Enhanced Reality), gardant cette prod pharaonique et cette hargne. Agression Continuum se savoure donc comme un blockbuster de SF, blindé de morceaux de bravoure comme Disruptor, Purity, Fuel Injected Suicide Machine ou encore Monolith. Encore une fois, la triplette Cazares/Heller/Campos fait des étincelles, accompagnés par l’ex-Yes Igor Khoroshev dont les nappes de claviers ajoutent encore de la profondeur aux compositions. Fear Factory fait du Fear Factory et c’est toujours aussi bon. Amateurs d’univers de science-fiction dystopique, Fear Factory envoie à nouveau un fulguro-pain dans la gueule.

#36 Yur Mum – Tropical Fuzz (M&O Music) (Angleterre/Brésil)

Yur Mum est un power duo brésilien basé à Londres et composé de la chanteuse et bassiste Anelise Kunz et du batteur Fabio Couto. Depuis 2016, Yur Mum écume les scènes pour distiller le mix entre un punk énergique et un stoner abrasif (un peu comme ce que fait Bokassa) mixant des inspirations comme Fu Manchu et Kyuss à un registre à la L7, Distillers, Melvins ou Maid of Ace. Tropical Fuzz est le deuxième album du groupe, 34 minutes d’un stoner punk épicé, à l’énergie communicative. Pour qui a une baisse de moral en cette période de fête, mettez Tropical Fuzz tous potards à fond et laissez-vous aller, ça vaut tours les antidépresseurs du monde. Yur Mum devrait être remboursé par la sécurité sociale.

#35 Deafheaven – Infinite Granite (Sargent House) (USA)

Attention album qui divise, voire qui se suscite le rejet dans le public post-black. Il faut dire que si le blackgaze du précédent était bien atmosphérique, Infinite Granite part carrément dans le shoegaze pur et pur sur une bonne partie de l’album. Un album qui nécessite un total lâcher prise et incite à se mettre dans une bulle. Méditatif comme jamais, Deafheaven lâche les chiens dans le dernier morceau où les vocalises post-black surviennent dans un dernier sursaut de rage. A titre personnel, c’est du pur bonheur que cet album.

#34 Bokassa – Molotov Rocktail (Napalm Records) (Norvège)

Entrés dans la lumière pour avoir été le groupe qui a ouvert pour Metallica en 2019, les Norvégiens de Bokassa sortent leur troisième album à la pochette complètement WTF. Leur truc ? Ce sont les « rois du stonerpunk » et à écouter leur mix entre punk hardcore hyper énergique et stoner généreux on veut bien les croire. Molotov Rocktail est l’un des albums les patates, les plus généreux et jouissifs de l’année. Impossible de ne pas vouloir danser (même en bagnole), écraser le champignon, secouer les cheveux même quand on n’en a pas. Ne cherchez pas ailleurs si vous voulez un disque qui collera une monstrueuse banane sur le visage et dans le calbut.

#33 Hypocrisy – Worship (Nuclear Blast) (Suède)

Et de 14 pour Hypocrisy, 30 ans d’existence et figurant parmi les piliers du death mélodique suédois. Après huit ans d’absence, la bande à Peter Tägtgren, personnage incontournable de la scène, revient pour un album plus que solide, monstre de maîtrise et de puissance, aux riffs tortueux et élégants, d’une puissance mammouthesque et bénéficiant d’une production musclée, Worship est une branlée de grande classe, probablement un des derniers uppercuts de l’année

#32 ex aequo Rob Zombie – The Lunar Injection Kool Aid Eclipse Conspiracy (Nuclear Blast) (USA)

Si sur le plan qualitatif, la trajectoire de Rob Zombie réalisateur est déclinante depuis quelques films, force est de constater que sur le plan musical, l’ancien frontman de White Zombie et figure totémique du metal indus continue de marquer les esprits. Après The Electric Warlock Acid Witch Satanic Orgy Celebration Dispenser de bonne facture mais qui avait de quoi laisser perplexe, Rob Zombie signe un septième album de haute volée dont le seul mince défaut est le grand nombre d’interludes pour un album d’aussi courte durée, bien que certains sont très bons comme le lancinant instrumental The Much Talked of Metamorphosis. Pour le reste, Rob Zombie fait toujours autant preuve de créativité et d’originalité, à la fois dans son univers horrifique à l’ambiance série B et semblant infini que dans sa mise en musique. On a de l’indus pur jus qui finit en electro (The Triumph of King Freak (A Crypt of Preservation and Superstition)), du Rob Zombie classique (The Ballad of Sleazy Rider), comme des petites touches southern country bien crades (18th-Century Cannibals, Excitable Morlocks and a One-Way Ticket on the Ghost Train et sa plongée dans un train fantôme délirant), un blues à l’ambiance poisseuse (Boom-Boom-Boom) ou le limite punk indus The Satanic Rites of Blacula. Bref, encore une fois, c’est créatif, hyper bien orchestré, c’est une audacieuse célébration de l’étrange, de l’inquiétant mêlé au sexy bizarre et parfois malsain, le tout dans un emballage catchy, pêchu et même dansant.

#32 Wolves In The Throne Room – Primordial Arcana (Relapse Records) (USA)

Quatre ans après Thrice Woven, les Wolves In The Throne Room, piliers du black metal américain depuis plus de 15 ans, reviennent avec Primordial Arcana, septième album épique et infernal où l’ambiance comme la production ont été particulièrement soignées. En résulte un monstre de noirceur implacable et de rage. Puissant, précis, complexe, Primordial Arcana ne fait pas de détails, plonge l’auditeur dans un paysage hostile et ténébreux dont il ne ressortira pas indemne. Du très haut niveau.

#31 Der Weg Einer Freiheit – Noktvrn (Season of Mist) (Allemagne)

Pensé comme un duo par deux mecs venus du groupe de black Frostgrim puis ayant tâté du deathcore, Der Weg einer Freiheit a trouvé sa forme finale dès 2012 entre les albums Unstille et Stellar. Quatre ans après Finisterre, les germains sortent leur cinquième album. Voulu comme une recherche de la libération par l’art, le groupe possède un univers référentiel sortant du cadre habituel. Noktvrn est une référence à la série de pièces « Nocturnes » de Chopin. Un album plus audacieux encore que les autres efforts des teutons. Commençant avec l’instrumental tout en douceur Finisterre 2 et conclu par la ballade lancinante HavenNikita Kamprad change totalement de registre pour poser sa voix, Noktvrn se fend d’un morceau (Immortal) commençant comme du doom avant de lâcher les chiens. Pour le reste, c’est du pur black avec du blast beat, du tremolo picking, du shriek et autres joyeusetés plus classiques. Encore une fois, Der Weg Einer Freiheit sort de la zone de confort et encore une fois c’est un bijou à l’arrivée.

#30 Jerry Cantrell – Brighten (Auto-production) (USA)

Guitariste, compositeur et co-chanteur lead d’Alice In Chains, Jerry Cantrell se fait une troisième parenthèse solo, deux ans après celle de William DuVall. Tout comme son comparse, Jerry Cantrell opte pour un registre classic rock, voire country-rock, sauf que si la voix de DuVall n’est pas désagréable, celle de Jerry Cantrell c’est du diamant à l’état pur. Tout en délicatesse et en pudeur, Jerry Cantrell taille des pépites d’or, entre pistes presque entrainante et ballades stratosphériques, le tout avec ce côté intimiste qu’on a pu trouver dans le concert d’Alice In Chains au Hellfest en 2018. Entouré de Greg Puciato aux chœurs et harmonies, de Duff McKagan (Guns N’ Roses) à la basse, et de la paire Gil Sharone (Dillinger Escape Plan)/Abe Laboriel Jr aux fûts, Cantrell (dont la voix a donné aux plus beaux joyaux d’Alice In Chains depuis la reformation du groupe), nous offre un album cocon qui réconfortera autant qu’il collera autant les frissons (voire la larme) avec des titres superbes comme Black Hearts And Evil Done, Siren Song ou la cover aussi sobre que déchirante du Goodbye d’Elton John (extrait de Madman Across the Winter). Escapade dans les longues plaines américaines pour un road trip contemplatif, Brighten est un véritable bijou.

#29 Nature Morte – Messe Basse (Source Atone Records) (France)

C’est la pochette la plus improbables de l’année, mais elle résume tout à fait la démarche de Messe Basse, le deuxième opus de la formation parisienne Nature Morte. Comme tout groupe de post-black metal qui se respecte, Nature Morte a à cœur de redéfinir les contours du metal noir. Ici, l’élément black est la voix de Chris Richard, une voix démente et torturée comme si Richard se gargarisait à l’eau de javel trois fois par jour. Des cris démoniaques et obscurs comme venu de l’Au-Delà et qui tranche avec la musique que proposent Stevan Vasiljević et Vincent Bemer, une musique ouatée, éthérée, atmosphérique et contemplative qui nous emmène aux rares instants de pureté de notre existence. Le mélange des deux donne un album complexe, parfois difficilement saisissable mais d’une beauté et d’une profondeur insondables.

#28 Volbeat – Servant of the Mind (Vertigo Records) (Danemark)

Huitième album pour les Danois Volbeat, groupe dont la notoriété n’est plus à faire. Dire que c’est riche et varié relève d’un doux euphémisme tant les mecs ont l’air à l’aise dans n’importe quel style. Des sonorités orientalisantes ? OK Un petit accent limite power ? Pfff trop facile. Un rockabilly limite poppy entre deux morceaux de metal, léger et catchy avec un peu de piano ? Les doigts dans le nez. Un mélange rockabilly du plus bel effet ? A piece of cake salé. Faire une reprise des Cramps en chantant comme eux sans que ça fasse imitation ou parodie ? Easy peasy. Un hard rock bien senti avec une chanteur de pop qui serait bien calibré tout en restant de bonne tenue ? Même po peur. Revisiter un riff du Black Album de Metallica et en faire un autre très bon morceau ? Tranquillou bilou. Tout en Volbeat semble transpirer la facilité, et ceux grâce au talent et l’extrême versatilité de Michael Poulsen au chant et à la rythmique, de Rob, un des meilleurs gratteux soliste en activité ou encore du batteur Jon Larsen à la palette très riche. La musique de Volbeat n’aurait de limite que l’imagination du groupe et Servant of the Mind montre bien qu’elle est plutôt vaste. En résumé, non seulement c’est un excellent album mais également l’un des jouissifs, jubilatoires et enthousiasmants de l’année. De ceux qu’on a envie d’écouter à fond, encore et encore tant on a la pêche en l’écoutant.

#27 Vreid – Wild North West (Season Of Mist) (Norvège)

Vreid est né d’une tragédie, celle de la disparition de Terje « Valfar » Bakken, leader de Windir, mort en 2004 à l’âge de 25 ans d’une hypothermie alors qu’il se baladait dans les montagnes. 17 ans après, Vreid, constitué des survivants de Windir, sort son huitième album, accompagné cette fois d’un film. Wild North West est un concept-album sur la vie tortueuse d’un jeune homme voyageant dans ces paysages. Original dans son univers, c’est un album riche sur le plan musical. On a deux morceaux de black metal pur, obscurs, intenses et à l’ambiance pesante (Wolves at Sea et Spikes of God), un morceau un peu à part, à chant clair et mid-tempo (The Morning Red). Tout le reste est un black n’roll flamboyant, riche en morceaux de bravoure (Dased and Reduced et son refrain immédiat, Wild North West et son orgue inaugural sorti des films de la Hammer, ses changements de ton ou encore le monument Into the Mountains, véritable bijou). Musicalement de haute volée, généreux et cinématographique, Wild North West est indubitablement un des meilleurs albums de black de l’année, tenant à distance pas mal de concurrents.

#26 Harakiri For The Sky – Mære (AOP Records) (Autriche)

Cinquième effort pour Harakiri For The Sky, l’autre projet de J.J. du groupe Karg. Déjà en 2018, les Autrichiens avaient fait forte impression avec « Arson », là ils ont mis encore un cran au-dessus. Oscillant entre DSBM (à ne pas confondre avec BDSM comme quoi quand on change des lettres de place…) et post-black métal, Harakiri For The Sky s’inscrit dans cette veine progressive du black metal avec des morceaux oscillant (sauf un) entre 7 et 11 minutes, tout en alternance et cassures rythmiques. Sur Mære, pas mal de guests se signalent dont le chanteur anonyme de Gaerea sur Silver Needle//Golden Dawn, ou Neige d’Alcest sur Sing For the Damage We Done. Sommet de noirceur et de violence pure, chaque titre offre d’authentiques moments de grâce et de légèreté tout en élégance, comme cette intro acoustique du plus bel effet sur Time Is A Ghost. Harakiri For The Sky nous gratifie même d’une reprise pleine panache de Song to Say Goodbye de Placebo en guise de final. Riche et passionnant, Mære est impressionnant de maîtrise, ne cherchant jamais la facilité et se refusant à tout classicisme. C’est l’œuvre mâture d’un groupe qui s’affirme de plus en plus en incontournable de la scène européenne.

#25 ex aequo Voices – Breaking The Trauma Bond (Church Road Records) (Angleterre)

Derrière cette pochette magnifique, l’une des plus belle de l’année se cache la 4ème œuvre de Voices, groupe londonien fondé par des membres ou anciens membres d’Akercocke. Breaking the Trauma Bond est un album audacieux, étrange et ambitieux, fruit de la créativité sans limites et l’élégance d’un groupe qui propose une musique black/death progressive teintée d’avantgarde metal et de post-punk. Le chant clair rappellent celui du vocaliste de Bloody Hammers croise un registre plus rugueux. Le mariage des genres peut en dérouter certains mais la magie opère et au final on assiste à une œuvre hors-normes, casse-codes et majestueuse en tout point.

#25 Demande à la Poussière – Quiétude Hostile (My Kingdom Music) (France)

Avec sa pochette franchement flippante signée par la photographe Asphodel (bravo au passage), et son nom tiré d’un roman de John Fante, on sait que l’univers de Demande A La Poussière ne sera pas trop porté sur le funky. Après un premier album salué par la critique et les fans, Demande à la Poussière revient avec un second opus, Quiétude Hostile. Entre temps, le line-up a été remanié avec le départ de l’ex-The Great Old Ones Jeff Grimal. Un changement qui n’a pas eu d’impact sur la musique des Parisiens, toujours plus radicale et viscérale. Quiétude Hostile est plus une plongée dans la folie furieuse, un voyage dans des terres boueuses et embrumées où la lumière ne passe pas. Compacte, dense, angoissante, la musique de DALP ne laisse aucun espace pour respirer. Le chant passablement habité de Krys Fruit-Denhez, entre growls, supplications, murmures y est pour beaucoup, tout comme les riffs abrasifs et l’orchestration massive et pesante. La musique de DALP navigue entre black metal, post-hardcore, post-metal avec des remugles sludge crasseux et une pesanteur doomeuse. On ressort marqué jusqu’aux chairs et exsangue de cette véritable expérience sensorielle.

#24 ex aequo A.A. Williams – Songs From Isolation (Bella Union) (Angleterre)

Chanteuse évoluant dans des styles post-rock, dream pop et ambient, A.A. Williams connait une ascension fulgurante. Après un premier album salué sorti en 2020, l’Anglaise a été convié par le groupe MONO pour faire un split. En confinement, elle a décidé de relever un défi de ses fans, à savoir reprendre à sa sauce, les morceaux qu’ils choisissaient. Le résultat, intitulé Songs From Isolation, sort cette année. Tout d’abord, il faut saluer l’audace tant ce sont, pour plusieurs d’entre eux, soit des classiques immortels soit au moins des bien connus. Autant dire que le risque de décevoir est grand. Autre chose à saluer, la qualité des reprises. Sobre et minimaliste, Songs From Isolation fait ressortir le côté mélancolique des titres en question, même ceux où c’était pas franchement évident. Le résultat est tout simplement grandiose.

#24 Emma Ruth Rundle – Engine of Hell (Sargent House) (USA)

Habituée de projets nettement plus électriques, Emma Ruth Rundle livre, pour son cinquième effort, un album plus dépouillé sur une base guitare/voix (et parfois piano). Les thématiques ne sont assurément pas plus joyeuses et on retrouve un style similaire au dernier Chelsea Wolfe, mais c’est une œuvre cocon toute en délicatesse portée par une voix qui se fait caresse, idéale pour les longs dimanches pluvieux. Magnifique!

#23 Psykup – Hello Karma! (Les Amis de l’Autruche/Regarts) (France)

Quintet toulousain formé en 1995, Psykup créé une musique inclassable que la bande définit comme de l’Autruche Core. Avec 26 ans au compteur (dont 9 de pause) et cinq albums, on peut se dire qu’ils connaissent les ingrédients de leur recette, mais Psykup est imprévisible, on pourrait les rapprocher à du metal expérimental aux légers accents coreux, avec des notes de jazz, de prog, et de violence pure, ainsi qu’une inventivité à faire bander les dieux Mike Patton et Devin Townsend. Ecouter Psykup, c’est se faire à l’idée qu’on ne sait pas où le groupe va nous amener l’instant d’après et adorer cette sensation. Riche et inventive, blindée de trouvailles et d’autodérision, la musique de Psykup est d’une virtuosité instrumentale impressionnante.

#22 Negură Bunget – Zău (Lupus Lounge) (Roumanie)

Venu de Timisoara en Roumanie, Negură Bunget s’est imposé petit à petit comme une des figures de proue du black/folk metal d’Europe de l’Est. Dernier épisode la trilogie transylvanienne (après Tău et Zi) et pensé comme un hommage au batteur percussionniste fondateur Negru, mêle un folk pagan organique ancré profondément dans les paysages transylvaniens parsemés de chœurs éthérés à un post black atmo sauvage et d’une émotion à fleur de peau. Un album intense, sauvage et d’une pureté rare qui happera l’auditeur jusqu’à la dernière note.

#21 Cradle Of Filth – Existence Is Futile (Nuclear Blast) (Angleterre)

La pochette est pour le moins chargée avec des oiseaux qui sortent du cul d’une femme dévorée par un diable au milieu d’une orgie décadente avec en fond un monde qui s’embrase. Le 13ème album des anglais de Cradle of Filth tourne autour de l’existentialisme. Point de Sartre ici mais plutôt une vision désenchantée de l’existence mise en musique avec la grandiloquence de la musique théâtrale, entre black metal à l’exécution supersonique et élans gothiques symphoniques et opératiques dont le groupe a le secret, le tout porté par la voix hors-normes de Dani Filth, accompagné par les chœurs fantomatiques de la claviériste Anabelle Iratni (Devilment, Veile) et la narration de l’habitué Doug « Pinhead » Bradley, chef des Cénobites dans la saga Hellraiser qui signe sa 5ème collaboration avec le groupe. 30 ans après leurs début, Cradle of Filth signe un album majestueux, un mastodonte qui explose tout sur son passage.

#20 LizZard – Eroded (Pelagic Records) (France)

Sous cette couverture faisant penser à une œuvre d’art contemporain se cache le dernier album des franco-britanniques LizZard. Y a du 7 Weeks mais aussi du Alice In Chains, mais aussi tant de choses, du rock progressif abrasif avec parfois des touches de funk, d’autres fois des morceaux atmosphériques. Y a des albums qui s’écoutent, d’autres qui se vivent, et d’autres qui te procurent de telles sensations que le sexe tantrique peut ressembler à de vagues chatouilles à côté. C’est carrément un pur orgasme auditif, et un méga coup de cœur.

#19 The Black Keys – Delta Kream (Easy Eye Sound) (USA)

Deux ans après « Let’s Rock » orienté 100% rock, les Black Keys reviennent pour un 10ème album, « Delta Kream », cette fois composé de reprises de titres country blues de John Lee Hooker, Mississipi Fred McDowell, R.L. Burnside et Junior Kimbrough, mais à la sauce Black Keys, c’est à dire avec ce blues-rock efficace et d’une classe folle dans les arrangements. Retour aux sources des inspirations de leur début, Delta Kream a ce grain à l’ancienne, une production chaleureuse et ronde et une sensualité à fleur de peau qui n’a d’égal que le spleen qui s’en dégage. Au final, ce « Delta Kream », tout cover album qu’il est, est un bijou transpirant le sud par tous les pores, aussi sale dans l’esprit que raffiné dans la forme. Passer à côté de cet album serait un crime.

#18 ex aequo Converge & Chelsea Wolfe – Bloodmoon:I (Epitaph) (USA)

Étrange album que Bloodmoon: I, album de Converge signé avec Chelsea Wolfe accompagnée de son acolyte Ben Chisholm et de Stephen Brodsky de Cave In, fruit d’une envie née d’une tournée commune. Si on reconnaît sans mal la patte du combo de hardcore chaotique, force est de constater que Chelsea Wolfe rajoute une nouvelle corde à son arc. Parfois planant (Scorpion’s Sting, Blood Dawn), parfois concentré de pure rage Convergienne, souvent entre les deux avec des morceaux totalement imprévisibles et bipolaires. Bloodmoon: I ne ressemble à aucun autre album et permet à Chelsea Wolfe d’étirer ses capacités vocales sur des champs qu’elle n’avait pas exploré. Ambitieux, complexe, c’est un véritable OVNI qu’on se prend sur le coin de la gueule

#18 Mütterlein – Bring Down The Flags (Debemur Morti Productions) (France)

Lancé en 2014, Mütterlein projet solo de Marion Leclercq, ancienne bassiste d’Overmars. La Lyonnaise, psy de formation, s’est lancée dans l’aventure dans une démarche cathartique d’auto-analyse. Tenant son nom d’une chanson extraite de l’album « Desertshore », Mütterlein mêle black metal, musique indus, doom, noise et même post-punk. Rituelle et cathartique, d’une noirceur abyssale, douloureuse et généreuse, toujours riche et passionnante, la musique de Mütterlein appelle tous les superlatifs. « Bring Down The Flags » est une expérience sensorielle comme rarement la musique nous en offre, un album dont on ressort marqué et changé.

#17 Trivium – In the Court of the Dragon (Roadrunner Records) (USA)

Depuis Silence In The Snow, nombreux sont ceux qui avaient enterré Trivium et le métalleux étant têtu pas mal se sont détournés du groupe, faisant une croix sur deux très bons albums. Les mêmes ont été étonnés du niveau de In The Court of the Dragon. Pourtant pour peu qu’on ait écouté et apprécié What Dead Men Say, on a vu que le grand Trivium est de retour. En revanche ce qui impressionne vraiment, c’est que seulement 1 an et demi après What Dead Men Say et juste au sortie d’une tournée, la bande à Heafy sorte de nouveau un album de très haut niveau technique avec un Matt Heafy qui beugle encore plus fort et dont le registre clair offre une voix toujours aussi chaleureuse, avec une triplette Heafy/Beaulieu/Gregoletto qui tricotte plus vite et plus technique qu’une armée de retraitées sous LSD et avec Alex Bent mutant en mode supersonique et super technique. Bref, tout ce que j’ai dit sur What Dead Men Say mais avec une touche très Shogun-esque en plus. Bref, deux branlées en un an et demi, bien des groupes aimeraient en dire autant.

#16 Lantlos – Wildhund (Prophecy Records) (Allemagne)

Classés à l’origine dans la mouvance post-black metal, les germains de Lantlos ont muté vers un post-metal/shoegaze aérien. Leur 5ème album Wildhund s’inscrit dans cette évolution, avec des morceaux planants à souhait portés par une batterie arythmique, changeant régulièrement de registre, de tempo et de « partition » (énorme travail de Felix Wylezik aux fûts). Au chant et au tout-le-reste, Markus Siegenhort est tout bonnement impérial. Wildhund c’est 51 minutes en état de grâce, rien de moins.

#15 Me & That Man – New Man, New Songs, Same Shit Vol. 2 (Mystic Production) (Pologne)

Un an après le premier, Nergal de Behemoth revient avec son side-project blues Me and that Man et ce qui (on l’espère) deviendra un rendez-vous régulier; la jam session New Man, New Songs, Same Shit. Encore une fois, un casting de guests hallucinant, divers registres explorés, de l’outlaw country au blues à l’état brut en passant par le blues-rock limite southern, le folk, pour finir (à l’instar du premier morceau de l’album précédent) sur un rock limite funky énergique et jubilatoire. Des tubes en puissance, des collaborations superbes comme le duo avec David Vincent, le feat de Randy Blythe, une Alissa White-Gluz qui n’a rien à envier à Alicia Keys ou encore une Myrkur à la voix éthérée. Une réussite éclatante.

#14 Alien Weaponry – Tangaroa (Napalm Records) (Nouvelle-Zélande)

18 mois après , Alien Weaponry remet le couvert avec Tangaroa (du nom du dieu de la pêche et de la mer, ainsi que d’un cycle lunaire situé entre 8 et 14 jours après la pleine lune, jugé idéal pour la pêche), un album moins rêche et tendant parfois vers des inclinaisons prog. Un album viscéral, noir comme les plages de Karekare et Piha, vert comme le punamu et rouge comme le sang versé au cœur de batailles homériques. Impossible de m’en détacher pendant plusieurs jours.

#13 Trillionaire – Romulus (Nefarious Industries) (USA)

Non, Trillionaire n’est pas le groupe monté par Elon Musk, Jeff Bezos et Bernard Arnault, ces mystérieux anonymes qui ont de gros problèmes d’argent car ils ne gagnent que quelques SMIC par minute (pffffffffff les losers). Trillionaire nous vient des USA et compte dans ses rangs l’ancien batteur de Revocation (le genre de groupe que tu ne peux pas intégrer si t’es un manche), un guitariste d’Inter Arma passé par Ken Mode, épaulé de deux autres gratteux, le bassiste (en live) d’A Fucking Elephant (ok, je ne connais pas ce groupe mais le nom déchire) emmenés par le chanteur Renée Fontaine. Trillionaire, c’est du rock progressif tendance metalleux. Musicalement, c’est riche et varié et surtout impressionnant de maitrise. Semblant être le fruit de la copulation de Deftones et Mastodon, dont Trillionaire possède la puissance, les élans, la richesse de contenu, l’audace, l’originalité, les variations et parfois les riffs. Plus qu’une branlée, Romulus (ah oui, c’est le nom de l’album) est une révélation.

#12 Wardruna – Kvitravn (By Norse Music) (Norvège)

Cinquième album pour Wardruna, groupe de dark folk pagan norvégien. Kvitravn (corbeau blanc) est un voyage mystique entre les mondes. A l’instar de la trilogie Runaljod dont il est la suite, Kvitravn est orné d’une pochette mystérieuse, élégante et intrigante, décorée du même symbole runique. Folk acoustique contemplative emmenée par des voix éthérées, des mantras envoûtants et des tambours chamaniques, Kvitravn se vit autant qu’il s’écoute et demande un total lâcher prise pour s’immerger pleinement. C’est une musique cinématographique et le fait que le groupe ait collaboré à la série Vikings se ressent à la qualité de production et la profondeur de l’orchestration, minimaliste et dense à la fois. Pas un seul morceau moins bon que l’autre, pas une fausse note, Kvitravn c’est 1h05 de perfection à l’état pure, un voyage dans les grandes étendues, dans la nature sauvage, une musique ancestrale qui se joue à la veillée au coin du feu.

#11 The Vintage Caravan – Monuments (Napalm Records)(Islande)

27 ans au compteur et déjà 15 ans de carrière et 5 albums, le parcours du trio islandais The Vintage Caravan est tout bonnement impressionnant. Alors qu’ils avaient à peine 20 ans, les trois petits gars de Álftanes avaient déjà livré à la nouvelle scène blues-rock plusieurs pierres angulaires et s’imposaient comme des incontournables. A l’âge où plusieurs légendes de la musique ont déposé leurs armes à la porte du tristement célèbre club des 27, The Vintage Caravan continue son exploration d’une certaine époque musicale. Monuments, orné d’une pochette moins sobre que l’album précédent, remet les Islandais à leur place de poids lourds. A 27 ans, après une discographie conjuguée au plus-que-parfait, The Vintage Caravan continue de faire honneur à son statut avec un nouvel album tout bonnement magistral qui s’impose là aussi comme un classique immédiat.

#10 ex aequo Soen – Imperial (Silver Lining Music) (Suède)

Fort d’une réputation solide, Soen sort un cinquième album avec encore une fois un nouveau bassiste. Imperial est porté (notamment) par un jeu de batterie tout en finesse avec des parties que n’aurait pas détesté Danny Carey de Tool. Tool qui a dû avoir une petite influence sur Soen car si la musique de ces derniers est moins complexe et bardée de concept, cet alliage de finesse, de technique, de force brute et ces changements de rythme sonnent familiers et c’est franchement plaisant. Côté chant, Joel Ekelof, avec sa voix chaleureuse et puissante, n’a rien à envier à Jonas Renkse de Katatonia. On alterne entre morceaux bien pêchus et entrainants (Lumarian, Deceiver, Antagonist), et morceaux plus posé et mélancoliques (Monarch, Illusion ou encore le final massif Fortune) que le groupe nous livre avec une facilité impressionnante, entre refrains immédiats, mélodies accrocheuses, riffs démentiels et travail de batterie digne des plus grands. Les 8 titres s’enchainent sans temps mort, chaque morceau est une perle. Bref, Imperial porte bien son nom. Faudra qu’un jour, on trouve le secret des mangeurs de Krisprolls pour avoir une scène aussi dingue.

#10 Moonspell – Hermitage (Napalm Records) (Portugal)

Après l’album « 1755 » privilégiant un chant death en portugais, Hermitage est plus apaisé et mélancolique. Exit le metal théâtral et spectaculaire avec une orchestration ample, place à un registre plus intimiste où le chant clair est majoritaire. Hermitage n’est peut-être pas immédiat, il demande du temps pour l’apprivoiser, mais il demeure un album audacieux dans la discographie du groupe, hyper addictif et d’une élégance folle, partant dans des contrées plus prog. Au final, c’est un monument de classe que nous offre Moonspell, un album qui ose prendre les fans à rebrousse-poil pour montrer d’autres facettes du groupe. Un risque payant tant l’émotion dégagée est puissante.

#9 Los Disidentes Del Sucio Motel – Polaris (Klonosphere) (France)

En 16 ans d’activité, Los Disidentes Del Sucio Motel (ou LDDSM) est devenu un des groupes phares de la scène stoner hexagonale. Sur « Polaris », LDDSM se pare de teinte plus progressives, partant dans un concept, liant le cosmos au sein de l’être humain. A l’instar de 7 Weeks, LDDSM redéfinit les contours d’un stoner souvent vu comme un genre restrictif pour partir dans une musique immersive à la grammaire riche et variée et s’imbriquant parfaitement dans un concept qui aurait pu être trop alambiqué.

#8 Iron Maiden – Senjutsu (Parlophone) (Angleterre)

41 ans après le premier effort, Iron Maiden est devenu un des plus grands groupes de l’histoire du metal, celui avec la mascotte la plus mythique. 17 albums studio au compteur dont plusieurs sont des pierres angulaires du genre. Plus qu’un groupe, des légendes vivantes. Alors bien sûr les sorties sont espacées, le temps de tournées pharaoniques, de concerts complètement dingues. Mais quand on a à ce point marqué la musique, on peut se le permettre. Bien sûr les attentes à chaque sortie sont énormes, à la hauteur de la qualité de ce que la vierge de fer peut sortir. Du coup les critiques négatives se font nombreuses, parfois sans nuance ni tolérance qu’on puisse aimer, comme si Maiden était un pauvre groupe tout pété et blindé d’autotune. Mon avis ne va pas faire l’unanimité parmi mes contacts et il y aura débat mais après plusieurs écoutes de Senjutsu, je reste ce gosse émerveillé à l’écoute des albums de la bande à Steve Harris, ce mec qui a été comme un gamin lors du concert au Hellfest. Je concède juste que Derek Briggs manque et que même si Eddie est toujours effrayant, la pochette est aussi moyenne que pour The Book of Souls. Heavy, Maiden l’est assurément mais aussi hyper prog. Des morceaux fleuves faisant la part belle à la virtuosité du trio Gers/Murray/Smith, l’élégance de la basse de Harris, l’univers travaillé et la voix d’un Dickinson qui fait toujours mouche même après être revenu d’un cancer de la gorge. Des morceaux généreux, épiques qui te transportent au cœur de batailles homériques. Je pourrais détacher des parpaings comme The Writing on the Wall, Senjutsu, Stratego ou encore Darkest Hour mais c’est un tout, un monument, une superbe offrande que nous livrent les Anglais. Alors bien sûr encore une fois ça n’engage que moi et je sens que je vais faire grincer des dents parmi les 2-3 personnes qui me lisent, mais à titre personnels la beigne est là, les doigts squelettiques d’Eddie marquant mes joues aux chairs. 2021 peut s’arrêter. Up the irons!

#7 Dvne – Etemen Ænka (Metal Blade Records) (Ecosse)

L’Ecosse en musique, c’est comme en rugby : pas des masses de grosses pointures (en l’espèce, en dehors des stars du pop-rock Texas, des vétérans du punk Exploited, et de groupes comme Alestorm, Gloryhammer ou encore Biffy Clyro, peu de têtes connues) mais ils arrivent à te sortir des exploits énormes de temps en temps. Et c’est le cas avec Dvne, groupe fondé en 2013 et qui, quatre ans après le remarqué Asheran, sortent Etemen Ænka (merci les gars pour les titres impossibles à écrire). Influencé par des formations comme Neurosis ou Opeth, Dvne propose un post-metal progressif et musclé. L’affiliation avec The Ocean est palpable tant les porteurs de kilt offrent une musique riche, complexe, surprenante. Les thématiques vont chercher dans la littérature de SF, le groupe prenant son nom du livre de Frank Herbert (eh non, ça ne vient pas de la dvne du Pillat). Le chant du frenchie Victor Vicart oscille entre clair et hargneux avec la même aisance que ses arpèges de guitares, les riffs monstrueux et déstructurés, les lignes de basse et de claviers ou les variations de batterie. Au milieu des morceaux riche en alternances entre flots calmes et secousses telluriques (les morceaux fleuves Omega Severer, Towers et Satuya en sont de brillants exemples) un moment suspendu : la sublime ballade aérienne Asphodel portée par la voix d’ange de Lissa Robertson. Pour le reste, on est constamment porté entre deux eaux dans des compositions bipolaires extrêmement riches et passionnantes, foisonnant d’idées et de nuances.

#6 ex aequo Behemoth – In Absentia Dei (Nuclear Blast) (Pologne)

L’an dernier, Behemoth révolutionnait le format livestream en écrasant toute concurrence avec un live dans une église secrète en Pologne, histoire de faire un gros fuck aux lois locales sur le blasphème. Une performance grandiloquente cette fois objet d’un double CD/Blu-Ray, cadeau idéal pour l’Antechristmas 2021. La captation passe hyper bien en CD pour s’imposer comme un des meilleurs lives de l’année. La setlist est dingue, le rendu sonore est bluffant, grâce à une très belle acoustique (ainsi qu’un très bon travail technique). 1h45 d’extase pour un live qui restera gravé dans les mémoires de la musique.

#6 Swallow The Sun – 20 Years of Gloom, Beauty and Despair, Live in Helsinki (Century Media Records) (Finlande)

En 2020, les finlandais Swallow the Sun faisaient une tournée pour fêter en beauté leurs 20 ans d’existence. Une tournée hélas stoppée par un certain virus. Par chance, sur les 10 dates, ils ont pu faire une captation live et livrer une double galette. Double dose de Swallow the Sun avec sur le premier disque l’intégralité du deuxième disque de Songs From The North jouée avec en accompagnement un quatuor à cordes, et pour la deuxième un « best of », les chansons choisies par les fans sur les réseaux sociaux parmi leurs préférées de chaque album. Le résultat, un live d’école, le meilleur de cette année avec le Klone, 1h58 d’émotions à l’état brut, une interprétation hyper ambitieuse de leur répertoire. Sublime.

#5 MONO – Pilgrimage of the soul (Pelagic Records) (Japon)

Pilgrimage of the Soul est un voyage orchestré de main de maître par MONO. Les japonais, pour leur 11ème album, délivrent, en plus d’un album riche et généreux, une véritable expérience métaphysique, un pèlerinage initiatique qui commence sur les rives d’une plage où la marée débarque petit à petit symbolisée par un mur de son qui monte crescendo puis peu à peu les plages se font plus atmosphériques, contemplatives, plus cinématographiques encore (notamment le final sublime sur fond de piano que n’aurait pas renié Joe Hisaishi), réfléchissant sur la relativité du temps et de l’espace. Monument d’émotion à fleur de peau, Pilgrimage redéfinit les contours du post-rock pour faire entrer le genre dans une autre dimension.

#4 Klone – Alive (KScope Music) (France)

Dire que les concerts nous ont manqué ces longs derniers mois relèvent d’un doux euphémisme. Pour pallier à cette triste situation, Klone sort son premier véritable album live, fruit de captations de concerts des deux dernières tournées du groupe, pour les albums Here Comes The Sun et Le Grand Voyage. Sans surprise, ce sont donc ces deux opus qui sont le plus représentés. Pour autant, les poitevins n’en oublient pas pour autant leurs albums passés. Dans ce mélange entre les deux époques, on arrive à voir que la transition entre des sonorités plus hargneuses et une inclinaison prog atmosphérique s’est faite comme une évolution logique. Setlist parfaite commençant par le chef d’œuvre grandiose Yonder et qui finit par la cover enragée d’art of Me de Björk qui conclue traditionnellement les concerts de Klone, attention portée au mix et aux arrangements valorisant autant la voix stellaire de Yann Lignier, la guitare stratosphérique de Guillaume Bernard et Aldrick Guadagnino ou la basse profonde de Julian Gretz, Alive offre un superbe écrin pour les pépites qui composent la setlist. Après avoir livré l’un des plus beaux albums français de ces 15 dernières années, Klone offre un live parfait.

#3 ex aequo Leprous – Aphelion (InsideOut Music) (Norvège)

Septième album des Norvégiens, Aphelion m’a fait prendre conscience à quel point j’avais commis une hérésie. Du metal/rock prog teinté de synthwave, c’est ce que propose Leprous mais pas seulement. La production monumentale offre à l’auditeur un album cinématographique digne des plus grands scores de cinéma, une véritable expérience immersive où chaque instrument est mis en valeur. Et c’est tant mieux car le travail de Baard Kolstad à la batterie est phénoménal (y a du Danny Carrey chez ce monsieur), mais aussi les nappes électros aux basses profondes, le jeu des guitares tout en élégance ou encore la voix lumineuse d’Einar Solberg. La production est un superbe écrin magnifiant chaque bijou qui compose Aphelion. Cette septième offrande se conjugue au plus-que-parfait et au sortir de l’album, on n’est qu’émotions et chair à nue. Magistral.

#3 Swallow The Sun – Moonflowers (Century Media Records) (Finlande)

À peine quelques mois après un superbe live anniversaire, Swallow The Sun revient avec un sixième album studio, dans la lignée du précédent et une nouvelle fois marqué par les tourments de Juha Raivo à la suite des disparitions de son père et de sa compagne. Marqué jusque dans la chair de son auteur, « Moonflowers » est un album viscéral, une marche ardue sur les chemins escarpés de la psyché tortueuse de celui qui est en deuil (rarement un album n’a réussi à le décrire avec une telle intensité)

#2 Gojira – Fortitude (Roadrunner Records) (France)

Il a fallu cinq ans pour que Gojira offre un successeur au controversé Magma, probablement le premier album où le groupe, qui jadis faisait l’unanimité, connait un nombre grandissant de réactions de rejet.  Et c’est dommage car si Magma (était excellent mais) n’était pas parfait et se montrait parfois trop progressif, il était mû par une profonde et sincère émotion, marqué par la disparition de la mère des frères Duplantier. On aime ou non, mais impossible de nier que Gojira est un groupe qui ose s’aventurer hors de ses terres et sortir ses fans de leur zone de confort quitte à faire grincer les dents de ceux (et sur les réseaux sociaux, ils sont nombreux) qui détestent quand un groupe fait toujours la même chose et quand un groupe s’essaie à des choses différentes. Des musiciens en feu, un Mario Duplantier qui continue de prouver qu’il est l’un des meilleurs cogneurs en activité, une paire de gratte sublime, un Jean-Michel Labadie qui nous livre des lignes de basse d’une élégance folle magnifiée par un mix qui rend justice au travail des 4 membres, et un Joseph Duplantier à la palette vocale très riche, encore une fois Gojira nous offre un grand moment. Les adeptes du bon mot disent que Gojira fait encore du Gojira, mais à titre personnel, je ne vois pas comment je pourrais me plaindre quand Alain Ducasse fait du Alain Ducasse. Un groupe français à stature internationale qui s’impose album après album comme une des meilleures formations de metal en activité, et probablement l’un des plus audacieux et généreux, j’aurais du mal à faire la fine bouche.

#1 Mastodon – Hushed And Grin (Reprise Records) (USA)

Bon ben…. on fait quoi maintenant? Je veux dire… comment on fait pour se remettre d’un tel album ? Jusqu’à la fin de l’année, tout album qu’on va écouter, aussi excellent qu’il soit, sera fatalement moins bon, du moins, moins extraordinaire. Non, Hushed and Grin n’est pas le meilleur album de l’année, mais au moins de ces 3 dernières années (voire plus) avec Le Grand Voyage de Klone et Fear Inoculum de Tool. Car Mastodon a transcendé le deuil de leur ami et manager pour lui rendre hommage dans un double album déchirant et solaire, puissant, complexe, riche et d’une infinie finesse. Comment détacher un morceau, que ce soit le formidable Pain in an Anchor, The Beast, le final orgasmique Gigantium, l’orientalisant Dagger, l’entrainant Teardrinker ou les balades Skeleton of Splendor et Had it All et leur solis à coller les poils à un imberbe ? La frappe chirurgicale de Brann Dailor, l’un des meilleurs batteurs en activité, un mec qui, même dans ses rythmes hyper complexes, se montre d’une précision de haut couturier. Les riffs et solis interstellaires de Brent Hinds, la basse de Troy Sanders et ce trio de voix Dailor/Sanders/Hinds (un Sanders qui sait se rendre émouvant quand il pose ses tripes). Mastodon ne se contente pas de coller une beigne, ils te plaquent au sol, t’arrachent la cage thoracique et font des guirlandes avec tes tripes. Après tant de beauté, de grâce et de finesse, il faudrait presque une cellule psychologique.

Par Nikkö

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