février 7, 2023

Top 150 Albums 2022 – Pour Faire des Copeaux de Cérumen

Les années semblent se suivre et se ressembler. Après deux ans avec la menace du COVID, cette année, on a eu la canicule, la guerre, l’inflation. Bref, on va tous crever. Tous, sauf la culture. Si l’incertitude générée par le contexte sanitaire ne s’est pas levée et si bien des concerts ont subi des annulations de dernière minutes, niveau sortie, ça a été l’embouteillage. Il faut dire que les gros groupes font le rattrapage de deux années à décaler les sorties, et les autres groupes ont continué avec une certaine productivité pour pouvoir survivre. Conséquence, encore une année faste avec beaucoup de sorties de très haut niveau. A titre personnel, j’ai encore écouté plusieurs centaines d’albums cette année, et il est encore difficile et cruel de les départager. Par conséquent, le top albums continue de s’étoffer. Ami lecteur, je te souhaite une bonne lecture. Maintenant, prends un énorme bol de café ou une pinte maousse de bière, et oublie les courses, le ménage ou le boulot pendant quelques minutes.

#150 Red Hot Chili Peppers – Return of the Dream Canteen (Warner Records) (USA)

Les sessions d’enregistrement ont été très productives au point que les Red Hot Chili Peppers avaient la possibilité de faire un double album, mais la maison de production préférait scinder en deux opus. Qu’à cela ne tienne, les Red Hot sortent donc deux la même année, avec des identités visuelles radicalement différentes, tout comme l’état d’esprit. Si Unlimited Love était un peu plus calibré, sur Return of the Dream Canteen, les californiens explorent davantage. Certes, on reste sur un rock alternatif funkisant porté par un Flea encore une fois stratosphérique couplé aux fulgurances de Frusciante, mais on part dans des petites touches rock 80s ou on glisse des nappes de saxo du plus bel effet. Moins facile à appréhender, plus long, Return of the Dream Canteen demande plusieurs écoutes pour accrocher à fond mais demeure riche en tubes en puissance.

#149 Geezer – Stoned Blues Machine (Heavy Psych Sounds)(USA)

Deux après Groovy, les New-Yorkais Geezer signent leur deuxième album d’affilée chez Heavy Psych Sounds, un miracle pour ce groupe habitué des changements de label. Encore une fois, les gars livrent un stoner racé et élégant aux boucles un brin répétitives mais toujours hypnotiques blindés de riffs et de guitares saturées. Et encore une fois ça marche du tonnerre.

#148 Sidewinder – Vines (Auto-production) (Nouvelle-Zélande)

Venu de Wellington, Sidewinder est un combo néo-zélandais de stoner/hard rock. Un stoner crade, dense, épais, de ceux qui collent au corps. Des morceaux tantôt lancinants et massifs, tantôt plutôt énergiques et énervé. Un stoner un brin sludgy mais hyper carré qui témoigne de l’expérience des musiciens dans cet univers.

#147 ex aequo Hällas – Isle of Wisdom (RMV Grammofon) (Suède)

Quatrième album pour Hällas, groupe suédois d’adventure rock, ce sous-genre du rock progressif que raconte une aventure de heroic fantasy et qui pioche dans le rock prog’ des 70s, la musique de jeux vidéo ou dans le proto-metal. Après trois albums et un EP narrant les aventures du chevalier d’Hällas, du pays Semyra et son ennemi le Star Rider, Hällas ouvre un nouveau chapitre autour d’une société autonome vivant dans une île coupée du monde. Fort d’une histoire travaillée, Hällas s’attaque à ce nouveau cycle avec un album carré, bardé de riffs, cédant parfois à une certaine forme de prétention, mais toujours ambitieux et maitrisé de bout en bout. Parfois heavy dans son genre, Isle of Wisdom pourrait rebuter les allergiques aux claviers (le groupe usant du synthé jusqu’à la corde) mais ceux que ça ne rebute pas auront le plaisir d’un album jubilatoire qui assied encore plus Hällas comme une valeur sûre de la scène.

#147 Lady Luna and the Devil – Vampiric Visions Vol. 1: Living Blood (The Swamp Records) (USA)

10 mois après Mother of all Sins sur les 7 péchés capitaux, le trio doom occulte de Detroit Lady Luna and the Devil revient avec un troisième effort augurant un cycle sur le vampirisme. Pour coller à la thématique, ils nous balancent un album avec une ambiance gothique baroque poussée et en se prenant au jeu, on se retrouverait facilement dans un certain château des Carpathes. L’ambiance travaillée, l’orchestration finement ciselée, et en plus cette voix magnifique de Lady Luna, le groupe nous invite à un festin raffiné dont on aurait tort de se priver.

#146 The Bobby Lees – Bellevue (Icepac Recordings) (USA)

Derrière cette pochette porcine se cache le troisième album des Bobby Lees, quatuor venu de Woodstock et pas là pour fabriquer des colliers en fleur et des savons en patchouli. The Bobby Lees, c’est un mélange de rock n’roll, de punk abrasif, et de garage rock. Un album hyper péchu, généreux et bardé de tubes en puissance. Un disque écorché vif mais qui donne une furieuse envie de bouger du cul et du reste, le tout au rythme de compos bien ciselées et de mélodies immédiates et fédératrices. Le rock n’roll n’est pas mort, et Bellevue est là pour taper du groin sur la table.

#145 Autopsy – Morbidity Triumphant (Peaceville Records) (USA)

Depuis 35 ans, Autopsy, groupe californien qui ferait presque passer Cannibal Corpse pour des gentils geeks qui collectionnent des peluches, nous distille des histoires gore dans un death metal old school bien crade au growl de phacochère. Malgré un break de 14 ans, les mecs ne se sont pas calmés, bien au contraire. Premier album depuis 7 ans, Morbidity Triumphant est un condensé d’horreur pure, un monument de tripes, d’os et de bidoche bien arrosés d’hémoglobine. Un pur moment de poésie en somme.

#144 ex aequo Cleaver – No More Must Crawl (Klonosphère) (France)

Groupe de hardcore signé chez Klonosphere, Cleaver, formation venue de Meuse et influencée par Converge et Poison the Well sort un premier album taillé pour faire péter des dents et des jambes dans le pit, un pur moment de bourrinerie jouissive, de puissance brute et de sauvagerie.

#144 OFF! – Free LSD (Fat Possum Records) (USA)

Troisième album pour OFF!, supergroupe américain de punk hardcore composé de membres de Circle Jerks, Burning Brides ou de Rocket From the Crypt. Le propos de l’album est un manifeste en faveur de la légalisation du LSD, notamment à destination des droitards américains tendus de la croix et du flingue, afin de les détendre pour éviter une guerre civile sanglante. Il faut dire que l’actualité politique interne américaine n’a pas brillé par son côté rassurant depuis de longues années. Un concept particulier que OFF! met en musique avec une ambiance science-fiction tendance dystopique et une musique aussi radicale que son propos, flirtant parfois avec la noise. En résulte un brûlot punk sans concession, bien énervé, véloce et énergique.

#143 ex aequo Marcus King – Young Blood (Easy Eye Sound) (USA)

Après trois albums au sein du Marcus King Band, le jeune prodige Marcus King, fils du guitariste Marvin King, sort son deuxième album solo. Natif de Caroline du Sud, Marcus King est influencé par des mecs comme Duane Allman des Allman Brothers, B.B. King ou encore Merle Haggard. Young Blood transpire ces influences, alliant blues, rock sudiste, blues-rock et outlaw country. On trouve des thématiques en lien avec la working class de l’Amérique profonde. Blindé de riffs sublimes, d’arpèges bien classes, d’envolées lyriques et porté par le chant toujours juste de Marcus King, Young Blood est dans son registre, un album solide, carré, bien foutu qui s’écoute avec grand plaisir en traçant en voiture.

#143 Larkin Poe – Blood Harmony (Tricki-Woo Records) (USA)

Septième album pour Larkin Poe, groupe de l’Etat de Georgie qui en quelques années a réussi à se faire un nom dans la sphère blues-rock aux côtés des Rival Sons, Greta Van Fleet ou encore The Vintage Caravan. Oscillant entre blues-rock, classic rock, rock sudiste folk et americana, le quatuor emmené par les soeurs Lovell livre un nouvel opus à la fois classieux dans ses arpèges de guitare et d’une énergie enfiévrée, riffu à souhait, superbement exécuté, porté par deux voix magnifiques et transpirant le sud des USA par tous les pores de la peau. Un must pour tout amateur du genre.

#142 Mudweiser – The Call (Head Records) (France)

Quatrième album pour le side-project stoner montpelliéro-parisien de Reuno de Lofofora. The Call renoue avec l’énergie et le sentiment d’urgence du premier album Holy Shit et l’ambiance poisseuse d’Angel Lust. Un stoner racé, puissant aux guitares bien grasses. Varié dans les registres vocaux et les ambiances, The Call est un album solide à ranger aux côtés des premiers Mudweiser en bonne place.

#141 Wolfheart – King of the North (Napalm Records) (Finlande)

Sixième album pour Wolfheart, groupe de death mélodique finlandais dont les albums sortent avec une régularité de métronome et ce, à peine plus de six mois après le nouvel opus de Dawn of Solace, l’autre projet en activité de Tuomas Saukkonen. Un Wolfheart qui ose depuis l’EP Skull Soldiers l’ajout de chant clair avec Vagelis Karzis qui partage la guitare et le micro avec Saukkonen, ce dernier occupant toujours le growl. Sans égaler la beauté diaphane de Tyhjyys ou de Constellation of the Black Light, King of the North (malgré une pochette ignoble) réussit encore le pari d’allier puissance, mélodie, hargne et des moments plus contemplatifs avec des passages à la guitare acoustique. Les guests de Karl Sanders de Nile et de Jesse Leach de Killswitch Engage apportent un surplus de rugosité sur les morceaux en question. Pour le reste, c’est aussi chaleureux que la Finlande en été et ça bûcheronne dur.

#140 ex aequo Drudkh – Всі належать ночі (All Belong To The Night) (Season of Mist Underground Activists) (Ukraine)

En 20 ans et malgré un contexte local catastrophique, le groupe ukrainien Drudkh fait preuve d’une certaine productivité avec 12 albums au compteur. Pour leur 20 ans, le groupe célèbre ça avec un nouvel opus, cette fois composé de 4 chansons. 4 chansons c’est un EP normalement? Oui, sauf qu’en 4 chansons, on atteint les 45 minutes. 4 titres tour à tour trve black metal, tantôt black pagan, toujours mélodiques, porté par une basse marquée ou encore un chant habité et une certaine aura mystique. Poétique, brutal, agressif, ténébreux, à l’image de l’apocalypse vécue par le pays, le nouveau Drudkh est un acte fort.

#140 Hate Forest – Innermost (Osmose Productions) (Ukraine)

Quelques mois après le superbe All Belong To The Night de Drudkh, l’autre groupe de Roman Saenko, les vétérans du black metal ukrainien Hate Forest sortent un sixième album, bijou d’orfèvrerie black metal, un album organique et inquiétant d’une noirceur abyssale et porté par un Saenko totalement habité par son sujet.

#139 Beth Hart – A Tribute to Led Zeppelin (Provogue) (USA)

Alors qu’elle enregistrait son précédent album, Beth Hart se met à improviser une cover de Whole Lotta Love. Une improvisation qui convainc celle qui était fan de Led Zep’ depuis sa jeunesse de faire un tribute album aux géants anglais. Quoi de plus naturel pour celle qu’on surnomme La Voix de reprendre les légendaires britanniques, tant son timbre chaleureux et puissant se marie avec celui plus écorché de Robert Plant. La grande dame du blues-rock s’attaque à un monument, aidée par des musiciens venant essentiellement de la pop et de la variété. Si Beth Hart s’attaque à un répertoire aussi varié qu’exigeant avec une tracklist de morceaux immortels, elle s’en sort brillamment et si on peut regretter un tempo légèrement plus lent sur Black Dog, ce serait chipoter tant Beth Hart nous livre un bijou de blues-rock classieux et élégant.

#138 Venom Prison – Erebos (Century Media Records) (Pays de Galles)

Troisième véritable album pour les gallois de Venom Prison (quatrième si on compte Primeval, sorti en 2020 pendant le lockdown et contenant des titres parus sur des EPs anciens et deux inédits). Le groupe ne révolutionne pas sa recette à savoir un death metal vindicatif et furibard. Toutefois, contrairement à Samsara, l’ensemble est moins compact, moins dans le broyage d’os, plus aéré même avec des petits arpèges aériens çà et là, parfois un chant clair aussi, ce qui montre l’étendu de la palette vocale de Larissa Stupar. Venue du hardcore, cette dernière n’en oublie pas sa prose engagée et véhémente. Cette fois, les thématiques ne sont pas uniquement centrées sur la cause des femmes, mais portent également un constat sans équivoque sur l’abrutissement par les médias, ou cette société où règne la division. Toujours aussi énervé mais un brin plus accessible sans que le groupe ne se renie une seconde, Erebos est une réussite.

#137 Infected Rain – Ecdysis (Napalm Records) (Moldavie)

Au sortir de leur tournée américaine avec Stitched Up Heart et Butcher Babies, le combo moldave Infected Rain a sorti son cinquième album Ecdysis, qui ne veut pas dire en français « je vais te défoncer la gueule au Scrabble » mais qui désigne la mue des arthropodes, ce moment de mutation leur permettant de changer de forme, de grandir ou d’acquérir de nouveaux organes. Très singulier dans leur registre, Infected Rain frappe un grand coup avec nouvel opus, radicalisation de la démarche d’un groupe dont la réputation n’est pas usurpée.

#136 Talas – 1985 (Metal Blade Records) (USA)

La vie d’un groupe n’est pas un long fleuve tranquille, époque 8752 avec Talas. Talas est un groupe qui a vivoté fin années 70/début des années 80. Un groupe surtout connu localement à Buffalo. Ils gagnent d’ailleurs un peu en notoriété en ouvrant pour Van Halen pour 30 dates. Seulement, les changements de line-up, les aléas de la vie ont raison du groupe et chacun part de son côté, gagner sa croûte ou continuer de persévérer dans la musique. C’est le cas du bassiste Billy Sheehan qui va rejoindre David Lee Roth sur les deux premiers solos de ce dernier, mais surtout va co-fonder Mr. Big (excusez du peu), jouer pour Richie Kotzen qu’il va suivre dans le supergroupe The Winery Dogs, avant de signer ses propres albums et rejoindre un autre supergroupe, Sons of Apollo. Le temps passant, Sheehan décide de convoquer ses anciens compères et un nouveau gratteux pour sortir le troisième album de Talas intitulé 1985 car, hormis un morceau, tous les titres ont été écrits cette année-là. Et d’ailleurs, l’album fleure bon les 80s avec ce hard rock de l’époque taillé pour cartonner sur les radios rock, un album qui n’a rien à voir avec les postures habituelles récentes de surfer sur la nostalgie, juste une envie de retrouver la musique qu’ils aimaient, comme s’ils sortaient de cryogénisation.

#135 ex aequo Flogging Molly – Anthem (Rise Records) (USA)

Septième album pour les californiens de Flogging Molly, cinq ans après Life is Good et marquant un retour au celtic punk pur et dur comme à l’époque de Drunken Lullabies. Un album énergique, enjoué et communicatif, premier avec le joueur de banjo Spencer Swain. Enregistré avec Steve Albini, avec qui ils avait fait leur deux premiers albums, Anthem est retour aux sources vers le bon vieux Flogging Molly avec un son nettement plus à l’Irlandaise pour la première fois depuis 20 ans, moins folk punk mais plus tourné vers le pays aux trèfles à quatre feuilles, prêt à secouer les pits des meilleurs pubs.

#135 Dropkick Muphys – This Machine Still Kills Fascists (Dummy Luck Music) (USA)

L’historique Al Barr en hiatus temporaire pour raisons familiales, Dropkick Murphys surprend son monde avec un album acoustique au ton différent de ceux à quoi ils nous ont habitué. Ici, les Bostoniens rendent hommage à Woody Guthrie, artiste folk, country et americana aux textes très engagés arborant son slogan « This machine kills fascists » sur sa guitare, d’où le nom de ce tribute album où les Dropkick brillent par une certaine simplicité dans l’orchestration, n’hésitant pas à chagriner ceux qui voudraient les cantonner à leur celtic punk traditionnel. Après tout, Dropkick Murphys et Guthrie, ce n’est pas nouveau puisque leur plus gros succès, I’m Shipping Up To Boston contenait déjà des paroles de Guthrie. En quelque sorte, Dropkick Murphys boucle la boucle et le fait avec classe et panache, se réappropriant avec justesse un héritage musical prenant racine au cœur même de l’Amérique rurale et ouvrière. Une autre façon de se lier à ce public auquel ils sont très attachés.

#134 Vypera – Eat Your Heart Out (Frontiers Records) (Suède)

Les Suédois ne sont pas les derniers à nous offrir des formations qui fleurent bon la nostalgie 80s. Que ce soit avec les « vétérans » Crashdïet, le side-project AOR The Night Flight Orchestra ou encore Crazy Lixx. Formé sous le nom de Madhouse, Vypera sort son premier album, garanti 100% hard et heavy 80’s. Difficile de pas succomber à ce chant certes stéréotypé d’Andeas Wallström ou les superbes plans léchés du guitariste Christoffer Thelin soulignés par les lignes de 4 cordes d’Andreas Andersson ou encore les cavalcades de Johan Pettersson. Dès les premiers instants de Slow Me Down, on se retrouve projeté en arrière à la façon de Retour Vers le Futur et nos souvenirs de gosses. Dès lors, c’est irrépressible, on secoue la crinière même les cheveux ont tombé et le front a avancé. Lorgnant parfois vers Scorpions ou Dokken, Vypera nous offre un voyage dans le temps des plus jouissifs.

#133 The Flatliners – New Ruin (Fat Wreck Records) (Canada)

Venus de la riche scène punk canadienne (pour ceux qui ne connaissent pas, entre Mute, This Is A Standoff, The Anti-Queens et d’autres, y a de quoi faire), The Flatliners écument les bacs et les scènes depuis vingt ans maintenant. Évoluant entre punk et hardcore mélodique, les Flatliners alternent entre vélocité et morceaux plus mid-tempo toujours porté par la voix éraillée de Chris Cresswell. Sixième album du groupe, New Ruin continue la recette du groupe. C’est énergique, parfois mélancolique, et tubesque à souhait avec un enchaînement de morceaux imparables. Un incontournable de l’année punk 2022.

#132 The Interrupters – In The Wild (Hellcat Records) (USA)

Quatrième album pour The Interrupters, groupe de ska-punk/2-tone emmené par Aimee Allen, chanteuse charismatique au timbre particulier. Comme d’habitude, c’est produit par Hellcat, le label de Tim Armstrong de Rancid qui fait d’ailleurs un feat (comme dans la majorité des autres albums du groupe) en compagnie d’autres groupes potes. The Interrupters continuent sur leur lancée avec une musique cool à souhait, généreuse et énergique malgré des thèmes difficiles. Encore une fois, c’est bardé de tubes en puissance taillés pour faire danser l’été (impossible de résister aux mélodies entêtantes et aux refrains fédérateurs). Digne héritiers à la fois de Rancid et de Madness, les californiens sortent un nouveau disque imparable qui rendra à coup sûr très bien en live.

#131 Pike vs The Automaton – Pike vs The Automaton (MNRK Heavy) (USA)

On avait quitté Matt Pike avec les succès critiques des derniers Sleep et High on Fire, ainsi qu’un Grammy pour ce dernier. Depuis, il y a eu la Covid et les tournées arrêtées. Du coup, Pike a fait comme plusieurs de ses confrères : inviter quelques potes et jammer un coup. Voici donc Pike Vs The Automaton, fruit de quelques sessions entre barbus, un joint ou une bouteille de Jack à la main. On retrouve donc Mme Pike (bassiste de Lord Dying), des mecs de High on Fire ou de Sleep, ou encore Brent Hinds de Mastodon sur le bluesy Land. Pour le reste, on est entre l’hypnotique de Sleep et le pur concentré de gras de HoF. Si l’homme Pike accumule les théories foireuses et complotistes, l’artiste lui fait des albums carrés, bardés de riffs monstrueux et rock n’ roll en diable.

#130 Slipknot – The End, So Far (Roadrunner Records) (USA)

Bousculer ses habitudes, sortir de sa zone de confort, se donner de nouveaux défis, quand on a 50 ans ou presque, c’est pas donné à tout le monde. Et pourtant, c’est ce font les 9 de Des Moines. Dernier album chez Roadrunner Records pour Slipknot, un album comme son prédécesseur enfanté dans la douleur avec le décès de leur ancien batteur de génie Joey Jordison. Un album qui confirme un virage stylistique plus proche de Stone Sour, l’autre groupe de Corey Taylor, quitte à se faire détester d’une partie des fans. Un album qui divisé peut-être plus que le sous-estimé All Hope is Gone. On n’est plus dans le condensé de colère, de rage, de folie et de haine des débuts, maintenant on navigue au gré des émotions, entre mélancolie et colère. Pas de démonstration de technique pure et de rapidité, des titres bulldozer côtoient d’autres plus atmosphériques ou encore une introduction à rebours des habitudes. Pour autant on a pas mal de morceaux très solides, Au final, ce n’est pas un album immédiat, un classique instantané comme Iowa, Slipknot ou Vol III, c’est plus un album qui nécessite plusieurs écoutes et du temps de digestion pour s’apprécier pleinement.

#129 The Amsterdam Red Light District – Trapped (Red Light Reords/Blood Blast Distribution) (France)

Quatre ans après Sempere Aude, les lyonnais de The Amsterdam Red Light District sortent leur quatrième album, Trapped, préparé par de superbes prestations scéniques endiablés où TARLD a su mettre le public au tapis. Au menu, de jolis guests comme Drew York de Stray From The Path, mais aussi, plus surprenant, Mat Bastard de Skip The Use pour le morceau le plus mélodique de l’album. Ça commence très fort avec du pur hardcore avec le feat de Yukina du groupe japonais Hanabie, et ça tabasse dru pendant une demi-heure. Musicalement, c’est un brin plus aventureux que le hardcore classique avec des compositions à la fois rugueuses et un brin plus complexe, sans pour autant renier le rentre-dedans efficace de ce genre de musique. Avec cette nouvelle boucherie, nul doute que les prochains passages live de TARLD seront épiques.

#128 Stray From The Path – Euthanasia (UNFD) (USA)

Et de 10 albums pour les New-Yorkais de Stray From The Path en 20 ans d’existence. 20 ans au cours desquels Stray From The Path a sculpté son hardcore/rapcore bourrin et taillé pour coller des salades de pieds dans la gueule. Sec comme une mandale, brutal comme un pain, direct comme une mornifle, Euthanasia ne laisse aucun répit à l’auditeur qui va rester scotché le poing levé pendant 38 minutes de tabassage en règle. A la fin, on se sent autant en forme que Joffrey Lonmouth après qu’il ait un peu trop chatouillé Sir Criston Cole dans House of the Dragon.

#127 Pia Isa – Distorted Chants (Auto-production) (Norvège)

Après l’album et l’EP de Superlynx sortis à quelques mois d’intervalle, la chanteuse Pia Isaken présente son album solo sous le nom de Pia Isa. Elle s’entoure de Ole Teigen de Superlynx aux fûts et assure la basse et la guitare avec en plus Gary Arce de Yawning Man qui vient taper la gratte sur trois morceaux. Couplé à un stoner/doom psychédélique et hyper massif, la musique de Pia Isa part sur des tonalités drone rock et shoegaze. En ressort un album aussi classieux que massif.

#126 Bloody Hammers – Washed in the Blood (Auto-Production) (USA)

Un peu plus d’un an après leur virage horror punk Songs of Unspeakable Terror, le couple de Caroline du Nord Bloody Hammers revient avec Washed in Blood dans le même registre (à part la pochette qui est, une fois n’est pas coutume, bien naze) avec neuf titres tout en effacité et hyper accrocheurs qui donneraient envie de faire une boom d’Halloween en headbangant furieusement. Et en prime une conclusion où Bloody Hammers revient à son style précédent, ce qui n’ est pas pour déplaire.

#125 Arctic Monkeys – The Car (Domino) (Angleterre)

Septième album des Arctic Monkeys, The Car s’inscrit dans la lignée de Tranquillity Base Hotel and Casino, avec un album concept et un registre plus art rock. Inspiré du funk, du blues, mais aussi du blue-eyed soul ou encore de l’écurie Motown, The Car propose un rock élégant aux arrangements raffinés, dans un registre proche de certains titres de Last Shadow Puppets. Pas de morceau à l’énergie diabolique mais davantage de ballades qui faciliteront les choses pour quiconque le fait écouter lors d’un rencard qui se passe très bien.

#124 Red Hot Chili Peppers – Unlimited Love (Warner Records) (USA)

Je n’attendais plus grand chose des Red Hot Chili Peppers. Groupe qui a accompagné ma jeunesse, la bande à Antony Kiedis m’a pourtant donné de furieuses déflagrations et 3 albums dans mes 50 albums favoris, tous styles confondus. Las, après l’énorme succès de Californication (album que je chéris), les piments rouges ont ressorti les mêmes albums, la même recette. Et si sur By The Way, ça marche encore, sur Stadium Arcadium (beaucoup trop long pour son propre bien, beaucoup trop propre aussi), la sauce commence à ne plus prendre. Les Red Hot, anciens chiens fous venus du funk-metal puis électrons libres du rock alternatif deviennent juste ce groupe calibré pour RTL2. Il y a l’anecdotique I’m With You et The Getaway, produit par Dangermouse qui achève le truc. Attention hein, il y a des titres sympas sur ce derniers, mais dans l’ensemble on est très loin de ce que RHCP a pu nous fournir, que ce soit Blood Sugar, Mother’s Milk, et je ne parle pas des complètement fous Freaky Styley ou The Uplift Mofo Party Plan. C’est alors que la nouvelle tombe, à savoir le remplacement de…..comment il s’appelle déjà? (on s’en fout, non?) par le retour de John Frusciante. De quoi susciter un petit frétillement mais sans plus, car trop d’eau a coulé sous les ponts depuis que Red Hot m’a procuré du plaisir pour la dernière fois. Et puis le premier titre n’est clairement pas engageant, c’est pas fou et un peu mou. Unlimited Love, douzième album du combo, n’est pas franchement immédiat. Au début, c’est sympa mais pas enthousiasmant. Pour autant, tout comme les moins bons albums du groupe, il y a un facteur X: Flea. Même quand Kiedis reprend des plans déjà vu ou ne se foule pas des masses, même quand Will Ferrell reste basique, il y a toujours Flea et le meilleur bassiste dans son registre avec Claypool et Trujillo. Le mec est clairement un génie avec une science du groove hors normes et le montre sur plusieurs titres, et sa complicité avec Frusciante fait mouche à chaque coup. Unlimited Love n’est peut-être pas aussi dingue que les vieux Red Hot, les mecs n’ont plus 20 ans, Kiedis a arrêté de se foutre à poil en fourrant sa bite dans une chaussette et ils ont calmé le jeu sur les substances, mais c’est loin d’être un album de vieux, mais carrément une cure de jouvence et le meilleur Red Hot depuis des lustres.

#123 Confess – Revenge At All Costs (Rexius Records) (Iran/Norvège)

Leur histoire avait fait grand bruit. Le groupe iranien Confess, auteur de deux albums particulièrement véhéments à l’égard du régime en place et de l’intégrisme religieux se voit accuser de blasphème et risque la peine de mort, avant de voir deux membres condamnés respectivement à 14 ans de prison et 74 coups de fouet, et 2 ans de prison. Après paiement d’une caution, ils fuient le pays et obtiennent l’asile en Norvège. C’est là que deux musiciens norvégiens sont recrutés et après plusieurs singles, Confess sort son premier album depuis 7 ans. Et Revenge At All Costs porte bien son nom. A l’image des deux précédents, c’est un album marqué par une rage féroce, un groove metal ciselé avec des vocalises entre groove et hardcore et des textes virulents. Mus par les épreuves qu’ils ont vécus, les gars de Confess livre un non seulement un brûlot efficace et bien véner, mais en plus un énorme doigt d’honneur au régime des mollahs.

#122 Sakis Tolis – Among the Fires From Hell (Auto-production) (Grèce)

Figure indéboulonnable du black metal grec au sein de Rotting Christ, le chanteur guitariste rythmique, claviériste et bassiste Sakis Tolis a mis à profit le confinement pour sortir son premier album solo en mode do-it-yourself, Among The Fires From Hell. Pensé comme un prologue du prochain effort de Rotting Christ, Among the Fires From Hell élargit les terres de Rotting Christ en proposant, en plus du black metal épique, mélodique et gothisant des incursions vers un dark metal massif et lumineux dans un style proche de Moonspell. Encore une fois, la voix de Sakis est superbement exploitée allant de registre rugueux à un chant clair où la voix grave du chanteur donne un aspect cérémonieux à l’ensemble (My Salvation en est le parfait exemple), le tout couplé sur des riffs en or massif. Un premier album qui gagne franchement à être davantage connu.

#121 Power Paladin – With the Power of Windfyre Steel (Atomic Fire Records) (Islande)

Il a fallu une poignée de titres pour que les Islandais de Power Paladin, groupe formé en 2017, se fassent remarquer de la sphère du power metal et signer sur le jeune label Atomic Fire fondé par des anciens de Nuclear Blast. Dès son premier album, With the Power of Windfyre Steel, Power Paladin montre qu’il a tout compris au genre et le prend au sérieux. On n’est pas dans la gaudriole de Nanowar of Steel ou de Gloryhammer. Ambiance heroic fantasy limite geek, récits épiques, musiciens qui font du bon boulot, chant à l’ancienne, mélodies efficaces et entêtantes, refrains immédiats et fédérateurs (celui d’Evermore dans la droite lignée des standards du genre) et même des incursions plus rugueuses avec le feat d’Óskar Rúnarsson de Nexion, au registre plus death, Power Paladin s’impose déjà comme un groupe à suivre de la scène power.

#120 Darkher – The Buried Storm (Prophecy Production) (Angleterre)

Darkher est un one-woman band, projet de l’anglaise J. Maiven signé chez Prophecy Records, un label qui a décidément du goût. Pour son deuxième album, en plus sa dark folk habituelle, Darkher explore des registres post-rock et doom metal pour un superbe rendu à l’image de la pochette de The Buried Storm. Doom atmosphérique bordé de folk, la musique de Darkher prend la lourdeur du doom d’où sortent des vocalises éthérées qui n’ont rien à envier à Chelsea Wolfe ou Emma Ruth Rundle. Envoûtante et inquiétante à la fois où la présence fantomatique de J. Maiven hante la pièce de l’auditeur, la musique de Darkher conv#117ient à merveille à une messe impie et à l’appel à la transe.

#119 Moonspell – From Down Below, Live 80 Meters Deep (Napalm Records) (Portugal)

En 2021, le combo portugais de dark metal Moonspell a donné un concert intimiste autour de l’album Hermitage en compagnie de quelques fans courageux dans les grottes de Mira d’Aire, une merveille naturelle du Portugal. De cette expérience unique, ils en ont fait un album ainsi qu’un DVD live. Côté tracklist, sans surprise, c’est l’album retranscrit dans son intégralité et dans l’ordre des pistes. En revanche, le son dans la grotte donne un superbe rendu. Probablement en vidéo, ça doit être plus spectaculaire, mais déjà en album, Moonspell nous offre un magnifique moment suspendu.

#118 Lamb of God – Omens (Epic Records) (USA)

Après un temps un brin plus long entre deux albums dû au départ d’Adler mais aussi à la suite des ennuis judiciaires qu’a connu le groupe, Lamb of God revient à une régularité de métronome. Deux ans après un album éponyme qui marquait les débuts de la période Art Cruz, Lamb of God revient avec un monstre de puissance, un rouleau compresseur comme les virginiens ont l’habitude de nous dérouler. Cette fois, on n’a pas de gros guests à la palette vocale marquée mais plusieurs mecs de Body Count, H2O, et Youth Code pour des choeurs en groupe dans un pur registre hxc. Si le précédent était bon mais manquait de morceaux marquants, Omens, sans égaler le VII: Sturm und Drang, nous montre un Lamb of God moins homogène, avec un Blythe en grande forme, et un Art Cruz qui, certes continue de s’inscrire dans un registre à la Chris Adler mais le fait bien, et des mecs qui osent, et se lâchent sur le plan créatif tout en réaffirmant un groove metal fortement influencé par le hardcore de leur adolescence.

#117 Gospelheim – Ritual & Repetition (Prophecy Production) (Angleterre)

Comment définir la musique des mancuniens de Gospelheim? On est à la croisée de plusieurs registres, avec des mélodies dark rock, une ambiance profondément gothic metal, et, suivant les morceaux, des incursions vers le hard rock occulte, le heavy et même, au niveau de sonorités de batterie, dans le black metal, le tout avec un chant masculin clair (et un duo voix masculine et féminine) avec quelques inclinaisons vocales vers Placebo. Bref, au-delà des genres et des barrières, on peut s’accorder sur le fait que la production est superbe, l’orchestration au cordeau. C’est beau, tout simplement.

#116 Thoughtcrimes – Altered Pass (Pure Noise Records) (USA)

A la pochette, on se croirait avec un obscur groupe de rock alternatif ou d’indus des 90s, mais derrière se cache Altered Pass, le premier album de Thoughtcrimes. Thoughtcrimes, c’est un side-project emmené par Billy Rymer, ancien batteur des défunts Dillinger Escape Plan, aujourd’hui chez Glassjaw, END et Ho99o9. Entouré de Cody Hosza de Moon Tooth, de Brian Sullivan, de Russ Savarese et du hurleur Rick Pepa, Rymer fait revivre l’esprit chaotique de Dillinger Escape Plan. Thoughtcrimes est armé pour tout défoncer et quand ce n’est pas le registre DEP qui est mis en avant, on sent dans le chant clair une influence énorme de Deftones. Tour à tout chaotique et mélodique, Thoughtcrimes fait un savant mélange pour un premier album très solide.

#115 Anna Sage – Anna Sage (Klonosphère) (France)

Anna Sage est une prostituée et tenancière de bordels qui a aidé le FBI à la traque de Dillinger. C’est aussi le nom d’un groupe parisien de chaotic hardcore à la Converge signé chez Klonosphere. Anna Sage est le deuxième album du groupe, un condensé de rage, de violence destructurée, un album bien rentre-dedans, sombre et apocalyptique.

#114 Toundra – Hex (Inside Out Music) (Espagne)

Deux ans après son album dédié au Cabinet du Dr Caligari qui proposait une relecture intéressante et intelligente de la musique du chef d’oeuvre du cinéma expressionniste allemand, le combo Espagnol de post-rock instrumental Toundra revient avec un septième album (en 14 ans). Orné d’une magnifique pochette, Hex est une enfilade d’ogives d’un post-rock de grande classe, massif et hypnotique. Cette cuvée 2022 de Toundra est un très bon cru pour tout amateur de mur sonore.

#113 Big Scenic Nowhere – The Long Morrow (Heavy Psych Sounds) (International)

Deuxième album pour le supergroupe de stoner Big Scenic Nowhere, deux ans après un Vision Beyond Horizon de très bonne facture. Plus court, The Long Morrow est aussi plus dense avec un morceau de 19mn45 soit presque la moitié de l’album. Moins varié, ce nouvel opus n’en reste pas moins classieux avec un stoner de grand standing, hypnotique et riffu en diable.

#112 Mourir – Disgrâce (Throatruiner Records) (France)

On ne parle pas assez de la richesse de la scène toulousaine (et non, je ne fais pas référence aux gentils clowns Bigflo & Oli) et ce deuxième opus de Mourir (quel nom charmant) apporte une nouvelle pierre à ce bel édifice. Ici, on est dans un black metal pur jus, un condensé de désespoir et de rage sourde, un peu comme une armada de supporters du Stade une année sans titre (autant dire qu’en 2022, c’est un album qui colle bien à la Ville Rose). Aussi énigmatique que sa pochette, vif, incisif et véhément, c’est un album qui marque les chairs.

#111 Tyler Bryant & The Shakedown – Shake The Roots (Rattle Shake Records) (USA)

Tyler Bryant & The Shakedown est un quartet qui nous vient de Nashville et qui sort son cinquième album en 13 ans. Musicalement, on est dans un rock sudiste entre hard rock, blues-rock avec un zeste de country-rock par endroits. Certains titres accompagneront l’auditeur sur les grandes routes américaines dans un vieux pick-up suintant le cadavre de coyote et où un fusil de chasse traine par terre, d’autres illustreront idéalement une baston de bar quand ce blaireau de Larry décoche une main baladeuse à la serveuse et se reçoit une chaise en retour. Bref, Shake The Roots fleure bon l’Amérique, le whiskey, la bière et la sueur, avec en plus cette classe décuplée par le chant de Tyler Bryant qui ressemble beaucoup au vocaliste des Picturebooks.

#110 Joe Satriani – Elephants of Mars (Ear Music/Edel Family Member) (USA)

Dix-huitième album solo pour Joe Satriani, deux ans après Shapeshifting que le guitar hero new-yorkais n’avait pu défendre en live pour cause de pandémie. Fort de son concept narratif, Elephants of Mars est un album riche et varié où il n’est pas question ici de technique pure. On retrouve quelques ambiances de Strange Beautiful Music mais aussi un groove énergique et envoûtant ou des titres plus cinématiques. Un mélange des genres et des ambiances qui font d’Elephant of Mars un album parmi les plus complexes, riches et jouissif de Satriani.

#109 Hell Militia – Hollow Void (Season of Mist Underground Activists) (France)

Quatrième album pour les Parisiens de Hell Militia, dix ans après son prédécesseur Jacob’s Ladder. Il faut dire que le groupe a été marqué par le suicide de la bassiste LSK durant l’enregistrement de Jacob’s Ladder, puis le départ du chanteur et du guitariste Un contexte lourd qui a amené Hell Militia a attendre avant de sortir ce nouvel opus, Hollow Void. Ici, rien de moins qu’un black metal pur jus, sous influences crust, crade, malsain, infernal. Hollow Void n’est pas frappé du sceau de la joie de vivre. Ecorché, lourd et violent avec un son grumeleux à souhait, Hell Militia rappelle au souvenir du black metal old school sec, épuré et schizophrénique, tel qu’il était à l’origine.

#108 Blackbraid – Blackbraid I (Auto-production) (USA)

Blackbraid est une one man band de black metal. Dis comme ça, ce n’est pas très original, sauf que Sgah’gahsowáh, homme-orchestre de Blackbraid est un Amérindien des montagnes Adirondack dans l’Etat de New York. Blackbraid oeuvre donc dans un black metal à la norvégienne, avec des touches d’atmos’ et des textes centrés autour de la culture amérindienne et du paganisme. Un mélange des genres du plus bel effet pour un premier album viscéral, ancré dans les terres ancestrales, où on passe facilement de moments calmes à une déferlantes, jusqu’à un final aux touche funeral doom bien épais.

#107 ACOD – Fourth Reign Over Opacities and Beyond (Les Acteurs de L’Ombre) (France)

Formés en 2006, ACOD est devenu peu à peu une formation incontournable de la scène blackened death hexagonale aux côtés de leur concitoyens niçois de Svart Crown. Second chapitre d’une trilogie entamée avec The Divine Triumph, Fourth Reign Over Opacities And Beyond est un album dantesque, extrême, épique, baroque à souhait et infernal de la première à la dernière note. « The Divine Triumph marquait l’ascension des abysses, Fourth Reign Over Opacities And Beyond va plus loin et suit l’épopée d’une âme perdue dans l’au-delà, désignée pour être élue… » selon les termes du groupe, et exactement ça que nous offre l’album : un voyage spirituel vertigineux au fin fond des entrailles de l’Enfer. Un voyage durant lequel ACOD se permet des incursions dans le thrash ou le death pur, emmener par la voix écorchée et puissante de Malzareth. Tabassage auditif en règle, sombre et démoniaque dans son ambiance, le nouvel ACOD est une nouvelle pépite du genre.

#106 The Fall Of Mother Earth – Another Kind Of Consciousness (Auto-production) (France)

The Fall of Mother Earth est un one-band breton, œuvrant dans un doom/death sépulcral porté par de superbes arpèges de six cordes aux mélodies empreintes d’une mélancolie à couper le souffle et par une voix chaleureuse. On sent des influences de Paradise Lost, My Dying Bride et Swallow The Sun dans ce premier album d’une sensibilité à fleur de peau. Another Kind Of Consciousness demande un total lâcher prise mais offre un superbe moment suspendu d’émotion pure.

#105 Ozzy Osbourne – Patient Number 9 (Sony Music) (Angleterre)

Deux ans ont passé depuis Ordinary Man, album conspué, qui a divisé pourtant au demeurant excellent. Deux ans au cours desquels Ozzy nous a distillé des anecdotes sur son passé toutes plus incroyables les unes que les autres, mais surtout au cours desquels il nous a surtout inquiété sur son état de santé, le Madman commençant à subir dans sa chair les affres du vieillissement et de l’addition d’une vie d’excès. C’est donc un Ozzy pas en super état de forme qui nous offre malgré tout Patient Number 9, son 13ème album en activité. Pour ce nouvel album, il garde le même producteur que l’album précédent (il avait du bon boulot et se démerde pas mal sur celui-là). Surtout, tonton Ozzy continue de s’entourer d’un casting qui ne fait pas rire. Aux fûts, Will Ferrell…euh Chad Smith mais aussi le regretté Taylor Hawkins. A la basse, Robert Trujillo fait étalage de sa classe et son talent avec de superbes lignes de 4 cordes. Mais surtout, à la gratte, on retrouve l’ami de toujours Zakk Wylde, son ancien compère Tony Iommi pour de belles retrouvailles, Mike McCready de Pearl Jam, Dave Navarro et…Eric Clapton, chacun apportant sa patte qu’on reconnait aisément. Au milieu de ça, Ozzy (peut être un brin aidé par la technologie) montre qu’il a encore de beaux restes.

#104 Abbath – Dread Reaver (Season of Mist) (Norvège)

Troisième album pour Abbath, le groupe éponyme d’Abbath, ex-leader totémique d’Immortal, groupe phare de la scène black norvégienne. Depuis l’excellent Outsridder, Abbath a dû faire de la désintox pour lutter contre ses addictions et a réintégré la bassiste Mia Wallace, virée comme une malpropre en 2019. Si les deux premiers albums d’Abbath étaient résolument sombres, sur Dread Reaver, le black metal se fait parfois moins hargneux et se pare de riffs de guitare plus heavy, et le jeu vocal d’Abbath lorgne parfois vers celui de Lemmy. Tantôt épique et brutal, tantôt black n’ roll, Dread Reaver est un album qui nécessite plusieurs écoutes pour en cerner la richesse. 

#103 Dark Funeral – We Are the Apocalypse (Century Media Records) (Suède)

Septième album pour Dark Funeral, groupe parmi les pionniers du black metal suédois, en près de 30 ans d’existence. Six ans se sont écoulés depuis Where Shadows Forever Reigns. We Are the Apocalypse est l’occasion d’étrenner Fredrik Isaksson (Berzerker Legion, ex-Therion, ex-Denied, ex-Excruciate) venu du death et du thrash à la basse et Janne Jaloma (Despite, Night Crowned) aux fûts. Si We Are The Apocalypse ne révolutionne pas le genre, c’est un album de black épique, solide, variant entre tempo soutenu et mid-tempo, récitant parfaitement la grammaire black metal, porté par une ambiance lourde et malsaine. Sans forcer ni surprendre, Dark Funeral livre un album qui trône dans le haut du panier de sa discographie.

#102 Greg Puciato – Mirrorcell (Federal Prisoner) (USA)

Frontman des Dillinger Escape Plan, co-créateur des supergroupes Killer Be Killed et du projet electro-rock planant The Black Queen, Greg Puciato est un mec qui ne se cantonne pas à un genre et aime bien expérimenter. Chose qu’il continue à faire avec son deuxième album solo où on sent tantôt des influences noisy, tantôt indus à la Nine Inch Nails, tantôt encore des inclinaisons vers Black Sabbath ou Alice In Chains. On a même une ballade aux influences synthpop avec Reba Meyers, qui nous habitué à des trucs plus chaotiques avec Code Orange. Difficile de ranger Mirrorcell dans une catégorie tant Puciato part dans des trips différents, et justement tant mieux car c’est non seulement très beau mais également hors classe.

#101 Taj Mahal & Ry Cooder – Get On Board (Nonesuch) (USA)

Coéquipiers au sein de Rising Sons dans années 60, Taj Mahal et Ry Cooder ont croisé le fer en 1968 et 1970 sur les albums solos respectifs de  l’un et de l’autre. Il aura fallu attendre 52 ans pour que les deux acolytes tâtent du micro ensemble en studio. Pour leurs retrouvailles, ils réinterprètent des morceaux du répertoire de Sonny Terry et Brownie McGhee qu’ils écoutaient adolescents (dont un certain Midnight Special repris par les Creedence Clearwater Revival). A respectivement 79 et 75 ans, les deux légendes retrouvent une seconde jeunesse le temps de 11 titres, véritable masterclass où ils irradient chaque note de leur classe et leur immense talent. Un must.

#100 Deathwhite – Grey Everlasting (Season of Mist) (USA)

Deux ans après Grave Image, Deathwhite revient avec un troisième album en 10 ans d’existence. Orné d’une pochette sublime, Grey Everlasting continue sur la lancée des pennsylvaniens avec ce doom mélodique à chant clair, cette fois-ci ponctué au niveau de la batterie par des élans plus doom-death par moments, tout en gardant ces riffs massifs et ce chant solennel, limite cérémonieux. Encore une fois, Deathwhite frappe fort et juste avec ce monument de délicieuse mélancolie. Prenant du début à la fin, c’est l’album idéal les jours de pluie.

#99 Shadow of Intent – Elegy (Auto-production) (USA)

Shadow of Intent est un groupe venu du Connecticut et du Rhode Island et mêlant deathcore et death symphonique. Malgré leur jeune âge, le groupe existe depuis près de dix ans et est composé de musiciens qui sont dans le circuit depuis leur adolescence. Et ça se voit avec ce quatrième opus à l’orchestration pharaonique faisant presque penser à du Septicflesh. Un album riche sur le plan musical couplé à la brutalité d’un chant parfois un brin cliché deathcore mais ça marche très bien et ça surnage au milieu de pas mal de formations.

#98 The Linda Lindas – Growing Up (Epitaph) (USA)

Énorme trajectoire que celle des Linda Lindas. Après des festivals de jeunes, elles jouent en première partie de Bikini Kill et sont repérées par Amy Poehler qui leur confie l’écriture de chansons pour son film Moxie dans lequel elles font une apparition. Après plusieurs singles, elles sortent le clip de Racist Sexist Boy tourné dans la Los Angeles Public Library, une performance saluée par Tom Morello ou encore Flea. Cette année, elles sortent leur premier album chez Epitaph, alors qu’elles sont âgées entre 17 et 11 ans. Malgré leur jeune âge, ce sont des musiciennes expérimentées et musicalement très matures qui nous offre ce premier LP Growing Up, où on peut déceler des petits airs de groupes comme Le Tigre, Bikini Kill (voire No Doubt dans les vocalises), un punk lorgnant vers le power pop et le riot grrl frais et enthousiasmant, entre morceaux énergiques et cool et brulôts enragés. Malgré leur jeune âge, Mila et Lucia de Garza, Eloise Wong et Bela Salazar s’imposent déjà comme un groupe à suivre de près et balancent un des disques les plus réjouissants de l’année punk 2022.

#97 Saxon – Carpe Diem (Silver Lining Music) (Angleterre)

Plus de 50 ans d’existence (si on compte toute la période où ils se sont appelés Blue Condition, SOB ou Son of a Bitch avant de s’appeler Saxon), une vingtaine d’album, et une chiée d’EPs, splits et autres compilations. Bien qu’existant depuis le début dans l’ombre des titans de NWOBHM Iron Maiden, Judas Priest ou des rockers de Motörhead, Saxon, à l’instar des teutons d’Accept, fait partie des piliers incontournables de la scène heavy, de ceux qui, ont apporté plusieurs pierres à l’édifice malgré un statut de presque second rôle. 25ème effort des Anglais, Carpe Diem s’inscrit dans les classiques du groupe, bardé de tubes en puissance entre hard et heavy où la puissance et la vélocité se conjugue avec un certain sens de la mélodie. C’est un album solide où les vieux briscards montrent qu’ils en ont largement sous la semelle, où la voix de Byford fait toujours merveille, tout comme les riffs ciselés du vétéran Paul Quinn et de Doug Scarratt. Classique certes mais toujours aussi efficace pour détartrer les esgourdes.

#96 Konvent – Call Down The Sun (Napalm Records) (Danemark)

Deuxième album pour les danoises de Konvent, deux ans après un remarquable et remarqué Puritan Masochism. Ici, ce qui pouvait ressembler à une légère touche stoner-doom a été abandonné pour un doom-death lorgnant plus vers un funeral doom. Call Down The Sun est un véritable rouleau compresseur, une machine à broyer les os pour les réduire en poudre. Ce deuxième album oublie le moindre semblant de fioriture pour nous offrir un monde aride, lugubre et oppressant aux guitares torturées et à la rythmique de brontosaure, une force tellurique brute d’où provient le growl spéléologique de Rikke Emilie List, vocaliste qui fait passer Ross Dolan d’Immolation pour un chanteur de berceuses. Parfait écrin pour l’une des voix de growl les plus impressionnantes au monde, la musique de Heidi, Sara et Julie est un véritable marécage délicieusement putride dont on ne ressort pas vivant.

#95 Placebo – Never Let Me Go (So Recordings) (Angleterre)

Six ans après l’EP Life What You Make It et surtout 9 ans après Loud Like Love, Placebo signe un huitième album, sans batteur attitré cette fois. Musicalement, la bande (enfin la bande de 2) à Molko fait du Placebo pur jus. Parfois, le groupe en fait un peu trop comme sur Forever Chemicals aux arrangements un brin poppy et c’est quand les londoniens font ce qu’ils savent faire de mieux, avec leurs salves un brin mélancoliques, qu’ils touchent en plein cœur encore une fois. Ça faisait longtemps que j’avais pas écouté un album de Placebo et il faut reconnaître que c’est une très belle cuvée.

#94 Steak – Acute Mania (Ripple Music) (Angleterre)

Troisième album pour les londoniens de Steak en douze ans d’existence. Steak nous gratifie d’un stoner tout ce qu’il y a de classique, avec en plus une production léchée, des riffs gras mais ciselés, et surtout la magnifique voix d’un chanteur qui n’a rien à envier (si ce n’est un chouia de groove) à celui de Monster Magnet. Entre titres secs et moments de grâces (comme sur Ancestors), Acute Mania est un album solide qui s’installera sans craintes parmi les disques majeurs de stoner de cette année. Vous l’aurez compris, Steak ce n’est pas de la barbaque dégueulasse et sèche mais plutôt du black angus et ça se mange sans faim.

#93 Barabbas – La Mort Appelle Tous les Vivants (Sleeping Church Records) (France)

Barabbas est un groupe formé en 2007 et nous provenant de Combs-la-Ville en Île-de-France. Après un premier album en 2014, ils reviennent 8 ans après pour un deuxième. Dans le doom, tout est lent, dans le stoner tout est enfumé, et donc dans le stoner doom, il ne faut pas s’étonner d’une productivité de tortue de Galapagos. En revanche, le groupe est plus surprenant sur la forme. Barabbas propose un doom massif dans un registre influencé par Candlemass avec des textes en français avec une registre vocal proche de Papa Schultz de Parabellum (une voix chaleureuse, puissante et grasse) et des textes proches du Thiéfaine de Tout Corps Vivant Branché sur le Secteur. Un résultat qui n’incite guère à l’optimisme, mais d’une poésie crépusculaire à la noirceur sépulcrale délivrée avec brio et intelligence.

#92 ex aequo Thundermother – Black And Gold (AFM Records) (Suède)

Deux ans après Heat Wave et un an après sa ressortie en édition deluxe, les Suédoises Thundermother déboulent avec un cinquième album, Black and Gold. Thundermother, c’est un hard rock certes pas révolutionnaire, mais généreux, fun et fédérateur. Véritable tueuses de scène, les quatre hard-rockeuses livrent 12 nouveaux titres taillés pour faire danser les foules avec des rythmiques dans l’esprit d’AC/DC (le jeu de gratte de Filippa Nasil se rapproche sur certains plans de tonton Angus) et une énergie communicative. Impossible de ne pas bouger la tête avec les Suédoises, elles sont nées pour faire muscler les nuques les plus récalcitrantes et le prouvent de nouveau avec ce condensé de tubes en puissance. Le hard rock à l’ancienne n’est ni mort ni ringard et encore une fois, Thundermother en livre une preuve éclatante.

#92 Scorpions – Rock Believer (Vertigo/Universal Music Group) (Allemagne)

Scorpions est un groupe unique en son genre. En 2010, ils annoncent que Sting in the Tail est leur dernier album et font une tournée d’adieu. Un an après sort Comeblack, compilation de réenregistrements et de reprises. En 2015, toujours en tournée d’adieu, ils sortent un nouvel album, Return to Forever et se lancent dans une tournée à la fois pour ce nouvel album mais aussi d’adieu. Au cours de cette tournée, le batteur est viré et remplacé par Mickey Dee, fraîchement orphelin de Motörhead après la mort de Lemmy. Nous sommes en 2022, la tournée d’adieu a commencé il y a 12 ans et le groupe sort son 19ème album, le troisième depuis l’annonce de la retraite du groupe. 50 ans après le premier album Lonesome Crow sort donc Rock Believer, retour au son de fin 70/début des 80s et des albums comme Lovedrive, Animal Magnetism et Blackout. Un Scorpions en forme, plus sec et direct comptant sur les riffs bien sentis de Rudolf Schenker et la superbe voix de Klaus Meine, les deux seuls membres d’origine et les lignes de guitare lead du vétéran Mathias Jabs. Quant à Mickey Dee, s’il joue dans un registre plus lent que pour l’époque du bombardier, il fait nettement le job. Niveau compo, c’est du Scorpions reconnaissable en mille mais c’est plutôt varié et efficace. Les teutons retrouvent une nouvelle jeunesse et on renoue avec de la qualité jusque dans la traditionnelle ballade qui prend une plus grande puissance émotionnelle dans sa version acoustique sur l’édition deluxe. D’ailleurs c’est clairement cette édition qu’il faut privilégier pour profiter de ce retour en forme de Scorpions prêts à piquer et qui nous offrent son meilleur album depuis des lustres.

#91 Crowbar – Zero and Below (MNRK Heavy) (USA)

Quand on écoute du Crowbar, on sait sur quoi on va tomber : une voix rocailleuse, des riffs de mammouth, une musique lancinante, mélancolique et hyper dense. En 2020, juste après le solo du chanteur emblématique, Dream In Motion sur lequel Kirk Windstein apparaissait plus posé, Crowbar avait enregistré une grande partie du successeur de The Serpent Only Lies. Seulement la Covid et l’arrêt des tournées en décidaient autrement et Crowbar a mis Zero and Below au congélateur avant de le sortir finalement deux ans plus tard, sans le retoucher, ni ajouter quoi que ce soit en lien avec la période actuelle. Déboule donc ce 12ème album, paraissant presque plus enjoué que les deux précédents. On retrouve un riffing sec mais efficace. Crowbar fait toujours du Crowbar mais un chouia moins pesant dans le propos. Pour le reste, on retrouve les ingrédients habituels des parrains du sludge de Nola, avec l’album le plus énergique depuis Sever the Wicked Hands.

#90 Drive-By Tuckers – Welcome 2 Club XIII (ATO Records) (USA)

26 ans après leur formation, le groupe d’Athens dans l’Etat de Georgie Drive-By Tuckers sort un 14ème album, dont le nom fait référence au lieu où les deux membres fondateurs encore présents dans le groupe (Patterson Hood et Mike Cooley) faisaient leurs débuts. Plus personnels et introspectif qu’à l’accoutumée, tout en gardant des paroles politiquement chargées, Welcome 2 Club XIII commence par l’étrange The Driver avec sa guitare crépusculaire et Hood qui débite avec une certaine nonchalence digne d’In The Death Car d’Iggy Pop. Pour le reste, on navigue dans un rock sudiste partant dans un classic rock amoureux des grands espaces et de l’asphalte convoquant l’esprit des Lynyrd Skynyrd, Allman Brothers ou encore REM (dont Mike Mills fait partie des invités de ce nouvel album). Il n’est pas incongru de penser aux Counting Crows ou aux ballades du Grave Dancers Union de Soul Asylum. On navigue entre sublimes ballades de road trip et morceaux électriques pour un ensemble certes classique mais très prenant, classe et appelant frénétiquement la touche repeat. Ce genre de rock n’est pas mort, et ça fait franchement plaisir.

#89 Russian Circles – Gnosis (Sargent House) (USA)

Huitième album déjà en 18 ans pour Russian Circles, groupe de Chicago devenu incontournable dans le paysage post-metal. Gnosis marie les ambiances, entre murs de son compacts et arpèges mélodiques et d’une douce tristesse. A l’image de sa pochette, Gnosis est à la fois vertigineux et totalement désenchanté. Difficile de ne pas se laisser embarquer.

#88 Long Distance Calling – Eraser (Ear Music) (Allemagne)

Huitième album pour les post-rockeux allemands de Long Distance Calling, groupe qui fait de l’instrumental depuis trois albums. A l’inverse du précédent How Do We Want to Live?, Eraser ne contient aucune touche d’électro au profit d’instruments analogiques et d’orchestration live. Centré autour du rapport de l’humanité au vivant, Eraser brouille les pistes entre post-rock et metal, où les grosses guitares la disputent aux envolées de piano, avec des touches d’atmos dans un trip à la Katatonia au point que Jonas Renkse ne dépareillerait pas sur certains titres, ou par d’autres moments plus proches de Pink Floyd. Tour à tour énergique et nettement plus posé, Long Distance Calling sait varier les rythmes comme un coeur qui bat et dérouler une bande-son à la hauteur des enjeux au coeur de sa thématique.

#87 From The Vastland – Taurvi (Crawling Chaos) (Iran/Norvège)

From the Vastland est un one-man band venu de Téhéran en Iran et (wait for it, c’est tellement étonnant) exilé car les dirigeants de ce pays si modéré, tolérant et ouvert (dixit les mecs qui voulaient vendre du nucléaire à l’Iran à l’époque) semblent préférer les metalleux morts que vivants. Parti en Norvège, Sina, l’homme à tout faire derrière From the Vastland fait dans un black metal musicalement très local mais empruntant ses paroles à la mythologie perse et mésopotamienne ainsi qu’au zoroastrisme. C’est donc un album à la fois empreint d’une ambiance occulte et infernale que nous livre From the Vastland, festival de batterie véloce, de guitare torturée et de cris démoniaques. Et le moins qu’on puisse dire, c’est que ce septième opus en 12 ans d’existence fait valser les dents dans le décor.

#86 Pure Wrath – Hymn to the Woeful Hearts (Debemur Morti Productions) (Indonésie)

Troisième album pour Pure Wrath, one man band indonésien de black metal basé sur l’île de Java. Premier album chez Debemur Morti, Hymn to the Woeful Hearts bénéficie d’une jolie production qui permet de retranscrire la profondeur du black metal atmosphérique et contemplatif de Pure Wrath. On retrouve les composantes classiques d’un black metal à l’ancienne avec en plus des choeurs qui donne à la musique de Januaryo Hardy un aspect cérémonieux juste à l’outro instrumental mélancolique. Encore une fois, le label Debemur ne s’est pas trompé et glisse une nouvelle pépite dans son catalogue.

#85 Gasoline – The Orange Album (Celebration Days Records) (France)

Dans la scène blues-rock ou garage rock, les power duos sont légion (The White Stripes, The Inspector Cluzo, The Picturebooks…), on peut désormais rajouter Gasoline, groupe formé en 2019 à Pigalle. Mais Gasoline n’est pas un simple duo de plus, en atteste la qualité de leur premier effort The Orange Album (hommage à la célèbre marque d’ampli?). Ici, on sent l’inspiration de groupes comme MC5 ou Lords of Altamont. On est clairement dans un garage rock bluesy ou un blues-rock aux riffs sauvages et sans concession. C’est du caviar tout simplement, d’une énergie folle hyper communicative qui appelle la touche repeat de manière compulsive. Impossible de ne pas secouer la tête en rythme, même si vous souffrez d’un locked-in syndrom.

#84 Becoming The Archetype – Children of the Great Extinction (Solid State Records) (USA)

La pochette magnifique annonce un trip science-fiction poussé, et c’est en partie ce que nous propose Becoming The Archetype, groupe venu d’Atlanta et mélangeant death metal mélodique et progressif, et metalcore et mêlant les thèmes touchant au christianisme et à la SF. Becoming the Archetype se détache des groupes de metal chrétien en ne faisant pas de prosélytisme religieux mais injectant des ambiances spirituelles et faisant appel à la transcendance dans une bonne louche de SF. En soignant particulièrement les ambiances, le mix qui magnifie les superbes compositions emmenées par un chant qui navigue entre growl et chant clair avec le duo de voix Jason Wisdom/Seth Hecox, Children of the Great Extinction est un disque passionnant de bout en bout. Après presque dix ans de séparation dus à un line-up trop instable, Becoming The Archetype revient, sûr de ses bases avec les trois membres d’origine et livre un disque de très haute tenue.

#83 Allegaeon – Damnum (Metal Blade Records) (USA)

Sixième album pour Allegaeon, formation incontournable de la nouvelle vague death mélodique américaine. Un death à la fois mélodique et technique, avec une orchestration de mastodonte impressionnante de densité, des structures complexes aux harmonies hyper travaillées effectuées avec virtuosité (on a une ligne de basse de dingue, des partitions de guitares hallucinantes…) couplé à un chant progueux alternant clair et growl, alliant finesse, technique et brutalité. Du grand art.

#82 Norma Jean – Deathrattle Sing For Me (Solid State Records) (USA)

Sous cette pochette (l’une des plus belles de l’année) se cache le 10ème album de Norma Jean, groupe de metalcore venu d’Atlanta. Entre mathcore, noise et metalcore, la musique de Norma Jean et ce Deathrattle Sing For Me en est un parfait exemple. Tour à tour chaotique, à limite de l’expérimental et par moments mélodique, Deathrattle Sing For Me est par moments exigeant, toujours surprenant mais à chaque fois foutrement bien amené.

#81 Lorna Shore – Pain Remains (Century Media) (USA)

La vie n’a été un long fleuve tranquille pour Lorna Shore, groupe reconnu de la scène deathcore, avec un line-up pas hyper stable, le départ du chanteur Tom Barber pour fonder Chelsea Grin, son successeur qui se fait dégager au bout d’un an à la suite d’accusations d’agressions sexuelles, Andrew O’Connor passé de la basse à la guitare puis au micro avant de retourner à la guitare, puis la pandémie de Covid. Bref, c’est avec un nouveau bassiste et un nouveau chanteur que Lorna Shore a fait parler la poudre avec l’EP …And I Return to Nothingness avant ce quatrième album Pain Remains. Des changements et des turbulences qui n’ont pas changé l’état d’esprit du groupe. Lorna Shore fait du Lorna Shore et les New-Jersyens reviennent avec un gros deathcore spectaculaire, torturé, conjuguant arpèges virtuoses, orchestration grandiose, lignes déstructurées et beuglantes homériques. Contre vents et marées, les mecs nous sortent un truc monstrueux, presque inhumain et marquent les esprits avec cette cuvée 2022.

#80 Conjurer – Páthos (Nuclear Blast) (Angleterre)

Conjurer nous vient de la ville de Rugby et non, ça ne s’invente pas. La musique du groupe ne pouvait pas faire dans la dentelle, mais plutôt dans la démonstration de force et de puissance. Troisième album des anglais, Páthos est un enchainement de séquences violentes et massives, lourde comme une mêlée, violente comme une charge à l’épaule, surprenante comme un plaquage cathédrale. On se prend Páthos dans la gueule avec l’intensité d’un demi de mêlée plaqué par un pilier. Durant près d’une heure, les corps sont mis à rude épreuve, le protège-dents de l’auditeur valse dans le décor et ses dents avec, et Conjurer nous met une énorme cartouche. Essai marqué avec la manière.

#79 Viande – L’Abîme Dévore les Âmes (Transcending Obscurity Records) (France)

Après Steak, un autre groupe au nom pas vegan-compatible: Viande. Formé en 2013, ce trio sort son premier album. Au menu : un blackened death boueux fleurant bon la bidoche en putréfaction laissée en plein cagnard. Un album sombre, inquiétant à l’atmosphère délicieusement glauque. Avec des noms de titres à faire plaisir aux Vogons du film H2G2, L’Abîme Dévore les Âmes est à privilégier les jours où on a bon moral pour redescendre un peu de l’euphorie.

#78 Lacrimas Profundere – How To Shroud Yourself With Night (Steamhammer) (Allemagne)

Lacrimas Profundere fait partie de ces groupes de metal à la trajectoire non linéaire. D’abord positionné dans un doom/death mélodique, les allemands ont évolué vers un gothic metal et enfin un gothic rock. Un changement qui ne s’est pas fait sans heurts, en atteste l’énorme liste concernant le line-up du groupe depuis 1993, le guitariste Oliver Nikolas Schmid étant le seul rescapé. Sur ce treizième album, intitulé How To Shroud Yourself With Night, le groupe étrenne un nouveau bassiste, Ilker Ersin. Musicalement, ce nouvel opus est un mélange entre gothic rock et gothic metal, avec un Julian Larre capable de beugler comme un damné et l’instant après nous offrir un superbe chant clair. Une voix chaude et puissante au service de compositions hyper catchy à l’efficacité immédiate. Certes, les fans de la première heure ne seront pas ravis, mais on accroche instantanément aux morceaux et les morceaux sont tous de superbes tubes en puissance.

#77 My Sleeping Karma – Atma (Napalm Records) (Allemagne)

Depuis Moksha, les allemands de My Sleeping Karma sont passés plusieurs très douloureuses épreuves personnelles, entre drames familiaux et maladie, qui ont mis un coup d’arrêt aux sorties. Le groupe a donc pris le temps (5 ans en tout) pour composer pas à pas ce nouvel album, plus ramassé, dépourvu d’interludes. Comme toujours, My Sleeping Karma tourne sa musique autour de concepts philosophiques ou spirituels orientaux et Atma s’inspire de la doctrine bouddhiste du même nom décrivant le soi comme entité indépendante du corps et de l’esprit. Fruit de cette période compliquée pour le groupe, Atma est tour à tour désespéré, sombre mais aussi lumineux et rempli d’espoir. Nul besoin de paroles, la musique de MSK, élégante et hypnotique, se suffit à elle-même pour livrer encore une fois une œuvre rare et transcendante.

#76 Crobot – Feel This (Mascot Records) (USA)

En 11 ans d’existence, Crobot s’est rapidement imposé comme le groupe incontournable de la nouvelle vague stoner. Statut que les pennsylvaniens confirment avec leur (déjà!) quatrième album Feel This. Un nouveau bassiste (le groupe n’a pas fait preuve de stabilité à la basse et aux fûts) mais le groupe continue sur sa lancée avec un stoner survitaminé et entraînant. Feel This est un concentré de tubes en puissance qui donnent le sourire et une furieuse envie de danser. Du stoner qui donne envie de bouger le cul au lieu de juste écraser la pédale d’accélérateur ou de bouffer des champis, c’est rare mais Crobot emmène ce mélange des genres qui font de Feel This un incontournable de l’été.

#75 Stereophonics – Oochya!(Stylus Records) (Pays de Galles)

12ème album pour Stereophonics en trente ans d’existence. Les Gallois sortent des albums avec une régularité de métronome et en plus, même si 2-3 albums sont un brin en deçà, jamais ils n’ont offert de franche déception. Mieux, sur ce 12ème album, on retrouve le niveau d’un Words Get Around ou d’un Performance and Cocktails. Dès le premier morceau, on renoue avec cette fougue d’antan. Oochya! c’est une palanquée de morceaux immédiats et tubesques à souhait. Le rock n’est pas mort, il bande encore.

#74 Audrey Horne – Devil’s Bell (Napalm Records) (Norvège)

En 2002, plusieurs musiciens de la scène black metal de Bergen (King ov Hell de Gorgoroth, Ice Dale d’Enslaved, Thomas Tofthagen de Sahg ou encore Kjetil Greve de Deride) se réunissent pour fonder un groupe, non de BM mais de hard rock d’après le nom d’un personnage de Twin Peaks. 20 ans et quelques légers changements après, Audrey Horne sort son septième album, Devil’s Bell. Bénéficiant d’une superbe prod’ moderne et du superbe jeu de gratte de la paire Ice Dale/Tofthagen, Devil’s Bell nous gratifie de 9 titres entre rock 70/80 et NWOBHM. 9 titres et autant de perles classieuses et superbement exécutées.

#73 Parkway Drive – Darker Still (Epitaph Records) (Australie)

A la base groupe de metalcore/hardcore, Parkway Drive continue sa mue dans le metal alternatif. Pour autant, les gars de Byron Bay ne se renient car Darker Still multiplie les démonstrations de puissance et de violence avec un Winston McCall bien énervé et des riffs lourds et secs. Si la production et l’orchestration sont modernes, les wallabies n’en oublient pas d’offrir des titres taillés pour se faire des gros câlins dans le pit. Morceau plus posé que le reste, Darker Still prend l’apparence d’une ballade à l’émotion à fleur de peau, avant que McCall se lâche un bon coup dans les dernières répétitions du mantra du morceau. A fleur de peau à l’image d’un groupe dont les liens ont tenu qu’à un fil pendant tout l’enregistrement, Darker Still est aussi tendu et profond que percutant.

#72 Elles Bailey – Shining in the Half Light (Outlaw Music)(Angleterre)

Troisième album pour la native de Bristol Elles Bailey. Et c’est une magnifique découverte tant Elles Bailey nous livre une pépite blues aux inclinaisons parfois blues-rock voire country. Shining in the Half Light est relativement court mais regorge d’ambiance variées. La versatilité de l’anglaise est intéressante, c’est un album regorgeant de pépites portées par une voix superbe.

#71 Dawn of Solace – Flames of Perdition (Noble Demon) (Finlande)

Troisième album pour Dawn of Solace, le deuxième avec Mikko Heikkilä au chant, véritable trésor national à la voix cristalline. Encore une fois, le groupe nous gratifie d’une série de pépites où le polyvalent et bourreau de travail Tuomas Saukkonen fait merveille avec ses compositions toutes en délicatesse, ses variations guitare sèche/guitare électrique mais aussi sa frappe massive et ses lignes de basse profonde. Du doom-death à chant clair de très haute volée encore une fois.

#70 Psycroptic – Divine Council (EVP Recordings) (Australie)

Et de huit pour les australiens Psycroptic, groupe phare de la scène qui n’a jamais cessé d’impressionner depuis 1999, enquillant les albums comme autant de bombes. Impressionnant de maitrise, de puissance, de technique avec une musique rentre-dedans, rapide, bardée de feux d’artifice en tous genres, de la batterie à la gratte en passant par une basse virevoltante. Impressionnant aussi de profondeur avec un Psycroptic qui soigne le côté mélodique, n’hésitant pas à des plages plus atmosphériques, des intros acoustiques et même des choeurs féminins avec la présence d’Amy Wiles de Taberah. En déboulant comme un bulldozer d’entrée de jeu et en continuant un travail de démolition éclair au long des 38 minutes de l’album, Psycroptic signe avec Divine Council une formidable déflagration.

#69 16- Into Dust (Relapse Records) (USA)

Et de neuf pour les vétérans du sludge -(16)-. On pourrait croire que le groupe avait tout raconté au fil des années, mais il s’avère que les sludgeux de la cité des anges aient encore décidé de nous surprendre. Au début, on est en terrain connu avec ce sludge massif et écorché qui donne envie de couper des séquoias à coups de tronche et de tuer des ours à mains nues, une musique d’une puissance dévastatrice mais avec néanmoins une certaine finesse. Et alors que tout autour de soi a été arraché et réduit en copeaux, débarquent d’on ne sait où un piano électrique et un saxo pour une ambiance jazz crépusculaire. La classe, jusqu’au bout.

#68 Korn – Requiem (Loma Vista)(USA)

En 2019, Korn sortait The Nothing, album viscéral et poignant, marqué du sceau du deuil à la suite de la tragédie personnelle vécue par Jonathan Davis. Depuis, une tournée avortée en raison du Covid, Korn libéré de la pression de livrer des sorties pour honorer son contrat avec son label et le temps du deuil qui s’est fait. C’est un Korn plus léger qui se présente avec Requiem. Korn, qui par conséquent, livre une œuvre moins lourde émotionnellement, moins écorchée et par conséquent, moins immédiate. Mais écoute après écoute, Requiem gagne des galons, grâce à un trio Head/Munky/Fieldy toujours aussi impérial, un Jonathan Davis étonnant, plus posé et mélodique et moins hargneux et des putain de refrains qui font de chaque morceau un tube en puissance. Avec son album le plus court à ce jour, moins massif et tout aussi efficace, Korn montre qu’en sortant légèrement de son registre habituel, ils arrivent à sortir un gros skeud. Comme quoi, encore une fois, le statut du groupe après 30 ans ne doit rien au hasard.

#67 Bloodbath – Survival fo the Sickest (Napalm Records)(Suède)

Sixième album pour le supergroupe Bloodbath, vingt ans après le tout premier. Conçu comme une volonté de réunir des acteurs majeurs de la scène death suédoise autour d’une déclaration d’amour au death old school de Suède et des Etats-Unis, Bloodbath a fini par devenir un groupe incontournable du genre. Le line-up a plusieurs fois évolué, entre le départ de Mikael Åkerfeldt (dont une partie de la fanbase de Bloodbath est nostalgique) et de Dan Swanö, ainsi que le passage éphémère de Peter Tägtgren de Hypocrisy le temps d’un album ou encore les mouvements à la guitare. En revanche, l’ossature Jonas Renkse/Anders Nyström (tous deux de Katatonia) est inamovble, Martin « Axe » Axenrot (ex-Opeth, ex-Witchery) et Nick Holmes (Paradise Lost) semblent clairement installés. Reste Tomas Åkvik, le bizu de la bande. Fidèle à ses convictions, Bloodbath livre un autre monument de death metal old school bercé aux films d’horreur gores, baignant dans une ambiance hyper crade. Les invités (Barney Greenway de Napalm Death pour un titre bien sauvage ou encore Luc Lemay de Gorguts) ne contribuent pas à apaiser les âmes, bien au contraire. Pur condensé de sonorités 90s, mid-tempos, massives et boostées par un growl bien crade, Survival of the Sickest est une nouvelle pierre à un édifice de délicieuse dégueulasserie que Bloodbath construit consciencieusement depuis 20 ans.

#66 Avatarium – Death, Where Is Your Sting (AFM Records) (Suède)

Trois ans après The Fire I Long For, les Suédois d’Avatarium livrent un cinquième album intitulé Death, Where Is Your Sting (ce qui confirme leur goût pour des titres d’albums chiadés). Comme à leur habitude, ils œuvrent dans une musique entre doom metal, doom rock et rock progressif, le tout emmené par la voix chaleureuse et puissante de Jennie-Ann Smith, toujours d’une élégance incandescente accompagnée d’une orchestration massive, dense et généreuse.

#65 Kula Shaker – 1st Congregational Church of Eternal Love and Free Hugs (Strange F.O.L.K Records) (Angleterre)

26 ans après la déflagration K qui inaugurait leur carrière, les londoniens Kula Shaker reviennent avec un sixième album, six ans après K 2.0. Avec un titre aussi barré et une pochette rappelant la grande période psyché des Beatles, Kula Shaker fait ce qu’ils ont toujours fait de mieux : un rock psyché typé 70’s jusqu’au traitement sonore du plus bel effet. Entre plages folk, moments plus énergiques et inspirations pinkfloydiennes, le groupe place çà et là des extraits d’une parodie de messe très drôles et plutôt bien vus. C’est complètement foutraque par moments, mais tout est bien calé, il y a un certain nombre de ballades mais Kula Shaker se débrouille bien dans ce registre.  Dans l’année rock, c’est un incontournable.

#64 Oceans of Slumber – Starlight and Ash (Century Media Records) (USA)

Tous les deux ans plus ou moins depuis leur formation, les texans Oceans of Slumber sortent un nouvel album. Une régularité de métronome au niveau des sorties mais aussi une certaine homogénéité en termes de qualité puisqu’à chaque fois, ils nous collent une beigne tout en redessinant légèrement le contour de leur musique. Cette fois, le changement est non des moindres puisque si on retrouve ce mélange entre progressif et doom, la deuxième voix plus gutturale est cette fois abandonnée au profit de Cammie Gilbert qui hérite de la totalité du chant. Un chant très particulier avec un grain de voix soul et un coffre puissant qui impressionne de plus en plus. Avec le guttural absent, Oceans of Slumber propose avec Starlight and Ash, son album le plus atmosphérique. On est à la fois dans le contemplatif tout en gardant une orchestration lourde et par moments rugueuse. Un mélange des genres qui opère encore mieux avec le traditionnel cover puisque, après Nights in White Satin, Wayfaring Stranger, et Wolf Moon c’est au tour de House of the Rising Sun qui bénéficie d’une magnifique reprise. En dehors de cette cover, force est de constater qu’Oceans of Slumber continue d’offrir des albums où la puissance et l’émotion se mêlent à la perfection.

#63 Mantar – Pain Is Forever And This Is The End (Metal Blade Records) (Allemagne)

Cinquième album pour Mantar, groupe germano-américain qui a commencé avec du sludge metal pour évoluer vers un black metal teinté de punk et de sludge. Pain Is Forever And This Is The End opte pour une musique sèche, dépouillée de toutes fioritures et hyper péchue. Teasé par des extraits prometteurs qui ont fait réagir diversement, Pain Is Forever And This Is The End tient toutes ses promesses avec son black punk patate et tubesque en diable (écoutez Hang ‘Em Low (So the Rats Can Get ‘Em) et je vous mets au défi de pas avoir envie de secouer la nuque). Certes, c’est peu varié, mais c’est aussi généreux qu’entrainant, porté par une énergie communicative. Bref, un album de black d’été.

#62 Alela Diane – Looking Glass (Naïve/Believe) (USA)

Depuis ses débuts, Alela Diane n’a jamais déçu. Que ses albums, solos ou en collaboration, qu’ils partent dans le folk, la country ou qu’ils aient quelques tonalités plus psychédéliques, sa discographie a un niveau quasi homogène et de très haute tenue. Elle le prouve encore une fois sur ce huitième album, dans la lignée de To Be Still et About Farewel. Une folk simple en apparence, sans artifices, bardé de mélodies immédiates et portée par la superbe voix d’Alela Diane. Un album empli de morceaux qui appellent la touche replay, idéal pour l’automne, à écouter au calme avec un bon bouquin.

#61 Stormtroopers of Love – Go Go Graveyard (Love Ghoul Records) (Danemark)

Dans la scène psychobilly, les danois Stormtroopers of Love sont des petits nouveaux. Après un premier EP où figurait une reprise plutôt particulière de Black Sabbath, vient le premier album, du nom de Go Go Graveyard. Et pour un premier effort, c’est un véritable tour de force. Aucun temps faible, les mélodies sont immédiates, c’est frais musicalement tout en restant délicieusement malsain dans les paroles. Un véritable condensé de tubes psychobilly dans ce que cette musique produit de meilleur et de plus fun. S.O.L. convie l’ex Mad Sin et ex Nekromantix Peter Sandorff (aujourd’hui chez Hola Ghost) et la chanteuse Djana Vallespir au magnifique filet de voix. Superbement exécuté tant au niveau de la batterie supersonique que par les riffs élégants où le chant bien badass, Go Go Graveyard est assurément une pépite du genre. Chop! Chop!

#60 The Hellacopters – Eyes of Oblivion (Nuclear Blast/Psychout Records) (Suède)

The Hellacopters sont de retour. 14 ans se sont écoulés depuis Head Off. Un laps de temps durant lequel Nicke Andersson a rejoint les rangs du combo de doom/heavy Lucifer. Le temps n’a pas eu prise sur les Suédois, en atteste ce huitième album Eyes Of Oblivion. The Hellacopters nous gâte avec ce rock énergique entre hard et garage rock, mâtiné de boogie, de sonorités blues-rock (le moite So Sorry I Could Die). Eyes of Oblivion est un pur moment de rock n’ roll sauvage porté par l’énergie débordante de celui qui veut en découdre. Avec ce nouvel opus blindé à la gueule de tubes en puissance, The Hellacopters nous offre un des meilleurs albums de rock de l’année, rien de moins.

#59 Immolation – Acts of God (Nuclear Blast) (USA)

Onzième album pour les New-Yorkais Immolation, vétérans de la scène death aux 34 ans de carrière (36 si on tient compte de la période Defcon puis Rigor Mortis). Après 34 de bons et loyaux services, Immolation… continue sur sa lancée avec un death old school, en mid-tempo (sauf une piste plus brutal death) avec du tremolo picking, du tabassage de fûts et le growl spéléologique de Ross Dolan. Un death gras, poilu, cuissu et brillamment exécuté, servi par une belle prod’ et un superbe artwork. Un bon gros boulet de démolition lancé en pleine gueule.

#58 Machine Head – Øf Kingdøm And Crøwn (Nuclear Blast) (USA)

En 2018, Robb Flynn (certainement échaudé par les retours catastrophiques de Catharsis) annonce une tournée d’adieu. Devant l’ambigüité du message, la machine médiatique s’emballe et annonce un split. Le temps que la news enflamme la Toile, Flynn fait un rétropédalage et évoque un changement de line-up. Exit dont Phil Demmel qui retourne à Vio-Lence, exit aussi l’historique Dave McClain présent aux fûts depuis The More Things Change et reparti chez Sacred Reich. En dehors de Flynn, seul survivant du grand ménage, le bassiste Jared MacEachern. Pour se refaire la cerise et reconquérir les fans, Robb Flynn convoque les anciens et fait une tournée hommage à l’album Burn My Eyes. Un album live plus tard, Machine Head balance çà et là des singles dont le remarqué My Hands Are Empty puis le EP Arrows in Words from the Sky. En 2022, enfin, le combo d’Oakland sort son 10ème effort, Øf Kingdøm And Crøwn, un concept album autour du tragique destin de deux hommes, Ares et Eros. Pour ce nouvel album, Flynn, en plus de MacEachern, s’entoure de Vogg du groupe Decapitated à la gratte et de Navene Koperweis de Job For A Cowboy aux fûts, mais aussi de Logan Mader à la guitare et au songwriting de My Hands Are Empty. De plus, Flynn délègue une partie du songwriting et des paroles à son bassiste (chose rare) qui assure également une partie des refrains. C’est donc un album à la composition réellement bicéphale, à l’image du duel raconté. Et le fait que tonton Robb ne centre pas tout autour de lui a un impact sur la qualité de l’album. Production mammouthesque, batterie hyper efficace, riffs chirurgicaux, Øf Kingdøm And Crøwn est le retour d’un Machine Head des grands jours, ambitieux dès le premier titre pharaonique, tour à tour mélodique que démontrant une énorme puissance de feu. Machine Head est de retour, prêt à en découdre et sort son meilleur album depuis The Blackening.

#57 Hypnagone – Qu’Il Passe (Klonosphère) (France)

Comme bien souvent chez Klonosphere, difficile de classer catégoriquement le groupe de l’Est de la France Hypnagone, entre metal progressif et post-metal avec quelques incursions de jazz et d’ambient. Premier album, Qu’Il Passe montre les très solides dispositions d’un groupe, influencé non seulement par la musique mais aussi l’architecture et l’art en général. Tour à tout agressif et contemplatif, mélancolique et énergique, Hypnagone passe de l’un à l’autre avec une musique quasi bipolaire. Doté d’une superbe production, ce premier album surprend autant qu’il émerveille, que ce soit par la versatilité du chant d’Adrien Duffour que par la virtuosité de la section rythmique. Complexe et riche en émotion, Qu’il Passe est impressionnant et passionnant de bout en bout et impose Hypnagone comme nouveau groupe à suivre de très près.

#56 Agathodaimon – The Seven (Napalm Records) (Allemagne)

Agathodaimon est un groupe venu d’Allemagne et dont le black metal originel a muté vers un black gothique et symphonique, dans un style proche de Cradle of Filth ou de W.E.B. avec un duo de chanteurs, l’un en chant clair (également guitariste), l’autre en chant beuglé, des compositions hyper théatrales et par moments symphoniques et un certain penchant pour la mise en scène épique. Septième album en 27 ans d’existence, premier en neuf ans,The Seven tourne autour des sept péchés capitaux. Pour cet album, Agathodaimon a injecté du sang neuf à la guitare, à la basse et aux fûts, et les nouveaux venus ne débarquent pas pour trier des lentilles. De plus, sur Mother of All Gods, le groupe invite leur ancien beugleur Vlad Dracul et sur Kyle/Gloria c’est notre Julien Truchan national qui vient lâcher des vocalises. Ambitieux, audacieux, porté sur des compositions complexes et épiques, The Seven n’a rien à envier au dernier Cradle.

#55 Tranzat – Ouh La La (Klonosphere) (France)

Attention, ne pas se fier à ce look sorti d’un meeting des Jeunes Avec Balladur, d’une garden party chez Pécresse ou d’une tribune VIP d’un match du Racing 92. Loin de tout ça, les Bretons de Tranzat nous livrent un metal prog aussi inventif et drôle que complexe et un brin chaotique, le tout emmené par une voix à la Jonathan Davis. Tranzat innove, déroute, impressionne. Ce troisième effort, sorti chez Klonosphere s’annonce comme un moment fort de l’année prog.

#54 Riverwood – Shadows and Flames (Auto-production) (Egypte)

On ne parle pas assez souvent du metal oriental, et c’est dommage car les pays du Maghreb, du Machrek et du Proche et Moyen Orient recèlent de bons groupes qui méritent davantage de visibilité. C’est le cas de Riverwood, groupe égyptien qui signe son deuxième album, Shadow and Flames. Mariant folk metal oriental et metal progressif, Riverwood signe un album majestueux à l’orchestration impressionnante où instruments traditionnels et base metal se marient à merveille pour un résultat faisant penser à Orphaned Land ou Myrath avec un chant clair mêlé d’élans gutturaux. Au final, c’est un album superbe malgré un artwork qui ne fait pas rêver.

#53 Fit For An Autopsy – Oh What The Future Holds (Nuclear Blast) (USA)

Le deathcore n’est pas du tout ma came, en dépit de noms de groupe bien cool, je ne saurais pas l’expliquer mais je n’ai jamais réussi à accrocher franchement. Heureusement, Fit For An Autopsy fait office de belle introduction à ce genre. Déjà, l’artwork, très surprenant pour le genre, est une réussite. Ensuite, les vocalises, aisément les meilleures du genre, et l’influence notable de Gojira (période de The Link à L’enfant Sauvage), que ce soit dans les riffs, la construction de morceaux où cette manière d’utiliser les choeurs. Cela dit, en dépit de cette influence visible, les newjersiens ne ressemblent qu’à eux avec ce deathcore à la rythmique syncopée et chirurgicale sans négliger la mélodie les arpèges comme les riffs ciselés et encore une fois le chant rugueux de Joe Badolato ou la frappe de mammouth de Josean Orta. Autant d’ingrédients qui font de Oh What The Future Holds une réussite indéniable blindée à la gueule de pépites.

#52 Verberis – Adumbration of the Veiled Logos (Norma Evangelium Diaboli) (Nouvelle-Zélande)

Verberis est un quatuor Néo-Zélandais comprenant dans ses membres Jamie Saint-Merat, le batteur de Ulcerate et ancien de 8 Foot Sativa. Autant dire qu’on n’est pas dans une ambiance façon La Petite Maison dans la Prairie kiwi. Verberis fait dans un blackened death lourd et ténébreux. Deuxième album du groupe, Adumbration of the Veiled Logos c’est une plongée dans la lave de presque une heure, dont 20 minutes rien que pour le dernier morceau. Riffs infernaux, rythmique implacable, hurlement de damné, Adumbration of the Veiled Logos est d’une intensité affolante, autant dire que l’album n’est pas à laisser entre les mains du néophyte mais plutôt pour les nuques aguerries. Après une heure à se faire concasser les os, on ne ressort pas tout à fait la même personne.

#51 Jörd – Måne (Northern Silence) (Suède)

Jörd est un one-man band de Suède et fondé par Jörgen Strom, un mec qui bourlingue dans le metal depuis 30 ans. Ström a évolué dans des formations majoritairement death mais également black (Rimfrost) ou encore dans le rock alternatif et le gothic rock. Fort de toutes ces expériences, il propose avec Jörd un black atmosphérique (ou blackgaze) aux touches post-rock et post-metal. Deuxième album de Jörd, Måne ‎est un vrai régal pour les oreilles. Niveau vocal, on est clairement dans le registre black avec un registre guttural, mais musicalement, Måne ‎multiplie les plages planantes, les moments suspendus empreints de mélancolie et de triste douceur, jusqu’au final instrumental qui prend par les tripes et fait voyager.

#50 Wiegedood – There’s Always Blood At The End Of The Road (Century Media Records) (Belgique)

Trois ans après le dernier volet de la trilogie De doden hebben het goed, les gantois reviennent avec un quatrième volume. Au menu 3/4 d’heure de violence brute malsaine et de folie furieuse. Un black metal radical aux riffs démoniaques rythmés au tempo de tapis de bombes et accompagnées d’hurlement de déments en phase finale. On a là un pur morceau de black sans fioritures qui collera une pluie de coups de la première à la dernière note.

#49 Ghost – Impera (Loma Vista/ Spinefarm Records) (Suède)

Cinquième album pour Ghost, groupe devenu incontournable dans le paysage et du coup autant apprécié que détesté. Thématiquement, Impera prend la relève de Prequelle sorti il y a quatre ans. Comme à son habitude, c’est un groupe du genre à faire de gros doigts d’honneur aux détracteurs, et si les fans de la première heure pourraient être décontenancés, les anti auront du grain à moudre. Plus ancré dans un registre hard rock 80’s tendance hard FM, limite AOR, Ghost lorgne également vers des rythmiques pop, le fait que ce soit produit par Klas Åhlund (qui a officié pour diverses stars de la pop) n’y est pas étranger. Pour contrebalancer, on trouve dans le line-up Fredrik Åkesson d’Opeth. Sur Impera, on a des influences comme Supertramp et Toto pour le jeu de clavier sur Spillways, une rythmique d’un Metallica light (le fait que Ghost ait repris Enter Sandman pour l’inégal The Metallica Blacklist a dû jouer) sur Watcher in the Sky, mais aussi des trucs franchement étonnants comme cette rythmique « reggaetonisante » sur Twinsies (bon, heureusement, y a de la grosse batterie et du riff derrière pour secouer la nuque aussi frénétiquement que le cul). Un élargissement des influences, mais Ghost reste Ghost et fait du Ghost, ce hard/ heavy légèrement popisant où le grandiloquent et le théâtral le disputent à l’occulte avec des morceaux comme Call Me Little Sunshine, référence à Aleister Crowley. Et quand on pense que le groupe a déjà tiré toutes ses cartouches, ils nous réservent un dernier morceau de bravoure avec Respite on the Spitalfields, probablement l’un des tout meilleurs de l’album. Moins immédiat que Prequelle, Meliora ou Opus Eponimous, plus complexe, Impera reste un album audacieux, impressionnant, ambitieux, en gros typique de la bande à Tobias Forge. Les live futurs s’annoncent déjà comme de futurs grands moments.

#48 Revocation – Netherheaven (Metal Blade Records) (USA)

Huitième album pour les bostoniens de Revocation, groupe incontournable de la scène tech death. Fidèle à sa réputation, Revocation sort avec Netherheaven une nouvelle galette de pur death technique, hyper véloce, bardé de riffs majestueux, de frappes chirurgicales et de partoches complètement dingues. Le tout sans jamais virer à la branlette pompeuse. On ne s’ennuie jamais, y a aucun temps mort, ça blaste comme si le batteur était un mille-pattes et la guitare tenue par une araignée qui growle. Même le growl est nickel. Difficile de trouver un défaut, ce qui d’habitude est chiant, mais là c’est beau et passionnant, foisonnant d’idées parfaitement maitrisées (sans compter qu’on a là l’une des dernières occasions d’entendre le regretté Trevor Strnad à la manoeuvre avec George Fisher pour un trio de poètes).

#47 Kardashev – Liminal Rite (Metal Blade Records) (USA)

Formé il y a 10 ans et venu de Tempe en Arizona (à ne pas confondre avec Tampa, la Mecque du Death Metal), Kardashev (du nom de l’astrophysicien russe) œuvre dans un deathcore progressif et atmosphérique voire dans le deathgaze. Un mélange des genres improbable sur le papier et qui dans les faits mêle growl puissants, batterie marteau piqueur, riffs supersoniques et plages atmosphériques. Kardashev arrive à être planant même dans le bourrin et énervé dans les moments contemplatifs. Deuxième album du groupe, Liminal Rite impressionne par ce mélange des deux, la puissance de l’ensemble, la qualité de production qui rend le tout hyper immersif.

#46 3rd Secret – 3rd Secret (Auto-production) (USA)

Ce line-up, bordel ! Le batteur Matt Cameron (Soundgarden, Pearl Jam), le gratteux Kim Thayil (Soundgarden), le bassiste Kris Novoselic, bref un casting à coller la trique à tout amateur de la puissante scène grunge de Seattle. Auquel s’ajoutent « Bubba » Dupree (ex-Void) et Jennifer Johnson et Jillian Raye, les chanteuses de Giant in the Trees, le groupe de Novoselic. Le tout pour un supergroupe, 3rd Secret, et un premier album allant du grunge au folk ou au classic rock. Ici, la somme de talents des titans du grunge sert d’écrin pour deux superbes voix peu communes. Classique certes au niveau de la musique, 3rd Secret n’en demeure pas moins un album saisissant et passionnant qui redonnera facilement l’envie de ressortir les chemises à carreaux et les pantalons larges. D’une sensibilité à fleur de peau, 3rd Secret est bien plus qu’une jam session de luxe mais bel et bien d’une œuvre solide et racée qui s’impose d’elle-même comme un incontournable.

#45 ex aequo Te Ruki – Marako Te Ruki (Vama Marga Productions) (France)

La scène metal française ne se limite pas à la métropole et fort heureusement. Deux ans après le superbe EP E Tika Mateu marqué par des influences old school comme Taake ou Satyricon, Te Ruki, le groupe de black metal polynésien venu des îles Tuamotu revient avec leur premier EP, Marako Te Ruki. Un premier LP dont la production surprend pour un album de black metal sorti en indé. Exit l’aspect lo-fi à l’ancienne, ici la prod’ fait bien ressortir la puissance de frappe du groupe. Une batterie supersonique, des riffs appuyés, un peu de tremolo picking, on oscille entre black pur et et blackened death, avec toujours les percus traditionnelles en arrière-fond. Musicalement, on navigue entre Dissection et Emperor, mais aussi vers des influences comme la scène black grecque. Et en plus, le growl puissant d’Aroma Salmon couplé au chant en Tuamotu donne un surplus de force brute à l’ensemble. De quoi promettre des live d’anthologie.

#45 Belphegor – The Devils (Nuclear Blast) (Autriche)

Déjà 30 ans d’activité et 12 albums au compteur des titans du blackened death autrichien Belphegor. 12ème effort du combo, The Devils livre un blackened death épique, spectaculaire, entre choeurs lithurgiques (il faut écouter l’impressionnant refrain de Glorifizierung des Teufels), riffs démoniaques, tremolo picking et blast beats ténébreux. The Devils, c’est théâtral, baroque. Bref c’est beau. Entre Belphegor et Behemoth, l’année n’est pas de tout repos pour les supporters de Christine Boutin.

#44 Amorphis – Halo (Atomic Fire) (Finlande)

Quatre ans après Queen of Time, Amorphis, pilier de la scène melodeath finlandaise, sort son 15ème album en 32 ans d’existence. Le groupe continue dans sa démarche alliant la légèreté aérienne du heavy et la lourdeur couplée à un sens aigu de la mélodie du melodeath scandinave, alternance symbolisée par la palette vocale très riche de Tomi Joutsen mais aussi la variété proposée par une orchestration riche, complexe et classieuse. Halo est une baffe livrée avec tact et finesse.

#43 Absent in Body – Plague God (Relapse Records) (International)

Quand Scott Kelly de Neurosis et Mathieu Vandekerckhov d’Amenra se rencontrent, c’était quasiment sûr que ça allait faire des étincelles. Un an après, le duo belgo-américain se transformait en quatuor avec l’arrivée de Colin H Van Eeckhout également d’Amenra et d’Iggor Cavalera aux fûts. Un combo venant de registres divers pour un supergroupe du nom d’Absent In Body. Quatre ans plus tard, Absent In Body balance son premier album, Plague God. D’une densité étouffante, porté par une rythmique ultra-massive, une grosse dissonance à écorcher vif l’auditeur, d’une concentration de puissance et de colère portée par des vocalises démoniaques, le doomy sludge post-metal poisseux d’Absent in Body laisse des traces sur les joues des mois après son écoute.

#42 ex aequo Point Mort – Pointless (Almost Famous) (France)

Après avoir sorti deux EP et écumé les scènes pendant 7 ans, Point Mort sort son premier album, Pointless, autant soigné au niveau de la pochette que dans le fil conducteur des titres des morceaux. Point Mort appelle sa musique du lovecore, entre post-hardcore, post-metal et prog’. Une musique qui vous rentre dans le buffet, vous chope à la gorge et vous assène des coups de tronche. C’est à la fois dense, varié, hyper bien construit, chaotique et schizophrénique, que ce soit dans les constructions comme dans les vocalistes très vastes de la chanteuse Sam, autant à l’aise dans le hargneux que le clair mélodieux. On ne sait jamais sur quel pied danser et c’est tant mieux car Point Mort en profite pour nous balancer des pains.

#42 Akiavel – Veni Vedi Vici (Akia Records) (France)

Dans les derniers albums sortis cette année, Akiavel continue avec sa régularité habituelle d’un album par an avec la conclusion de sa trilogie en V. Ici, c’est la lumière qui jaillit des ténèbres qui est au centre de l’album. Un album où Auré, Chris, Butch et Jay réussissent à augmenter leur niveau qui était déjà élevé. Des riffs à la fois menaçants et lumineux, une partoche de batterie cousue main, des lignes de basse folles et un growl toujours plus impressionnant. Akiavel sort là son meilleur album à ce jour.

#41 King Buffalo – Regenerator (Auto-production) (USA)

King Buffalo continue sur la lancée avec cette énorme productivité qu’on connait au groupe. 5ème album en 6 ans (sans compter les deux albums live) pour le combo de Rochester dans l’Etat de New York. On ne change pas une équipe qui gagne et King Buffalo continue avec son stoner rock stratosphérique et élégant, bardé de riffs d’une beauté cosmique et de lignes envoûtantes. Sans difficultés, King Buffalo s’impose comme LA révélation stoner de ces dernières années et sur le plan qualitatif se hisse sans mal aux côtés de groupes comme Monster Magnet.

#40 Pensées Nocturnes – Douce Fange (Les Acteurs de L’Ombre Productions) (France)

Depuis leurs débuts, les Parisiens de Pensées Nocturnes n’ont cessé de chercher à se démarquer du paysage black metal classique et même du black metal hexagonal, à n’hésitant pas à bousculer les habitudes et les certitudes de l’auditeur, avec un goût prononcé pour l’expérimentation de l’absurde. Ici, le cirque black metal musette de Pensées Nocturnes va jusqu’au bout de la démarche avec un album au bon goût de France profonde et sépia, marqué par une franchouillardise jusqu’à la parodie, que ce soit le titre des morceaux, grivois au possible, le coffret Pilier de Bar ou l’ambiance générale des morceaux, n’hésitant pas à insérer des cris de coqs, des samples de docus de l’INA qu’on imagine aisément en sépia, beugler comme des bœufs sur des mélodies de musiques classiques ou massacrer des standards de la chanson des années 30. Douce Fange fleure la France éternelle, celle de la cochonaille, du gros rouge, de Giscard, des 4L ou des troquets, le tout dans une dimension parallèle où ce serait un bordel immense.

#39 Behemoth – Opvs Contra Natvram (Nuclear Blast) (Pologne)

Quatre ans après, Behemoth offre un successeur à I Loved You At Your Darkest. Entre temps, Orion a sorti Humanoid et Generation aXe avec Black River, Seth a livré Transmogrification (Partus) avec Nomad, Inferno a sorti Saint Desecration avec Azarath et Indian Summer Brought Mushroom Clouds avec Terrestrial Hospice. Quant à Nergal, il nous a offert deux superbes galettes avec son projet Me and That Man. Sans compter que pendant la crise sanitaire, Behemoth a tué le game du livestream avec le monumental live In Absentia Dei dans une église abandonnée puis un autre pour les trente ans du groupe sur 3 lieux différents. Nergal a eu aussi de multiples ennuis avec la justice polonaise pour blasphème, insulte à l’emblême national etc, bref, le gouvernement polonais n’est pas hyper porté sur Behemoth. Ça tombe bien, Nergal ne s’est pas calmé, Behemoth encore moins. Opvs Contra Natvram s’inscrit dans une veine proche de ILYAYD, tant au niveau des influences que des orchestrations tout sauf sobres. C’est un album abrasif, agressif, colérique, pour autant les titans du blackened death savent aussi ajouter des plages plus atmosphériques, ainsi que des moments de chant clair. Remontés contre l’Eglise, la religion mais aussi l’époque actuelle et la cancel culture (et tant mieux), Behemoth sortent de nouveau le boulet de démolition pour 48 minutes de cavalcade sauvage et violente. Un album parfait? Presque disons car aussi génial, jouissif, jubilatoire qu’il est, il demande plus de temps à être adopté, la faute à un manque de morceaux immédiatement marquants. Il faut nettement plus de temps pour déceler d’éventuels futurs classiques du groupe. Passé cet écueil, Opvs Contra Natvram est un album très très solide qui continue à forger la légende du groupe.

#38 Wilderun – Epigone (Century Media) (USA)

Ces derniers temps, de plus en plus de groupes ont tendance à ne pas se cantonner dans un seul genre parmi les dizaines que compte le metal, mais au contraire d’en marier plusieurs. C’est le cas de Wilderun, formation de Boston qui mêle metal prog, sympho avec une touche folk death. Sur le quatrième album Epigone, on trouve la complexité du prog’ et des morceaux à tiroirs, la richesse des arrangements, la majesté et la grandiloquence du sympho. Et, entre deux moments atmosphériques, un bon gros growl néanderthalien d’Evan Anderson Berry qui manie aussi bien le chant clair que le guttural. Avec ses morceaux d’une incroyable richesse demandant un lâcher prise total, Epigone est un disque à part.

#37 Persefone – Metanoia (Napalm Records) (Andorre)

Officiant depuis 2001, Persefone fait partie des 5-6 groupes de metal venus…d’Andorre (qui l’eut cru mais oui la principauté d’Andorre a une scène metal). Et en plus, on ne peut pas dire que ce soit un groupe d’amateurs qui font ça à l’arrache. Persefone propose un death metal progressif extrêmement riche et profond, aux arrangements classieux et aux orchestrations complexes. 6ème album du groupe, premier chez Napalm Records, Metanoia propose un univers quasi infinie, à l’image de la palette vocale de Marc Martins Pia, aussi à l’aise en chant clair qu’au growl. Tour à tour aérien et brutal, Metanoia est un long voyage immersif qui révèle bien des trésors cachés au fil des écoutes.

#36 Lux Incerta – Dark Odyssey (Klonosphere) (France)

Dix ans après A Decade of Dusk, les Nantais de Lux Incerta sortent leur deuxième album en 22 ans d’existence, cette fois chez Klonosphere, le label pourvoyeur de pépites prog et autres. Lux Incerta propose un doom (voire doom-death) progressif, prenant le temps de son propos et n’ayant rien à envier à My Dying Bride, Cathedral, Paradise Lost et Swallow The Sun, un doom classieux, lancinant et douloureux. Pour marquer les esprits dès le départ et se faire plaisir, le combo débarque avec rien de moins qu’un morceau de 15min30s. Pourtant rien de roboratif comme ça peut être le cas parfois pour des groupes comme Monolord, bien au contraire. Dès le début, on a une démonstration de classe et de panache, et Lux Incerta nous offre au fil des 7 titres qui égrainent Dark Odyssey rien de moins que la quintessence du genre.

#35 The Gathering – Beautiful Distortion (Psychonaut Records) (Pays-Bas)

The Gathering revient d’entre les morts. Après le départ en 2014 de la bassiste qui laissait présager la fin du groupe, trois ans plus tard, c’est l’historique Hugo Prinsen Geerligs qui revenait à la 4 cordes, mais pas d’albums à l’horizon. Et finalement, un peu moins de 10 ans après Afterwards, le groupe hollandais revient pour un 11ème opus à la pochette énigmatique et toujours avec Silje Wergeland au micro. Silje Wergeland qui, en 2009, prenait le relais du monument Anneke van Giersbergen avec brio. Silje Wergeland qui nous offre un pur moment de douceur et de grâce durant les 48 minutes qui peuplent l’album, entourant l’auditeur d’une bulle ouatée qui le fait décoller des horreurs de ce monde. Quand on écoute Beautiful Distortion, ses compositions toutes en délicatesse qui offrent une véritable méditation, on oublie tout le reste, bercé par les vocalises de Silje Wergeland et rien que pour ça, Beautiful Distortion est un album indispensable. De plus, les compositions sont aussi riches que variées et exécutées à merveille.

#34 Sylvaine – Nova (Season of Mist) (Norvège)

Deux ans après son split EP avec le canadien Unreqvited, la norvégienne Sylvaine revient pour un quatrième album. Au programme du menu concocté par ce one-woman band, un blackgaze très alcestien où les moments de grâce à l’état pur se mêle à des morceaux purement black 90’s d’une violence inouie. Dans les deux registres, Sylvaine s’en sort à merveille, la grâce et la fureur se mélangeant parfaitement pour nous livrer 7 pistes et autant de pépites qui font voyager loin, très loin dans les forêts denses où la beauté et la menace se conjuguent à merveille.

#33 Fallujah – Empyrean (Nuclear Blast) (USA)

Ayant commencé dans le deathcore, les californiens de Fallujah (rien à voir avec un membre des Nuls….bon ok, elle était facile celle-là) s’est hissé dans les incontournables de la scène death technique voire death prog américaine, et ce malgré une instabilité chronique au niveau du line-up (sans égaler Megadeth, la liste des personnes qui se sont succédées à la gratte ou au chant est longue comme le bras). Derniers mouvements en date, le bassiste Rob Morey qui est parti après 22 ans de bons et loyaux services et remplacé par Evan Brewer, et le chanteur Antonio Palermo (qui remplaçajt Alex Hofmann) remplacé par Kyle Schaefer. Malgré tous ces changements, Fallujah en est à son cinquième album et livre avec Empyrean une œuvre majestueuse, magnifiée par le mix de Mark Lewis, collaborateur du groupe depuis 2016 et derrière le mix du dernier Krisiun. Riche et complexe, entre morceaux martiaux et plages plus atmosphériques, où le growl de Shaefer est accompagné des voix plus éthérées de Katie Thompson (Chiasma) ou de Tori Letzler, Empyrean impressionne à chaque instant entre technique impressionnante, compositions alambiquées et purs moments d’émotion brute.

#32 Pilori – Quand Bien Même l’Enfer et le Déluge S’abattraient sur Nous (Terrain Vague Records) (France)

Formé en 2016, le groupe rouennais Pilori sort son deuxième album, au titre hyper badass Quand Bien Même l’Enfer et Déluge S’Abattraient Sur Nous. Mêlant grindcore, hardcore, black metal et crust, c’est un album d’une noirceur inouïe, d’une violence de chaque instant, dense, compact et étouffant. Vocalement, on a l’impression d’entendre le Napalm Death du dernier album et musicalement, c’est un bulldozer. Et quand on croit avoir eu notre quota de beignes, le dernier morceau envoie un énorme pavé dans la gueule. C’est pas un album, c’est un monstre, un Leviathan, un Kraken, un monument de destruction chirurgical hyper jouissif. Les superlatifs s’enchainent et font figure d’euphémisme.

#31 Ibaraki – Rashomon (Nuclear Blast) (USA)

Ibaraki, c’est un peu comme cette personne qui te fait espérer en te disant qu’il y a moyen mais pas maintenant et au bout d’un moment, ça tient presque du serpent de mer. Ça fait 10 ans que Matt K Heafy de Trivium nous disait qu’il rêvait de faire un projet black metal avec Ihsahn. Les années ont passé avec une annonce qui revenait régulièrement mais ça ressemblait à de l’effet de communication. Et soudain, après 10 ans d’attente, le projet tant attendu déboule. Ibaraki est-il le projet black metal tant attendu ? Non. Parce que d’une, le résultat dépasse largement les attentes, même quand on connait le niveau de qualité des albums de Trivium. Et non, parce que ce n’est pas tout à fait du black metal. Ibaraki est avant tout un projet hyper personnel de Heafy, même s’il est entouré d’Alex Bent, Paolo Gregoletto, et Corey Beaulieu, tous membres de Trivium, mais aussi d’Ihsahn à la production qui apporte sa patte black, ainsi que de guests comme Ihsahn et sa famille (sa femme Ihriel, ses enfants Angell et Ariadne), Nergal mais aussi (et c’est le gros choc) Gerard Way de My Chemical Romance. Musicalement, on retrouve beaucoup de gimmicks black metal, que ce soit dans la batterie comme dans le tremolo picking et les riffs incisifs. Mais également beaucoup de chant clair, Heafy faisant l’aller-retour entre un chant clair de grande classe et défonçage de corde vocale. Heafy se défonce à 200% sur ce projet où il rend hommage à ses racines japonaises. Les guests apportent un truc en plus. Akumu avec Nergal ne dépareillerait pas sur un album de Behemoth, Susanoo no Mikoto avec le clan Ihsahn est un bijou limite black progressif, et Way décoche un growl hallucinant à mille lieues de son registre habituel sur Rōnin. Rashomon, du nom du chef d’oeuvre imputrescible de Kurosawa, est une conjugaison de talents où tout le monde donne le meilleur de soi. Magnifié par une superbe prod, ponctué au début et à la fin par des élans de musique balkanique (comme un hommage à Dersou Ouzala?), Rashomon transcende les codes du black pour se poser comme l’une des œuvres les plus ambitieuses et audacieuses de l’année. De celles dont il est impossible de se lasser.

#30 Nordjevel – Gnavhòl (Indie Recordings) (Norvège)

« Nom de Zeus, Marty, on a calé avec la DeLorean et on est resté coincé en Norvège au milieu des années 90! ». Et non, on est bien en 2022 et il s’agit du troisième album du groupe norvégien Nordjevel, groupe fondé par Doesadmiral de Doedsvangr, DezeptiCunt, Nord (Echoes of Sanity) et F. Widigs de Marduk autour d’un amour pour les basiques du trve black metal (et ça c’est cool). Si les deux derniers ont quitté le navire, Nordjevel garde le cap d’un black metal simple, pur, bio, Label Rouge et IGP de Norvège. Du blast beat, des tremolo pickings, des riffs de malade, une voix infernale et une ambiance bien violente, bref du pur black metal bien evil. Et ça colle une mandale à faire tourner les têtes à 180 degrés façon l’Exorciste.

#29 Watain – The Agony & Ecstasy of Watain (Nuclear Blast) (Suède)

Septième album en 25 ans d’existence pour les Suédois de Watain. Watain qui, pour l’occasion, sort un album hors normes puisqu’il a été enregistré en condition live dans une ancienne église. On retrouve bien sûr le black metal brut de décoffrage, martial, agressif et blasphématoire de Watain, mais également une plus grande variété dans les structures, à l’ambiance lourde et envoûtante. D’une précision chirurgicale, le black de Watain distille une ambiance délicieusement malsaine et s’aventure vers de nouvelles contrées comme on peut le voir avec l’aussi surprenant que magnifique We Remain avec le superbe feat de Farida Lemouchi (Molasses, ex-The Devil’s Blood, veuve de Selim Lemouchi) et sa voix aussi à fois dramatique et puissante et dont la dualité avec le chant hargneux de Erik Danielsson est du plus bel effet. A n’en pas douter, le Watain cuvée 2022 s’annonce comme un des plus gros albums du genre de l’année 2022.

#28 Animal Triste- Night of the Loving Dead (m/2l music) (France)

J’étais pas parti pour écouter Animal Triste, le casting (des mecs de La Maison Tellier, de Radio Sofa et de Darko, autant de groupes que je ne connais pas, ou juste le premier de nom) ne m’attirait pas plus que ça, le fait de designer le A comme un triangle, j’ai du mal avec les groupes qui font ce genre de trucs, à de rares exceptions près. Mais le fait de savoir que le groupe a des influences comme Nick Cave, 16 Horsepower et surtout Black Rebel Motorcycle Club, ça a suscité ma curiosité, et le fait que Peter Hayes de BRMC en personne est venu taquiner de la gratte a achevé de me convaincre.
Bien m’en a pris, car on a bel et bien là un bijou du rock hexagonal, à l’instar de Patrón en 2020, de 7 Weeks ou de Lizzard. Tapant de la coldwave/darkwave sur le premier morceau, Night of the Loving Dead, deuxième album du groupe, se mue en pur plaisir de rock classique, à coups de guitare abrasive et porté par la superbe voix du chanteur. Un rock à la fois énergique, hyper péchu, tubesque en diable et s’ancrant parfaitement dans une météo hivernale. On peut écouter aussi bien dans les beaux jours pour rouler à fond toutes fenêtres ouvertes ou à l’inverse pour danser en pull au coin de la cheminée. Et ça se termine par un acoustique certes classique mais hyper bien amené. Bref, Animal Triste c’est l’antidote à Feu Chatterton, déjà parce que contrairement à ces derniers, ça ne donne pas envie d’être sourd au bout de deux notes, le chant est prenant, il n’y a aucune prétention et pas ce côté poète maudit qui plait tant à la culture institutionnelle. Bref, c’est la preuve qu’il y a aussi en France un très bon rock loin de la soupe si chère à Taratata. Dans votre cul le jury des victoires de la musique

#27 Kampfar – Til Klovers Takt (Indie Recordings) (Norvège)

Fondé en 1994, Kampfar fait partie de ces historiques du black metal norvégien des 90s. Avec neuf albums à leur actif, les hommes de Per-Joar « Dolk » Spydevold n’ont plus grand chose à prouver tant leur place est indiscutable. C’est pourtant le couteau entre les dents qu’ils sortent cette neuvième offrande Til Klovers Takt, pur concentré d’un black metal pagan aux accents parfois folk metal avec des orchestrations épiques nous renvoyant dans la Norvège du fond des âges. Orné d’une superbe pochette et bénéficiant d’une prod bien classe, le dernier Kampfar invite à un voyage méditatif du plus bel effet.

#26  ex aequo Céleste – Assassine(s) (Nuclear Blast) (France)

Et de 6 pour les Lyonnais de Céleste qui prouvent que la scène black française possède un énorme vivier de talents. Orné d’une pochette sublime (comme d’hab), Assassine(s) est un album difficilement classable avec ce black metal un brin post-hardcore et un brin sludge, tour à tour éthéré et brutal, où les arpèges atmos se conjugue avec un growl agressif mais également des passages surprenant comme (A) et ses nappes électro couplées à une section rythmique démoniaque. La douceur n’est qu’apparente et les paroles lourdes de sens sur des thématiques parfois difficiles le rappellent.

#26 Gaerea – Mirage (Season of Mist) (Portugal)

Deux ans après le monstrueux Limbo qui avait placé la barre très haut (un comble pour un album qui s’appelle Limbo……eh vous l’avez celle-là?), le combo portugais de Black Metal à capuche (comme Mgla et d’autres) Gaerea revient avec Mirage. Si Limbo était une bombe, Mirage est un putain de missile à têtes nucléaires, un concentré de puissance dévastatrice, une orchestration qui balaie tout sur son passage, huit morceaux et autant de déflagration. Autant dire qu’on se prend une telle branlée qu’en sortant, on parle tous portugais. Obrigado!

#25 Clutch – Sunrise On Slaughter Beach (Weathermaker Music) (USA)

J’ai découvert Clutch y a de cela presque 10 ans lors de mon voyage retour de Nouvelle-Zélande à bord d’un vol de la Cathay Pacific. L’album en question, c’était Earth Rockers (il y avait un super choix de musique dans cet avion) et depuis, mon amour pour ce groupe n’a jamais cessé. Il faut dire que la bande à Neil Fallon sort régulièrement des missiles. Quatre ans après Book of Bad Decisions et deux ans après la friandise Weathermaker Vault Series vol. 1, les gars de Germantown, Maryland nous sortent un 13ème album avec la ferme intention de donner de la pêche aux gens dans un contexte social difficile. Le titre ressemble à un remix d’un titre de slasher des 80s, la pochette jongle entre Moebius, Mézières et autres géants de la BD de SF. Mais dès qu’on appuie sur play, aucun doute, Sunrise on Slaughter Beach est l’explosion d’une usine à tubes, une éjaculation de titres tous plus jouissifs les uns que les autres, un truc énergique et puissant blindé de mélodies accrocheuses, de refrains immédiats, de riffs patate, bref une décharge de rock pur et dur à faire danser une armée de tétraplégiques.

#24 ex aequo Soilwork – Övergivenheiten (Nuclear Blast) (Suède)

Comme Amon Amarth et Arch Enemy, Soilwork sort là un 12ème album. Övergivenheiten a été enregistré en trois sessions étalée sur un an. De quoi donner au groupe la possibilité de bien peaufiner leur nouvel effort. Et le moins qu’on puisse dire, c’est que ça se voit. Övergivenheiten est un petit bijou basé sur un écrin death mélodique sur lequel Soilwork signe une musique très large, avec des incursions dans le heavy et le prog’, avec de multiples changements de plans, des architectures plus complexes qu’elles ne le paraissent et un Björn « Speed » Strid qui offre une palette vocale complète, du growl à un chant clair du plus bel effet. Alternant les registres tant sur le plan du rythme que du chant, Soilwork reste ancré dans ses origines tout en n’hésitant pas à naviguer. Le résultat n’en est que plus riche et passionnant.

#24 Somali Yacht Club – The Space (Season of Mist) (Ukraine)

Malgré le contexte tragique qu’on connait, Somali Yacht Club (un des noms les plus cool de la scène) sort The Space, troisième effort et successeur de The Sun et The Sea, chez Season of Mist. Somali Yacht Club c’est un stoner hyper classe couplé à un doom massif et des touches de post-rock racé. Ça commence fort avec deux ogives puis arrive Obscurum, désanussage au mortier de 50, véritable machine à fendre des culs par paquets de 12. Tout y est, un riffing de mammouth, une basse tonitruante, un mur de son digne des vieux Mogwai entourant une voix d’ange et un putain de refrain. Pour conclure, on finit par un morceau d’anthologie de 12 minutes qui vient finir le taf. Avec classe et panache, Somali Yacht Club nous offre un monument du genre, une baffe monstrueuse, rien de moins.

#23 ex aequo Misþyrming – Með hamri (Norma Evangelium Diaboli) (Islande)

La grosse distortion sur les premières secondes de Með hamri annonce la couleur. Trois ans après Algleymi, Misþyrming revient avec un troisième album, concentré de violence brute et de rage, mais aussi étrangement mélodique. Les grognards de Reykjavik nous sortent une œuvre rugueuse, un black metal malfaisant et hargneux, dense, compact et chaotique à souhait, un opus venu d’ailleurs, de l’intérieur même des forces telluriques d’Islande. Superbe.

#23 Voivod – Synchro Anarchy (Century Media) (Canada)

Et de 15 pour les piliers canadiens du thrash Voivod, groupe qui a marqué le genre au fer rouge à coups d’albums cultes aux artworks barrés, et au line-up qui a vu passer des mecs comme l’ex-Metallica Jason Newsted, Piggy d’Amour ou Eric Forrest (E-Force). Synchro Anarchy ne déroge pas à la règle avec ce thrash progressif tournant autour de la SF. Un thrash léché avec des compositions osées aux constructions aussi élégantes que démentielles avec des lignes de basses et des riffs complexes aux variations à faire rêver n’importe quel fan de jazz non allergique aux guitares acérées. Et que dire du chant de Denis Bélanger à la palette hyper large. Tour à tour groovy et agressif avec toujours beaucoup de classe, Synchro Anarchy est l’album de thrash ultime de l’année. Dans un genre aussi balisé et restrictif que le thrash, Voivod fait office d’électron libre pour le plus grand bonheur des fans.

#22 Blut Aus Nord – Disharmonium – Undreamable Abysses (Debemur Morti Productions) (France)

Depuis 25 ans, Blut Aus Nord ne s’arrête pas. Trois ans à peine après le magistral Hallucinogen, les Normands reviennent. En temps, Vindsval a pu même se faire un petit kiff black metal vintage avec Forhist. Si Hallucinogen flirtait avec un certain psychédélisme, Disharmonium – Undreamable Abysses renoue avec les ambitions cosmogoniques de la trilogie 777. Un pur album d’influence lovecraftienne donc, aux accents indus, disharmonique, chaotique et ne cherchant pas à placer l’auditeur en zone de confort mais plutôt à le placer dans un univers de peur dans ce qu’elle a de viscéral. Un univers cauchemardesque incroyablement immersif porté par une batterie supersonique, des riffs complètement dissonants, de choeurs fantômatiques et d’accords qui cultivent une sensation de malaise. Si on devait faire un voyage dans nos peurs les plus enfouies, Disharmonium – Undreamable Abysses en serait la bande-son.

#21 Elder – Innate Passage (Stickman Records) (USA/Allemagne)

2 ans après Omens et même pas un an après l’excellente collaboration avec Kadavar, les anciens américains et néo-germains Elder se fendent d’un sixième album. Ramassé (5 titres pour 55 minutes), Innate Passage est pourtant tout sauf roboratif, car le stoner progressif d’Elder nous gratifie d’une majesté de tous les instants, de riffs statosphériques, d’élans atmosphériques, de moments suspendus, d’envolées lyriques, le tout avec virtuosité et classe. Malgré la durée des morceaux, se priver d’un tel bijou constituerait un crime contre le goût.

#20 Seven Nines and Tens – Over Opiated in a Forest of Whispering Speakers (Willowtip) (Canada)

Une des plus belles surprises de l’année vient du Canada et de la scène underground. Après deux efforts instrumentaux, Seven Nines and Tens utilisent enfin le chant, dans un registre chaleureux et mélancolique digne de Layne Staley ou de Jerry Cantrell. Musicalement, c’est complètement fou, du metal prog/post-metal/math metal couplé à des notes de jazz, de classic rock, de doom… Le batteur a une palette hyper large, la basse varie entre lignes élégantes presque jazz et notes plus sombre le tout avec une technique folle, et la guitare alterne arpèges classique et riffs plus massifs. Bref, ça s’écoute plusieurs fois, chaque morceau varie plusieurs fois de rythme et de registre, au point de faire un album truffé de pépites et inclassable.

#19 Saor – Origins (Season of Mist) (Ecosse)

One-man band écossais, Saor évolue depuis déjà 10 ans dans ce qu’Andy Marshall qualifie de metal calédonien (rien à voir avec la Nouvelle-Calédonie, mais plutôt la région d’Ecosse, pas le même climat pour le coup). Du black folkisant épique, superbement produit et mettant en avant des instruments traditionnels au service d’un black tantôt sombre tantôt éthéré, voilà la recette de Saor qui offre ici son cinquième album. Un album en guise de voyage où la violence de la houles marines et des combats se dispute à des moments plus contemplatifs voire spirituels. Riche en émotions, hyper créatifs, généreux, Origins transporte littéralement dans un autre monde. Un univers mis en musique avec une production magistrale qui met en valeur chaque instrument et les variations vocales de Marshall. Magique.

#18 A.A. Williams – As The Moon Rests (Bella Union) (Angleterre)

Depuis ses débuts, A.A. Williams fait preuve d’une belle régularité. Ainsi, un an après son intimiste Songs From Isolation, l’anglaise revient avec un album dans la lignée de ce qu’elle a pu faire en split avec Mono : un post-rock un brin prog, où sa voix éthérée est soulignée par des guitares lourdes et abrasives, le tout portée par une superbe prod pour un résultat d’une beauté diaphane et d’une classe folle. Chaque morceau est plus beau l’un que l’autre.

#17 Disillusion – Ayam (Prophecy Records) (Allemagne)

Quatrième album au compteur pour les saxons de Disillusion, groupe formé en 1994 et qui a connu un gap de 13 ans entre le deuxième et le troisième effort, en raison notamment de la traditionnelle instabilité du line-up qu’on retrouve souvent dans le metal extrême. Armé d’un nouveau bassiste-backeux, Disillusion déboule avec un album complexe, riche, passionnant et offrant un death mélodique progressif généreux, alternant les moments rugueux, les plages contemplatives et balançant même des morceaux fleuves qui alternent les deux. Le trio guitare/basse est à la fois impeccable techniquement mais en plus envoie des arpèges, des lignes de basses fluides, limpides et d’une délicieuse finesse, quand Martin Schulz frappe tout en subtilité et niveau voix, le chant clair fait franchement penser à Jonas Renkse de Katatonia. En somme, c’est un véritable voyage que nous offre Ayam. Un voyage pas toujours tranquille, où les moments de flottements alternent à merveille avec les zones de turbulences.  Encore une fois, le label Prophecy fait très fort.

#16 Besvarjelsen – Atlas (Magnetic Eye Records)(Suède)

Malgré un nom imprononçable et impossible à se rappeler, Besvärjelsen, formation de stoner-doom, signe un album marquant à plus d’un titre. A sa musique mêlant les riffs gras du stoner à l’implacable robustesse d’un doom massif et puissant, les Suédois couple le chant éthéré d’une Lea Amling Alazam qui colle les larmes et les poils à chacune de ses interventions. En premier lieu le refrain magistral sur Paradise, mais impossible de ne pas mentionner Acheron, Claude ou House of the Burning Light. C’est bien simple, avec 10 titres pour autant de perles, Atlas se conjugue au plus-que-parfait.

#15 Cave In – Heavy Pendulum (Relapse Records)(USA)

Sous cette sublime pochette (une des plus belles de l’année) se cache le 7ème albums des Massachussettois de Cave In. Définir la musique de Cave In n’est pas aisé tant elle évolue même au fil de l’album. On côtoie un hardcore implacable, un post-hardcore atmosphérique, des riffs bien gras et hypnotique de stoner. L’implication de Brodsky dans l’album de Converge & Chelsea Wolfe se ressent dans les textures parfois complexes sur ce Heavy Pendulum. La voix de Brodsky fait merveille, tour à tour en clair ou dans un registre plus rugueux, mais à chaque fois surpuissante. Mentionnons aussi les structures des morceaux avec des breaks hallucinants, des riffs classieux, une basse massive. Un album comme ça ne peut appeler que des superlatifs tant c’est aussi riche que beau. Bref, c’est stratosphérique.

#14 Hangman’s Chair – A Loner (Nuclear Blast) (France)

Depuis leurs débuts en 2005, les franciliens de Hangman’s Chair délivrent des salades de phalanges de mammouth dans la gueule des auditeurs. Quatre après le formidable Banlieue Triste, Hangman’s Chair revient offrir un condensé de noirceur avec ce stoner/doom sludgy par moments porté par des guitares mastodontes, une frappe de bûcheron et le chant clair empli de tristesse et de désespoir de l’écorché vif Cédric Toufouti (il suffit de l’écouter en acoustique sur l’album de Sapiens pour voir qu’on a là un des vocalistes français en activité qui prend le plus aux tripes). Encore une fois, avec A Loner et sa pochette plutôt déchirante, Hangman’s Chair nous livre un véritable joyau de noirceur paradoxalement lumineuse, un album viscéral qui prend instantanément l’auditeur à la gorge et qui ne le lâche pas.

#13 Rammstein – Zeit (Universal Music Group) (Allemagne)

S’il a fallu 10 ans pour que Liebe Ist Für Alle Da connaisse un successeur, seulement 3 ans séparent l’album éponyme de Zeit. Un regain de productivité qu’on peut mettre sur le compte de la pandémie. Rammstein revient avec un album plutôt sombre, marqué par des thèmes comme la mélancolie du temps qui passe. Bien sûr y a toujours la chanson gaudriole (ici Dicke Titten, ôde aux poitrines opulentes) ou des morceaux ironiques comme Zick Zack sur la chirurgie, mais ce sont des trompe-l’œil, et les titres majeurs sont particulièrement poignants, Zeit, Schwarz et Armee Der Tristen en premier lieu. On peut rajouter Meine Tränen, morceau sur une relation difficile à la mère, ou Lügen qui fait l’exploit de rendre l’autotune acceptable pour la première fois (car il s’agit d’une expérimentation et non un palliatif à un vocaliste médiocre comme c’est le cas le reste du temps). Et puis il y a le morceau où Lindemann part dans un accès de rage effrayant (ici Angst). Encore une fois si on peut que saluer la performance énorme de Lindemann, une des plus belles voix du metal tous styles confondus, les compos de Kruspe sont excellentes et variées, à l’image du martial OK, ou encore l’abattage de Lorenz, à la patte reconnaissable entre mille, ou de Landers. Encore une fois, le cuirassiers allemand Rammstein déboule avec une démonstration de force. Rammstein fait du Rammstein et c’est tant mieux. Et puis y a ce morceau final Adieu dont on espère que ce n’est pas un titre prémonitoire.

#12 Imperial Triumphant – Spirit of Ecstasy (Century Media Records) (USA)

Depuis leur création et surtout depuis leur virage vers un avant-garde black metal/black jazz, le combo new-yorkais Imperial Triumphant n’a de cesse de faire parler de lui avec des albums ambitieux, originaux et un brin élitiste. Cinquième album du groupe, Spirit of Ecstasy s’inscrit dans cette démarche jusqu’au-boutiste. Croisant un black metal baroque et théâtral à l’improvisation du free jazz, Imperial Triumphant impressionne une fois de plus en redéfinissant les contours des genres cités. Sur l’album, on retrouve même des musiciens de jazz comme Kenny G, venu apporter sa contribution à l’immense partouze musicale dans un morceau déjà chargé en instruments de musique, le tout sans que ça vire à la bouillie grâce à une magnifique production. On retrouve également Trey Spruance de Mr. Bungle et Alex Skolnick de Testament. Parmi tous les musiciens prodigieux qui ont contribué à ce monument, il convient de saluer le travail du bassiste Steve Blanco qui fait une partition hallucinante tout au long de l’album. Virtuose, magistralement produit, aussi riche que complexe, poussant leur musique dans ses retranchements, Imperial Triumphant signe une oeuvre hors normes.

#11 Psychonaut – Violate Consensus Reality (Pelagic Records) (Belgique)

La Belgique méritait-elle de gagner la coupe du monde de foot ? J’en sais rien, il n’y a aucun sport que j’exècre plus que le foot, mais rien que pour avoir Brutus, Psychonaut ou Amenra, j’ai envie de dire oui (et puis ça va faire râler les fans de foot alors c’est toujours drôle à sortir). Et ça tombe bien car sur ce deuxième album des post-metalleux de Psychonaut, le temps du morceau Violate Consensus Reality, c’est un concentré du meilleur de la belgitude en matière de musique alternative qui s’exprime avec, aux côtés de Psychonaut, Stephanie Mannaerts (qui s’impose comme une des plus belles révélations en terme de chant féminin de ces 10 dernières années) de Brutus ainsi que l’écorché beugleur Colin H. Van Eeckhout d’Amenra qui s’expriment dans un titre orgasmique de près de 9 minutes. Et comme 9 minutes d’orgasme, c’est pas assez, Psychonaut nous offrent en tout 52 minutes de jouissance auditive avec un post-metal d’un beauté absolue, un enchainement de baffes sur baffes avec une musique racée, profonde et généreuse, un condensé d’émotions mises à nu.

#10 Crippled Black Phoenix – Banefyre (Season of Mist) (Angleterre)

Groupe anglais en perpétuel mouvement, Crippled Black Phoenix livre une musique autant complexe que difficile à classer, quelque part entre un post-rock qui leur sert de base, rock progressif et dark rock mais aussi plein d’autres choses. Douzième album à l’actif des Anglais, Banefyre est un double album hyper dense qui ne s’interdit aucune longueur (4 titres dépassent les 10 minutes, dont un fait un quart d’heure, et trois durent entre 6 et 7min30), sans pour autant virer à la démonstration prétentieuse et rébarbative. Banefyre donne l’occasion d’introniser Joel Segerstedt comme co-chanteur avec Belinda Kordic dont la voix éthérée frôle constamment la fêlure. Lourd, dense mais aussi varié dans les registres explorés (un peu moins que le précédent toutefois), Banefyre part tantôt dans un doom psychédélique, un post-rock massif avec mur de son à la clef jusqu’à un titre bonus étrangement énervé, qui tranche totalement avec le reste. Poussé par une conscience politique et sociale élevée, des enjeux écologiques et en lien avec la cause animale, le tout couplé avec une inspiration artistique semblant infinie, Crippled Black Phoenix n’en finit plus de pousser les murs et redéfinir les contours de sa propre musique, jusqu’à s’imposer progressivement comme un des cadors incontournables de la scène post-rock pouvant côtoyer les géants comme Mogwai ou Sigur Ros. De ce constat, Banefyre en est une nouvelle preuve éclatante.

#9 Deathspell Omega – The Long Defeat (Norma Evangelium Diavoli) (France)

Depuis 1998, le nom Deathspell Omega est synonyme de qualité. Après 24 ans d’existence, le black metal classique des poitevins a muté en avant-garde black metal exigent et ambitieux. Le huitième album, The Long Defeat ferait presque penser à du Cult of Luna. D’une densité impressionnante, la musique et l’ambiance de The Long Defeat est à l’image de la pochette, sombre, désespérée, finement sculptée, et brillante. Assez longs (entre 7 et 12 minutes), les 5 joyaux qui ornent ce huitième effort prennent le temps de poser leurs propos, et d’aller au bout de la démarche du groupe. Long voyage dans un brouillard épais, The Long Defeat fait partie de ces albums qui vous travaillent au corps longtemps après la dernière note. Deathspell Omega est à n’en pas douter un des artisans les plus solides du black metal français.

#8 Meshuggah – Immutable (Atomic Fire) (Suède)

Depuis 30 ans, Meshuggah se fait connaitre pour les artworks pas toujours heureux mais surtout pour une musique, une patte unique. La frappe tribale de Tomas Haake, la basse profonde, les rythmiques syncopées, les riffs très « meshuggah-esques » de la doublette Jens Kidman/Mårten Hagström sur lesquels Fredrik Thordendal plaque des soli chirurgicaux, un ensemble de cordes vocales en fusion et un ensemble plus massif qu’une mêlée de deux paquets d’avants lors d’un match Samoa/Tonga. Après neuf albums, Meshuggah arrive à surprendre, expérimenter par touches tout en restant eux-mêmes. Dès les premières secondes de Broken Cog, on sait à qui on a à faire, et les Suédois ne dévient que très peu de leur trajectoire. Au milieu de 13 titres d’une densité étouffante, les respirations sont rares (à la limite, l’instrumental final Past Tense, plus aérien, ou l’intro de They Move Below, morceau instrumental compact, massif comme son homologue torturé Black Cathedral). Lourd, puissant, immuable, Immutable donne l’impression d’un train lancé à pleine vitesse et dont les freins ont lâché, on peut essayer de le stopper mais s’il ne bouge pas d’un pouce, les dégâts en face sont considérables. Immutable, comme tout album de Meshuggah qui se respecte, n’est pas qu’un album qu’on écoute, mais aussi qu’on se prend en pleine gueule.

#7 ex aequo Candlemass – Sweet Evil Sun (Napalm Records) (Suède)

Trois ans après The Door To Doom, les Suédois de Candlemass reviennent avec un 13ème album, avec toujours l’historique Johan Längquist au chant. Toujours dans cette lignée doom épique fortement influencé par les premiers Black Sabbath, Candlemass nous offre de nouveau un album d’une classe folle, avec des riffs massifs, des classiques immédiats du doom, un album dense, riche, passionnant. Suite logique de Door to Doom, Sweet Evil Sun invite cette fois Jennie-Ann Smith d’Avatarium, comme un passage de témoin entre des vétérans et des élèves très appliqués. Encore une fois, on touche au sublime, encore une fois la baffe est énorme. Candlemass n’avait plus rien à prouver, mais encore une fois, les mecs enfoncent toujours plus profond leur royal séant sur le trône d’empereurs du doom. Hail to the kings, baby!

#7 Septicflesh – Modern Primitive (Nuclear Blast)(Grèce)

Une vague puissante qu’on se mange, qui nous projette, nous plaque au sol et nous retourne, un 16 tonnes qui nous percute, une torgnole donnée par un mastard de 130 kgs, un tampon dans le buffet administré en pleine vitesse par un rugueux troisième ligne Samoan (ou une pichenette donnée par un joueur adverse lorsqu’on s’appelle Neymar), un coup de pelle dans la gueule. C’est à peu près à ça que ressemble ce qu’on ressent dès les premières notes du onzième album de Septicflesh. Pourtant, depuis que le groupe s’est lancé dans le death symphonique, il nous avait habitué à des albums toujours plus puissants et le live Infernus Sinfonica avait sérieusement poussé les potards au max. Mais non, Septicflesh arrive à faire toujours plus est nous assène l’un des albums les plus théâtraux, les plus riches, les plus puissants de l’année. Un véritable mastodonte taillé pour tout détruire sur son passage, un bulldozer doublé d’un monument de classe et de panache qui introduit dans l’univers des hellènes des instruments comme l’oud, la mandoline et le luth. Toujours plus grandiloquent sans être kitsch ou too much, Modern Primitive s’impose naturellement comme une démonstration de force. Maitrise, puissance, richesse des orchestrations, tout porte à rendre chaque morceau, voire chaque note passionnante. Encore une fois du grand Septicflesh. Et le reste n’est que silence.

#6 Cult of Luna – The Long Road North (Metal Blade Records) (Suède)

Depuis leurs débuts, les Suédois Cult of Luna brillent par leur capacité à livrer des bombes à neutrons à intervalles réguliers. A peine quelques mois après le formidable EP The Raging River et trois ans après A Dawn To Fear, les mecs sortent The Long North Road et encore une fois c’est une succession de directs qu’on se prend en pleine gueule. Si à la fin de l’album, tu sens un truc qui croustille, c’est que t’es en train de manger tes propres dents explosées. Succession de mandales tour à tour rugueuses ou plus aérées (enfin dans les vocalises hein), c’est encore une fois du très haut niveau.

#5 Nostromo – Bucephale (Hummus Records) (Suisse)

3 ans après leur dernier EP Narrenschiff et surtout 18 ans (!!!) après leur dernier album, les helvètes énervés de Nostromo sont de retour. Il aura fallu 18 longues années pour avoir un successeur à Hysteron-Proteron, ce qui en ferait presque le come-back de l’année (si les hard rockers de Tallas n’étaient pas sortis de cryogénisation 40 ans après leur précédent album). Et malgré l’âge, les Suisses ne s’en sont pas calmés pour autant, en atteste des prestations scéniques à faire trembler les murs. Et pour leur retour, Nostromo propose une scéance d’ostéopathie au rouleau compresseur, un album mammouthesque avec leur « metalcore » très fortement teinté d’un grindcore hyper hargneux, une session de violence pure. Bucephale, c’est plus qu’un album, c’est une créature implacable qui pète les os et explose les membres un à un. Une production énorme pour un bijou de noirceur abyssale et au final, difficile de se remettre d’une telle branlée.

#4 Isafjørd – Hjartastaki (Svart Records) (Islande)

Aðalbjörn « Addi » Tryggvason est un homme de projets. A côté de son groupe Sólstafir, le mec avait fondé un side project de crust punk du nom de Bastarður. Cette année, il réitère sous la forme d’un duo avec Ragnar Zolberg du groupe Sign et ancien de Pain of Salvation. Isafjørd tient son nom de la région d’Islande où leurs pères respectifs avait une ferme. Isafjørd célèbre l’Islande dans sa beauté pure et viscérale. Le post-rock atmosphérique d’Isafjørd est un concentré de perles d’une magnificence absolue (on pense d’abord au sublime Mín Svarta Hlið, mais aussi Falin Skemmd, ou encore Kuldaró, mais aussi tous les autres), un voyage au cœur de l’hiver et de paysages uniques. Véritable album cocon dans lequel il est bon de se lover, Hjartastaki est une œuvre dont il est impossible de se détacher.

#3 ex aequo Brutus – Unison Life (Hassle Records, Sargent House) (Belgique)

Clisson, 2019, en l’espace d’un peu plus d’une demi-heure à la Warzone, les post-hardcoreux de Brutus m’entrainent dans une autre dimension et s’imposent comme LA découverte de ce Hellfest. Vite, l’écoute de Nest, album du groupe porté par la tournée de l’époque s’impose d’elle-même. Le constat est le même. Avec des missiles dont je ne me suis toujours pas remis, le trio de Louvain est l’une des plus belles branlées de 2019. Après un tel niveau, allaient-ils faire aussi fort avec ce troisième effort, Unison Life? Il faut très peu de temps après avoir appuyé sur la touche play pour connaitre la réponse. Unison Life fait partie de ces albums pour lequel si on doit choisir un titre plutôt qu’un autre, on frise l’AVC. Que doit-on prendre comme morceau marquant ? L’album entier. De la voix solaire et la frappe ahurissante de la batteuse-chanteuse Stefanie Mannaerts en passant par le duo Peter Mulders (et sa basse profonde)/Stijn Vanhoegaerden (et ses riffs rageurs et élégants), c’est encore une fois un sans-faute, un album parfait de bout en bout, de ceux qui te donnent envie de pousser le son à fond (et tant pis pour les voisins) et de chialer de bonheur.

#3 White Ward – False Light (Debemur Morti Productions) (Ukraine)

C’est presque un miracle qu’on ait pu avoir dans les bacs False Light, le troisième album de White Ward (toujours sur l’excellent label Debemur Morti). Par chance, le combo ukrainien a eu le temps de finaliser son nouvel effort avant l’invasion de l’Ukraine par les Russes. Coupant avec l’artwork urbain du précédent album, False Light choisi l’épure, la lumière mais aussi le symbole chargé d’une maison abandonnée et en ruines en plein milieu d’une campagne déserte, artwork qui, dans le contexte du pays, prend une dimension sommes toutes tragique. Tout au long de l’album, on navigue entre black prog et post-black, entre moments blastés et plages atmosphériques, toujours accompagné de ce saxophone d’une classe folle qui sied à merveille au groupe. Entre lumière et ténèbres, légèreté et lourdeur implacable, avec des touches de heavy, death, post-rock ou gothic-rock, False Light ne se cantonne pas à un seul genre. White Ward signe là un album racé et élégant, intelligent et varié, introspectif et immersif. Un bijou tout simplement.


#2 Heilung – Drif (Season of Mist) (International)

Depuis leurs débuts, le combo Dano-Norvégo-Allemand Heilung a eu coeur à rendre hommage aux peuples de l’âge de fer et à naviguer à travers les époques, accompagné de trois chants totalement différents, entre le chant vibrant de Maria Franz, le diphonique de Kai Uwe Faust et les chuchottements de Christopher Juul, le tout accompagné de percussions primitives et d’instruments traditionnels. Chez Heilung, on est dans le contemplatif et chaque morceau constitue un voyage, de l’armée Romaine à des peuples syriens, des celtes au grand froid norvégien. Heilung ne fait rien comme tout le monde et innove dans sa façon de voir la musique, entre œuvre artistique et travail d’archéologue. Entre incantations, sortilèges, chant sacré et symbolique, la musique ritualiste de Heilung fonctionne à merveille et appelle à la méditation et au lâcher prise. A la fois dépouillée et grandiose, elle entraine l’auditeur dans une vraie transe. Troisième album de Heilung, œuvre étrange et fascinante, Drif est une pure merveille.

#1 Zeal & Ardor – Zeal & Ardor (MVKA) (Suisse/USA)

Depuis qu’il a été mis au défi sur 4Chan de mélanger black metal et musique noire en 2013, le Suisse basé à New York Manuel Gagneux a fait largement ses preuves et montré que Zeal & Ardor n’avait rien d’un délire éphémère et encore moins d’un gimmick. Deux ans après l’EP viscéral Wake of a Nation  sorti après la mort de George Floyd et le gigantesque mouvement social qui en a découlé, Zeal & Ardor sort un troisième album sobrement intitulé Zeal & Ardor , comme une envie de s’affirmer un peu plus et montrer que le projet a dépassé le simple postulat de « Et si les esclaves Noirs avaient trouvé Satan au lieu de Jésus? ». Le groupe de Gagneux s’est toujours inscrit dans une démarche engagée, mais Wake of a Nation a nettement explicité le discours de Zeal & Ardor et ce troisième album s’inscrit dans cette lancée. Avec Zeal & Ardor, le groupe tape du poing sur la table, et explicite sa raison d’être. Zeal & Ardor est l’album le plus radical du groupe, non seulement dans son propos mais aussi dans sa démarche musicale en ne proposant pas seulement un mélange entre post-black et gospel ou negro-spiritual mais du post-black avec un éventail très large de la musique Noire, que ce soit du blues ou des influences plus urbaines. Ecouter Zeal & Ardor en soi, c’est c’est être bousculé sans ses connaissances et certitudes. Écouter Zeal & Ardor, c’est se pencher sur l’un des albums les plus révolutionnaires de l’histoire du black metal mais aussi du metal en général.

Par Nikkö

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