juillet 15, 2024

Top Albums 2023 – Partie 2: De 100 au 1er

(Prévioussely dans le top musique 2023) : l’année 2023, comme les dernières années, n’a pas été avare en très bonnes sorties. Il n’a pas été facile de faire une sélection, c’est pourquoi cette année, le top musique se fait en deux parties. Après la première partie qui honorait les places 101 à 200, voici la seconde partie où les 100 meilleurs sont mis en lumière. Je vous souhaite une bonne lecture, une bonne écoute, et avec l’équipe de Lavisqteam, une bonne année 2024.

#100 Drakwald – Black Moon Falls (Autoproduction) (France)

Sept ans après le très bon Riven Earth, les tourangeaux de Drakwald reviennent avec un troisième album toujours dans une veine death mélodique pagan. Bénéficiant d’une superbe prod’ qui valorise bien les instruments, Black Moon Falls alterne les purs moments death mélodiques à base de growl puissant, de blast et de gros riffs et les instants suspendus où les instruments traditionnels font merveille, à l’instar du superbe Devouring the Living Sun aux mélodies entêtantes. Moins rugueux que le précédent avec quelques incursions en chant clair, Black Moon Falls s’avère un voyage en terres celtes et nordiques de toute beauté.

#99 Skáld – Huldufólk (Decca/Universal Music France) (France)

Troisième album pour le collectif protéiforme Skáld, pendant français de formations comme Wardruna. En tout pour cette nouvelle mouture, pas moins de 13 artistes autour de cette envie, comme depuis le début, de faire revivre les mythes scandinaves et de rendre hommage, que ce soit dans les langues utilisées (vieux norrois, islandais, suédois, norvégien, féroïen), les techniques de chant (chant cristallin, chant de gorge) ou les instruments, aux cultures nordiques. Véritable voyage immersif, riche et envoûtant, bénéficiant d’une superbe production, Huldufólk prend en outre le parti du contre-emploi en se concluant par deux covers parfaitement exécutées : Du Hast de Rammstein et (encore mieux) A Forest de The Cure.

#98 Lesotho – Through the Dying Light (Autoproduction) (USA)

Premier album pour les bostoniens de Lesotho, groupe se définissant comme post-tout instrumental. A la lisière entre post-metal, post-rock et post-hardcore, Lesotho prouve, si besoin en était, qu’il n’y a pas besoin de vocalises puissantes ni vocalises tout court pour faire vivre tout un tourbillon d’émotions. Un déluge de riffs houleux aidé par une superbe batterie comme le genre nous habitue, la recette peut paraitre simple, mais Through the Dying Light, album aussi ténébreux qu’empli de lumière, tout est une question de nuance. Et c’est beau!

#97 Diablation – Par le Feu (Osmose Productions) (France)

Un an et demi après des débuts fracassants avec le superbe Allégeance, le combo de black metal symphonique Diablation revient avec un deuxième effort encore une fois de superbe tenue. Le changement de label pour Osmose Productions n’a pas entamé la qualité et on se retrouve de nouveau avec un album baroque bénéficiant d’une production qui souligne la richesse et la beauté de l’orchestration. Si le groupe continue dans une suite logique à l’album précédent, il réussit à éviter la redite et même à se montrer passionnant de bout jusqu’au final « progisant » de quasiment 1/4 d’heure, un morceau construit en plusieurs tableau et qui achève ce nouvel album ambitieux de la plus belle des manières.

#96 Dirty Deep – Trompe L’œil (Junk Food Records) (France)

Trois ans après Foreshots (et deux ans après un EP de reprises), Dirty Deep revient pour un cinquième album et aux sonorités électriques 5 ans après l’excellent Tillandsia. Dans la pléthorique scène revival blues-rock, les Strasbourgeois possèdent une discographie exemplaire qui leur permet de tutoyer des cadors. Trompe l’Oeil en est encore une magnifique illustration avec un blues-rock fiévreux qui cultive à fond une ambiance digne de la scène de la Louisiane. Tour à tour abrasif avec des riffs incendiaires et un chant habité, ou plus acoustique, posé et mélancolique ou encore hypnotique, ce cinquième opus est blindé à la gueule de classiques instantanés. Une petite bombinette qui continue d’asseoir Dirty Deep à la table des grands.

#95 Mammoth WVH – Mammoth II (BMG) (USA)

Un an après un formidable premier album, l’homme-orchestre Wolfgang Van Halen alias Mammoth WVH revient, toujours seul aux manettes. Le premier album lui avait permis de se faire un nom et de sortir de l’ombre immense de sa légende de père, le regretté Eddie, le second lui permet de prouver que rien n’était dû au hasard. Solis chirurgicaux, riffs solides, tempo massif, approche moderne tout en respectant une tradition de virtuosité. Et que dire du chant. La voix superbe, puissante, chaleureuse de Wolfgang, ses mélodies carrées et immédiate lui permettent de s’asseoir comme une valeur sûre de la scène internationale.

#94 The Bouncing Souls – Ten Stories High (Pure Noise Records) (USA)

Après 30 ans d’existence et des apparitions sur des compilations comme Punk-O-Rama, les New-Jersyiens de The Bouncing Souls sont devenus des incontournables du punk US. Douzième album du groupe, Ten Stories High pioche autant dans le punk US classique, hyper mélodique, que des sonorités plus rock alternatif. Ten Stories High va à l’essentiel avec dix titres pour même pas une demie-heure, sans le moindre faux pas. Avec la voix chaleureuse et juvénile de Greg Attonito, des riffs accrocheurs de Pete Steinkopf ou encore les lignes de basse hyper élégantes de Bryan Kienlen, Ten Stories High regorge d’authentiques hymnes fédérateurs. Un must.

#93 Ruff Majik – Elektrik Ram (Mongrel Records) (Afrique du Sud)

Après des mois de teasing (les mecs sont aussi balèzes en communication que sur l’esthétique de leurs pochette), les sud-afs Ruff Majik balancent un quatrième album, dans la continuité d’un Devil’s Cattle riffu, patate et fortement influencé par le groove rock n’roll de Motörhead. Ici, c’est un peu la même avec ce stoner rèche et dépouillé, rentre-dedans et boosté par cet humour si particulier et une certaine créativité.

#92 Tanith – Voyage (Metal Blade Records) (USA)

Si les Américains optent en général pour un hard rock plus moderne et une production massive, Tanith prend le contre-pied et ancre le sien dans les origines du genre, le classic rock dans sa version plus saturée et l’occult rock. Ici on côtoie Thin Lizzy mais aussi Blue Oÿster Cult, des textes autour de la fantasy et un son organique. Deuxième album du groupe, Voyage voit l’apport d’Andee Blacksugar de Blondie et KMFDM à la twin guitar. Arpèges classieux, riff élégants et stratosphériques, mélodies prenantes, chant chaleureux et son légèrement granuleux grâce à un enregistrement analogique, Voyage est un vrai moment de grâce pure.

#91 Wolfnaut – Return of the Asteroid (Ripple Music) (Norvège)

Un stoner massif, psychédélique et d’une densité étouffante qu’on penserait recevoir une météorite sur le râble et pourtant Wolfnaut, anciennement appelé Wolfgang ne provient pas des déserts américains mais des terres réfrigérantes de Norvège. Quatrième album du trio, Return of the Asteroid est un album qui tape dur d’entrée et se termine en mur doomeux hyper épais qui donne l’impression d’être un moustique face à un bulldozer. Concassage d’os dans les règles, Return of the Asteroid prépare idéalement pour l’apocalypse.

#90 Skálmöld – Ýdalir (Napalm Records) (Islande)

Six ans après Sorgir, Skálmöld revient avec un sixième album. Le sextet nous propose un viking/folk metal puissant et accrocheur, alternant rythmes lourds et musclés dans un registre heavy/death classique avant d’embrayer sur des ambiances nettement plus païennes et même des plages où on a envie de sauter sur la table pour danser un bon temps, avant des hymnes guerriers pour se mettre joyeusement sur la gueule. Skálmöld, c’est tout ça à la fois, c’est un bon bout d’Islande avec son patrimoine riche et varié.

#89 Duskwood – The Last Voyage (RIpple Music) (Angleterre)

Foncer tambour battant pied au plancher avec l’apocalypse qui avance inexorablement dans le dos et un soleil qui a pour volonté de vous tuer devant, voilà en substance le décor idéal pour le premier album des Anglais de Duskwood et leur stoner puissant emmené par le chant énervé et habité de Liam Tinsley pour répondre à la basse musclée de son frère. Les influences de Kyuss, QOTSA et Clutch sont là. Duskwood est lancé pour un décrassage d’oreille intensif et il serait dommage de s’en priver.

#88 Will Haven – VII (Minus Head Records) (USA)

Six ans après Muerte, Will Haven revient avec une septième galette. Sobrement intitulé VII, c’est une nouvelle ogive d’un hardcore noisy, torturé, tortueux que nous offre les gars de Sacramento. Riffs épais, grosse densité, instrumentation limite anxiogène, Will Haven ne retient pas ses coups et nous colle une vraie mandale.              

#87 Dwarves – Concept Album (Greedy) (USA)

Formés au milieu des 80s, les Dwarves ont sorti une bonne dizaine d’albums, toujours avec des pochettes à faire blêmir Sandrine Rousseau. Pour ce nouvel opus, les californiens ne changent pas une équipe qui gagne avec une pochette très agréable à regarder mais le plus important est à l’intérieur avec ces 20 titres en 37 minutes, 20 titres et presque autant de tubes en puissance, tour à tour pop-punk, hardcore ou garage, immédiats et entêtants, tantôt enjoués tantôt plus sombres qu’à l’accoutumée et des même des ambiances doom. Si l’année punk a été plutôt solide, Concept Album est dans le haut du panier sans trembler. Les Dwarves sont légendaires, pas assez connus vu leur talent, et la clique à Blag Dahlia le prouve encore avec cette ogive.

#86 Oomph! – Richter und Henker (Napalm Records) (Allemagne)

Pionniers de la Neue Deutshe Härte, Oomph! déboule avec son 14ème album, premier sans l’historique Dero Goi, en poste depuis 1989 et remplacé par Der Schulz. Un nouveau chanteur, ça peut susciter des craintes. Pourtant, ce qui semble être le début d’une nouvelle ère pour Oomph! démarre à merveille avec ce 14ème opus, véritable usine à tubes en puissance, à l’énergie communicative mais aussi avec une science très poussée de la mélodie imparable pour faire de chaque titre un incontournable. Dans la lignée d’un Rammstein avec le côté plus « pop » d’un Eisbrecher, le NDH de ce Oomph! 2.0 montre qu’à quasiment 35 berges d’existence, le trio a encore la fougue de jeunes loups.

#85 TesseracT – War of Being (Kscope) (Angleterre)

Depuis 20 ans, TesseracT s’impose comme une valeur sûre dans le metal prog voire le djent. Ce 5ème opus, superbement illustré, ne fait qu’asseoir la stature du groupe. Boosté par une production moderne bien musclée, War of Being est un concept album à la croisée en SF dystopique et constat implacable sur le monde qui nous entoure dans un contexte géopolitique des plus anxiogène. Plus agressif, moins aérien, plus musclé, plus froid que les précédents, War of Being est tout autant immersif que moins évident. Ça n’invite pas à la gaudriole mais c’est hyper bien gaulé

#84 Heretoir – Nightsphere (Northern Silence Productions) (Allemagne)

Troisième album du groupe de blackgaze allemand Heretoir, Nightsphere est le premier où le groupe entier a mis la main à la pâte. Progressif, sombre et mélancolique, Nightsphere nous entraine dans un futur peu enviable où la Nature est dévastée par le progrès, un monde aliénant et dystopique, proche de l’apocalypse. Inspiré au niveau des paroles par le livre In Search of the Primitive: A Critique of Civilization de Stanley Diamond, illustré par une œuvre de Karl Wilhelm Diefenbach, Nightsphere est une oeuvre profonde, immersive, sensible et tirant une certaine beauté de son contexte d’une profonde tristesse.

#83 Blackbraid – Blackbraid II (Autoproduction) (USA)

Un an après un 1er opus de haute volée, Sgah’gahsowáh, Amérindien des montagnes Adirondack (Etat de New York) revient avec son one-man band Blackbraid pour un nouvel album éponyme. Mélange d’un black metal à la norvégienne aux racines païennes et de textes centrés autour de la spiritualité amérindienne. Encore une fois, le mélange est du plus bel effet avec des plages instrumentales clairement atmos et une ambiance bien prenante.

#82 Creeper – Sanguivore (Spinefarm) (Angleterre)

Troisième album pour les Anglais de Creeper et leur musique entre horror punk et gothic rock. Sanguivore se présente sous la forme d’album concept hyper théâtral, flirtant avec l’opéra rock. On lorgne entre les Sisters of Mercy, Danzig, The Damned, les Misfits, voire Meat Loaf. Histoire d’un amour entre une jeune et violente vampire et le vieil homme qu’elle contrôle, Sanguivore distille une ambiance travaillée comme un écrin pour un bijou d’écriture. Tour à tour baroque et dans la lignée du gothic rock des 80s, voire la darkwave et le synth rock, Sanguivore fera frétiller les canines des vampires les plus récalcitrants.

#81 Slidhr – White Hart! (Debemur Morti Productions) (Irlande/Islande)

Troisième album pour les irlando-islandais Slidhr, signé chez Debemur Morti, label toujours à la pointe quand il s’agit d’un metal extrême sans concession. Un troisième album virulent, véhément, où le growl le plus menaçant n’a dégal que des riffs sanglants et un orage de grêle en guise de batterie. White Hart! est tout autant lancinant que mélodique, violent et porté par une hargne sourde. Avec Slidhr, la nuit la plus noire tombe soudainement et la nature se montre sous de sombres aspects.

#80 KEN Mode – Void (Artoffact Records) (Canada)

En 20 ans, les Canadiens de KEN Mode se sont fait un nom au point de devenir incontournable en matière post-hardcore mâtiné de noise. Complément de Null sorti y a un an, le neuvième album Void (et sa pochette qui ferait penser à ce qu’a dû être le visage d’Antoine Dupont à la fin du mois de septembre 2023) est le reflet de la période hyper anxiogène post-covid qu’on se fade maintenant. A l’image de notre époque merdeilleuse (ou merveilleusement merdique) qu’on vit, Void est un album tortueux, implacable, froid, violent, chaotique et dissonant à souhait. Et en bonus, comme si les riffs grinçants, la rage violente et sourde qui s’abat sur nous n’était pas suffisante, le groupe rajoute un saxo tortué du plus bel effet. D’une noirceur inouïe, teigneux et habité par une démence pathologique, Void ne laissera pas indemne.

#79 Immortal – War Against All (Nuclear Blast) (Norvège)

Groupe phare de la scène black metal norvégienne, Immortal a connu plusieurs déboires en une trentaine d’années dont une bataille judiciaire pour le nom d’Immortal d’abord avec l’iconique Abbath au moment où ce dernier a quitté le navire pour fonder son propre groupe puis avec Horgh au moment où ce dernier a aussi été débarqué. Des turbulences qui peuvent expliquer les 5 ans qui séparent Northern Chaos Gods (sur lequel Horgh officiait encore) et ce dixième album. Premier album sur lequel Immortal est désormais un tout-seul band autour de l’historique Demonaz, gratteux du groupe depuis toujours et également au micro depuis 2015. Si l’album a été totalement écrit par ce dernier, il s’est entouré pour l’enregistrement, de Ice Dale (Enslaved, Audrey Horne, Demonaz) pour la basse et de Kevin Kvåle (Gaahl’s Wyrld) à la batterie. Immortal continue de nous emmener sur les paysages hostiles de Blashyrkh, concept qui suit le groupe depuis toujours. War Against All est blindé de morceaux bruts, tranchants au sonorité rapides, puissantes et agressives. Pour la première fois, Immortal place un instrumental et ne fait pas les choses à moitié avec un morceau jouissif de 7 minutes. Pur produit d’Immortal avec des riffs plus heavy par moments, plus mélodiques aussi, War Against All assied un peu plus Immortal dans sa propre légende, une légende construite malgré l’adversité et les coups du sort.

#78 Tsjuder – Helvegr (Season of Mist) (Norvège)

Moins connu hors du public black que certains titans de la scène black metal scandinave, Tsjuder n’en demeure pas moins un pilier aux 30 ans de carrière et 7 albums. Tsjuder ne perd pas de temps, ne prend pas le temps de poser une ambiance. Ici, on est dans un black metal pur jus, 0 compromis, mais 100% garanti en violence brute, en noirceur insondable. Un black metal brutal, malfaisant, aux riffs acérés, hyper dissonant, d’une efficacité et d’une rapidité effrayante. Ça tabasse vite, ça tabasse fort, c’est blindé en rythmique chaotique qui cloueront l’auditeur au sol et lui mettront les nerfs à l’épreuve au point qu’on pourrait penser que c’est Satan himself qui joue. Pur déferlement d’ultra-violence musicale, Helvegr est jouissif de bout en bout.

#77 Angelus Apatrida – Aftermath (Century Media) (Espagne)

Deux ans après l’album éponyme, les Espagnols d’Angelus Apatrida reviennent avec un huitième album. Au menu une nouvelle salve de tueries thrash en puissance, bardées de riffs monstrueux, de superbes arpèges et autres solis bien chiadés, accompagnés d’une grosse basse et d’un orfèvre à la batterie. 10 brûlots riches et variés. Angelus Apatrida s’impose comme le groupe de thrash actuel dans une forme olympique, et quand les ibères s’essaient à des élans plus hardcore (avec le toujours sémillant Jamey Jasta de Hatebreed), apportent un peu de phrasé rap avec Sho-Hai ou des touches plus heavy avec Todd La Torre de Queensrÿche, ou des inclinaisons plus prog’, le groupe réussit tout ce qu’il touche.

#76 Suffocation – Hymns From the Apocrypha (Nuclear Blast) (USA)

Parrains du brutal death et innovateurs dans un genre où ils ont pu mêler technique et brutalité, Suffocation fait partie des piliers incontestables du death extrême. Un statut dû en partie à l’incontournable Frank Mullen, frontman du groupe. Un frontman qui a arrêté l’aventure en 2018, laissant pantois les fans. Cinq ans après ce départ, les New-Yorkais reviennent avec un neuvième album où le gratteux Terrance Hobbs est le seul vétéran du groupe et où le nouveau vocaliste est étrenné en la personne de Ricky Myers, cogneur de Disgorge et chanteur chez Serpents Whisper. Avec Myers, le growl est plus profond encore et on a du pur guttural venu d’outre-tombe. Hymns From the Apocrypha, c’est un brutal death rapide, implacable et où le mix énorme valorise le travail de titan, à la fois dans les riffs bien complexes ou le blast beat de mitrailleuse lourde mais aussi les lignes de basse hyper chiadées et vertigineuses. Un album qui ne se contente pas de briser les nuques mais qui arrache des colonnes par paquets de 12.

#75 Cannibal Corpse – Chaos Horrific (Metal Blade Records) (USA)

Deux ans après un très bon Violence Unimagined, les titans du death Cannibal Corpse reviennent en montant encore le curseur, tant sur cette excellente pochette de l’habitué Vincent Locke qu’au niveau de la qualité d’ensemble et ce, dès les premières notes de la basse vrombissante d’Alex Webster, les riffs massifs de Barrett, les solis hallucinés de Rutan (qui nous fait du cousu main), la frappe à la fois rugueuse et millimétrée de Mazurkiewicz ou ces petites histoires bien sanglantes beuglées par un Corpsegrinder qui a beau être le mec le plus sympa du monde, il se mute en grizzly une fois le micro ouvert. Boucherie à tous les étages, tripailles répandues à même le sol, hémoglobine par mètres cubes, Cannibal Corpse n’a mis que deux ans avant de sortir son seizième album, les mecs réussissent à frapper encore plus fort et à marquer l’année death au fer rouge.

#74 The Curse of K.K. Hammond – Death Roll Blues (Autoproduction) (Angleterre)

K.K. Hammond est une chanteuse et musicienne qui propose un blues aux ambiances rappelant le folklore de la Louisiane, son climat moite et orageux et ses récits parfois glauques et angoissants. Premier album de The Curse of K.K. Hammond, Death Roll Blues a été enregistré à Abbey Road et en ressort une classe toute britannique, impression renforcée avec l’influence, pour les textes, de l’horreur gothique à la Hammer. Un blues donc à la croisée des chemins des deux côtés de l’Atlantique où le son de guitare typique se marie avec un timbre de voix très doux et d’une étrange sensualité. Death Roll Blues ce sont neuf bombinettes toutes plus entêtantes les unes que les autres où un blues crépusculaire se fait bizarrement entrainant et immédiat, étrangement catchy même lorsqu’il s’agit de parler de meurtres ou de créatures funestes. Un horror blues (comme la demoiselle le décrit si bien) enthousiasmant de la première à la dernière note et donc il est difficile de se séparer.

#73  Gozu – Remedy (Metal Blade Records/ Blacklight Media Records) (USA)

Avec cinq albums en 15 ans, les bostoniens de Gozu ont une productivité quasi métronomique. Pour cette cinquième livraison, les mecs nous offrent un stoner de gourmet, énergique et massif avec un final doomeux de grande classe et aux titres hyper fun et bourrés de références. Comble du bonheur, le chant de Marc Gaffney offre une palette large allant même jusqu’à flirter avec Mastodon. Pépite.

#72 Opium Du Peuple – La Malédiction de la Black Burne (PetunKeibRekords) (France)

16 ans après leur premier album Sex, Drugs and Variété, le combo Opium Du Peuple est passé de groupe très cool reprenant de la variété sauce punk à quelque chose de plus étoffé, montant le curseur sur la qualité à chaque sortie d’albums, devenant un véritable monstre de scène qui se donne autant à fond dans une petite fête de village que sur la Warzone du Hellfest. Avec l’ajout des Opiumettes dès le troisième album, le groupe a encore étoffé son propos jusqu’à se transformer en BO de film pour l’album 7 Salopards. 5 ans après ce dernier, Opium du Peuple revient avec une nouvelle partouze musicale où le solennel Mon Amie La Rose copule joyeusement avec Offspring, où le Corrida de Cabrel embrasse à pleine bouche Fear of the Dark de Maiden, où les NTM se métamorphosent en Beastie Boys et où Le Tourbillon prend une cure de jouvence avec les Toy Dolls. Trésor d’inventivité magnifiquement exécuté entre les riffs de Gil de la Tournante (qui nous offre une version délirante de Le Loup, La Biche et Le Chevalier), la grosse basse du K ou la grosse frappe de Machine. Commençant par une version metal implacable de Santiano et se finissant avec le 3ème volet des Rock Collection (qui cette fois rend au rock féminin l’hommage qu’il mérite), La Malédiction de la Black Burne est jouissif de bout en bout.

#71 Rancid – Tomorrow Never Comes (Epitaph/ Hellcat Records) (USA)

30 ans après leur premier effort, Rancid revient avec une dixième galette. En 30 ans, les mecs sont devenus des piliers de la scène punk américaine sans aucune contestation. Sorti 6 ans après Trouble Maker, Tomorrow Never Comes est un album court, le plus court même de la discographie du groupe. A l’instar de l’album éponyme de 2000 (qui était le plus court jusque-là), Rancid laisse (temporairement espérons) les ska-punk et le 2-tone pour se recentrer sur un punk pur et dur. Si Honor Is All We Know et Trouble Maker marquaient un peu le pas, faute à un manque de titres immédiats, ici c’est tout à fait l’inverse. Les gars de Berkeley enfilent les tubes en puissance, les morceaux imparables aux mélodies hyper accrocheuses, aux riffs entêtants. Si la paire Armstrong/Frederiksen continue de faire des merveilles, le bassiste Matt Freeman nous offre des moments d’anthologie avec des plans aussi carrés au niveau de la mélodie que bien techniques. Les légendes ne meurent jamais.

#70 Crosses (†††) – Goodnight, God Bless, I Love U, Delete. (Warner Records) (USA)

Il aura fallu près que 10 ans pour que Crosses, le side-project de Chino Moreno (Deftones, Team Sleep, Palms) avec Shaun Lopez de Far et Chuck Doom, sortent un successeur à ††† (alias Crosses). Si l’EP Permanent.Radiant sorti l’an dernier avait eu de la peine à convaincre, Goodnight, God Bless, I Love U, Delete. signe le grand retour du trio electronic-rock/darkwave/expérimental. Toujours aussi planant et classieux que son prédécesseur, Goodnight, God Bless, I Love U, Delete. convie des invités variés mais un brin sous-exploités, en particulier Robert Smith (et c’est dommage). Pour le reste, on retrouve la voix de Chino Moreno qui est toujours aussi prenante, et des orchestrations toujours élégantes et sensuelles.

#69 Wothrosch – Odium (Hammerheart Records) (Grèce)

C’est un véritable rouleau compresseur qui nous vient de Grèce. Formé en 2018, le trio Wothrosch déboule avec un premier album, véritable démonstation de puissance de feu, s’illustrant dans un blackened death sludgy avec une ambiance baroque bien pesante et travaillée. Il faut dire que les Hellènes ont su s’entourer avec George Emmanuel de Lucifer’s Child à l’enregistrement, qui a taffé avec Rotting Christ (et en plus, un artwork de toute beauté, fruit du travail de Spiros Antoniou de Septicflesh) et un featuring de Niklas Kvarforth de Shining. Le tout pour un album compact, rugueux, déferlante d’ultra-violence et d’une noirceur absolue

#68 Imperium Dekadenz – Into Sorrow Evermore (Napalm Records) (Allemagne)

On n’est qu’en janvier et l’année black 2023 commence sur des chapeaux de roue avec un niveau de qualité déjà élevé, comme le prouve Into Sorrow Evermore, septième album d’Imperium Dekadenz, duo venu du länder de Baden-Württemberg et officiant dans un black metal classique et d’une classe folle, avec des compos parfois rapides parfois au tempo presque doomeux (comme le superbe Aurora) et des vocalises sous formes d’imprécations hargneuses et des riffs incisifs. L’ambiance est délicieusement poisseuse, vintage, et malsaine sans qu’on soit dans un tapis de bombes, les mélodies sont instantanées, la production est propre. Au final, dur de ne pas se laisser happer par ce nouvel opus qui appelle à une randonnée somnambule au cœur de forêts humides.

#67 Zulu – A New Tomorrow (Flatspot Records) (USA)

Après deux démos, les californiens de Zulu signent leur premier album. Entre hardcore et powerviolence, Zulu fait une musique à la créative, originale, mais également engagée, portée par une forte conscience Noire ainsi qu’un profond sentiment de fierté vis à vis des cultures afro-américaines, fierté qu’on retrouve via le choix plutôt osé de glisser, entre deux beuglantes homériques, des interludes rap, reggae, spoken word, soul, funk et même une intro avec une musique tribale. Si le choix peut être clivant en raison de cassage de rythme, c’est un choix audacieux, ambitieux qui rappelle le projet de Manuel Gagneux quand il a fondé Zeal & Ardor. Original, montrant une créativité sans limites, politiquement chargé, A New Tomorrow est le fruit d’une colère salutaire, voire essentielle.

#66 Taubrą – Therizo (Debemur Morti Productions) (Suisse/Norvège)

Un nom qui veut dire « sorcellerie » en langage proto-germanique, un nom d’album sorti de la version grecque du Nouveau Testament et signifiant « moisson », Taubrą c’est surtout un groupe signé chez Debemur Morti et porté par des membres d’Aara, Modern Rites, Chimaera, Forgotten Tomb, Malphas ou encore Legiones. Porté par un vocaliste norvégien et des musiciens suisses, soit deux des pays européens les plus importants (au niveau historique) du black metal, un groupe forgé dans les flammes de l’Enfer, porté par une nostalgie de la seconde vague du black metal scandinave. Therizo fait peser une chape de plomb sur celui qui l’écoute, une menace omniprésente, un album étouffant, d’une énorme violence où la batterie supersonique et les tremolo pickings se mêlent à un growl habité, mais où on se retrouve avec un propos plus complexe et profond qu’il n’y parait. Ce n’est pas tous les jours que dans une chanson, on entend hurler « je suis le Rembrandt de la mort », cette référence n’est pas fréquente. Taubrą fait du black metal érudit, sincère, passionné, incandescent.

#65 Cruachan – The Living and the Dead (Despotz Records) (Irlande)

Neuvième album pour Cruachan, toujours porté par le souffle épique d’un pagan metal aux élans black. Contrairement au précédent Nine Years of Blood, Cruachan renoue sa tradition d’ouvrir les portes à de nombreux guests, dont cette fois La Rage de Venom, Mathias Lillmåns (Finntroll, …And Oceans, Morbikon…), Kim Dylla (A Winter Lost et ex-Vulvatron de Gwar),le chanteur Nella d’Embalming Theatre, l’acteur Jon Campling, ou encore Geoffroy Dell’Aria des Bâtards du Nord. Une palanquée d’invitées pour un album soigné comme d’habitude chez Cruachan, tant au niveau de la production que de l’ambiance. Tour à tour jovial et funeste, dansant et plus mélancolique, hargneux et posé, électrique et acoustique, The Living and the Dead c’est du condensé de folklore celtique à faire frétiller les tresses.

#64 Turbid North – The Decline (Autoproduction) (USA)

Huit ans après Eyes Alive, Turbid North sort son quatrième album. Emmené par Chris O’Toole d’Unearth (et ex-Savage Messiah), John Garrett aux fûts et par l’hurleur Chris Forkel, Turbid North aime à brouiller les pistes. Officiellement oscillant entre groove/thrash et death metal, Turbid part de plus en plus dans le post-metal et incorpore du doom, du stoner, du grindcore et du hardcore chaotique. Compositions déstructurées, ambiance lancinante, menaçante et oppressante, alternance entre plages lourdes et denses et moments de sauvagerie pure, The Decline est aussi difficilement classable qu’impressionnant de puissance, de maitrise et de rage pure. Comptez bien vos dents en appuyant sur play, à la fin vous en aurez beaucoup moins.

#63 Ne Obliviscaris – Exul (Season of Mist) (Australie)

Quatrième album pour Ne Obliviscaris et leur metal progressif teinté de death. Encore une fois, les australiens cassent les codes du genre en mélangeant metal extrême, progressif, mélodique, manouche et musique classique où les grosses charges à la guitare électriques se mêlent à un violon élégant, tout en finesse et d’une efficacité imparable. En résulte un album dense, tour à tout musclé et fin, avec une orchestration hyper dense et d’une classe folle.

#62 Jord – Tundra (Hammerheart Records) (Suède)

Il n’aura pas fallu longtemps après l’excellent Måne pour que le one-man band suédois lui donne un successeur avec ce tout aussi beau Tundra. Ancré dans des thèmes classiques comme la nature ou encore le folklore scandinave, Jord nous livre une nouvelle pépite de black atmosphérique flirtant avec le blackgaze, parfois utilisant un vocabulaire black metal classique, d’autres fois plus rock, toujours mystique et prenant et riche en ambiance. Magnifique.

#61 Soen – Memorial (Silver Lining Music) (Suède)

A fréquence métronomique, Soen nous gratifie de superbes sorties et encore une fois, Memorial est un cadeau pour les oreilles. Martin Lopez nous gratifie encore une fois de superbes partitions que n’aurait pas renié Tool toutes en arythmie, en tempo changeant accompagnées de riffs superbes et élégants. Le chant est varié, parfois plus rugueux mais Soen n’en oublie pas pour autant les ballades majestueuses dont un final à la Pink Floyd. Encore une fois, c’est de très haute volée.

#60 Cattle Decapitation – Terrasite (Metal Blade Records) (USA)

Quatre ans après Death Atlas, Cattle Decapitation continue dans son récit de l’agonie de l’espèce humaine. Reconnus pour leurs convictions bien affirmées, les californiens, pilierss de la scène death/grindcore, tournent leur oeuvre autour de thématiques comme la cause animale et la lente agonie de l’espèce humaine. Ici, les humains ont muté pour laisser place à une espèce mi-hommes mi-cafard qui parasitent les ressources de la Terre et la font crever à petit feu. Un propos fort et peu joyeux que le combo met en évidence avec une musique tortueuse, bardée de blast beats de l’espace, de riffs de mutants et porté par les vocalises si particulières de Travis Ryan qui tiennent autant du death, du grind et du thrash. Impressionnant de puissant, monstre de technique et de rapidité, Terrasite est une oeuvre aussi complexe que rugueuse. Très solide.

#59 Einar Solberg – 16 (Inside Out Music/Sony Music) (Norvège)

Premier album solo pour le chanteur de Leprous à la voix si particulière. Bardé d’invités, 16 montre un Einar Solberg prêt à sortir de ses habitudes avec même des incursions pop, jazz/soul, et même un couplet rappé. Ici le rock et le côté sombre alternent avec une facette plus pop et lumineuse et même une petite touche black avec l’apport d’Isahn pour un titre où l’alchimie fonctionne à merveille. Condensé d’émotions à fleur de peau, 16 est un magnifique coup de cœur qui montre de nouveau toute l’étendue du talent de Solberg.

#58 Ruïm – Black Spiritism – I. O Sino da Igreja (Peaceville Records) (Portugal/France)

Rune « Blasphemer » Eriksen, ancien gratteux de Mayhem, de Nader Sadek et de Testimony et co-fondateur de Vltimas, aux manettes de Earth Electric ou encore d’Aura Noir, a un nouveau projet. Basé au Portugal (où Eriksen vit avec son épouse Carmen Simoes (Ava Inferi, Earth Electric), Ruïm est un duo composé de Blasphemer à la voix, la guitare et la basse et du français César Vesvre (Thagirion, ex-Agressor, ex-Death Decline) aux fûts. Un projet international donc, dont le but est de renouer avec le black metal malfaisant, inquiétant, incantatoire des années 90. Pas surprenant donc qu’on retrouve sur Black Royal Spiritism des ambiances qui rappelleront le Mayhem de 1994/2008. Tour à tour inquiétant, malsain, condensé de violence pure mais avec également un côté spirituel voire occulte plus poussé avec des chants presque chamaniques qui accompagne des riffs hyper dissonants. Rien n’est laissé au hasard, de la pochette en passant par le logo, mais également la musique, rien n’est anodin ni superflu, on vient à Rüim pour évoquer la bête et c’est pas pour faire genre.

#57 3rd Secret – The 2nd 3rd Secret (Autoproduction) (USA)

Après un premier album plus acoustique, 3rd Secret revient avec un album électrique. Le supergroupe composé de plusieurs personnalités de poids de la scène grunge de Seattle exploite davantage le savoir-faire de l’ex-Soundgarden Kim Thayil qui délivre des riffs stratosphériques, de Krist Novoselic qui nous balance de sublimes lignes de basse et de Matt Cameron (Pearl Jam, ex-Soundgarden) qui assure aux fûts. Là où le premier effort marquait le coup avec une certaine élégance, ce second volet monte le curseur au niveau de la qualité.

#56 Hexvessel – Polar Veil (Svart Records) (Finlande)

Après la folk païenne et sylvestre puis des inclinaisons rock, Hexvessel renoue avec des sonorités plus anciennes, plus glaciales et implacables avec du riffing purement black à l’ancienne, et ces lignes de gratte acérées (et même du blast beat) couplé au chant fantomatique de Mat McNerney. Superbe.

#55 Arkona – Kob’ (Napalm Records) (Russie)

Six ans qu’Аркона (alias Arkona) n’avait pas sorti d’album et pourtant, on se retrouve vite en terrain connu tant Kob’ est sur la lancée de Khram, le groupe ayant pris la décision depuis 4 albums de se dépouiller peu à peu du côté folk pagan pour des chemins de plus en plus sombres. Plus dark encore que Khram, Kob’ montre un Arkona arpentant sur des terres plus blackeuses, tant avec son orchestration lourde et fielleuse, que par les prouesses vocales de Masha plus en plus marquées dans le registre, avec en ajout des choeurs quasi liturgiques et des ambiances de plus en plus cérémonieuses voire chamaniques. D’une noirceur vertigineuse, Kob’ ancre de plus en plus Arkona dans les ténèbres, une trajectoire qui réussit très bien au groupe.

#54 Svalbard – The Weight of the Mask (Nuclear Blast) (Angleterre)

Après le side-project solo black metal de Serena Cherry dédié à Skyrim, les Anglais Svalbard reviennent avec un nouveau bassiste, un nouveau batteur et un nouvel album, toujours dans ce post-hardcore aux sonorités post-black, post-metal et shoegaze. Si la paire Serena Cherry/Liam Phelan impressionne au micro par des vocalises enragées à la limite de la folie furieuse, ce qui est le plus saisissant, c’est leur travail à la gratte avec des tremolo picking du plus bel effet et des riffs démoniaques, mais le travail d’orfèvre à la batterie qui passe avec aisance du post-hardcore à ce blast typique du black metal. The Weight of the Mask, c’est carré, c’est prenant aux tripes mais aussi, c’est tout simplement sublime.

#53 Appalooza – The Shining Son (Ripple Music) (France)

Troisième album pour les brestois d’Appalooza, groupe qui fête ses douze ans d’existence. Entre stoner dopé à la burne d’auroch, heavy rock et grunge, Appalooza nous offre des riffs massifs et bien énervé, une guitare bien rèche avec juste ce qu’il faut de gras pour garder le plus beau morceau de barbaque et un chant puissant et chaleureux tendant vers le vocaliste de Monster Magnet ou de Sasquatch. Un mélange monté sur un moteur V10 pour un bolide qui trace comme un cheval sauvage et des références bibliques énigmatiques égrainée avec vigueur.

#52 The Inspector Cluzo – Horizon (Fuck The Bass Player) (France)

Le modèle de The Inspector Cluzo, aussi insolite soit-il, a permis au groupe d’atteindre une certaine longévité, sans se compromettre et en gardant une certaine indépendance. Quand les deux montois ne font pas des sessions studio, ou entre deux concerts, ils vivent des produits de leur ferme (Lou Casse) et grâce aux ventes de leurs produits (réputés de qualité), ils réinvestissent dans la musique. Un modèle qui a permis à TIC d’être le groupe français qui s’est produit dans le plus de pays différents. 6 ans après We The People of the Soil, The Inspector Cluzo lâche un septième album. C’est la première fois que le power duo attend autant entre deux albums, mais le covid et l’inflation sont passés par là. Après des débuts dans un rock fusion bien groovy, les gascons proposent un rock plus varié, empreint d’une certaine conscience des enjeux dramatiques actuels, tantôt un brin énervés tantôt mélancolique et toujours avec le curseur plus haut au niveau qualitatif par rapport au précédent. Fruit de leur expérience de vie, ils offrent un rock de plus en plus mature et abouti encore, avec des orchestrations toujours plus travaillées et avec toujours cette énergie communicative.

#51 Aset – Astral Rape (Les Acteurs de l’Ombre) (France/Finlande)

Premier album pour Aset, mystérieuse entité constituée de membres de Seth, d’Onansi Pazuzu (et d’autres d’on ne sait où). Astral Rape coche toutes les cases d’un black metal occulte et cérémonieux, ancré dans le culte des divinités maléfiques. Un black metal ténébreux et massif porté par une orchestration classieuse. Les mecs ont beau être des aguerris de la scène BM, on se retrouve surpris comme devant un groupe de jeunots, un groupe dont on sait déjà l’immense potentiel pour une carrière prometteuse.

#50 Grandma’s Ashes – This Too Shall Pass (Nice Prod) (France)

Après un superbe EP et des apparitions scéniques remarquées, les Parisiennes de Grandma’s Ashes passent le cap du premier album. This Too Shall Pass constitue une évolution dans la musique de Grandma’s Ashes. Ici, le doom metal mâtiné de stoner du power trio s’enrichit d’influences prog rock old school (Close to the Edge de Yes faisant partie de leurs albums fétiches). Intro a capella, variations au niveau des riffs entre rock énergique et metal plus massif, variété dans le chant aussi avec toujours cette superbe voix chaleureuse et envoûtante, variation également dans la rythmique. This Too Shall Pass nous offre une musique hybride, riche en influence, surprenante et toujours élégante. En 5 ans, Grandma’s Ashes s’est fait un nom et maintenant nous livre un premier effort à la hauteur des prestigieux noms qui les ont influencées.

#49 Pénitence Onirique – Nature Morte (Les Acteurs de l’Ombre) (France)

Depuis leur premier album, Pénitence Onirique, en plus d’être un groupe dont le nom a de la gueule, s’est imposé comme une valeur sûre de la scène black française. Pour leur troisième album, les chartreux revisitent les travaux du philosophe et anthropologue René Girard. 45 minutes de violence pure, de nihilisme, de pur black metal mélodique et épique, de growls et de riffs incendiaires au sein d’une musique intransigeante et inspirée.

#48 Mork – Dypet (Peaceville Records) (Norvège)

Deux ans après le formidable Katedralen, Mork revient pour un 6ème album en 10 ans de carrière. En 10 ans, Mork a réussi à se tailler une discographie qui lui permettre de tutoyer les cadors de la scène norvégienne. Et Dypet continue d’asseoir cette belle réputation avec un black metal sombre, triste, mené par une émotion brute, à vif. Un black metal par moments incantatoire, apocalyptique, condensé d’une colère froide, d’une rage aveugle. Autant old-school que porteur d’une patte particulière à son auteur, Dypet est une nouvelle preuve d’une volonté de Mork d’offrir des albums de haute qualité, où les blast beats, la grosse basse et les riffs ultra dissonants s’accompagnent encore une fois d’ambiances et d’orchestrations plus profondes, plus viscérales. Il ne serait pas exagéré de considérer Mork comme digne héritier voire à la hauteur des géants de la scène.

#47 Iggy Pop – Every Loser (Atlantic/ Gold Tooth) (USA)

En 2019, Iggy Pop se montrait inquiétant avec un album plus sombre et résigné qu’à l’accoutumée, et il n’était pas sans rappeler le You Want It Darker de Leonard Cohen ou le Blackstar de David Bowie. Quatre ans plus tard, je suis content de m’être trompé car l’iguane est bel et bien de retour, et en forme, en atteste ce 19ème album produit par Charlie Watts. Iggy Pop s’entoure d’une palanquée d’invités dont Duff McKagan, Chad Smith, l’ex-Red Hot Josh Klinghoffer, Travis Barker, Stone Gossard, le regretté Taylor Hawkins et les gars de Jane’s Addiction Dave Navarro, Eric Avery et Chris Chaney.  Iggy Pop nous rappelle à plusieurs fois ses débuts avec trois titres « stoogiesques », fait des incursions dans le post-punk à la The Cure, ou encore des incartades classic rock plus posées. Un album varié, éclectique, tour à tour incendiaire et d’une énergie folle rappelant que le mec est à la base un hyperactif, et plus mélancolique. Moins clivant que Free, moins macabre aussi, Every Loser montre un Iggy Pop qui n’a pas dit son dernier mot.

#46 Insomnium – Anno 1696 (Century Media Records) (Finlande)

La Finlande au XVIIème siècle était en proie à la paranoïa, les superstitions, les chasses aux sorcières, des famines catastrophiques et même du cannibalisme, en gros la Finlande c’était pas la grosse fête. Entre 1696 et 1697, 30% de la population a été décimée. Un contexte fort joyeux qui sert de terreau à l’inspiration d’Insomnium pour leur neuvième effort. Un nouvel opus où Niilo Sevänen montre tous ses talents de conteur, de parolier pour retranscrire une page de la vie de son pays. Pour accompagner sa plume et son growl profond, Sevanen peut compter sur un duo Markus Vanhala/Jani Liimatainen qui apportent un chant clair limite cérémonieux. Avec sa triplette Vanhala/Liimatainen/Ville Friman à la gratte, Insomnium nous gratifie encore une fois d’un album hyper solide à la 6 cordes, sur lequel Markus Hirvonen peut faire parler sa puissance à la batterie. En plus, Insomnium jouit de l’apport du frontman de Rotting Christ et de la voix céleste de Johanna Kurkela, comme pour apporter plus de profondeur encore au propos. Dense, superbement écrit et jouissant d’une ambiance certes lourde et pesante mais où étrangement la poésie n’est jamais loin, Anno 1696 est là un album majeur de la carrière d’Insomnium.

#45 Twin Temple – God Is Dead (Pentagrammation Records) (USA)

Quatre ans après l’excellent Twin Temple (Bring You Their Signature Sound…. Satanic Doo-Wop), le couple impie Twin Temple revient avec son doo-wop satanique pour une nouvelle messe noire enchanteresse intititulée God Is Dead. Un brin court, God Is Dead est encore une fois hyper travaillé au niveau du son pour offrir un rendu vintage, jusqu’à un enregistrement en mono pour coller à cette patine si particulière. Toujours dans ce mélange unique entre le doo-wop des années 50/60 et des textes sataniques, blasphématoire et occultes, God is Dead est une nouvelle réussite qui réussit le pari de sortir la musique satanique du cadre de l’occult rock et du metal extrême.

#44 Azimut – Dans les Méandres (Autoproduction) (France)

Premier album pour les Grenoblois d’Azimut, groupe composé de 6 musiciens qui ont un peu bourlingué dans les formations locales. Azimut porte bien son nom tant la musique qui propose est un brin azimutée. A la croisée d’un post-rock à la Mogwai bâti sur un mur de son et d’une approche du post-metal à la manière d’un Cult of Luna ou d’un The Ocean, Dans les Méandres est un album sombre, torturé, mais porté par riffs qui déboulent en vagues successives. Changeant facilement d’humeur entre mélancolie sinistre et agressivité pure, c’est un album fort, très fort dans la lignée de ce que le genre propose de mieux, tout simplement.

#43 The Rolling Stones – Hackney Diamonds (Polydor/ Rolling Stones Records) (Angleterre)

Un album des Stones est toujours un évènement en soi. Après plus de soixante ans de carrière, de tournées à travers le monde et 6 décennies avec un statut de légendes absolues du rock en guise de sac à dos, on peut se douter que les mecs se fassent rares. Surtout après avoir perdu leur batteur historique Charlie Watts. Premier album depuis 7 ans et premier avec des compositions originales depuis 2005, autant dire que les chances d’un nouvel album avec des compos étaient peu élevées. Et pourtant, ils sont là, de retour et attendus au tournant, notamment par les gratte-papiers de la presse généralistes prêts à sortir leur bons mots (faute de talent, ils se consolent comme ils peuvent) pour se gausser sur leur âge, préférant encenser des tocards à la mode. Et pourtant. Certes, ce n’était pas l’album que j’attendais le plus de l’année, mais un album des Stones ne se refuse pas. Et j’avoue, quel pied. Quel pied de constater qu’à leur âge vénérable, Mick Jagger, Keith Richards et Ronnie Wood font plus que tenir la baraque. Alors que des mecs de chez nous (coucou Renaud) en sont au stade des soins paliatifs, les Stones ont une sacrée fougue. 24ème album britannique et 26ème album américain, Hackney Diamonds peut se voir comme un jubilé avec des invités de prestige comme Paul McCartney (le symbole est fort, quand on connaît la pseudo rivalité montée de toutes pièces par les médias entre les Beatles et les pierres qui roulent), Elton John, Stevie Wonder mais aussi Lady Gaga, le tout sous la houlette de celui qui a produit les deux derniers albums d’Ozzy Osbourne. On aurait pu redouter un son trop lisse ou que les artifices quelques fois utilisés par Mick Jagger sur sa voix soient trop présents, mais il n’en est rien. Sur Hackney Diamonds, on se prend à bouger son cul, à danser dans la cuisine ou à chanter en voiture, à passer l’album encore et encore. Quel pied, tout simplement, au long de cet album, qui égrène à merveille l’éventail des styles explorés par les Stones au fil de leur discographie, entre un rock énergique, une pop-rock classieuse et même un blues séminal voire des intonations country. Les légendes ne meurent jamais et on en a une preuve supplémentaire.

#42 Rome – Gates of Europe (Trisol) (Luxembourg)

Après l’EP très poignant Defiance, Rome, le one-man band du luxembourgeois Jérome Reuter continue son œuvre caritative en faveur de l’Ukraine sous forme d’un LP dont les bénéfices vont à des œuvres humanitaires pour le peuple ukrainien. Entre post-punk et dark folk, Rome livre plusieurs titres tantôt rageurs tantôt mélancolique d’une certaine profondeur et à la puissance émotionnelle très élevée. Une œuvre nécessaire, tout simplement.

#41 Shining – Shining (Napalm Records) (Suède)

Niklas Kvarforth chante la vie, il danse la vie et nous le fait comprendre une fois de plus avec ce 12ème opus de Shining. Comme le montre le visuel, Shining sort une nouvelle preuve de son amour pour la vie, du moins quand elle cesse. Le black metal éminemment triste des Suédois se pare d’inspirations rock, folk ou jazz et où le chant habité de Kvarforth se pare de plages à chant clair mélancolique. En outre, en guise d’instrumental, le groupe reprend superbement une sublime pièce de Satie avant de finir avec un morceau viscéralement sombre. Plus belle la mort.


#40 Sühnopfer – Nous Sommes d’Hier (Debemur Morti Productions) (France)

Quatrième album pour le one-man band auvergnat Sühnopfer et son black metal épique et mélodique. C’est une signature Debemur Morti et on peut le voir au soin apporté à la production et l’exigence. En près d’une heure, ce sont 7 titres d’un black metal médiéval élégant et raffiné où la finesse d’écriture n’a d’égal que la finesse au niveau de la batterie et des alternances entre acoustique et riffs infernaux avec en plus des vocaux habités et un brin baroque (avec sur un titre les choeurs imposants de Vindsval), tous, œuvre de l’homme à tout faire Ardraos. Pour conclure ce bijou d’audace, une reprise aussi majestueuse que sombre du Bal des Laze de Polnareff qui souligne le caractère théâtral de grandiose de l’œuvre originale.

#39 Foo Fighters – But Here We Are (Roswell Records/RCA/Sony Music) (USA)

La musique comme moyen de transcender la tragédie, voilà qui semble être le fil rouge pour les Foo Fighters. Après l’immense perte du batteur Taylor Hawkins, brutalement décédé, c’est un autre drame qui a personnellement touché Dave Grohl avec la mort de sa mère. De ces douloureuses expériences, les Foo Fighters en tirent les chansons les plus prenantes d’un album qui ne prend certes pas de risques mais qui s’avère franchement solide, a fortiori dans ce contexte avec un nouveau venu aux fûts. Album charnière dans la carrière du groupe, But Here We Are est une œuvre sensible et sincère et c’est bien là l’essentiel.

#38 The Amenta – Plague of Locus (Debemur Morti Productions) (Australie)

La pochette donnerait des sueurs et ça tombe bien, The Amenta ne fait pas dans la légèreté. Après nous avoir déchiré de partout avec Revelator en 2021, les Australiens ne nous laissent pas cicatriser et reviennent avec un 5ème album qui monte encore le curseur dans les ambiances dérangeantes, voire terrifiantes quitte à poser des effets qui ne sont pas là pour assurer le confort de l’auditeur. Si les Wallabies avaient joué leur coupe du monde de rugby comme The Amenta fait son death industriel, on aurait vu une horde de guerriers prêts à réduire leurs adversaires à la machette. Plague of Locus semble sorti d’un film d’horreur réalisé par un mec fondamentalement déviant, un trip d’horreur sourde, ultraviolente et hallucinée où les plages implacables et menées sans un temps mort se croisent avec des interludes sorties d’une autre planète.

#37 URNE – A Feast On Sorrow (Candlelight Records) (Angleterre)

Deuxième album pour les Anglais d’URNE, groupe qui a cette fois bénéficié de la production de Joe Duplantier de Gojira. Duplantier qui a eu le nez creux tant chez URNE, le talent suinte à tous les étages. Voguant entre sludge, stoner et metalcore, les Londoniens impressionnent et invoquent des groupes comme The Ocean, Cult of Luna ou encore Amenra. La production est à la fois massive et taillée au scalpel, le chant de Joe Nally rugueux donne la chair de poule dans les quelques incursions en chant clair, on passe d’un registre à l’autre et d’une ambiance à l’autre avec aisance au sein du même morceau et sans être déstabilisé. Tour à tour rugueux et contemplatif, noir et mélancolique mais aussi cathartique, A Feast on Sorrow est complexe, profond, c’est une énorme baffe.

#36 Jared James Nichols – Jared James Nichols (Black Hill Records) (USA)

Troisième album pour Jared James Nichols, guitariste prodige connu pour sa façon de jouer de la six-cordes sans médiator. En peu de temps, le mec s’est fait un nom dans la nouvelle scène blues-rock au point d’en devenir un incontournable. A l’écoute de ce troisième opus, on comprend tant Nichols nous distille des pépites à chaque morceau. Tantôt pêchu, tantôt vénéneux, Nichols offre des merveilles de riffs, des solis d’une classe folle pour des morceaux qui appellent un appui frénétique sur la touche repeat. La musique de Nichols agit instantanément comme une drogue dure, immédiatement addictive. Tout au long de ce troisième opus, on est projeté dans un sud étatsunien moite et enfiévré où les corps à corps deviennent une nécessité vitale. Dans le genre, ce sera difficile de faire mieux que cet assemblage de tubes immédiat de Shadow Dancer à Saint or Fool en passant par Easy Come, Easy Go. Que ce soit son chant habité ou son jeu de guitare intense, Nichols nous régale.

#35 The Laissez Fairs – Singing In Your Head (RUM BAR Records) (USA)

En moins de 10 ans, The Laissez Fairs, groupe venu de Las Vegas, aura sorti 6 albums, dans un registre très orienté sur les années 60. Singing In Your Head combine le rock psychédélique américain et anglais des 60s avec, sur certains titres, l’énergie positive et la rythmique de la pop british de l’époque. Et le mélange marche à merveille. Entre les titres hyper péchus donnant une furieuse envie de danser, la ballade stratosphérique Fields of Yesterday et le final jouissif qui se conclut sans transition par un court extrait d’une version acoustique de la sixième chanson, Singing In Your Head est une réussite totale. Loin du simple truc de poseur, The Laissez Fairs ne se contente pas de singer bêtement ce qui se faisait à l’époque, les mecs ont compris et digéré leurs influences, jusque dans la production. Aussi beau et créatif que la pochette, Singing in Your Head s’impose comme l’une des plus belles surprises de l’année mais aussi comme un des albums rock les plus forts.

#34 Blindfolded And Led To The Woods – Rejecting Obliteration (Prosthetic Records) (Nouvelle-Zélande)

Deux ans seulement se sont écoulés depuis Nightmare Withdrawals et Blindfolded and Led to the Woods revient déjà avec un nouvel album. La quatrième offrande des kiwis montre un combo qui pousse encore les potards dans la technique et la créativité avec un album hyper riche, varié autant au niveau des techniques vocales que des compositions, déstructurées, changeantes, osant même des plages plus posées, et des moments franchement chaotiques. Les riffs sont tour à tour aériens, tour à tour de véritables chars d’assaut, le batteur allie vitesse supersonique et variété de jeu. L’ambiance est encore une fois travaillée, tortueuse à souhait, par moments délicieusement malsaine et anxiogène, et rugueuse comme il faut. Un des albums les plus monstrueux de l’année death nous provient de l’autre bout de la planète.

#33 Ellereve – Reminiscence (Eisenwald) (Allemagne)

Souvent les pubs sur les réseaux sociaux sont à côté de la plaque, mais quelquefois, on y fait de magnifiques découvertes, comme Eisenwald, label allemand spécialisé dans le black, le folk et de manière générale dans les musiques occultes. Et dans les jeunes groupes de ce label, on trouve Ellereve, one-woman project de la belle chanteuse et guitariste Elisa Giulia Teschner. Premier album composé avec l’aide d’un trio, Reminiscence mêle l’esprit mélancolique et en connexion avec la nature d’un dark folk pagan sous de grosses nappes d’un post-rock atmosphériques avec un zeste d’electro ambient. Un mélange incongru sur le papier, mais qui fait merveille grâce à une ambiance travaillée, des compositions au cordeau, une belle prod’ et surtout le travail de Elisa Giulia Teschner, que ce soit avec ses riffs élégants, tout en finesse et soyeux comme le duvet d’un caneton et sa voix envoûtante dans un registre qui rappelle Emma Ruth Rundle ou Chelsea Wolfe. D’ailleurs, les fans de ces deux chanteuses devraient y trouver leur compte, les autres aussi d’ailleurs tant l’élégance, la grâce, la pureté la disputent à une superbe mélancolie et l’émotion à fleur de peau. En résumé, c’est tout simplement sublime, et quand on a un coup de spleen, ça fait un bien fou.

#32 HamaSaari – Ineffable (Klonosphere) (France)

Premier album pour les manceaux de HamaSaari, une des nouvelles trouvailles de chez Klonosphère. HamaSaari, c’est entre rock progressif et metal progressif. Côté influence, on retrouve autant Steven Wilson que Leprous, avec un chouia d’Opeth pour la puissance mais aussi un peu de Klone dans le moteur, notamment la voix magnifique de Jordan Jupin. Si la voix tout en émotion mais aussi gutturale (quand il le faut) de Jupin est un atout certain, force est de saluer la paire qu’il forme avec Antoine Alric à la six-cordes pour des riffs de grande classe. Et tant qu’on parle de classe, le travail d’Elie Cheron à la batterie est monstrueux, une frappe technique et tout en subtilité, en élégance et en intelligence. Passionnant, inventif, enfilade de pépite toutes aussi éclatantes les unes que les autres, Ineffable est un album sublime et de très haut niveau.

#31 Hemeroplan – High Tide (Klonosphere) (France)

Le label Klonosphere n’est pas avare en pépite, en atteste Hemeroplan, groupe tourangeaux qui sort son album chez Klono et Season of Mist. Hemeroplan est un combo rock/metal progressif avec un peu de post-rock et de metal moderne. Ici, on lorgne vers des pointures de Tool, Katatonia, Karnivool, mais surtout Klone. Et ce n’est pas un hasard si c’est Yann Lignier qui s’est occupé des enregistrements des voix et qui a aidé pour les arrangements. Le mix et le mastering sont assurés par Fabien Devaux (Hacride, Step in Fluid), on est donc chez du pur Klono. Que ce soit la superbe voix du chanteur Jany Pacaud mais aussi les incursions d’un saxo aérien, les envolées lyriques de la paire Jany Pacaud/Pierre Chauveau ou les structures de batteries, les comparaisons avec la bande à Yann Lignier sont nombreuses. Pour autant, ce serait trop réducteur tant Hemeroplan a beau avoir des influences bien marquées, le combo a un son propre tour à tour ambient, jazz fusion, progueux etc le tout avec une impressionnante maitrise technique et une élégance de chaque instant. Périple d’un personnage sombrant dans la dépendance et la déchéance, High Tide (à la sublime pochette) est un album riche et généreux, tour à tour lancinant et aérien.

#30 Greta Van Fleet – Starcatcher (Republic Records/Lava) (USA)

Greta Van Fleet divise, on le sait. Chacune de leur sortie est attendue au tournant et descendue en flammes par la communauté rock. Pourtant, ceux qui ont été désignés par les médias (ce qui leur a valu ce bashing) comme des bébés Led Zeppelin ont été adoubés par Robert Plant himself. Et Plant ne s’est pas trompé eu égard à la qualité de chaque album de la bande aux frère Kiszka. The Battle at Garden’s Gate mettait la barre très haut, mais ce troisième album réussit à faire encore mieux. Produit par Dave Cobb (Rival Sons, Slash, All Them Witches), Starcatcher lorgne encore plus sur les Ballons de Plomb, sans pour autant chercher à les singer. Tubesque à souhait, généreux et riche, c’est le meilleur album de leur carrière.

#29 Enslaved – Heimdal (Nuclear Blast) (Norvège)

Légende du black metal norvégien, précurseur du black metal progressif, Enslaved compte désormais 16 albums. Cette fois, le combo dédie son nouvel effort à une divinité nordique et fils d’Odin. Un album d’Enslaved est une expérience particulière et le groupe continue de sortir des sentiers battus. On débute au son de la corne d’Heimdal jouée par Eilif Gundersen de Wardruna et du pur black metal pour finir sur des sonorités plus heavy et prog. Au niveau du chant, le chant clair et mélodieux se marie avec un growl puissant en une alternance du plus bel effet. Puissant, appuyé par une rythmique lourde, Heimdal expérimente avec des riffs hypnotiques et des sonorités de guitare semblant venues d’un autre monde. Pont entre tradition et modernité au niveau de sa musique, profond, Heimdal est tour à tour rugueux et méditatif. Encore une fois, Enslaved pose un véritable bijou totalement immersif.

#28 Mistral – In the Throes of Losing Love (Autoproduction) (Pologne)

Mistral est un jeune groupe qui nous vient de la Pologne et si la Pologne n’est pas le premier pays auquel on pense quand on évoque la joie de vivre, ce ne sont pas les gars de Mistral qui prouveront le contraire. En seulement 4 ans d’existence, le groupe a dû affronter la perte du bassiste Jacek Masłowski (qui s’est ôté la vie) et le chanteur Jan Obara qui a tenté de tirer volontairement sa révérence. Ces tragédies, on le retrouve dans la musique de Mistral, un blackgaze hyper mélancolique où les screams suraigus et presque fantômatiques sont couplés à des riffs tout en douceur ouatée et en élégance, avec de temps à autres des choeurs éthérées. Planant, méditatif, poétique, ce deuxième album fait penser à du Alcest en plus rugueux au niveau du chant. Sur In the Throes of Losing Love, on a littéralement l’impression de ne plus toucher terre et de se laisser partir tout au long de l’album et quand on redescend, c’est difficile de contenir ses larmes.

#27 Civic – Taken By Force (ATO Records) (Australie)

La pochette lorgne vers une certaine époque et dès les premières notes, on se mange un sérieux voyage dans le temps. Civic nous vient d’Australie et formé en 2017, mais ne jurerait pas dans la discographie de l’ancien groupe d’un certain Iggy Pop. L’Iguane semble être une grosse influence dans la musique de Civic, autant dans le garage/proto-punk ultra-énergique, efficace et sans fioriture des Stooges que les premiers albums solos. On navigue à la fois dans les origines du punk mais aussi dans les premiers albums de Bad Religion ou de Social Distortion, ainsi que dans le post-punk de fin 70/début des 80, le tout avec un énorme sentiment d’urgence qui ne prend pas pour autant le pas sur l’aspect mélodique. En 31 minutes, Civic livre 9 titres (11 si on compte l’intro et l’outro) et autant de petites bombes. La touche repeat enclenchée frénétiquement, on a du mal à sortir de l’album, on n’en a même carrément pas envie. Taken by Force est une claque immédiate qui a tout d’un classique du genre.

#26 Grade 2 – Grade 2 (Hellcat Records) (Angleterre)

Quatrième album en dix ans d’existence pour les Anglais de Grade 2, groupe qui commence à se faire un nom de concerts en concerts au point de devenir un incontournable des fests punk/metal de cette année. Ayant commencé en reprenant des groupes comme les Stranglers (leur période punk) et The Jam, Grade 2 s’inscrit dans l’esprit street punk/Oï classique anglais, avec un punk sans fioriture et aux mélodies hyper efficaces, tout en ayant par touches des inclinaisons vers des groupes américains comme Rancid au point que leur signature chez Hellcat Records en 2018 n’est pas que le fruit du hasard. Mêlant par moments la nonchalence du chant de Tim Armstrong de Rancid à des registres plus secs comme le Dropkick des débuts, Grade 2 s’impose comme un des groupes marquants de la nouvelle scène punk de la Perfide Albion. L’Angleterre a beau ne plus être au niveau en rugby qu’elle a pourtant inventé, en revanche concernant la musique, c’est un vivier inépuisable de talents, et Grade 2 en est une preuve criante.

#25 Nature Morte – Oddity (Frozen Records) (France)

Troisième album pour Nature Morte, groupe de post-black désormais signé chez Frozen Records. Fidèle à sa philosophie, Nature Morte continue de proposer un post-black qui couple musique éthérée, d’inspiration post-rock/shoegaze et même parfois du post-punk couplé à du blast beat et la voix sous Destop de Chris Richard. Sublime de bout en bout jusqu’à une cover habitée de Fireal de Deftones, cerise sur un gâteau de gourmet.

#24 Psygnosis – Mercury (Season of Mist) (France)

Psygnosis est un groupe Mâconnais qui livre un death progressif. Formation instrumentale depuis 2014, Psygnosis a la particulier d’ajouter à sa base death un violoncelle. Porté par une sublime production, Mercury est à la fois dense, massif, ambitieux avec des morceaux entre 10 et 15 minutes et d’une grande classe. Alternant moments contemplatif et plages utilisant la grammaire death classique à grands coups de blast beats, Mercury est un album foisonnant d’idées, généreux en plus d’être une grosse baffe.

#23 Abduction – Toutes Blessent, la Dernière Tue (Frozen Records) (France)

Depuis 2006, Abduction nous abreuve de sortie au niveau homogène d’excellence. Très très bons dès Une Ombre Régit les Ombres, Abduction a réussi à chaque fois à pousser le curseur au niveau de la production et des ambiances. Trois ans après l’excellent Jehanne centré sur La Pucelle d’Orléans, Abduction récupère la phrase célèbre popularisée par Théophile Gaulthier avec une œuvre sur le temps, la mémoire collective, le patrimoine avec à chaque fois des paroles plutôt fouillées, tout comme l’ambiance générale, à la fois aristocratique et liturgique, idéale pour les amateurs d’Histoire. Le groupe ose même une cover de Mylène Farmer où les growls se mutent en chant clair habité. Sublime, comme une habitude avec eux.

#22 Lovebites – Judgement Day (Victor) (Japon)

La grosse claque de ce 2023 en matière de power metal nous vient du pays du soleil levant avec Judgement Day, quatrième album de Lovebites. Nommé d’après la chanson d’Halestorm (et ça ne doit pas être facile pour le groupe avec un tel nom en France, vu la poésie du metalleux en général), et né sur les cendres de Destrose, Lovebites est un quintette 100% féminin qui possède de quoi latter les noisettes des gars tout musclés et vêtus de slips en peau de bête de la scène power/heavy à l’ancienne. Avec des influences comme Angra, Helloween, Iron Maiden, on pouvait bien se douter que les musiciennes allaient sortir des morceaux de bonne tenue, mais là, on est carrément dans un niveau d’extra-terrestre. Côté chant, Asami rappelle celui de Marta Gabriel de Crystal Viper avec cette voix chaude, hyper puissante et avec une capacité à aller chercher très haut la note. Côté guitare, que soit la rythmique ou la lead, Midori et Miyako nous livre des performances monstrueuses, des riffs tonitruants et des solis de très haute voltige et absolument vertigineux, Fami sort de superbes plans de basse qui collent à merveille avec les guitares de haut niveau mais aussi avec la batterie supersonique de la mutante Haruna. Sur certains titres, les plans de guitares dépassent le cadre du power voire du heavy et viennent titiller les oreilles des fans de Slayer également. Totalement dépourvu de la moindre faute de goût sur le plan musical (ça, ce serait davantage pour la pochette peu engageante), Judgement Day est un album dont il est très difficile de se lasser, bardé d’hymnes en puissance, démontrant une énorme force de frappe. Définitivement un must dans le genre pour l’année, mais également un must dans le genre tout court.


#21 Concrete Age – Bardo Thodol (Autoproduction) (Russie/Angleterre)

Un quatuor originaire du kraï de Stravopol en Russie et exilé depuis plusieurs années en Angleterre et désormais composé à 50% de Russes et 50% d’Italie, Concrete Age ressemble à un melting-pot. Leur musique est à leur image, entre death metal, folk metal grandiloquent à l’orchestration fournie rappelant Orphaned Land, une démarche ethno-thrash du Sepultura des Roots, et des inclinaisons orientales mais aussi balkaniques. Véritable minestrone parfaitement dosé, Bardo Thodol, huitième album de Concrete Age, offre des saveurs mélangées et subtiles, où un chant death alterne avec un registre entre hardcore et heavy d’une voix chaude et puissante, des moments où ça part dans un registre à la Dirty Shirt voire à un Gogol Bordello qui ferait du death, des moments de rage pure et d’autres hyper dansants avec des lignes de violons, des touches tziganes ou balkanique, un solo de jazz manouche. Bardo Thodol, c’est à la fois un album de folk-death et un truc totalement inclassable, maitrisé et passionnant de bout en bout, foisonnant d’idées, pêchu et par moments hyper dansant. Du world/metal extrême du plus bel effet.

#20 Slowdive – Everything is Alive (Dead Oceans) (Angleterre)

Depuis leur reformation en 2014, Slowdive nous a habitué à une productivité de panda. Après un split de près de 20 ans entre 1995 et 2014, ils sortent un album en 2017 et son successeur six ans plus tard. Puisqu’un album de Slowdive, il doit se savourer et ça tombe bien car Everything is Alive est encore une fois un menu pour fin gourmet. Le shoegaze planant de Slowdive évoque le Faith de The Cure. Plus immédiat et transparent que son prédécesseur, Everything is Alive transporte son auditeur dans un voyage intérieur. Le nouveau Slowdive ne se décrit pas seulement, il se vit, se rêve.


#19 7 Weeks – Fade Into Blurred Lines (F2M Planet) (France)

Comment parler de la discographie de 7 Weeks autrement qu’avec des superlatifs ? Impossible, et ce dès un premier album en 2008 déjà très solide. Depuis le groupe a toujours fait crescendo en qualité, et bien que A Farewell to Dawn soit un cran sous Carnivora, son successeur Sisyphus s’annonçait comme un sommet. Et qu’est-ce qui se passe quand on atteint un sommet ? Logiquement, on redescend. Mais 7 Weeks, ce sont des alpinistes et après un sommet, ils en atteignent un autre encore plus haut. Le stoner de 7 Weeks s’est muté en rock/stoner/southern rugissant, rutilant. Il brille de mille feux, on s’y voit dedans. Musclé et varié dans ses riffs comme dans la palette vocale de Julien Bernard ou les partoches toujours jouissives de Jeremy Cantin-Gaucher. Un rock protéiforme qui se calme dans son dénouement avec des ballades crépusculaires. On a touché au sublime sur Sisyphus mais cette fois, le sublime on le galoche carrément.

#18 Kvelertak – Endling (Wørld Recørds/ Petroleum Records) (Norvège)

Deuxième album de l’après Hjelvik pour Kvelertak, et comme pour le précédent, il y a toujours cette volonté de bouculer son black n’ roll avec des allées et venues entre beats black et énergie punk, inclinaisons hardcore et même un peu de progressif. Sur Endling, les mecs font même péter le banjo, du punk à l’ancienne ou encore une sublime montée en puissance sur le premier morceau qui prend le temps de mettre bien en condition l’auditeur avec une déferlante bouillonnante. Endling continue d’asseoir Kvelertak comme un groupe éclectique, fascinant, généreux et débordant d’une énergie hyper communicative. Kvelertak est au black metal ce que The Hives est au rock, un groupe qui déboule à 200 à l’heure et te retourne une salle dans une frénésie jubilatoire. Kvelertak, c’est la fête, tout simplement.

#17 Ershetu – Xibalba (Debemur Morti Productions) (France/Norvège)

Quand Vindsval ne livre pas de sublimes albums avec Blut Aus Nord, il prend part à un projet de haute volée toujours chez Debemur Morti, label exigeant et pourvoyeur de très bonnes sorties. Ce projet, avec quelques musicos français mystérieux et Lars Are Nedland de Borknagar a pour nom Ershetu et explore le thème de la mort dans les croyances très anciennes. Sur Xibalba, Ershetu concentre son propos sur la culture maya, avec pour inspiration le Popol Vuh, principale source de connaissance sur les mythologies mayas. Mêlant black et sonorités traditionnelles de cet univers, Xibalba est autant un magnifique album de black metal inspiré, créatif et superbement exécuté, qu’une étude anthropologique. C’est aussi carré musicalement que dans son propos parfaitement articulé, original, audacieux et immersif

#16 Myrkur – Spine (Relapse Records) (Danemark)

La colonne vertébrale, comme l’a si bien écrit Aude Paquot de Hard Force dans sa chronique de Spine, la musique de Myrkur la fait vibrer. Qu’elle nous tienne droit ou exerce les fonctions centrales de notre corps, elle est essentielle à notre fonctionnement. L’art de Myrkur est connecté à la terre, la nature ainsi qu’aux émotions et à la maternité d’Amalie Bruun. Tout ceci est au cœur de Spine, la nouvelle vie de maman d’Amalie Bruun, ses anxiétés, sa connexion profonde au sol, à sa terre et sa culture natale. Des colonnes que Myrkur met en musique avec cette dark folk organique, puissante et émouvante. Protéiforme, évolutive, la musique de Myrkur n’est jamais véritablement la même d’un album à l’autre. Cette fois on a même des touches de pop et de subtiles nappes d’électro. Mais Myrkur sait nous rappeler avec des riffs plus sombres, des envolées de guitares, du blast beat ou des screams habités que Myrkur, à l’époque de M, c’était aussi du black metal. Aussi belle que talentueuse, injustement éreintée par des hordes de trve phallocrates, Amalie Bruun livre une superbe pièce, son plus bel album à ce jour, inspiré et viscéral.

#15 Rival Sons – Darkfighter/Lightbringer (Low Country Sound) (USA)

Quatre ans se après l’excellent Feral Roots, Rival Sons voit double avec un la sortie à quelques mois d’intervalle de Darkfighter et Lightbringer. Voulu comme une échappatoire à la morosité dû à la période 2020-2022, Darkfighter se veut lumineux. Affinant son propos, Rival Sons continue son blues-rock enflammé et énergique mais va chercher autant du côté de Led Zep que de Pearl Jam, voire le classic rock de Creedence Clearwater Revival sur un titre. D’une classe folle, Darkfighter nous offre des riffs de haute voltige, de la slide de fin gourmet, quant à la voix de Buchanan fait de nouveau merveille. Avec ses mélodies immédiates, ses refrains entêtants, Darkfighter est une véritable usine à tubes, un classique instantané (comme plusieurs albums du groupe), une pierre de taille apportée à l’édifice par un groupe qui assied encore plus sa stature de patron de la scène revival blues-rock.

Commençant par un long titre progressif qui permet de raccrocher les wagons avec la premières parties, Lightbringer mêle partitions acoustiques et lignes de guitare électriques sublimes, morceaux qui prennent leur temps et tubes hyper péchu. Darkfighter et Lightbringer sont les deux faces jumelles d’une même pièce, un antidote à la morosité ambiante à coups de morceaux de bravoure, une magistrale leçon de blues-rock.

#14 …And Oceans – As In Gardens, So In Tombs (Season of Mist) (Finlande)

L’année Black Metal avait déjà très bien commencé avec des albums de haute tenue, et soudain débarque le combo finlandais …And Oceans et son 6ème album, deuxième depuis son retour (aux sources et retour tout court). …And Oceans impose ce qui sera d’emblée une des plus grosses baffes de l’année en la matière. As In Gardens, So In Tombs, c’est un black metal symphonique, à la fois dense, massif et complètement fou, à l’orchestration grandiloquente, véritable pendant black de Septicflesh. Déluge de riffs accompagnés avec brio par un clavier spectaculaire, As In Gardens, So In Tombs est un émerveillement de chaque instant, une véritable leçon de dosage chaos/harmonie du plus effet. Difficile d’en sortir indemne.

#13 Sulphur Aeon – Seven Crowns and Seven Seals (Ván Records) (Allemagne)

Formé en 2010, le quintette allemand Sulphur Aeon nous gratifie d’un blackened death pachydermique. Quatrième album du groupe, Seven Crowns and Seven Seals est orné d’une superbe pochette avec des planète monstrueuses qui recrachent des rivières de sang sur un paysage apocalyptique, reflet de l’ambiance et des paroles ancrées dans l’horreur lovecraftienne. Avec ses titres au nom à rallonge, Sulphur Aeon porte une patte par moments progressive avec une musique où la puissance toute behemothienne se couple avec une musique inspirée, variée et pas forcément accessible à tous mais où une orgie de riffs, une ligne de basse hyper musclée varient les styles et les ambiances avec des plages à la fois massives et atmosphériques. Commençant avec une intro où l’horreur plane avec une menace sourde et un côté très oppressant, Seven Crowns and Seven Seals se conclut avec une impressionnante majesté.

#12 Ison – Stars & Embers (Autoproduction) (Suède)

Quand Crippled Black Phoenix ne sort pas des albums magistraux, ses composants sortent des side-projects monumentaux. On a pu le voir avec Johnny the Boy plus tôt dans l’année, c’est au tour d’Ison, duo originalement composé de Daniel Änghede et de sa compagne, jusqu’en 2020 où cette dernière a quitté l’aventure. Pour ce nouvel opus, Änghede s’entoure de la chanteuse Lisa Cuthbert pour un mélange entre post-rock, shoegaze, doom éthéré et ambient qui n’a rien à envier àSigur Rós. Avec des invités comme un Mikael Stanne à contre-emploi, Stars & Embers propose un voyage cosmique accompagné par une voix d’ange. C’est juste sublime.

#11 Eitrin – Eitrin (Debemur Morti Productions) (France)

Pour les 20 ans d’existence et d’excellence du label Debemur Morti Productions, le stakhanavoviste Vindsval a joint ses forces avec Marion Leclercq de Mütterlein et Dehn Sora (Ovtrenoir, Throane et une palanquée d’artworks pour divers artistes). Fruit de cette collaboration, Eitrin une œuvre dont les titres de chansons tournent autour de poisons. Empoisonné l’est tout autant l’atmosphère, pesante, lourde, effrayante grâce encore une fois aux riffs hallucinés de Vindsval (qui rappellent sans peine le dernier Blut Aus Nord) couplés aux vocalises rèches et habités de Marion Leclercq. Nuancier de couleurs allant du noir sombre à l’outrenoir, Eitrin est un monument de black délicieusement malsain et exigeant, digne de la lignée du label.

#10 Sigur Rós – Átta (Krúnk) (Islande)

Dix ans après Kveikur, Sigur Rós revient enfin avec son post-rock ambient hyper planant. Dans la lignée de ce que le groupe a toujours produit, Átta est un véritable voyage méditatif et transcendantal. Une heure où on se sent partir loin, très loin et ça fait un bien fou. Sublime tout simplement.

#9 Wegferend – En Autremonde – Chapitre Second (Autoproduction) (France)

Le Tarn, cette terre désolée jouxtant la fière Aveyronnie, département qui n’a que peu de choses à retenir, à part quelques beaux villages (Cordes-sur-Ciel, Monesties, Lautrec), un vin pas dégueulasse et un goût prononcé pour une gastronomie douteuse à base d’ail (on pourrait aussi citer le Castres Olympique, mais n’enfonçons pas d’avantage ce département). Le Tarn qui est aussi un berceau d’une communauté punk active qui a donné de très bons festivals. Le Tarn qui est le pays de naissance des jumelles Alexia et Manon Cazaméa, co-fondatrices et deux tiers du trio basé en Toulousie, Wegferend. Wegferend, c’est un groupe qui connait une montée en puissance dans la scène dark folk/pagan française aussi logique que méritée. Avant même le premier EP, ils se produisaient d’abord sur des scènes locales dont le Noctambule de feu la MJC d’Albi, le off de Pause Guitare, avant carrément la première partie de Sólstafir à Toulouse, le festival Echos & Merveilles, une tournée avec Garmarma et Trobar de Morte et enfin le Cernunos, LE festival pagan français. Du Noctambule au Cernunos, un premier EP, des covers remarquées d’Alexia en solo ou en duo avec Manon et maintenant enfin le premier album. Un premier album qui se pose comme une suite logique de l’EP qui l’a précédé trois ans et demi plus tôt. Mais En Autremonde, chapitre second est bien plus qu’un simple tome 2, bien plus qu’un premier LP, c’est l’aboutissement, à la fois d’un travail de recherche culturelle et musicale. Ici, on côtoie des ambiances tour à tour orientales, celtiques, médiévales, ou occitanes, à chaque fois dans un voyage différent avec une démarche qui fait penser à Heilung les peaux de bêtes et les instruments primitifs en moins. Le travail est énorme avec en plus une superbe production qui va souligner autant la variété très riche des registres au niveau de la guitare avec Manon qui impressionne de plus en plus ou des percussions diverses et offrant une palette large de Thomas Boissier (Thomas qui s’essaie également au chant et même au growl avec une justesse désarmante). Le tout emmené par la voix chaleureuse, douce et d’une pureté absolue d’Alexia, qui n’a rien à envier à Lisa Gerrard ou Elizabeth Fraser ni encore à Sharon den Adel de l’époque Mother Earth. La qualité est là, et la présence d’un invité comme l’ex The Great Old Ones Jeff Grimal n’est pas due au hasard : Wegferend a toutes les armes pour s’imposer comme LE groupe pagan folk français, ce premier album en est la preuve éclatante.

#8 Hypno5e – Sheol (Pelagic Records) (France)

Label fondé par des musiciens de The Ocean, Pelagic Records nous livre régulièrement de superbes ogives portées par des groupes hors normes, comme c’est le cas avec les Français d’Hypno5e et leur metal progressif cinématographique protéiforme. 5 ans après A Distant (Dark) Source, Hypno5e nous entraine de nouveau sur les rives du lac paléolithique Tauca au centre du précédent album. A la fois suite et prequel de A Distant (Dark) Source, Sheol multiplie les oxymores avec une alternances puissance/légèrement, moments posés/plages plus furieuses. Sur le plan du chant, c’est varié, sur le plan du jeu c’est encore plus le cas avec un batteur qui propose des plans avec des polyrythmies, des arythmies, des changements, des ruptures de tons. Sheol, c’est riche et foisonnant d’idées avec mêmes des morceaux de poèmes ou un sample des Enfants du Paradis. Hors sol et hors cadre dans sa construction, Sheol s’impose facilement comme la plus grande œuvre d’une formation qui a toujours livré des albums d’une très haute qualité.

#7 Katatonia – Sky Void of Stars (Napalm Records) (Suède)

Trois ans après un City Burials d’une beauté sidérante, Katatonia revient avec un 12ème album tout aussi passionnant. Depuis plus de 30 ans, la musique de Katatonia a muté pour devenir protéiforme. Si l’étiquette metal prog est celle qui convient le mieux, les Suédois arrivent à chaque fois à en redéfinir les contours et à surprendre. Exit les nappes électro/ambiant de City Burials, place à des riffs plus rock. Katatonia arrive toujours à dérouter avec quelques petites inclinaisons pop posées çà et là. Pour autant, les mecs sont pas là pour faire tourner les serviettes. Dans le fond, les ambiances de Katatonia ne prêtent pas à la gaudriole. C’est donc cette mélancolie parfaitement dosée que balancent les Suédois avec une science de la mélodie qui leur est propre, les riffs stratosphériques d’Anders Nyström, la voix cristalline, chaude et puissante de Renkse, et puis ces moments comme seuls Katatonia nous en sert. Des exemples ? Le putain de refrain d’Author qui donne son titre à l’album, l’intro surprenante d’un Opaline, les élans d’Impermanence, les ambiances changeantes de No Beacon to Illuminate Our FallSky Void of Stars n’est peut-être pas aussi facile à appréhender qu’un City Burials. C’est un album qui nécessite de bien rentrer dedans, mais qui, écoute après écoute, devient tellement passionnant qu’il vous possède et on n’arrive plus à s’en détacher.

#6 Metallica – 72 Seasons (Blackened Records) (USA)

Pour moi, un nouvel album de Metallica est toujours un moment à part. Il faut dire que Metallica a toujours été et reste un groupe à part dans le paysage musical, mais aussi dans ma propre existence. Depuis ma première baffe reçue quand j’avais 7 ans avec …And Justice For All, Metallica ne m’a pas uniquement servi de porte d’entrée dans le metal, le groupe a été le ciment de mon éducation musicale. En me plongeant corps et âme dès gamin dans une boulimie d’écoutes compulsives d’un album que je chéris encore, cette boulimie s’est portée ensuite sur l’envie de connaitre, de creuser une musique pour laquelle une vie serait insuffisante pour en faire le tour. Du coup de foudre au désamour et aux retrouvailles dix ans après, Metallica a une énorme importance à mes yeux, et qu’importe le bashing disproportionné dont le groupe est victime.
Chaque album de Metallica est attendu au tournant et plus qu’avec un autre groupe, on ne laisse absolument rien passer aux Four Horsemen. Avant d’aborder 72 Seasons, 11ème offrande des Californiens, autant être clair avec l’idée que non, le Metallica qui a sorti le 5 majeur (qui constitue les cinq premiers albums) ne sortira plus jamais un album du calibre de Ride The Lightning, Master of Puppets ou And Justice For All. Metallica ne fait plus dans le thrash progressif et dans les envolées hyper techniques. A l’instar du Black Album et des albums qui ont suivi, les riffs sont plus simples et si Hardwired…To Self Destruct était davantage d’inspiration thrash, 72 Seasons est plutôt dans un registre hard/heavy. Des riffs plus simples donc, du pur Metallica, mais aussi des solis de guitare plutôt solides, et surtout une charnière (pour parler comme au rugby) Hetfield/Ulrich de gala. Loin de mériter les seaux de merde qu’il se prend, Lars Ulrich nous montre encore une fois l’étendue de son talent avec de superbes parties, même dans les morceaux un brin plus « faibles ». S’il n’est plus dans une optique de chef d’orchestre qui donnait le ton et la direction du morceau comme avant, il a encore ce toucher, une belle puissance de frappe, et sur des morceaux comme l’efficace et ultra rentre-dedans Lux Æterna, une belle vitesse d’exécution qui, à 60 balais et avec des soucis de santé au niveau des bras, force le respect. Hetfield quant à lui nous offre une palette vocale riche. Il beugle comme un damné sur Chasing Light, propose des choses (son refrain dans Shadows Follows, son groove dans You Must Burn!, etc) et la puissance de sa voix dans le chant clair est bluffante, d’autant plus pour un homme qui sortait tout juste de désintoxication pour des problèmes d’alcool. Un Hetfield certes souriant en interview et en promo mais qui était pas mal torturé durant l’écriture. Dans un esprit proche du Rancid d’Indestructible, 72 Seasons contient certains des textes les plus sombres et intimes de l’histoire de Metallica alors que musicalement c’est le plus enjoué. La musique de 72 Seasons est une catharsis pour exorciser les démons de Hetfield et, alors que les paroles reflètent une période inquiétante dans la vie du chanteur, cela fait un moment qu’on ne l’avait pas autant vu avec une telle pêche.
Si 72 Seasons n’est pas l’album le plus inspiré de Metallica, en raison de riffs un brin plus basiques, c’est un album viscéral, instinctif où la puissance et le groove sont parfaitement équilibrés. Certains vont rire, beaucoup ne seront pas d’accord avec moi mais oui, je prends un pied mammouthesque écoute après écoute et 72 Seasons (et je ne suis pas le seul à le dire) s’impose comme le meilleur album de Metallica depuis le Black Album.

#5 The Ocean – Holocene (Pelagic Records) (Allemagne)

Quand le combo The Ocean sort un album, généralement c’est pour jouer les premières places dans les tops de fin d’année. Encore une fois, ça se confirme avec leur neuvième album, toujours sur leur label Pelagic Records. Après le diptyque Phanerozoic, The Ocean s’attaque à une autre époque : l’holocène, soit celle qui recouvre les 12000 dernières années. Ici, le post-metal habituel laisse un peu de place à des touches d’electro ambient. The Ocean livre là encore un album complexe et hyper ambitieux avec des morceaux qui changent régulièrement de registre, alternent entre douceur et puissance et qui font se côtoyer une force tellurique avec la légèreté toute ouatée de l’air. Ecouter The Ocean, c’est renoncer à écouter un album linéaire et tout basique, c’est encore une fois une véritable expérience, un voyage introspectif où on part loin, très loin et où les pieds ne touchent plus terre. Et encore une fois, on en ressort avec un sentiment de plénitude.

#4 The Hives – The Death of Randy Fitzsimmons (Disques Hives) (Suède)

Les patrons sont de retour. 11 ans après Lex Hives, les parrains du garage rock européen reviennent aux affaires. Au menu, 12 ogives toutes autant tubesques les unes que les autres. Howlin’ Pelle Almqvist s’en donne à cœur joie au micro avec une fougue de jeune premier, la paire Arson/Carlstroem nous balance du riff chirurgical, Chris Dangerous donne l’impression d’avoir quatre paires de patte. Les Hives nous régalent avec leur garage punkisant hyper énergique et osent même flirter avec des rythmes électronisants et de très rares moments calmes. La Terre est devenue un Enfer, on va bientôt tous crever alors autant partir en dansant un bon coup.

#3 Klone – Meanwhile (Kscope Music) (France)

En 2015, Klone prenait un virage vers un rock/metal progressif atmosphérique dont Le Grand Voyage constituait quatre ans plus tard une continuité magistrale. Qu’on se le dise, Le Grand Voyage est un album brillant, l’un des tout meilleurs de la scène prog française.
Quatre ans après cette déflagration, Klone revient avec un septième album, à la croisée des chemins entre le Klone rugueux de Black Days, All Seeing Eye et The Dreamer’s Hideaway qui proposait un groove metal progressif, et celui de Here Comes The Sun et Le Grand Voyage plus contemplatif et méditatif. Meanwhile est à l’image de sa pochette, un nuage, symbole de douceur, mais se muant en créature menaçante. Mêlant de manière intelligente des riffs secs, une instrumentation lourde et pesante et des instants de pure volupté, Meanwhile est non seulement le parfait mélange des deux visages du groupe, mais aussi la représentation de ce que le groupe pourrait offrir à l’avenir, en constante dualité. Un mélange des genres qui permet à la paire Aldrick Guadagnino/Guillaume Bernard de nous offrir ce dosage idéal entre l’agressivité et les purs instants de grâce dans lesquels le saxo de Matthieu Metzger fait merveille. La production au cordeau permet de bien mettre en avant tous les instruments, notamment les lignes de basse bien classe d’Enzo Alfano. Nouveau aux fûts, Morgan Berthet (Myrath) fait preuve d’une versatilité bluffante et d’une élégance folle. Et puis y a Yann Lignier qui n’en finit pas d’impressionner par sa palette vocale, alternant parfaitement chant clair tout en douceur et nuance et partie plus rugueuse. Avec Meanwhile, Klone décide de ne pas choisir entre les deux faces d’une même pièce et au jeu du pile ou face, mise plutôt sur la tranche. Bien leur en a pris tant Meanwhile s’impose comme un équilibre parfait.

#2 Dødheimsgard – Black Medium Current (2023) (Peaceville Records) (Norvège)

Figurant dans les pionniers de l’avant-garde black metal, Dødheimsgard sort son 6ème méfait, 8 ans après A Umbra Omega. Dødheimsgard ne fait rien comme les autres, son black metal progressif et avant-gardiste peut en laisser plus d’un sur le carreau, mais Dødheimsgard ne transige pas dans sa démarche et aime défricher de nouvelles terres. Sur Black Medium Current, le black metal des Norvégiens a beau faire parler la grammaire BM de base, mais il sait aussi se muer parfois en rock bien groovy ou encore avec une techno bien dansante sortie d’on ne sait où, et ce tout en restant droit dans son cap. Black Medium Current déconstruit le carcan d’une musique jadis connue pour son conservatisme mais de plus en plus audacieuse dans son mélange, et ce n’est pas le chant, tout en imprécations plaintives qui va nous endormir dans une zone de confort. Audacieux, ambitieux, couillu et donc nécessaire.

#1 Blut Aus Nord – Disharmonium – Nahab (Debemur Morti Productions) (France)

Peut-être que l’absence totale de couleur sur la pochette est un indice, la deuxième partie de la trilogie lovecraftienne de Blut Aus Nord, intitulée Nahab, se veut plus sombre encore (et oui, c’était possible), plus jusqu’au-boutiste, plus radicale. La musique de Blut Aus Nord trouve ses inspirations dans un univers parallèle, dans les peurs les plus intenses et les plus viscérales, dans les cauchemars les plus effrayants. Grognements d’outre-tombe, déferlantes de guitare dissonantes et tourbillonnantes, orchestration venue d’ailleurs, Disharmonium – Nahab demeure pourtant d’une beauté étrange et fascinante. Comme l’appel du vide quand on regarde en bas, comme la paralysie du sommeil, on est face à une expérience inexplicable, plus forte que toute volonté. Indescriptible, comme la musique de Blut Aus Nord, qui livre la retranscription ultime de la peur.

Par Nikkö

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