juillet 15, 2024

Top Albums 2023 – Partie 1: De 200 à 101

On a beau dire à tour de bras que la culture est en train de mourir, qu’il n’y a rien de bon qui sort ces derniers temps, force est de constater que les vétérans semblent s’être passé le mot pour livrer des sorties de très bonne tenue et des jeunes venus montrer qu’ils ne comptent pas faire de la figuration. Ce qui en résulte, c’est que, quand on sort des abominations dont les radios nous abreuvent, on a encore de quoi remplir les tops de fin d’année avec difficulté. Avec plusieurs dizaines de sorties chaque semaine, difficile de ne pas être débordé et encore une fois, ce sont plusieurs centaines d’albums que mes modestes oreilles se sont envoyé. Et pour rendre hommage à une belle cuvée, cette année, le top se fera en 2 parties. Et voici la première qui part de 200 et finit à 101. 

#200 Blur – The Ballad of Darren (Parlophone) (Angleterre)

Huit ans après The Magic Whip, Blur revient avec un neuvième album. Cette fois, on est clairement dans un registre plus proche de Everyday Robots de Damon Albarn avec davantage de ballades dans un registre baroque pop planant. Musicalement c’est bien troussé même si quand on écoute Blur, on cherche quelque chose qui a plus de nerf, plus de patate et moins bipolaire.

#199 Red Cloud – Red Cloud (Autoproduction) (France)

Red Cloud est un quintet de blues-rock parisien mâtiné de stoner et de classic rock aux influences multiples allant de Led Zeppelin, Black Sab’ et AC/DC aux Doors ou Atomic Rooster, un mélange qui offre un blues-rock aux riffs gras et aux nappes de claviers hyper psychédéliques et planantes, un mélange qui opère très bien et donne un ensemble classieux sans que l’un prenne le pas sur l’autre. Ajoutons à cela la voix chaleureuse et le chant habité de la vocaliste et on obtient un premier album de haute tenue.

#198 Blood Ceremony – The Old Ways Remain (Rise Above Records) (Canada)

Groupe ayant commencé sur des terres doomeuses, Blood Ceremony a bifurqué sur un rock/folk prog et occulte aux accents proches de Jethro Tull. Bijou d’authenticité jusque dans sa production, The Old Ways Remain se fait brillamment l’héritier de ce rock 70s très particulier porté par sa maîtresse de cérémonie, ses flûtes omniprésentes mais surtout sa finesse d’écriture.

#197 Demonio – Reaching For The Light (Autoproduction) (Italie)

Deuxième album pour les Italiens de Demonio, trio qui couple rock des 70s, stoner et hard rock. Avec son visuel improbable alliant esthétique des giallis, des films d’horreur gothique et de charme, Demonio s’inscrit dans le registre des groupes de stoner classiques. A l’écoute, même constat avec un album riffu en diable, fuzzy à souhait, baigné de guitares grasses, et de vocalises à l’ancienne. Sans être révolutionnaire, ça décrasse franchement les oreilles.

#196 Stömb – Massive Disturbed Meta Art (Klonosphere) (France)

Troisième album pour Stömb, formation parisienne de modern metal instrumental. Basé sur des concepts de voyages mystiques et l’utilisation de psychotropes pour atteindre un certain niveau de conscience, Massive Disturbed Meta Art aurait pu enquiller les guitares grasses et les riffs planants, mais Stömb opte pour une musique hybride surpuissante et variée avec même des nappes d’électro. L’ex-Igorr Laure Le Prunenec apporte son chant particulier sur la première piste et d’autres invités se succèdent comme Jørgen Munkeby des Norvégiens de Shining qui vient poser son saxo, Léo Natal de The Dali Thundering Concept qui apporte ses riffs et sa science de la composition ou encore Quentin Godet de Ten56 pour un solo. Album un brin foutraque dans son concept, il n’en demeure pas moins hyper carré musicalement et franchement solide.

#195 Mars Red Sky – Dawn of the Dusk (Mrs Red Sound/ Vicious Circle) (France)

Cinquième album pour Mars Red Sky. Quatre ans après The Task Eternal, le trio continue à nous offrir ce qu’il fait de mieux, à savoir ce stoner doom mammouthesque, avec des coups de batterie secs, un tempo rouleau compresseur, des riffs aussi gras qu’un gamin après 4 repas de Noël et la voix éthérée de Julien Pras, accompagné le temps d’un titre par la folkeuse américaine Queen of the Meadow. Encore une fois, Mars Red Sky réussit à livrer un album prenant, puissant, dantesque et hyper lumineux à la fois.

#194 Marianas Rest – Auer (Napalm Records) (Finlande)

Deux ans après Fata Morgana, le combo de doom-death finlandais Marianas Rest sort son 4ème opus, toujours porté par une mélancolie à fleur de peau, une ambiance hivernale d’où ressort une émotion à fleur de peau. Auer incite une nouvelle fois à un voyage méditatif et en plus, il y a Aaron Stainthorpe de My Dying Bride qui vient poser sa voix reconnaissable entre mille. De quoi donner envie de prendre un ticket pour le pays des mille lacs.

#193 Kamala – Karma (M&O Music) (Brésil)

Non, Kamala Harris n’a pas quitté sa fonction de vice-présidente des USA pour se lancer dans la musique. Kamala est un groupe de thrash venu de São Paulo. Kamala c’est un power trio composé de Raphael Olmos aussi à l’aise pour coller des beuglantes de grizzly que pour plaquer des putain de solos qui vont bien, d’Isabela Moraes qui est une monstre aux fûts et qui en plus assure quelques interventions bienvenues en chant clair, et de Zé Cantelli qui est très loin d’être un manche à la basse. A mi-chemin entre un thrash sans concession sans pour autant négliger la mélodie, et une production moderne, Karma est un 6ème album taillé pour faire secouer les nuques récalcitrantes

#192 Inherits the Void – The Impending Fall of the Star (Avantgarde Music) (France)

Deuxième album pensé comme la continuité du premier, The Impending Fall of the Stars (à la superbe pochette) fait la jonction entre un black metal d’influence suédoise et de groupes comme Sacramentum et un post-black plus moderne dans l’esprit de Regarde les Hommes Tomber. Par moment dans le registre avant-garde déstructuré et tortueux, The Impending Fall of the Stars n’est pas l’album le simple à appréhender et demandera un certain lâcher prise mais montre une jeune formation qui a de quoi tutoyer les ténors de la scène hexagonale.

#191 Brian Setzer – The Devil Always Collects (Surfdog Records) (USA)

11ème album solo pour Brian Setzer (et je précise solo, puisqu’il a aussi sorti une dizaine d’albums avec le Brian Setzer Orchestra, et neuf avec les Stray Cats), figure incontournable du rockabilly depuis plus de 40 ans. Pour ce nouveau méfait, Setzer ne révolutionne pas sa formule avec un rockab’ énergique, fiévreux et varié aux sonorités délicieusement 50s. Concentré de tubes en puissance, The Devil Always Collects est un album jouissif pour tout amateur du genre.

#190 Elegant Weapons – Horns for a Halo (Nuclear Blast) (Angleterre/USA)

Side project de Richie Faulkner (Judas Priest), Elegant Weapons se dote d’un casting solide avec Scott Travis (Judas Priest) aux fûts (remplacé par Christopher Williams d’Accept sur la tournée), Rex Brown (Pantera) à la basse (remplacé par Dave Rimmer (Uriah Heep) sur la tournée), et Ronnie Romero (Rainbow, Michael Schenker Group) au chant. Le tout pour un projet influencé par Maiden, Thin Lizzy, Ozzy Osbourne ou Judas Priest. Un hard/heavy hyper carré et aux riffs imparables, jouissant d’une superbe production et d’une voix d’ange. Un truc bien musclé qui donne envie de tailler la route tant que la météo est de la partie.

#189 Vypera – Race of Time (Frontiers Music SRL) (Suède)

Leur premier album avait fait l’effet d’une jolie madeleine de Proust, les Suédois de Vypera sont de retour pour montrer que ce n’était pas un accident. Un an après, Vypera signe un nouvel album estival, frais, carré, rapide et toujours imprégné de cette nostalgie pour les glorieuses 80s. Race of Time sent la laque pour cheveux, la gomme de pneu et le dentifrice Ultra-Brite. 11 petites friandises hyper classiques mais ô combien jouissives, vestiges d’une époque d’insouciance. 11 friandises qui donnent une furieuse envie d’aller dans le videoclub ou la salle d’arcade la plus proche. Propre mais hyper efficace.

#188 Skyblazer – Infinity’s Wings (Elevate Records) (Suède)

Skyblazer nous vient de Suède, patrie regroupant une bonne partie des gros groupes de la scène power actuelle, parle de thèmes chers à la fantasy, et n’a pas peur d’une certaine théâtralité. Jusque-là, rien de très nouveau, sauf que Skyblazer c’est un one-man band. Pour son premier album, Johannes Frykholm alias Skyblazer du coup fait une très grosse partie du boulot tout seul, et faut reconnaitre que le mec chante très bien, est franchement bon aux fûts, à la gratte, à la basse, et a sorti un mix et une production très propre. Bon, le fait que le mec évolue dans deux groupes (Palantir et Symphonity) et a un peu de bagage y joue. Ensuite, Skyblazer a aussi convié quelques potes de Palantir, Symphonity, Vandor, Septum, Heel soit pour partager le micro, soit la guitare soit pour poser un solo. De quoi délester un peu le Johannes et lui permettre un album hyper bien foutu, respectant le cahier des charges power et franchement solide en tout point.

#187 King Howl – Homecoming (Electric Valley Records) (Italie)

Six ans après Rougarou, les Sardes de King Howl reviennent avec un troisième album. Sonnant hyper américain, le groupe vient d’Italie, comme quoi la mondialisation a du bon. King Howl se veut être du heavy blues et leur musique, un blues-rock hyper rentre-dedans, un mélange entre Rose Tattoo et Canned Heat. Homecoming est un album hyper péchu, varié avec même des fuzz digne du stoner pur jus et une touche sudiste. En plus, les mecs reprennent avec panache Gimme Shelter des Stones. De la classe à l’état pur et à tous les niveaux.

#186 Air Raid – Fatal Encounter (High Roller Records) (Suède)

La pochette über kitsch, le lettrage, mais aussi le registre, la prod’, Air Raid semble tout droit sorti de bacs de CD qui afficheraient le prix en franc, un petit groupe de la pléthorique scène heavy des 80. Sauf que non, Air Raid s’est formé à la fin des années 2000 et sort son 4ème album. Fatal Encounter fleure non seulement le heavy d’antan, mais également la glorieuse époque des vidéo-clubs. Concentré jouissif de pur heavy, Fatal Encounter multiplie les références au cinéma d’action de l’époque, mais aussi les animes de notre enfance avec la cover en japonais du générique des Chevaliers du Zodiaque. Côté musique, du classique, hyper bien emmené, riffu à souhait avec une doublette de gratteux véloces, mélodiques et techniques, des vocalises à l’ancienne et un rendu qui sonne comme les BO d’action ou d’horreur de l’époque. Un pur album de nostalgeek.

#185 The Minks – Creatures of Culture (Autoproduction) (USA)

Deuxième album pour la toute jeune formation The Minks, explosion de fraicheur venue de Nashville. Convoquant les Black Crowes, CCR, ou Janis Joplin, les Minks balancent 10 bombinettes incendiaires tour à tour énergiques et hypnotiques, bardées à la gueule de riffs imparables et portées par le chant élégant de Nikki Barber. Plutôt versatile dans son ensemble, Creatures of Culture est prenant et entêtant, communiquant une énorme envie de bouger.

#184 The Coffinshakers – Graves, Release Your Dead (Svart Records) (Suède)

Andy Bones, Fang, Joe Undertaker et Rob Coffinshaker forment les Coffinshakers, quartette suédois se définissant comme de l’horror country, délicieux mélange d’une musique outlaw country crépusculaire et d’un goût pour des textes horrifiques et grand-guignolesques sortis du psychobilly. Un mélange qui fonctionne à merveille tant l’ambiance théâtrale et baroque de l’ensemble donne un aspect de western d’horreur avec des morceaux taillés pour faire bouger les squelettes dans leurs cercueils.

#183 Dogstar – Somewhere Between the Power Lines and Palms Trees (Dillon Street Records) (USA)

Keanu Reeves est un gars cool, probablement l’acteur le plus cool d’Hollywood, les anecdotes sur sa générosité et son humilité sont légion, en plus c’est un beau mec qui ne vieillit jamais, il a été à l’affiche de plusieurs bons voire très bons films (bon, Matrix ne compte pas dans cette liste), a refusé de faire Speed 2 pour jouer Hamlet dans un théâtre de 750 places à Winnipeg et tourner avec son groupe. Eh oui, en plus de sa filmographie, de sa passion pour la customisation de motos, Keanu Reeves joue aussi dans un groupe à ses heures perdues. Et parce qu’il s’en fout des groupies et qu’il ne cherche pas à se mettre en avant, il joue de la basse. Et il joue bien en plus. 23 ans après Happy Ending (qui aurait pu être un titre d’album de Patrick Bruel….bon, ok, je sors), Dogstar revient pour un troisième album. C’est du rock alternatif tout simple et classique, ça joue bien, c’est bien foutu, on sent que c’est plus une récréation et que les mecs s’éclatent à faire de la musique, et rien que ça, c’en est que plus frais.

#182 Blink-182 – One More Time… (Columbia) (USA)

Son retour était une arlésienne, d’autant plus que l’ambiance au sein de Blink-182 n’était pas au beau fixe au moment où il est parti. Mais oui, après une grosse parenthèse avec son groupe Angels & Airwaves, à ses différents projets et notamment sa « quête de la vérité » au sujet de plusieurs théories du complot et des extra-terrestres, Tom DeLonge est bien de retour au sein de Blink-182. Exit la période Matt Skiba. One More Time, album de la reformation du trio Mark Hoppus/Tom DeLonge/Travis Barker, imaginable il y a quelques années et teasé à mort, est enfin là. La mission est simple : faire oublier 9, l’horrible album précédent. Contrairement à ce qu’annonce les trois mousquetaires du titan du pop-punk, non One More Time… n’est pas le meilleur album de Blink-182. Avant, il y a l’album référence Enema Of The State suivi de la doublette Take Off Your Pants and Jackets et le self-titled. Pour autant, dès les premiers accords, on voit que Travis Barker est dans une forme olympique, allant même jusqu’à faire de la double pédale sur un morceau. Et si Hoppus doit faire appel à certains artifices en raison du cancer qui l’a rongé jusqu’à peu, Tom DeLonge est toujours aussi impeccable. Blink-182 ne se rappelle pas uniquement à ses glorieuses années. On retrouve les inclinaisons pop chères à Hoppus, mais beaucoup de pop-punk pur jus, des titres semblant sortir des Transplants, d’Angels & Airwaves ou de Box Car Racer. Mélange de tout ce que Blink-182 a pu faire de bon, mais également des divers projets des membres, One More Time fait un quasi sans faute malgré un ou deux titres moins dispensables et se pose d’ores et déjà comme le meilleur du groupe depuis 20 ans.

#181 Unknown Mortal Orchestra – V (Jagjaguwar) (Nouvelle-Zélande/USA)

Après une période marquée par des troubles familiaux, le groupe néo-zélandais désormais basé à Portland Unknown Mortal Orchestra revient avec un cinquième album. V mélange le rock psychédélique du groupe à des influences soul, de l’AOR, de la pop et de la musique Hapa-haole (musique traditionnelle hawaïenne). Un mélange rock/jazz/soul aux sonorités vintage marquées, entre psychedelia des 70s et pop lo-fi. En résulte un album étrange, fascinant et hypnotique qui colle à merveille à une écoute à la fraîche en cet été caniculaire, avec en point d’orgue une ballade hawaïenne sur l’assassinat de James Cook quand ce dernier a tenté de capturer un chef hawaïen.

#180 Sunrot – The Unfailing Rope (Prosthetic Records/ LLC) (USA)

A la croisée des genres entre un sludge crade et un doom oppressant et hyper pesant, les new-jersyiens de Sunrot sorte un deuxième album où on est plaqué au sol pendant 40 minutes. Un album aussi sombre qu’étouffant emmené par des compositions écrasantes et un chant d’outre-tombe passablement habité de Lex Alex Nihilum, le tout avec l’apport le temps d’un morceau du beugleur et de la chanteuse ethereal voice de Thou. Encore une fois, c’est idéal pour admirer le temps dégueulasse qui s’abat sur l’Hexagone, mais niveau exutoire, ça fait le taf.

#179 Thulcandra – Hail The Abyss (Napalm Records) (Allemagne)

Side-project de mecs d’Obscura et de Secrets of the Moon (entre autres), Thulcandra fête ses 20 ans d’existence avec un cinquième album. Produit par Dan Swanö, Hail The Abyss impressionne par la puissance de son arrangement, sa force dévastatrice, sa variété dans les sonorités entre riffs en cavalcade et plages acoustiques faussement paisibles. Voulu à la base comme hommage à des groupes comme Dissection, Thulcandra a muté vers un blackened death mélodique titanesque. Ici, la qualité de l’ensemble est proprement bluffante et conçu pour concasser des nuques.

#178 The Ascending – The Ascending (Klonosphere) (France)

Premier album pour le groupe The Ascending, quasiment un supergroupe composé d’artiste de la scène nantaise. On y retrouve Clair de Stinky, Jessica Delot (Alan Stivell, Kervegans), Eddy Kaiser, Maxime Kuypers (Stinky, 20 Seconds Falling Man), Alex Costitch (Les Hommes Crabes, No Jogging For Today) et Thomas Belouin (Tsar). The Ascending ne se contente pas d’un style de musique puisqu’au dark folk, le combo mêle du grunge, de l’indus, du metal et du post-hardcore. Un mélange des genres qui décrasse les oreilles et qui en plus s’avère aussi frais et prenant que foisonnant d’idées.

#177 Feist – Multitudes (Polydor/ Universal Music France) (Canada)

Six ans que Leslie Feist n’avait pas sorti d’albums (et pour ma part, le dernier que j’avais écouté c’est Metals). La chanteuse canadienne surprend sur deux morceaux où elle sort de son registre habituel. Pour le reste, on est toujours sur de l’indie folk tout en délicatesse, avec une orchestration sobre et réduite à l’essentiel où la voix de Feist fait encore merveille. Un album idéal pour l’automne et ça tombe bien car on a les quatre saisons dans la journée ces derniers temps.

#176 Howlin’ Sun – Maxime (Apollon Records) (Norvège)

Venus d’un coin plus connu pour sa scène black metal corpsepaintée, Howlin’ Sun livre un blues-rock dynamique et créatif, direct et brut, aux touches sudistes, classic rock ou hard rock. A base de riffs gras et endiablés collant à une ambiance 60/70, ce deuxième album s’avère une des belles surprises de cette année blues-rock.

#175 Gorilla Pulp – Mask Off! (Tufo Rock Records/ Ammonia Records) (Italie)

Troisième album pour les Italiens de Gorilla Pulp et leur stoner aux notes heavy psych et blues inspiré par les 70s. Un stoner musclé, péchu et entraînant. Ça commence par un hommage au regretté Morricone et ça continue avec des morceaux bien patate et entêtants qui fera secouer les nuques de tout chevelu fan de stoner qui se respecte.

#174 Kalmah – Kalmah (Ranka Kustannus) (Finlande)

Fondés sous le nom d’Ancestor par les frangins Kokko, Kalmah nous vient de Finlande et officie dans un gros death mélodique mêle d’un zeste de power metal. Neuvième offrande du groupe, Kalmah se démarque de la scène mélodeath finlandaise en n’abusant pas du synthé. On fait dans le simple avec une énorme batterie, un superbe travail au quatre et six-cordes et le growl venu d’outretombe de Kokko. C’est une recette simple mais redoutable comme une armée de barbares qui déboule haches à la main.

#173 ex-aequo Host – IX (Nuclear Blast) (Angleterre)

Deux ans après le cultissime Draconian Times, Paradise Lost amorçait un virage radical avec le gothique One Second puis avec Host, album influencé par la synthpop de Depeche Mode. Une démarche qui tient à la fois de l’audace que de l’envie de Greg McKintosh, guitariste et compositeur de ne pas toujours faire la même chose. Un album qui sera davantage apprécié avec le temps qu’il ne l’a été à l’époque, une partie des fans ayant rejeté cette nouvelle orientation. De cette période One Second/Host/Believe In Nothing, le groupe en garde une expérience particulière, celle d’avoir un brin trop bousculé une fanbase qui n’aime pas sortir de sa zone de confort. Depuis, les gars de Halifax sont revenus au gothic metal puis au doom-death, avec des oeuvres aussi puissantes que Faith Divides Us, Death Unites Us, The Plague Within mais surtout Obsidian. Chacun de leur côté, le chanteur Nick Holmes et le guitariste McKintosh se font leurs récrés, le premier avec le supergroupe de death Bloodbath, le second avec Vallenfyre puis avec Strigoi. La fibre nostalgique devait les titiller un peu puisque le duo pilier du groupe se retrouve pour Host, projet portant le nom de leur coup d’audace. Un projet qui renoue avec cette synthpop classieuse, ce rock électronique où la voix de Holmes fait merveille en chant clair, tout comme les riffs de McKintosh. Un album qui, lui aussi, ne fera pas l’unanimité, décevant les uns, enchantant les autres. Pour peu qu’on y adhère, les mélodies sont très bien foutues fautes d’être révolutionnaires, on alterne entre mélancolie et titres plus péchus, et c’est dans l’ensemble bien ciselé, entêtant et efficace. Seul bémol, c’est un peu court.

#173 Depeche Mode – Memento Mori (Columbia/ Sony Music) (Angleterre)

En 2022, Depeche Mode perdait brutalement Andy Fletcher, musicien, compositeur et figurant comme un pilier du groupe de Basilton. Quelques mois après, Depeche Mode sort son 15ème album, un album fortement marqué par le deuil et la mélancolie. Si Depeche Mode faisait du metal, assurément ils feraient du doom tant le synthpop/pop-rock est marqué d’une ambiance lourde de recueillement, sur des morceaux peu portés sur la joie de vivre, sur des rythmiques implacables et sombres. Un album ténébreux d’où percent de rares éclats de lumière. Profondément désespérée et crépusculaire, Memento Mori ne va pas fédérer, mais quand on accroche, impossible de rester insensible.

#172 Enforcer – Nostalgia (Nuclear Blast) (Suède)

On connaît le goût des Suédois pour le heavy à l’ancienne. Depuis près de 20 ans, Enforcer s’inscrit dans cette tendance avec un penchant vers le speed metal. Septième album du groupe, Nostalgia propose des démonstrations de virtuosité complètement dingue à la six-cordes couplées à une science de la mélodie imparable. Chauffez-vous les nuques avant.

#171 Voice of Baceprot – Retas (12Wired) (Indonésie)

Voice of Baceprot est un trio de jeunes indonésiennes qui se sont fait connaître très vite sur internet. Premier album du groupe, Retas mélange habilement metal prog, nu metal, funk metal avec en plus un discours engagé notamment sur la cause des femmes. C’est frais, bien foutu, le jeu de basse est très bon. Ces jeunes sont définitivement à suivre.

#170 Marduk – Memento Mori (Century Media) (Suède)

Depuis 1991 et une demo répondant au doux nom de Fuck Me Jesus (qui fera l’objet d’une réédition quelques années plus tard avec une pochette devenue culte), les Suédois de Marduk sont devenus une institution pour tout amateur de black metal scandinave. Revenu au son des origines, le quinzième album Memento Mori est un superbe cru, concentré d’un black metal musclé, dépouillé et puissant. Véritable orgie de morceaux de bravoure autour du thème fédérateur de la mort, Memento Mori est un album étrangement jouissif (en plus, y a un riff qui reprend la symphonie funèbre de Chopin, et ça c’est classe).

#169 ex-aquo Incantation – Unholy Deification (Relapse Records) (USA)

Vétéran de la scène death américaine, Incantation sort un 13ème album en 34 ans. Emmenés depuis 1989 par John McEntee, guitariste devenu également chanteur depuis 2004, Incantation délivre un death old school implacable, sordide et grumeleux aux riffs lourds et aux growl sorti des profondeurs d’une grotte putride. Suivant cette recette, Unholy Deification nous offre 41 minutes d’un death lourd, blasphématoire et bien gras. Jouissif

#169 Dying Fetus – Let Them Beg for Death (Relapse Records) (USA)

Baltimore, ville fétiche de John Waters mais aussi une des plus dangereuses des USA, ville centrale de The Wire. C’est là que pouvait s’épanouir un combo comme Dying Fetus. Fondé en 1991, le trio s’est imposé comme une figure incontournable du brutal death/grind. Neuvième album d’un groupe qui affectionne les pochettes trop meugnonnes (n’est-ce pas?), Let Them Beg for Death est un festival de bourrinitude, un album cruel et implacable, avec une six-cordes assassine et d’une précision chirurgicale, une frappe de mutant et des vocalises spéléologiques. Une nouvelle démonstration de force franco de porc.

#168 Johnny The Boy – You (Season of Mist) (Angleterre/Suède)

Alors que la musique de Crippled Black Phoenix est difficilement classable, en atteste encore les magistraux Ellengæst ou encore Bannefyre, le side-project de trois de ses membres (Justin Graves, Matt Crawford et Belinda Kordic est plutôt à classer dans un croisement entre black, sludge et doom. Premier album de Johnny The Boy (groupe qui doit son nom à un personnage de Mad Max), You distille une ambiance poisseuse, boueuse et sombre et musicalement plus cru et brutasse. Plus compact, plus direct, la musique de Johnny The Boy impressionne notamment par les vocalises de Belinda Kordic et ses growls et screams torturés et franchement habités, le tout jusqu’à un final où elle alterne avec un chant plus clair mais éraillé. Là où CBP fait dans les albums hyper travaillés, riches et parfois complexes, Johnny The Boy se veut plus simple, plus explicite, plus dépouillé tout en gardant des inclinaisons vers le black 80/90 et le black n’ roll. Et c’est tout autant généreux.

#167 Godflesh – Purge (Avalanche Recordings) (Angleterre)

Entre Pure et Purge, il n’y a qu’une lettre mais aussi 31 ans, et ce n’est pas un hasard si les légendes anglaise du metal indus Godflesh ont nommé leur 11ème album sensiblement comme leur deuxième tant la volonté de revenir à un son indus brut, glacial, implacable, furieux par moments, flirtant avec le dub sur des plages plus contemplatives. Un album de nostalgique des temps anciens d’il y a 30 ans.

#166 Capra – Errors (Metal Blade Records) (USA)

Second effort pour Capra, le quatuor de Lafayette qui a envie de vous dire que la vie est belle. Toujours orné d’une très belle pochette, toujours aussi véhément tant sa forme que dans son propos, Capra continue avec ce hardcore bien énervé et déterminé à péter des rotules. Un hardcore virulent, proche du powerviolence, porté par la toujours badass Crow Lotus. Et quand Crow Lotus partage le micro, c’est avec Candace Popuolo de Walls of Jericho pour un gros morceau de bravoure bien saignant. Radical comme un coup sec derrière la nuque, efficace comme une décharge de taser dans le parties, Errors est taillé pour faire moucher rouge.

#165 Values Here – Take Your Time, I’ll Be Waiting (End Hits Records) (USA/Allemagne)

Une chanteuse espagnole, un vétéran de la scène hardcore new yorkaise, le tout signé sur un label allemand, c’est Values Here, jeune groupe formé entre autres par la chanteuse Chui et John Porcelly (Youth of Today, Judge, Gorilla Biscuits…). Au menu un punk mélodique voire pop-punk infusé dans un punk hardcore revendicatif et bouillonnant. Un bon gros poing levé face à des problématiques sociales sérieuses mais porté par une vocaliste qui apporte une belle dose de fraicheur à l’ensemble. Et c’est très bon.

#164 Dropkick Murphys – Okemah Rising (Dummy Luck Music) (USA)

Quelques mois après This Machine Still Kills Fascists, Dropkick Murphys continue de mettre en musique les paroles de Woody Guthrie, musicien qui influence le groupe de longue date, comme on avait déjà pu le voir à l’époque d’I’m Shipping Up To Boston qui reprenait déjà ses paroles. Enregistré à l’époque de This Machine Still Kill Fascists, Okemah Rising en est un parfait complément. Comme son prédécesseur c’est un album acoustique en raison de l’absence d’Al Barr. Encore une fois, cet hommage, les Dropkick le font avec humilité et panache et c’est un album péchu qui jouit de la présence des Violent Femmes ou encore de la chanteuse et musicienne de country Jaime Wyatt. Dans la suite logique de son prédécesseur, Okemah Rising offre encore une fois une récréation qui leur permet de garder le côté working class tout en abordant un autre public que la fanbase punk.

#163 Explosions in the Sky – End (Temporary Residence Limited) (USA)

Huitième album pour les texans Explosions in the Sky, groupe qui propose un post-rock surprenant. Explosions in the Sky ne repose pas sur le mur de son et préfère varier les intensités entre plages ouatées aux riffs délicats et moments plus denses, plus compacts. Sublimé par un des riffs stratosphériques d’une triplette de gratteux et une frappe de batterie chirurgicale, End fait passer l’auditeur par toutes les émotions, et toutes à fleur de peau.

#162 Asagraum – Veil of Death, Ruptured (Edged Circle Productions) (Pays-Bas)

Troisième album pour les sorcières sataniques d’Asagraum, groupe hollandais proposant un black metal infernal, menaçant et oppressant. Pendant un peu plus d’un demie-heure, Veil of Death, Ruptured propose un black metal immersif où seul un superbe interlude offre une respiration au milieu d’un déluge de coups et de flammes où Obscura et A. Morthaemer offrent du blast beat, des riffs incendiaires et des imprécations maléfiques à tour de bras. Du BM à l’ancienne, comme un l’aime, malfaisant et brutal.

#161 ex-aequo Autopsy – Ashes, Organs, Blood and Crypts (Peaceville Records) (USA)

Les vieux briscards d’Autopsy sont en forme ces derniers temps. S’il a fallu patienter 7 ans pour que Morbidity Triumphant sorte, il s’est passé guère plus d’un an pour que sorte son successeur, et entre temps, Chris Reifert et Greg Williamson ont même pu sortir un album de doom-death sous la bannière de Static Abyss. Au programme de ce dixième album (dont le titre ferait presque penser à un inventaire pour Halloween): des histoires horribles comme d’habitude portées par un death old school intransigeant, bien dégueulasse, implacable et massif, où les petits élans doomeux donnent encore plus l’impression d’un mur de bidoche en putréfaction.

#161 Kataklysm – Goliath (Nuclear Blast) (Canada)

Depuis 1991, Kataklysm s’est imposé comme une figure totémique du death canadien. Et même en changeant régulièrement de batteur, les mecs ont fait preuve d’une productivité pas dégueulasse. 14ème album en 32 ans, Goliath montre un Kataklysm toujours aussi en forme. Un death mélodique musclé, véritable rouleau compresseur qui s’abat sur les oreilles de l’auditeur. Ça cogne dur, les riffs sont bien compacts et la voix rugueuse de Iacono est toujours aussi impressionnante.

#160 Burning Witches – The Dark Tower (Napalm Records) (Suisse)

Cinquième album pour les suissesses de Burning Witches, et premier avec Courtney Cox (non, pas la Monica de Friends botoxée, une autre) en remplacement de Sonia Nusselder. Un choix payant tant la paire Courtney Cox/Larissa Ernst fonctionne bien et propose encore des riffs pachydermiques et des solis vertigineux, couplés aux grosses cavalcades de Lala Frischknecht ou encore au chant de Laura Guldemont qui monte le curseur d’albums en albums. Si les compos sont solides, les covers de W.A.S.P. et de Ozzy Osbourne le sont tout autant. A l’arrivée, les elles-vètes signent leur meilleur disque.

#159 Crypta – Shades of Sorrow (Napalm Records) (Brésil)

Fondé par des transfuges de Nervosa, Crypta avait sorti un premier album solide. Deux ans après et avec la nouvelle Jéssica Falchi en remplacement de Sonia Anubis, Crypta sort un nouvel album solide. En plus de l’effort fait sur l’artwork, les Brésiliennes ont monté le curseur encore sur la qualité d’exécution. Les riffs sont vertigineux, le travail sur la basse est superbe, quant aux vocalises de Lira, c’est toujours du très bon niveau dans le guttural, la dame se montrant à nouveau comme l’une des meilleures dans l’exercice.

#158 ex-aequo Fredlös – Fredlös (Threeman Recordings) (Suède)

Fondé en 2021, le combo suédois Fredlös se compose notamment du guitariste Alex Hellid d’Entombed, du gratteux Fredrik Danielsson de Human Desolation, de l’ex-Memorium Robert Lindgren à la basse, de l’ex-Saturnine Iman Zolgharnian aux fûts, d’un troisième guitariste, du claviériste Victor Dahlin, le tout pour accompagner la voix stellaire de la chanteuse Liv Hope. Un ensemble qui propose un folk metal médiéval à la fois planant et hyper massif avec une orchestration bien dense, des ambiances sombres et mélancoliques que la superbe voix de Liv transcende. Immersif de bout en bout et se concluant par un énorme morceau de bravoure épique de 12 minutes, Fredlös est un premier album passionnant.

#158 Crom – The Era of the Darkness (From The Vaults) (Allemagne)

Formé en 1997, Crom sort son quatrième album, six ans après When Northmen Die. Crom c’est un power/heavy metal tendance viking, parlant de guerriers du Nord, de mythologies scandinaves ou encore de batailles homériques. On est entre un Manowar (mais qui ne snobe sûrement pas les lives où ils sont engagés) pour la puissance et le côté épique (mais pas pour le côté divas en slip de peau) et Tyr (pour l’ambiance) avec des moments plus bourrins où ça tabasse dru et ça beugle fort et des moments plutôt contemplatifs, des ballades et même une reprise d’America plutôt bien troussée. De quoi offrir une épopée musicale riche en route vers le Valhalla.

#157 Black Star Riders – Wrong Side of Paradise (Earache) (USA)

GetMetal.CLUB

Quatre ans après Another State of Grace, Black Star Riders revient avec un cinquième album. Groupe fondé par des membres de la tournée de Thin Lizzy, Black Star Riders est un concentré de hard rock US, avec des titres hyper énergiques et entêtants, tubesques à souhait, destinés à faire secouer les crinières et écraser l’accélérateur. Wrong Side of Paradise, porté par Ricky Warwick, l’unique survivant de la formation d’origine (Scott Gorham étant reparti sur Thin Lizzy et les autres voir si l’herbe était plus verte ailleurs), ne manque pourtant pas de souffle, bien au contraire. Tour à tour dans une veine thinlizzyenne ou dans une verve plus heavy, Wrong Side Of Paradise, avec ses compos bien foutues et boostées par une énergie positive, s’avère déjà comme un temps fort de l’année hard.

#156 Fake Names – Expendables (Epitaph) (USA/Suède)

Trois ans après un premier album qui (m’)avait fait forte impression, voici le deuxième album de Fake Names, supergroupe avec des mecs de Bad Religion, Minor Threat, Girls Against Boys, S.O.A et Dennis Lyxzén de Refused. Au menu, toujours ce punk tendant vers le pop-punk ou le rock alternatif. Comme pour le précédent, Fake Names sort des morceaux d’une efficacité immédiate avec un réel sens de la mélodie, cette énergie communicative de la scène US des 90s, ces refrains imparables. En résumé, Fake Names est revenu faire secouer les nuques et les culs avec ce une musique hyper patate qui lorgne par moments (musicalement comme vocalement) sur les Foo Fighters des débuts. Diifficile de rester immobile à l’écoute de cet Expendables tubesque en diable.

#155 Félonie – De Sève et de Sang (Code666 Records) (Suisse)

Premier album de Félonie, one-man band helvète de Marc Dalton, mec qui officie dans plusieurs autres tout-seul bands, De Sève et de Sang (et sa pochette sublime) nous entraine dans les légendes et folklore du Canton du Valais. Un black metal mélodique et pagan où, en dehors du batteur de session Nikola Dušmanić, tout est assuré (et très bien assuré) par Dalton. Au traditionnel tremolo picking et blast beat du black metal, Félonie nous gratifie de plusieurs plages acoustiques du plus bel effet, et de vocalises fantomatiques et hargneuses à la limite du hardcore. Pour un premier album, c’est solide dans l’ensemble.

#154 Grave Pleasures – Plagueboys (Century Media/ Secret Trees) (Finlande)

Grave Pleasures s’est formé sous le nom de Beastmilk, appellation sous laquelle est sorti un premier album remarqué. Nouveau nom et nouveau line-up toujours emmené par l’Anglais Mat McNerney, ainsi que des musiciens d’In Solitude et Onansi Pazuzu. Depuis, en une poignée d’albums, les Finlandais se sont posés comme une valeur sûre du post-punk. Cinquième album du groupe, après quatre ans au cours desquels McNerney a impressionné son monde avec Hexvessel, Plagueboys convoque les grands du genre, The Cure en tête. Fort sur ses bases, Grave Pleasures joue de son post-punk tendance cold wave/goth à merveille en respectant les codes du genre jusque dans ses lignes de synthés et ses mélodies. Pour amateurs du genre, c’est un must.

#153 Fange – Privation (Throatruiner Records) (France)

Venus de Rennes, les quatre gars de Fange se sont toujours distingués par des albums au nom qui suinte la joie de vivre (et commençant par la lettre P) comme Purge, Pourissoir ou Punir et des pochettes assez spéciales (la plus trash étant celle de Punir), mais surtout par une certaine vision d’un sludge épais et plutôt malsain. Un constat encore valable avec ce Privation qui ne va pas faire danser dans les chaumières. A leur sludge oppressant, les Rennais rajoutent un aspect indus avec des mélodies froides et martiales et un sentiment de nager dans des eaux saumâtres. L’apport de la voix éthérée de Cindy Sanchez (Candélabre, Lisieux) n’allège que peu la sensation de pesanteur extrême vécue à l’écoute de Privation. Les bretons sont très forts dans leur domaine et le prouvent de nouveau avec ce mélange cold wave/indus/sludge du plus bel effet.

#152 The O’Reillys and the Paddyhats – Wake the Rebels (Autoproduction) (Allemagne)

Dès les premières notes, ça fleure bon la Guinness, l’ambiance de pubs, et on s’imagine danser bras dessus bras dessous dans un bar décoré de vert, de blanc et d’orange, mais The O’Reillys and the Paddyhats nous vient d’Allemagne. Sixième album du septuor, Wake The Rebels est bardé à la gueule de pub anthems hyper bien gaulés, jouissifs en tout point, énergiques et fédérateurs avec en plus l’apport des vétérans de Fiddler’s Green et d’Annie Hurdy Gurdy. Parfaitement taillé pour faire valdinguer tout ce qui se trouve sur les tables pour danser dessus, Wake The Rebels c’est l’antidote à la morosité ambiante.

#151 ex aequo Tomb Mold- The Enduring Spirit (20 Buck Spin) (Canada)

Toute jeune formation, le trio Tomb Mold sort son quatrième album. Tomb Mold, c’est le genre de groupe qui ne cherche pas à caresser l’auditeur dans le sens du poil, mais qui au contraire va se distinguer. Un death implacable où ça growle et paf! les mecs finissent leur morceau avec des plages atmosphériques, ça cogne dur, c’est épais et la guitare s’emballe pour faire des arpèges vertigineuses. Entre death old school et progressif, Tomb Mold n’a pas choisi et tant mieux parce que c’est très bon.

#151 Anima Hereticae – Descended From the Mountains (Autoproduction (Finlande)

Side project de Ville Rutanen et Taneli Jämsä de Red Moon Architects avec Teppo Ristola de Lost In Grey, Anima Hereticae sort son premier album. Si Red Moon Architects optait plus pour un doom-death somme toute classique, Anima Hereticae est franchement ancré dans un death mélodique à la finlandaise avec une ambiance froide et incitant au voyage en pleine nature dans les forêts locales, organique et mélancolique mais aussi avec une grosse puissance de frappe, des riffs profonds, des partoches de batterie hyper carrées et un growl aussi guttural qu’un cerf qui jouit. Pour contrebalancer, Mikko Heikkilä de Dawn of Solace vient donner de sa superbe voix cristaline et Gogo Melone (Aeonian Sorrow, Luna Obscura) jouer de sa voix opératique pour donner encore un surplus d’âme à ce digne rejeton d’Insomnium ou Wolfheart.

#150 Royal Blood – Back to the Water Below (Black Mammoth Records/ Warner Records) (Angleterre)

Depuis 10 ans, Royal Blood s’est taillé un chemin dans la scène rock anglaise. Quatrième album du groupe, Back to the Water Below se montre aussi classieux que sa pochette, riche, prenant, varié dans ses ambiances. A deux et sans guitariste, les mecs proposent un album riffu à souhait, rentre dedans et communicatif. A n’en pas douter un temps fort de la rentrée.

#149 Go Ahead and Die – Unhealthy Mechanisms (Nuclear Blast) (USA)

Il y a deux ans, Maxou s’offrait une petite « récré » avec son fils Igor Amadeus Cavalera, sous la forme d’un groupe de death/thrash/groove hyper vindicatif. Deux ans après, Go Ahead and Die revient avec un deuxième album où le curseur a nettement été élevé concernant la qualité d’ensemble. Avec un nouveau batteur et une plus grande place au chant prise par junior Cavalera, Unhealthy Mechanisms impressionne davantage. L’ambiance sonore est plus travaillée, tout comme le mix cousu main. Les morceaux sont plus chiadés, s’enchainent mieux tout en gardant cette hargne intacte, encore davantage portée par un Igor Amadeus franchement habité dans son chant. Le premier album ne faisait déjà pas rire, Unhealthy Mechanisms retient encore moins ses coups.

#148 Enlòc – Tempora (Bad Tripoux/ Chenille et Sentiments) (France)

Troisième album pour les Lagwagon aveyronnais, pour les Against Me! du saint-affricain, pour les Millencolin du 12: Enlòc. Vétérans de la scène locale aux côtés de Loggerheads (dont on espère avoir du nouveau un jour) ou des moins connues mais plus crades Pertes Blanches (là, on est dans le très underground), Enlòc continue à tracer son sillon et sort, après 7 ans, un successeur à l’excellent Temps Libre. Globalement bien moins sombre que les deux albums précédents, Tempora est centré sur le thème des saisons. Au menu : un punk plus enjoué qu’à l’accoutumée (et ça leur va bien en fait), toujours en français, occitan et anglais (la langue d’oc offrant les morceaux les plus patates), riffu à souhait et avec un certain soin apporté à la production (avec en plus le guest de Fabulle de Ben & Fist, les deux groupes gravitant ensemble depuis un bon moment). Aveyronnia über alles!

#147 Asinhell – Impii Hora (Metal Blade Records) (Danemark/Allemagne)

Guitariste chanteur du groupe de heavy/hard/rockab’ Volbeat, Michael Poulsen s’est pris d’un élan de nostalgie en repensant à ses amours musicales de jeunesse qui étaient plutôt dans un death old school. Qu’à celà ne tienne, il joint ses forces avec l’ex-HateSphere Morten Toft Hansen aux fûts et l’ex-Morgoth Marc Grewe au micro, le tout pour un trio dano-allemand rendant hommage au vieux death crade et massif venu de Scandinavie dans les 90s et aux ambiances à la Entombed. Loin de faire dans la gaudriole, Asinhell ne rigole pas du tout et débarque avec un premier album hyper carré, fruit de musicos au CV bien garnis et venus pour se faire un gros kiff. Un kiff franchement communicatif.

#146 Laura Cox – Head Above Water (Verycords) (France)

Révélée par Youtube, Laura Cox s’est depuis fait un nom, d’abord avec le Laura Cox Band, puis en son nom propre et de petits festivals, elle a gravi les échelons jusqu’à la Main Stage du Hellfest. A 33 ans, près de 20 ans après avoir appris la guitare, elle signe son deuxième album, 4 ans après Burning Light. Si le premier était déjà bon et plein de promesses, sur le second, Laura Cox a poussé le curseur niveau qualité. Outre la très belle production, ce qui frappe est avant tout la richesse de l’univers de Head Above Water. Ici le blues-rock côtoie le classic rock, mais aussi le blues pur et dur, l’americana voire l’outlaw country. Laura Cox a beau être française, Head Above Water transpire l’héritage de décennies de musique américaine, héritage que Laura Cox a su parfaitement digérer et assimiler. Head Above Water est un voyage continue, un pur joyau bluesy à souhait porté à la voix par une grande versatilité dans les sonorités que par la superbe voix de Laura Cox.

#145 ex-aequo It It Anita – Mouche (Vicious Circle) (Belgique)

C’est probablement la pochette la plus choupinou de l’année, et pourtant derrière se cache, non un festival de mignonnerie mais le nouvel album des noise rockers Belges d’It It Anita. Le groupe a dû faire face au départ de son deuxième gratteux et a changé de cap vers un noise rock frontal influencé le punk hardcore avec en plus des inclinaisons dans des registres allant de Sonic Youth aux Melvins avec même des touches hip-hop à la Beastie Boys et même de l’indie rock. A l’image de la pochette cool à souhait, le rock des Wallons est des plus enthousiasmants.

#145 Miesha and The Spanks – Unconditional Love In Hi-Fi (Mint Records) (Canada)

Miesha and the Spanks est un duo venant de Calgary et proposant un garage rock hyper énergique. Au menu de 3ème album, quelques interludes pas hyper utiles mais surtout une bonne rasade de tubes en puissance, à l’énergie communicative, portés par la belle voix de la badass Miesha Louie qui balance du riff bien senti. Avec cet album, Miesha and the Spanks prouve que le garage rock a encore de beaux restes.

#144 Fucked Up – One Day (Merge Records/ Fucked Up Records) (Canada)

Sixième album pour les Canadiens Fucked Up, groupe entre punk hardcore et post-hardcore qui s’inscrit dans les registres de leurs compatriotes Alexisonfire et The Flatliners avec une alliance entre un chant hardcore musclé, des voix back plus posées pour contraster et des riffs de guitare tour à tour planants, énergiques mais toujours d’une beauté folle et avec un batteur qui sort des plans magnifiques. Ce mélange est hyper harmonieux et fonctionne à merveille. Le résultat final est un quasi-sans-faute, un joli morceau de punk/post-hardcore aux mélodies entrainantes et qui s’ancrent immédiatement en tête.

#143 August Burns Red – Death Below (SharpTone) (USA)

10ème album en 20 ans pour August Burns Red, poids lourd de la scène metalcore américaine. Death Below déploie des trésors de virtuosité à tous niveaux, des riffs de malades, une basse hyper solide qui assure autant le show que la guitare et un frontman bien déterminé et fâché tout rouge. Pur condensé de puissance, de maitrise, mais aussi mélodique en diable, Death Below fait côtoyer des moments atmosphériques aux riffs tout en légèreté et moments rapides, techniques et foutrement agressif. D’une efficacité redoutable, Death Below s’impose comme un temps fort de l’année metalcore.

#142 Grant Haua – Mana Blues (DixieFrog) (Nouvelle-Zélande)

Après un album enregistré dans une chapelle sacrée et accompagné de musicien Maori, Grant Haua revient à un style plus proche d’Awa Blues avec Mana Blues, pour lequel il prend la pose en refaisant une mimique connue dans les danses traditionnelles. Entre inclonaisons funk bien groovy et blues traditionnel, Grant Haua, qu’il chante en maori ou en anglais, livre encore une fois un album solide, varié, et attachant.

#141 Bacchus – II (Debemur Morti Productions) (France)

Il a beau s’appeler II, il s’agit du premier album des Lyonnais de Bacchus (à ne pas confondre avec le Bacchus du Puy en Velay ou les clermontois de….Bacchus). Fondé par des membres de Dysylumn, Bacchus opte pour un black metal atmosphérique, limite expérimental dont la majorité des morceaux commencent sur des nappes d’ambient lugubres du claviériste Moise Mestriaux, musicien de session pour Dysylumn. Par la suite, ça s’énerve un peu avec des vocalises pour le moins étranges et une musique aussi sombre que bizarrement méditative. On est chez Debemur Morti et encore une fois, la qualité est au rendez-vous avec un album pour le moins solide et pas franchement pour un public hyper large, mais fascinant de bout en bout.

#140 Nebulae Come Sweet – De Lumière (Solids Music) (Biélorussie)

Venu de Minsk, Belarus, Nebulae Come Sweet fait propose un post-metal qui permet de s’échapper à la situation anti-démocratique du pays avec une musique centrée autour de thèmes abstraits, comme ici la lumière. Un post-metal lumineux, où les compositions tour à tour denses voire chaotiques, et plus atmosphériques se couplent de vocalises aériennes, et d’orchestrations complexes, riches et variées avec en plus de l’ajout du violoncelle, des touches de piano, de cuivres et même d’accordéon. Un joyeux bordel sur le papier, mais dans les faits, un ensemble orchestral majestueux, à l’image du reste.

#139 The Damned – Darkadelic (Ear Music/ Edel) (Angleterre)

1977 n’est pas uniquement, sur le plan musical, l’année de sortie de l’album des Sex Pistols ou du premier des Clash. C’est aussi celle de la sortie du premier effort de The Damned. 46 ans plus tard, les mecs sont encore là et ce malgré une liste d’anciens membres à faire bander Dave Mustaine. Darkadelic est le deuxième album des Anglais et, à leur image, un album inclassable. Jamais 100% punk, il est mâtiné de gothic rock voire de rock psychédélique, le tout avec des ambiances riches et variés et toujours une attitude de dandy chez le chanteur. Superbement arrangé, dévoilant de multiples facettes, c’est un must have.

#138 Cigarette Vagina – Cosmic Empathy (Autoproduction) (Portugal)

Sous le nom rigolo et qui a le mérite d’attirer la curiosité et derrière cette pochette sublime se cache le premier album d’un groupe prometteur venu du Portugal et œuvrant dans un stoner massif, parfois doomeux et proggy doté d’une superbe prod et musicalement radieux avec des riffs léchés et un côté vintage bien foutu. Pour un premier album, musicalement le groupe fait preuve d’une maturité épatante et d’un soin apporté à la forme comme aux compositions.

#137 Queens of the Stone Age – In Times New Roman… (Matador) (USA)

Six ans après Villains, les patrons remettent le couvert avec un huitième album plus sombre au son plus brut et cru, avec une production signée Rick Rubin. Si QOTSA ne sort pas les merveilles d’originalité du passé, c’est un groupe sûr de ses forces et digne de sa légende qui nous offre ce nouveau skeud goûtu et généreux, riffu et bien lourd. Un QOTSA royal en somme.

#136 Church of Misery – Born Under a Mad Sign (Rise Above Records) (Japon)

La paire Tatsu Mikami/Kazuhiro Asaeda semble bien s’être retrouvée puisque, un an après le dernier Sonic Flower, celui qui fut le chanteur originel de Church of Misery retrouve son groupe, toujours accompagné de Mikami. Fidèle à sa philosophie, Church of Misery pose des histoires de serial killers sur une musique stoner-doom rugueux, massif, dense et inquiétant. Un écrin parfait pour des histoires glauques que les Japonais content à merveille.

#135 Lady’Stealer – Like It Hot (Autoproduction) (France)

Fondé en 2017, Lady’Stealer est un duo de blues-rock dont les membres ont été biberonnés au blues-rock et au stoner. Premier album du groupe, financé par le financement participatif, Like It Hot est une petite bombinette de blues-rock incendiaire, un blues-rock nourri au milk-shake à l’huile de vidange et qui donne clairement envie de tracer la route pied au plancher. Ici, on va à l’essentiel avec des mecs qui, à l’instar de The Inspector Cluzo, arrivent autant à tout retourner que s’ils étaient un quartet. En somme, ça balance du riff immédiat, de la mélodie entêtante, un grain sonore qui fait voyager dans le temps et une ambiance qui fleure bon le jambalaya. Premier album et ils ont déjà tout de grands.

#134 Morass of Molasses – End All We Know (Ripple Music) (Angleterre)

Dix ans après leur formation, Morass of Molasses s’impose peu à peu comme un incontournable de la scène stoner européenne. Ce troisième album à la pochette hyper old school débute en stoner-doom presque sludgy pour continuer sur un stoner très Master of Reality massif, avec un son vintage soigné. C’est carré et hyper efficace.

#133 Black Rainbows – Superskull (Heavy Psych Sounds) (Italie)

Groupe incontournable de la scène italienne, les Black Rainbows et leur « heavy psych stoner space » balancent un huitième album. Véritable parpaing dans la gueule, puissant, groovy parfois psychédélique, riffu à la gueule, Superskull balance des patates de 50 kgs à tour de bras. A l’image de leur superbe pochette, le rendu est bien travaillé et confirme encore une fois la place du groupe dans la scène stoner européenne.

#132 The Dead Krazukies – From the Underworld (SBÄM Records/ Kicking Records) (France)

3 ans après Icarus, le combo de Hossegor revient avec un 3ème album, pur concentré de punk à la californienne, bardé de tubes en puissance où la badass Maider Gallais et sa voix éraillée se donnent à 200%. 10 ogives taillées pour la scène, péchues en diable et musicalement hyper bien ciselées et superbement produites. Le combo du 64 part du punk hardcore à des registres plus thrashisantes ou au reggae-punk à la Burning Heads ou la reprise aussi superbe que jouissive du Maniac du film Flashdance. De quoi toiser les Américains sans complexe.


#131 Witch Ripper – The Flight After The Fall (Magnetic Eye Records) (USA)

Deuxième album pour le quartet de Seattle Witch Ripper. Witch Ripper c’est un metal prog avec une petite touche stoner/sludge et aux influences plutôt marquées. La paire de guitaristes nous sort des riffs d’anthologie quand le batteur sort une très belle palette. Dans ses compositions complexes et alambiquées, on sent que Mastodon a dû tourner en grosse rotation du groupe, également marqué par des groupes comme Coheed and Cambria mais aussi du Muse pour le chant, un chant magnifique par ailleurs. Lumineux, racé, intelligent, ce deuxième album est d’une efficacité hors normes.

#130 Neo Inferno 262 – Pleonectic (Necrocosm) (France)

Sous cette pochette magnifique se cache le deuxième album de Neo Inferno 262, groupe parisien cultivant un certain goût pour l’anonymat et évoluant dans un black metal indus pour le moins radical. Composé de membres de groupes comme Hell Militia, Decline of the I, Merrimack…, Neo Inferno 262 mêle un black metal rugueux et malsain avec un musique indus froide, glaciale, implacable, et un brin expérimentale avec des touches de techno hardcore. Entre rave dans un temple impie futuriste, plongée dans un univers dystopique, glacial et impitoyable, Pleonectic propose un paysage suffocant et limite anxiogène mais profondément cathartique.

#129 Ekrom – Uten Nådigst Formildelse (Edged Circle Productions) (Norvège)

La Norvège a un vivier de talents quasiment inépuisable porté par une envie de garder vivante la flamme du black metal et voici un nouveau groupe qui le prouve : Ekrom, formation fondée en 2020 par un ancien de Covenant et un mec de Nocturnal Breed. Ekrom est biberonné au trve black metal des 90s, ça se voit dès la pochette qui en reprend les codes, et ça s’entend. Uten Nådigst Formildelse a beau être un premier album d’un groupe de 2020, on a l’impression d’un voyage dans le temps tant tous les ingrédients sont là. Blast beats, grosse dissonance, ambiance boueuse, poisseuse, lugubre, malfaisante mais étrangement méditative, morceaux non linéaire et condensé de violence brute, tout y est. Encore une fois, rien à jeter, tout est hyper carré et parfaitement joué. En un album, Ekrom est déjà très prometteur et on ne peut qu’attendre la suite avec impatience.

#128 Borracho – Blurring the Lines of Reality (Autoproduction) (USA)

Borracho, c’est quand tu as confondu l’eau et l’eau de vie et que tu t’es hydraté avec à cause de la canicule. Borracho, c’est aussi le nom cool d’un groupe de stoner doomeux de Washington DC. Du stoner classique à l’américaine, quelques lignes orientales pour lancer l’auditeur dans un univers aux couleurs chatoyant, du riff gras, mais aussi élégant, raffiné qui commence par un triptyque de 20 minutes avant de finir par une pièce de choix de plus de 13 minutes, le tout superbement emballé et prenant.

#127 Dorthia Cottrell – Death Folk Country (Relapse Records) (USA)

Chanteuse au sein de Windhand, groupe de doom qui s’est fait un petit nom dans la scène, Dorthia Cottrell a en parallèle une carrière solo plus accoustique. Death Folk Country est son deuxième album solo. Pur concentré d’une dark folk hypnotique aux fortes tonalités ambient avec des lignes électriques et acoustiques lancinantes et une voix envoûtante au timbre étrange. Magnifique.

#126 Osi and the Jupiter – Cedars & Sage (Riders of the Gallows, vol.1) (Eisenwald) (USA)

Cinquième album pour le duo Osi and the Jupiter venu d’Ohio. A la croisée des mondes entre une folk crépusculaire américaine et la dark folk pagan scandinave, Osi and the Jupiter nous propose un voyage méditatif presque chamanique. Accompagné d’invités comme l’ex-Winterfylleth Dan Capp, Erik Moggridge d’Aerial Ruin, Shawn Haché de Tithe ou encore du projet tchèque Nemuer, Osi and the Jupiter nous entraine dans un album autant étrange que planant où la guitare, le violoncelle et une voix incantatrice et mélancolique se mélangent à merveille.

#125 Dozer – Drifting In The Endless Void (Blues Funeral Recordings) (Suède)

15 ans que Dozer n’avait pas sorti d’album. Entre temps, les gars ont sorti un split et un EP en 2013 et, surtout, plusieurs membres sont venus renforcer deux groupes suédois de très haut calibre : Greenleaf et Besvärjelsen. Pour leur retour, Dozer ne fait pas les choses à moitié avec un stoner puissant et d’une classe folle, bardé de riffs cosmiques à la production pachydermique. Groupe figurant parmi les pionniers du stoner européen, Dozer apporte un album à la hauteur de sa stature.

#124 Uada – Crepuscule Natura (Eisenwald) (USA)

Quatrième album pour les Américains de Uada. Crepuscule Natura est un joyau de black mélodique puissant, bardés de blast beats, de riffs cosmiques et de growls bestiaux. Accessible sans pour autant délaisser ce qui fait l’essence de sa musique, implacable et racé, ce Uada est une gemme en la matière.

#123 Superlynx – 4 10 (Argonauta Records) (Norvège)

Deux ans après Electric Temple et un an après le solo de Pia Isaksen, le combo stoner doom Superlynx revient avec un 4ème album. A l’image de sa pochette, 4 10 est un album psychédélique, hypnotique, envoûtant. La puissance de la musique se marie à merveille avec la beauté de la voix de miss Isaksen, on part dans un voyage contemplatif et c’est beau et classieux.

#122 The Last Internationale – Running For A Dream (Elephant Army) (USA)

Quatrième album pour les new-yorkais de The Last Internationale qui reviennent avec leur rock incendiaire et énervé porté par Delila Paz qui se montre autant à l’aise sur les morceaux bien patate que sur les ballades bluesy. Idéal pour l’été, Running For A Dream et ses riffs taillés à la serpe donnent une irrépressible envie de se fouler la nuque.

#121 Willie Nelson – Bluegrass (Legacy/Sony Music) (USA)

A 90 ans passé, Willie Nelson continue son impressionnante discographie au rythme de plusieurs sorties par an. Entre reprises, réinterprétations, ce 100ème (tout confondu) album est le premier où Willie Nelson, le père de l’outlaw country, s’exerce au bluegrass sur tout un album. Si l’originalité dans le titre n’est pas de mise, c’est une formidable plongée dans ce genre trop oublié que nous offre Nelson, avec la grâce et le goût pour les choses simples du bonhomme.

#120 Haunt – Golden Arm (Autoproduction) (USA)

Depuis sa formation en 2017, Haunt a toujours fait preuve d’une productivité exemplaire et il ne se passe pas un an sans que les mecs sortent une ou deux galettes. Un an après un Windows of Your Heart très sympa mais en deçà des productions précédentes, Haunt revient avec son album le plus court à ce jour mais nettement plus pêchu et tonitruant. Dès le premier morceau, le bourreau de travail Trevor William Church véhicule un certain sentiment d’urgence et propose un abattage monstrueux. Encore une fois à quasiment tous les postes, Church fait une nouvelle preuve d’une certaine science du riff, d’une profonde connaissance et d’un amour sincère pour le heavy classique des 80s et d’une certaine créativité suffisante pour que Haunt soit bien plus qu’un revival pour être dans la tendance. Mélodies entêtantes, tempo endiablé, virtuosité à tous les postes, Haunt est encore en pleine forme.

#119 Deathstars – Everything Destroys You (Nuclear Blast) (Suède)

La pochette n’est pas terrible mais derrière se cache le cinquième album en 20 ans de Deathstars, groupe suédois de metal industriel/gothic metal. Deathstars, c’est des surnoms improbables, mais surtout l’alliance de la grandiloquence, la puissance, la théatralité du gothic metal avec les rythmique froides, implacables aux touches d’electro ainsi que l’excentricité du metal indus. Un mélange détonnant faute d’être révolutionnaire. Everything Destroys You, c’est des morceaux imparables, parfois dansants (Midnight Party), d’une redoutable efficacité, entêtants, avec des refrains immédiats, des mélodies hyper catchy. Des morceaux où une voix qui ferait penser à Fernando Ribeiro de Moonspell se compile à des compositions bien baroques pour un résultat qui appelle un appui compulsif de la touche repeat.

#118 Alice Cooper – Road (Ear Music/ Edel/ Alive) (USA)

Deux ans après l’excellent Detroit Story, l’inusable Alice Cooper revient, toujours fidèle à lui-même. Du pur rock n’roll avec en plus un featuring de Tom Morello, et enfin la présence sur un album de Nita Strauss en plus de quelques fidèles acolytes. Le temps de mettre les choses au clair et le Alice Cooper show se met en place avec ce rock n’roll potache aux incursions metal et hard. Aussi carré dans sa production (toujours Ezrin aux manettes) que grandiloquent dans son rock, Alice Cooper s’adresse aux puristes en leur adressant des clins d’œil. Et qu’importe si Mr Furnier n’a pas succombé à la tendance du wokisme, Alice Cooper est là pour le show et emmerde la bien-pensance, et c’est toujours aussi bon.

#117 Pupil Slicer – Blossom (Prosthetic Records) (Angleterre)

De sorties en sorties, les londoniens Pupil Slicer se font petit à petit un nom. Après un premier album remarqué, le trio revient avec un deuxième disque tournant autour de la SF et de l’horreur cosmique. Ici, on a droit à un mathcore complexe et protéiforme, une ambiance anxiogène travaillée par une grosse dissonance et des riffs oppressant tout comme les vocalises rugueuses de la chanteuse Katie qui offre quelques plages d’un chant clair fantomatique. Avec ce Blossom à l’identité clairement marquée, Pupil Slicer s’impose définitivement comme une valeur sûre.

#116 Dengue Fever – Ting Mong (Tuk Tuk Records) (USA)

Huit ans après le très bon The Deepest Lake, Dengue Fever revient avec un sixième album. Groupe proposant un mélange de surf rock, de rock psychédélique et de pop/rock khmer, Dengue Fever livre un album planant et plus mélancolique qu’il n’en a l’air, porté dans des lignes de gratte élégante et la voix superbe et atypique de Ch’hom Nimol.

#115 Dead Feathers – Full Circle (Ripple Music) (USA)

Entre stoner et blues-rock psychédélique aux accents délicieusement vintage influencé par les 70s, Dead Feathers nous offre un superbe voyage dans le temps cheveux aux vent grâce à des riffs old school, une production bien travaillée et la sublime voix de Marissa Allen qui fait partir loin. Ça sent bon la Californie de l’époque et les fleurs dans les cheveux.

#114 Shepherds Reign – Ala Mai (Golden Robot Records) (Nouvelle-Zélande)

Groupe originaire du sud d’Auckland et emmené par des mecs aux origines samoanes (et aussi maori), Shepherds Reign a mis 5 ans à offrir un successeur au timide premier album. Et quel successeur ! Boosté par des titres qui ont mis le groupe sur le devant de la scène comme Le Manu et Aiga, Ala Mai porte en lui à la fois l’héritage samoan mais aussi la fierté d’appartenir à cette communauté. Ala Mai propose un mélange entre un groove metal musclé à la production moderne, et des touches plus hard ou heavy. Au-delà de thèmes sur l’identité, Ala Mai évoque aussi la mythologie et des thématiques plus personnelles comme le fils disparu du guitariste ou la tragédie de la soeur du chanteur, assassinée par son conjoint. Si les titres en anglais sont un peu en deçà, les titres en samoan ont un supplément d’âme et une certaine puissance dévastatrice. Après 5 ans à teaser titres après titres, Shepherds Reign offre enfin un album où le potentiel du groupe est exploité pleinement.

#113 Primordial – How It Ends (Metal Blade Records) (Irlande)

Trente ans se sont écoulés depuis leur premier démo et Primordial est devenu un taulier du pagan black metal. Cinq ans après Exile Amongst the Ruins, les dubliners reviennent avec un 10ème album. Un album plus simple en apparence, plus racé, fonctionnant sur un système de riffs en boucles, des riffs assassins, puissants et accompagnés d’une batterie tour à tour classique ou dans un registre plus pagan/celtic. Primordial tout en restant dans cette apparente simplicité, varie légèrement les ambiances pour offrir un album véhément avec un Alan Averill toujours aussi en forme.

#112 Morkera – Aggravations (Autoproduction) (Croatie)

On ne sait pas qui sont ses membres, si c’est un one-man band ou tout un groupe, on ne voit que peu de photos et le premier aperçu qu’on a des albums sont des visuels inquiétants et torturés de visages meurtris. Morkera n’est pas là pour nous mettre à l’aise, mais ce groupe croate fait un black metal sans concession teinté de death, hyper lugubre et bien brutasse et rapide, encore mieux gaulé que leur compatriote Ivana Knöll. A l’écoute de cet album implacable, une chose est sûre, c’est que la carte mondiale du metal s’agrandit et que Morkera gagne franchement à être d’avantage connu.

#111 Frenzal Rhomb – The Cup Of Pestilence (Virgin Music Australia) (Australie)

L’artwork et le nom de l’album ferait penser à un album de death metal lambda, mais il s’agit du 10ème album en 32 ans d’existence de Frenzal Rhomb, groupe venu de Sidney et officiant dans un hardcore mélodique/skate-punk hyper carré. Avec ses 19 titres pour une trentaine de minutes, The Cup of Pestilence ne se perd pas et va directement à l’essentiel. C’est joué au cordeau avec un sens de la mélodie poussé, rapide, d’une énergie à défoncer les nuques récalcitrantes, et puis c’est bourré d’humour parfois noir. Il y a du NOFX des grands jours dedans et The Cup of Pestilence est un album parfait pour l’été, immédiat, accrocheur, entêtant et jouissif à souhait.

#110 Poésie Zéro – LALBUMBLEU (Autoproduction) (France)

Deux jours après le très bon ALBUMBLEU, Poésie Zéro, groupe qui ne fait rien comme les autres, livre LALBUMBLEU, tout aussi bon, entraînant, bien foutu, entêtant et où la joyeuse débilité et le second degré chers au groupe sont un prétexte pour parler révolution, anarchie, État policier, société orwélienne, travail aliénant ou encore absence de créativité de la scène punk. Passez outre la communication très particulière du groupe, les titres écrits en caps lock et tout l’aspect improbable touchant à la mise en forme, Poésie Zéro, c’est la verve des Bérus ou de Ludwig, la subtilité en moins, les beuglantes à la Guérilla Poubelle et la musicalité d’un Justin(e) pour s’imposer comme une des jeunes formations les plus enthousiasmantes de la scène punk française.

#109 The Cold Stares – Voices (Mascot Records) (USA)

Inspirés par le son de Robert Johnson comme Led Zeppelin, The Cold Stares se sont formés en 2009 et ont fait leur chemin avec des albums remarqués. Cinquième livraison du groupe, Voices mêle stoner fuzzy, blues-rock, hard rock avec des morceaux tour à tour musculeux et planants pour se terminer avec une ballade crépusculaire. Produit par Mark Needham (Taj Mahal, Fleetwood Mac), Voices est un véritable régal pour tout amateurs de blues-rock à l’ancienne.

#108 Chained to the Bottom of the Ocean – Obsession Destruction (Redscroll Records) (USA)

Le nom (certes cool) du groupe, l’artwork, les titres des chansons, tout porte à croire que Chained to the Bottom of the Ocean fait dans l’anti-gaudriole ultime. Et…….tadaaaaaa, surprise, c’est effectivement le cas. Lourd et massif comme un tank, à la limite de l’impossible à bouger, lancinant, cruel, implacable, aussi noir que les profondeurs abyssales d’où aucune lumière ne peut passer et sans une once d’oxygène, ce deuxième album d’un groupe qui cultive l’anonymat total (comme certains groupes de black metal) est quasiment irrespirable. Suffocant de la première à la dernière seconde, irrespirable comme une journée d’été à Albi, Obsession Destruction fait l’effet de se prendre le remake d’Hiroshima sur le coin de la gueule.

#107 Molybaron – Something Ominous (Inside Out Music) (France/Irlande)

Et de trois pour les franco-irlandais de Molybaron, deux ans après Mutiny. Plus agressif que son prédécesseur, Molybaron sert un album plus mature, plus rentre-dedans, plus puissant, tout en gardant ces compositions complexes et audacieuses mais aussi catchy et entêtantes. Rugueux par endroits sans négliger la mélodie, Something Ominous montre un Molybaron qui semble avoir trouvé un parfait équilibre, et qui balance des bombes en puissance.

#106 Walg – III (Zwaertgevegt) (Pays-Bas)

Le duo de Groningen Walg est tout sauf des feignasses. Depuis leur formation en 2021, les mecs en sont à leur troisième album. Walg, c’est un black metal mélodique, sauvage, hargneux, véloce avec une batterie tonitruante, mais pour autant les mecs ne se contentent pas de beugler et Yorick K. montre une véritable versatilité vocale entre cris de damnés, incantations, choeurs cérémonieux, envolées en chant clair du plus bel effet. Une versatilité qui, couplée à une certaine variété dans les compos, participent à faire de III un album passionnant de bout en bout, impressionnant de maitrise et d’inventivité.

#105 Orbit Culture – Descent (Seek & Strike) (Suède)

Trois ans après un Nija de bonne tenue, Orbit Culture revient avec un quatrième album. Superbement produit encore une fois, le mélange groove metal/death mélodique opère toujours aussi bien avec un gros mix bien musclé qui valorise les instruments. Plus sombre que le précédent, Descent c’est du rugueux avec un Niklas Karlsson plus guttural, une batterie aussi fine que véloce, et des riffs qui démontent. Assez traditionnel dans son registre, il n’en demeure pas moins moderne dans sa production sans se blinder d’artifices.

#104 Moonreich – AMER (Les Acteurs de l’Ombre) (France)

Cinquième opus pour les Parisiens de Moonreich. La pochette est superbe et l’album est tout autant solide. S’éloignant du blackened death d’avant, Moonreich s’oriente davantage vers un black/post-black à la Regarde les Hommes Tomber. Les maitres mots : maitrise et puissance, avec une musique bardée de riffs incisifs, de rythmiques qui explosent tout, de dissonances vertigineuses, de structures complexes. Un très bon cru pour une année black très riche.

#103 Ingrid and the Ministers – Boofhead (Autoproduction) (Nouvelle-Zélande)

Ingrid and the Ministers viennent de Wellington et proposent un mélange de blues, de punk, de rock alternatif voire de folk. C’est frais, énergique, bardé de tubes en puissance qu’on a de suite envie de fredonner et qui donnent la pêche. Un groupe à suivre de près.

#102 Apotheus – Ergo Atlas (Black Lion Records) (Portugal)

Venu du Portugal, le quatuor Apotheus officie dans un metal progressif plutôt moderne dans sa production. Troisième album du groupe, Ergo Atlas fait des allers-retours entre metal prog moderne et élans death au niveau de la voix. Si le chant clair peut être un brin stéréotypé, le batteur Albano von Hammer est monstrueux avec son registre influencé par Tool et Mastodon et son jeu sur les changements de rythme et les arythmies, même chose pour la paire Luís Gold Monkey/Miguel Andrade qui livrent de superbes envolées de gratte, le tout pour un album maitrisé de bout en bout, surprenant de maturité et magnifiquement exécuté.

#101 OTTTO – Life is a Game (ORG Music) (USA)

L’avenir du heavy est dans la jeunesse, et OTTTO en est une nouvelle preuve éclatante avec son premier album Life is a Game. Bien qu’ayant six ans d’existence, les petits gars arborent encore un visage juvénile. Il faut dire qu’ils ont plus l’âge de faire des réels tout pourris sur les réseaux sociaux ou d’opter pour une musique de merde à base de trap, mais non, OTTTO va opter pour un heavy autant influencé par les 80s que par le funk metal et le rock alternatif des 90s ainsi qu’une production bien moderne. OTTTO c’est des morceaux tubesques, des riffs tout simples mais efficaces, une batterie qui ne cherche pas systématiquement la facilité, et une basse monstrueuse. A la 4 cordes, Tye-Orion Trujillo, le fils de Robert Trujillo (Infectious Grooves, Metallica), baptisé en Aveyron, le même qui, à 12 ans, a assuré la basse pour 6 dates de Korn. Si Robert est un des trois meilleurs bassistes en activité, son fils a déjà (à 18 ans) tout d’un grand et le prouve encore en transformant en or la moindre de ses partoches. Tubesque à souhait, groovy en diable, Life is a Game est une tuerie immédiate, un album qui vous rentre dans la tête et dont il est impossible de se lasser.

Par Nikkö

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