avril 17, 2024

Comme un Fils – Boukhrief en Mode Social?

De : Nicolas Boukhrief

Avec Vincent Lindon, Karole Rocher, Stefan Virgil Stoica, Sorin Mihai

Année : 2024

Pays : France

Genre : Drame

Résumé :

Jacques Romand est un professeur qui a perdu sa vocation. Témoin d’une agression dans une épicerie de quartier, il permet l’arrestation de l’un des voleurs : Victor, 14 ans. Mais en découvrant le sort de ce gamin déscolarisé que l’on force à voler pour survivre, Jacques va tout mettre en œuvre pour venir en aide à ce jeune parti sur de si mauvais rails. Quitte à affronter ceux qui l’exploitent. En luttant contre les réticences mêmes de Victor pour tenter de lui offrir un avenir meilleur, Jacques va changer son propre destin…

Avis :

Nicolas Boukhrief fait partie des réalisateurs français dont le cinéma m’intéresse à chaque fois qu’ils sortent un nouveau film. Il faut dire qu’avec des films comme « Trois jours et une vie« , « Le convoyeur« , « Cortex » ou encore « Made in France« , le cinéaste, même avec ses longs-métrages un peu plus faibles, a toujours su proposer quelque chose d’intéressant, que ce soit dans sa mise en scène, ou dans son propos. Pour son nouveau film, Nicolas Boukhrief avait une idée en tête, parler d’un professeur et de sa profession, et d’allier cela à une communauté qui est assez mal vue, les roms. Racontant ceci à son producteur autour d’un dîner, et exprimant l’envie de travailler avec Vincent Lindon, le projet de « Comme un fils » fut entre guillemets signé le jour même avec un coup de téléphone chanceux, puis une rencontre dans les dix minutes qui ont suivi, et ça, comme le dit Nicolas Boukhrief, c’est une première pour lui.

Ce que je vais écrire là tout de suite, va contredire quelque peu les lignes que je viens d’émettre plus haut, car pour une fois, j’avais un film de Nicolas Boukhrief qui ne me tentait pas plus que cela, car côté cinéma social français, je pense que j’en ai trop vu, et je suis en surdose. Mais ça reste un film de Nicolas Boukhrief, du coup, j’ai profité d’une avant-première où le metteur en scène serait là pour aller découvrir son film, et j’en ressors assez conquis, car ce « Comme un fils » est loin de ce que le cinéma social français peut nous vendre d’ordinaire. Moi misérabilisme alors qu’il tient un sujet dur, moins père la morale et pathos, « Comme un fils » est un bon film qui aborde avec simplicité beaucoup de sujets qui sont intéressants, et avec ça, le film est tenu par deux excellents acteurs qu’on prend plaisir à suivre.

« Nicolas Boukhrief arrive à nous tenir de bout en bout de film. »

Jacques Romand est un professeur qui a perdu sa vocation petit à petit. Il ne reconnaît plus la jeunesse, dont il a l’impression de faire perdre son temps. Mis à pied pour une bagarre, un soir, Jacques fait la rencontre brutale de Victor, un jeune garçon de quatorze ans qui vit pratiquement dans la rue. Le gamin, immigré roms, est déscolarisé et battu par son oncle, et il est forcé de vivre de petits vols, afin de ramener de l’argent au camp. Ce gamin va alors réveiller en Jacques tout un tas de choses, quitte à aller contre ce que Victor veut au départ.

Un homme, professeur de surcroît, qui trouve un jeune rom, et qui envers et contre tous, le prend sous son aile, pour lui construire, ou du moins essayer, un avenir à travers l’alphabétisation et l’éducation… Ok, donc ça, c’est le genre de pitch français qu’on a déjà vu beaucoup de fois, au point qu’on finit par être réticent à se déplacer en salle. Surtout qu’histoire de pousser le bouchon un peu plus loin, le réalisateur a choisi pour jouer ce professeur dépressif, Vincent Lindon, acteur ô combien charismatique et talentueux, mais qui commence à quelque peu tourner en rond avec ces rôles. Sur cette lancée, « Comme un fils » avait beaucoup d’arguments pour être un film anecdotique, voire même décevant, tant il tire pas mal de ficelles, mais finalement, il n’en sera rien, et ce nouveau Nicolas Boukhrief, sans faire partie de l’un de ses meilleurs, est un film intéressant, et même assez entraînant, dans le sens où l’on voit bien où il va aller, et pourtant, Nicolas Boukhrief arrive à nous tenir de bout en bout de film.

« Nicolas Boukhrief offre un film touchant. »

La principale chose qui vient en tête à la découverte de ce film, c’est la qualité de son écriture, et la simplicité de son scénario. « Comme un fils » est un film qui est riche dans ce qu’il explore. Nicolas Boukhrief aborde, au travers de son récit, tout un tas de thèmes, comme la vocation de professeur, l’essoufflement du professeur, mais avec ça le film parle de l’administration, de l’aide à l’enfance, des associations, des mineurs isolés, et comment les réinsérer. Évidemment, le film parle aussi de l’Europe, avec des familles qui viennent avec des envies de vie meilleure. L’éducation sera aussi de la partie avec d’un côté un professeur qui va « rescolariser » ce jeune chez lui, et du côté du personnage de Victor, il y aura l’ouverture à l’éducation. Mais le point d’orgue dans tout cela, ce sera l’ouverture, ou la prise de conscience de ce professeur en fin de carrière, qui voit lui tomber dessus un jeune garçon avec tous ses problèmes.

Si le film est vraiment intéressant, avec ce sujet-là, et la relation de confiance qui se construit entre ces deux personnages, Nicolas Boukhrief offre un film touchant. Alors certes, il y a certaines ficelles narratives qui sont connues d’avance, puisque l’on connaît le genre et l’histoire, mais ça n’empêchera jamais « Comme un fils » de se poser comme un beau film au bout du compte. Une émotion que l’on doit évidemment beaucoup à ses deux comédiens. Ici, on trouve un excellent et très sobre Vincent Lindon qui, dans la peau de ce professeur paumé, touche de par le regard qu’il pose et ses yeux qu’il ne peut fermer. Et face à lui, Nicolas Boukhrief est parti en Roumanie trouver un jeune acteur fraîchement sorti d’une école de théâtre, et ce jeune Stefan Virgil Stoica tient joliment tête à Lindon, imposant un personnage là aussi très touchant, et plein de spontanéité.

Comme quoi, lorsqu’on met un bel auteur à la tête d’un film qui aurait déjà pu être vu, ça donne un joli moment de cinéma. Certes, ce « Comme un fils » ne se posera pas parmi les meilleurs films de son réalisateur, en même temps, c’est compliqué lorsqu’on a dans sa filmographie « Trois jours et une vie« , mais malgré ça, il reste toutefois un bon film, intéressant dans ce qu’il raconte, intéressant de par ses personnages et les acteurs derrière, intéressant dans la simplicité et la vérité avec laquelle Nicolas Boukhrief aborde ses sujets… Bref, moi qui étais pour le coup un peu réticent, j’en ressors conquis.

Note : 14/20

Par Cinéted

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