
Titre Original : Calle Malaga
De : Maryam Touzani
Avec Carmen Maura, Marta Etura, Ahmed Boulane, Maria Alfonsa Rosso
Année : 2026
Pays : Espagne, France, Maroc, Belgique, Allemagne
Genre : Comédie, Drame
Résumé :
Maria Angeles, une Espagnole de 79 ans, vit seule à Tanger, dans le nord du Maroc, où elle profite de sa ville et de son quotidien. Sa vie bascule lorsque sa fille Clara arrive de Madrid pour vendre l’appartement dans lequel elle a toujours vécu. Déterminée à rester dans cette ville qui l’a vue grandir, elle met tout en œuvre pour garder sa maison et récupérer les objets d’une vie. Contre toute attente, elle redécouvre en chemin l’amour et le désir.
Avis :
Née en 1980 à Tanger, Maryam Touzani est une réalisatrice, scénariste et actrice marocaine qui débute d’abord comme journaliste spécialisée dans le cinéma après des études à Londres. Rapidement, elle ressent le besoin de passer derrière la caméra et réalise plusieurs documentaires et courts-métrages remarqués, dont « Quand ils dorment » et « Aya va à la plage« . Elle collabore ensuite avec le cinéaste Nabil Ayouch sur l’écriture de « Much Loved » puis « Razzia« , dans lequel elle apparaît également comme actrice. En 2019, elle signe son premier long-métrage, « Adam« , présenté à Cannes et largement récompensé, avant de confirmer son cinéma intimiste avec « Le Bleu du caftan« .

Son nouveau film est né dans la douleur, puisque Maryam Touzani en a écrit le scénario alors qu’elle venait de perdre sa mère. Les mots et les maux lui sont venus comme ça, puis les émotions et les souvenirs. Au fil des lignes, « Rue Malaga » s’est alors posé comme le plus personnel des films de sa réalisatrice et le résultat est là. Magnifique d’un bout à l’autre, je n’aurais sûrement pas assez de mots bien placés pour dire à quel point ce film s’est installé dans mon cœur et mes émotions. Drôle et bouleversant à la fois, délicat, pudique et en même temps plein de rires, puis avec ça, « Rue Malaga » est fascinant de culture.
« Carmen Maura trouve là, à quatre-vingts ans, son plus beau rôle »
Franchement, l’histoire de cette vieille dame, impeccablement tenue par Carmen Maura qui trouve là, à quatre-vingts ans, son plus beau rôle, m’a fait du bien. C’est du cinéma vivant et vibrant qui, tout en abordant des sujets sombres, se pose comme un moment de cinéma lumineux.
Maria Angele est née à Tanger, et elle y a vécu toute sa vie. D’origine espagnole, elle vit dans le quartier espagnol de la ville. Alors qu’elle est pleine de vie, sa fille, qui vit à Madrid, lui rend visite pour lui annoncer qu’elle a des problèmes d’argent et qu’elle va mettre en vente l’appartement de sa mère. Elle propose alors à Maria Angele de venir vivre à Madrid, ou alors d’être placée à l’hospice espagnol de la ville. Maria Angele va alors choisir l’hospice, mais très vite, derrière le dos de sa fille, elle va tout faire pour retrouver sa vie le temps que son appartement ne soit vendu.
Magnifique ! Oui, c’est bien le mot qui vient avec toutes les émotions que ce film m’a procurées. Il y a quelques chroniques de cela, je me disais que « Marty Supreme » allait se poser comme le film de février, mais voilà, c’était sans compter sur le troisième long-métrage de Maryam Touzani qui vient de livrer un sacré joli morceau de sensibilité et de délicatesse. Si le cinéma est un divertissement qui sait offrir du spectacle et des moments de comédie qui marquent, ce qui m’a toujours plu, ce que je cherche en premier lorsque j’entre dans un film, ce sont ses émotions, les personnages qu’il me raconte, l’horizon qu’il m’offre, les couleurs, les rires, les larmes, et là, Maryam Touzani vient d’offrir tout ça en un seul film.
« Maryam Touzani sait exactement quoi raconter et comment le raconter »
« Rue Malaga« , c’est deux heures de délicatesse. Deux heures d’un film aussi surprenant qu’émouvant. J’aurais presque envie de dire que le film de Maryam Touzani est imprévisible tant le portrait et les rebondissements de cette vieille dame sont impossibles à prédire.
Fait de maux et de souvenirs, « Rue Malaga » est un sourire éclatant qui ne cesse jamais. En fait, le film est à l’image de son affiche : dès les premières images, il y a quelque chose qui nous enveloppe et qui nous fait du bien. Dès l’ouverture du film, la réalisatrice nous plonge dans un lieu, elle berce ces images et ces décors d’une lumière magique. Et surtout, elle nous présente Maria Angele, ce rayon de soleil qui respire la vie aussi fort qu’elle respire les épices du petit marché qu’elle parcourt. D’emblée, on sait qu’on ne lui résistera pas et c’est bien la seule chose qui va être prévisible ici, car pour la suite, l’écriture de Maryam Touzani envoûte.
Le scénario oscille entre drame et comédie, mais derrière ça, il sait exactement où il va. Maryam Touzani sait exactement quoi raconter et comment le raconter. Son film est savoureusement dosé et derrière les éclats de rire, derrière les rencontres, la réalisatrice, mais aussi son actrice, bouleversent lorsqu’elles parlent de sujets plus durs. La vieillesse, l’ingratitude des enfants, l’égoïsme aussi, la solitude évidemment, puis derrière ça, encore une fois de la lumière. L’envie de vivre, l’énergie, la combativité et les dernières folies. Ces dernières chances qu’on n’attend plus. Les surprises que la vie peut continuer à offrir.
« Maryam Touzani ne filme jamais le corps avec lourdeur »
En fait, là comme ça, à bien y réfléchir, j’ai envie de dire que ce film, malgré les malheurs, les injustices, les déceptions et la vieillesse, serait la définition de « Le meilleur reste à venir ». Il y a toujours du beau et du bon dans la vie, il suffit de savoir où regarder. Voir un film qui dit ça en cette période tellement morose, ça fait du bien. Beaucoup de bien.
« Rue Malaga » est aussi un film capable d’aborder des sujets sans jamais en dire de trop. Silence et subtilité sont de la partie, avec une mise en scène forte qui magnifie tout. Tiens, là me vient en tête la vieillesse du corps. Un corps ridé, des mains qui ont vécu, des douleurs, des taches sur la peau, et pourtant malgré tout ça, Maryam Touzani ne filme jamais le corps avec lourdeur. Non, c’est avec pudeur et encore une fois délicatesse qu’elle trouve la poésie et le regard bouleversant pour faire vivre intensément ces personnages âgés.
Alors bien sûr, « Rue Malaga » fonctionne merveilleusement bien car il est tenu par une immense actrice, Carmen Maura, et alors que sa carrière est déjà on ne peut plus fournie, il se pourrait bien que ce soit à quatre-vingts ans que l’actrice espagnole, égérie d’Almodóvar, trouve son plus beau rôle. Un rôle plein de malice, un rôle qui pétille, qui amuse, voire fait éclater de rire (les confessions sont de petits régals), autant qu’il touche et bouleverse. Puis c’est un rôle qui demande du courage, beaucoup de courage, et c’est aussi pour ça que Maria Angele est aussi belle. Puis avec Carmen Maura, on trouve tout un tas d’autres acteurs et actrices qui nous offrent des émotions, du charme et des sourires. Après, au milieu d’eux, il faut mentionner Ahmed Boulane. Je découvre cet acteur et dans la peau d’Abslam, il est divin. Lui aussi est un régal.

« Rue Malaga » est la surprise de la semaine qu’on n’attendait pas. Film plein d’émotions, de douleurs et de rires. Film haut en couleur, alors même qu’il n’est que délicatesse et pudeur. Film qui démontre encore une fois toute l’étendue du talent de son actrice, mais aussi de sa réalisatrice, qui nous entraîne dans un récit et un portrait vraiment touchants. « Rue Malaga » est un délice, c’est un film qui apporte tellement qu’on ne peut que lui dire merci. Et surtout, une fois fini, avec cette fin magnifiquement ouverte, on n’a qu’une envie, c’est d’y retourner. Enfin, du moins, moi, c’est mon cas.
Note : 18/20
Par Cinéted
