juin 7, 2026

L’Être Aimé – Un Sorogoyen Moyen

Titre Original : El Ser Querido

De : Rodrigo Sorogoyen

Avec Javier Bardem, Victoria Luengo, Raul Arevalo, Marina Foïs

Année : 2026

Pays : Espagne, France

Genre : Drame

Résumé :

Réalisateur mondialement célèbre, Esteban Martínez revient en Espagne pour tourner son nouveau film. Il en offre le rôle principal à une jeune actrice inconnue, sa fille, qu’il n’a pas vue depuis treize ans. La jeune femme accepte cette formidable opportunité, mais sait qu’à l’occasion de ce tournage, elle va se confronter à un homme qu’elle n’a jamais pu considérer comme un père. Le poids du passé menace de rouvrir leurs blessures.

Avis :

Rodrigo Sorogoyen, c’est le réalisateur espagnol qui s’est solidement imposé depuis une dizaine d’années. Le metteur en scène a su imposer un cinéma prenant, doté d’une mise en scène puissante. Après “As Bestas”, qui s’est posé comme un sommet de sa carrière, il nous revient avec un film plus “doux”. Pour ce nouveau film, Sorogoyen avait envie d’explorer une relation père/fille.

Ainsi après quatre ans d’absence, Rodrigo Sorogoyen nous revient, et il est pour la première fois en compétition à Cannes. J’attends toujours un film du metteur en scène, mais c’est vrai qu’avec cette sélection, j’étais encore plus curieux. “L’être aimé”, sur le papier, c’est un film qui coche toutes les cases pour me passionner. Un drame, une relation père/fille dans le milieu du cinéma. De la tension. Puis avec ça, un réal fort et un casting magique. Bref, il y avait tout et pourtant, je ressors déçu pour la première fois d’un film de Sorogoyen. “L’être aimé”, ce n’est pas un mauvais film. Non, c’est un film qui a su se faire intéressant, malheureusement, il n’aura pas réussi à me toucher. Et derrière ça, deux heures et quart pour raconter cette histoire, c’est trop long.

« sur le papier, “L’être aimé” a tout l’air d’être un film intéressant et puissant »

Esteban Martínez est un immense réalisateur espagnol qui a connu la gloire. Après des débuts devenus cultes en Espagne, il est parti travailler aux États-Unis, laissant presque l’Espagne derrière lui. Aujourd’hui, plus de vingt ans après, il est de retour à Madrid. Esteban a envie d’un nouveau film et pour l’un des personnages principaux, il pense à sa fille, Emilia, qui est actrice. Une fille qu’il a quasiment abandonnée. Avec ce rôle qu’il lui propose, il compte renouer contact avec elle…

Ce mois de Mai 2026 voyait le retour de deux grands metteurs en scène espagnols à trois jours d’intervalle l’un de l’autre. D’un côté, Pedro Almodóvar et de l’autre Rodrigo Sorogoyen, et ces deux retours se sont posés comme des déceptions. Alors pas d’immenses déceptions. À aucun moment on peut dire que “Amarga Navidad” ou “L’être aimé” sont de mauvais films, et pourtant…

Comme je le disais, sur le papier, “L’être aimé” a tout l’air d’être un film intéressant et puissant. “L’être aimé”, c’est un film qui s’ouvre sur une promesse : la confrontation d’un père et de sa fille. Sorogoyen ouvre son film avec la rencontre autour d’un repas entre Esteban et Emilia. Entre le plaisir de se revoir, la fluidité de la discussion, la curiosité de cet appel après dix ans sans nouvelle, il va surtout y avoir une tension qui naît. Il y a des non-dits, des sous-entendus, et une colère qui germe et qui promet une relation compliquée pour le tournage qui s’annonce. Mais voilà, après avoir planté son décor pendant plus d’une vingtaine de minutes, après avoir fait cette promesse, finalement Sorogoyen n’en fait pas grand-chose.

« il s’aventure sur les sentiers du thriller psychologique »

Alors oui, son film est intéressant, car il s’aventure sur les sentiers du thriller psychologique, et au-delà de ça, il y a tout un cheminement pour se libérer de la colère face à un père absent, mais dans ce qu’il propose, le réalisateur n’en fait pas assez. Il reste très en surface de son sujet, et surtout, il laisse cette impression que “ça peut exploser à n’importe quel moment”, sauf que ça n’explose jamais. Et nous, spectateurs, on reste dans une sorte d’attente permanente.

Il y a bien les à-côtés, le cinéma, un tournage, le travail du réalisateur, des acteurs, mais aussi des techniciens. Puis bien sûr, il y a les acteurs, Javier Bardem, Victoria Luengo, Raúl Arévalo ou encore Marina Foïs, qui crèvent l’écran. Franchement, le casting est irréprochable. Puis Sorogoyen reste un immense metteur en scène. Même quand son film me convainc moins, il reste capable d’offrir des scènes magnifiques, des regards lourds de sens et une tension qui existe presque uniquement dans la manière de filmer les visages et les silences.

« “L’être aimé” traîne de la trame »

Mais voilà, face à tout ça, “L’être aimé” traîne de la trame. Puis Sorogoyen teste des choses qui se posent comme agaçantes, comme cette histoire d’images en noir et blanc, là comme ça, d’un coup. Puis enfin, alors que le film se posait sur une relation père/fille, il s’éparpille, notamment sur son tournage. J’adore les films qui parlent d’un tournage, mais là, ce sujet prend tellement de place dans la trame qu’on finit par douter de ce dont veut parler Sorogoyen. Est-ce un film sur l’absence d’un père ou est-ce un film sur un tournage, tenu par un réalisateur peut-être pas tyrannique, mais assez désagréable et antipathique ?

D’ailleurs, autre élément, malgré de belles scènes, le film manque cruellement d’émotion. Si j’ai aimé ce que le film racontait, je ne peux pas dire que mon cœur et mes émotions ont vibré pour ces personnages, qui m’ont finalement laissé de marbre. Et c’est sûrement ça le plus frustrant. Car tout était là pour que ce film me bouleverse. Le sujet. Les acteurs. Le rapport au cinéma. Les blessures familiales. Mais il y a comme une distance qui reste du début à la fin.

Au bout de tout ça, comme je le disais, “L’être aimé” est loin d’être un mauvais film. Il a des côtés intéressants dans ce qu’il aborde. Cette relation père/fille. Ce tournage. La colère et l’absence du père. Puis il y a la mise en scène bien souvent magnifique de son metteur en scène. Et enfin, il y a ces acteurs géniaux dans ce que le film leur demande de faire. Mais voilà, malgré tout ça, “L’être aimé” manque d’émotion. Puis il se prend les pieds dans sa trame. Il ne va pas vers la confrontation qu’il met en place au début de son histoire et derrière, il se fait trop long. Ainsi, c’est la première fois que je ressors d’un Rodrigo Sorogoyen aussi partagé. Dommage.

Note : 13/20

Par Cinéted

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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