janvier 31, 2023

Another Earth

De : Mike Cahill

Avec Brit Marling, William Mapother, Matthew-Lee Eribach, Robin Lord Taylor

Année : 2011

Pays : Etats-Unis

Genre : Drame, Science-Fiction

Résumé :

Rhoda Williams, brillante jeune diplômée en astrophysique, rêve d’explorer l’espace. John Burroughs est un compositeur au sommet de sa carrière qui attend un deuxième enfant. Le soir où une autre planète semblable à la Terre est découverte, la tragédie les frappe et les vies de ces étrangers deviennent inextricablement liées l’une à l’autre.

Avis :

Mike Cahill est un réalisateur américain qui a fait de la SF intimiste son cheval de bataille. Après un passage dans le documentaire avec Boxers and Ballerinas, qui lui permettra de rencontrer Brit Marling, il va alors coécrire avec cette dernière Another Earth, un film mêle intimement science-fiction avec drame. Le film se fera remarquer en festivals, ce qui permettra aux acolytes de renouveler l’expérience avec I, Origins. Depuis, le succès est un peu moindre. Si l’on retrouve Bliss de Cahill sur Prime Video, le jeune cinéaste végète en réalisant quelques épisodes de série. Bref, une carrière timide, qui pourtant détient un beau premier film, qui ne va pas forcément faire l’unanimité. Car vendu comme film de SF, Another Earth est plus un drame qui montre que la petite histoire d’une humaine est plus importante que la grosse histoire d’une terre parallèle.

Le film raconte l’histoire de Rhoda, une jeune femme qui fête un peu trop son diplôme en astrophysique. Alors qu’elle rentre chez elle, le monde découvre qu’une nouvelle planète vient d’être découverte, une sorte de miroir de la Terre. Malheureusement, entre cette nouvelle et les abus, Rhoda percute de plein fouet une autre voiture, tuant sur le coup un petit garçon de cinq ans, sa mère enceinte et met le père dans le coma. Après autre ans de prison, Rhoda retrouve sa liberté, mais elle n’arrive pas à retrouver sa joie de vivre, vivant avec sa culpabilité. Elle va alors se rapprocher du seul survivant de l’accident, allant même trop loin. Très clairement, Another Earth est un drame qui utilise en filigrane la science-fiction pour apporter un enjeu crucial sur sa fin. Et cela peut en laisser plus d’un sur le carreau.

En effet, le film se vend comme de la SF et même si on en a un petit peu, surtout à travers les découvertes que l’on voit à la télévision, on reste surtout dans la reconstruction d’une femme, qui va essayer de se faire pardonner en reconstruisant l’homme qu’elle a détruit. Le sujet est délicat, abordant notamment le poids de la culpabilité et le fait de vivre avec des morts sur la conscience. Le film opte alors uniquement pour le point de vue de Rhoda, la suivant partout. Brit Marling est de tous les plans et on va la voir, petit à petit, retrouver le sourire aux côtés d’un homme à qui elle a tout enlevé. N’arrivant jamais à lui avouer ce qu’elle a fait, elle va voir le bien qu’elle fait à cet homme en s’invitant dans sa vie.

On observe dès lors une reconstruction en parallèle, entre une femme et, à quelque part, sa victime. Et c’est là que le film peut rencontrer un léger problème. Difficile d’oublier le drame qu’a provoqué cette femme à cause de son insouciance, et de voir à quel point elle va faire du mal à cet homme lorsqu’il faudra lui avouer la vérité. Bien évidemment, la fin joue là-dessus, sur des aveux francs et tendus, affichant alors une vraie descente pour l’homme en question, mais cela sert aussi le propos du twist final. Une façon de se faire pardonner qui est un peu due au hasard, mais qui suit une certaine logique et fait le lien avec l’aspect science-fiction du film. Il est juste dommage que le deuxième twist, le dernier plan du film, manque de finesse.  

Pour autant, la vraie force de ce métrage tient en peu de chose. Un récit solide et touchant, qui montre la reconstruction de deux êtres liés à jamais par un drame. Derrière cela, la mise en scène de Mike Cahill est assez poignante. Si le début fait très amateur, dans le sens on la caméra bouge beaucoup et il n’y a pas de recherche de lumière particulière, on s’habitue très vite à être proche des personnages. Cela donne un aspect très humain à l’ensemble, même lorsque l’on voit la deuxième Terre en arrière-plan. Une Terre omniprésente, mais qui n’occupe pas l’espace. En restant près du corps et de ses personnages, Mike Cahill offre quelque chose de très sensible, mais aussi très naturel et de très vrai.

Cela se retrouve dans la prestation des acteurs qui sont pour la plupart des révélations. Et notamment Brit Marling, qui cosigne le film, mais qui tient aussi le rôle principal. Elle est assez incroyable dans sa prestation, mutique au départ, puis devenant lumineuse au fil des minutes passées aux côtés de cet homme. Quant à William Mapother (le cousin de Tom Cruise s’il vous plait), il obtient enfin un rôle à la mesure de son talent. L’acteur est non seulement touchant, mais il est aussi bouleversant dans sa reconstruction, aussi bien physique que musicale. Le seul petit regret que l’on pourrait avoir concerne les personnages secondaires, qui sont inexistants et manquent cruellement de volume, notamment la famille de Rhoda ou son collègue de travail. Il y avait pourtant matière à faire un peu plus, surtout dans la relation entre Rhoda et son collègue de boulot, qu’elle va rejoindre.

Au final, Another Earth est un très beau film, cela ne fait aucun doute. Seulement, il ment un peu sur sa marchandise et cela peut décevoir. Drame intimiste qui nous prouve que la petite histoire de l’humanité est plus importante que la conquête spatiale, Mike Cahill signe un premier film touchant et douloureux, qui brasse des thèmes comme la reconstruction et le deuil. Avec une mise en scène soignée et sobre, le jeune réalisateur charmera Hollywood pour un deuxième film qui, malheureusement, ne transformera pas l’essai. En l’état, ce premier long est le meilleur film de son réalisateur.

Note : 15/20

Par AqME

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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