novembre 30, 2025

Blut aus Nord – Ethereal Horizons

Avis :

Quand on évoque le métal français, les différents genres se bousculent dans notre mémoire collective. Si pour la masse, on ira plus facilement vers le Punk et le métal alternatif avec des groupes comme Tagada Jones ou Lofofora, il ne faut pas oublier que dans tous les genres, la France est vaillamment représentée. Même dans le Black Métal, que l’on accorde volontiers aux scandinaves, mais les français ne sont pas en reste, avec de plus en plus de groupes qui aiment y ajouter des particularités. Et en ce sens, Blut aus Nord fait partie des piliers du genre. Officiant dans un Post-Black particulier avec des thèmes qui vont de Lovecraft à l’occultisme, en passant par le paganisme, les normands ont su imposer leur patte presque progressive à un genre de niche difficile d’accès. Et ce n’est pas Ethereal Horizons qui va nous faire dire le contraire.

Depuis ses débuts en 1994, le groupe a toujours voulu jouer sur les textures, les ressentis, et une violence latente qui rampe jusqu’à nos tympans. Choisissant toujours de faire des albums à thèmes qui se divisent souvent en plusieurs parties (les trois volumes de 777 ou encore les deux disques de Disharmonium), Blut aus Nord fait aussi des skeuds en stand alone, à l’instar de Ethereal Horizons qui nous préoccupe entre ces lignes. Seizième effort studio, il fait suite au diptyque Disharmonium, qui avait laissé une impression de noirceur étouffante, avec des sonorités lourde et angoissante. Ici, les choses changent clairement, avec quelque chose de plus aérien, de plus éthéré, mais qui n’oublie pas la lourdeur des riffs, et une montée crescendo de l’angoisse. Et tout commence avec Shadows Breathe First, un titre long et puissant, qui tricote énormément, et a le mérite de nous plonger rapidement dans cet univers.

Ici, on retrouve tout ce qui fait le charme du Post-Black, à savoir de gros riffs, des oscillations constantes entre violence innommable et moments vaporeux, puis quelques saillies que l’on n’avait pas vu venir. D’ailleurs, à plus d’une fois, on sera surpris par des assauts de sonorités qui officient comme des jump scare, si on devait comparer cela à du cinéma d’horreur. Cela sera d’autant plus vrai avec Seclusion, qui débute de façon lente et éthérée, avec de lâcher un riff qui résonne comme un coup de canon. Là encore, techniquement, c’est irréprochable, mais ce n’est pas à la portée de toutes les oreilles. Tout comme le chant, qui tient ici une place relativement mineure, mais dont le coté harsh pourrait presque s’assimiler à du bruitisme, à une volonté d’approfondir une ambiance malsaine et inquiétante. Une sorte de litanie du diable qui pourrait provoquer une addiction chez l’auditeur.

The Ordeal sera un titre un peu plus accessible malgré sa longueur. On retrouve ici des riffs plus « classiques », mais au sein d’une composition qui s’alourdit de minute en minute, montant crescendo, jusqu’à un final plutôt épique. The Fall Opens the Sky, qui arrive derrière, reprendra des ingrédients de tous les titres précédents pour offrir un melting-pot infernal, qui nous fait nous sentir tout petit. Encore une fois, Blut aus Nord ne fait pas les choses à moitié, et se décide à fournir quelque chose de lourd, de puissant, d’écrasant, quitte à perdre certains néophytes en cours de route. Mais c’est aussi ce qui fait le charme du groupe, et de cet album, qui prend de l’ampleur à chaque nouvelle écoute, et gagne en richesse. Une richesse qui se retrouve d’un point de vue musical, mais aussi dans un storytelling savamment orchestré, qui peut se passer des mots.

What Burns Now Listens va être un morceau assez plaisant, dans le sens où il est réconfortant dans son riff, qui est moins complexe que sur les autres morceaux. Cependant, il est répété de manière presque cyclique, comme pour du Drone Métal, gagnant alors en puissance, avec un côté entêtant poussé jusqu’à l’extrême. Pour se remettre de tout ça, il fallait bien un interlude en guise de pause. Twin Sun Reverie lorgne vers un Blackgaze ésotérique, pour mieux nous plonger ensuite dans le dernier titre, The End Becomes Grace. Un finish qui pourrait presque se voir comme un moment d’apothéose, mais le groupe va encore une fois surprendre en jouant sur les textures, offrant même des passages évoquant le chant des baleines. C’est à la fois beau et étonnant, mais ça s’inclut parfaitement à l’ambiance générale de cet album, qui ne cesse de surprendre.

Au final, Ethereal Horizons, le dernier album des normands de chez Blut aus Nord, est un excellent disque. Se faisant moins sombre que les deux précédents efforts, le groupe arrive néanmoins à maintenir une ambiance très pesante sur l’ensemble de cet album, grâce à des riffs incisifs et un sens de la composition qui est ébouriffant. Il en résulte alors un excellent skeud, pertinent et complexe, qui n’est pas non plus à la portée de toutes les oreilles, même des plus métalliques.

  • Shadows Breathe First
  • Seclusion
  • The Ordeal
  • The Fall Opens the Sky
  • What Burns Now Listens
  • Twin Sun Reverie
  • The End Becomes Grace

Note : 17/20

Par AqME

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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