novembre 30, 2025

After the Hunt – Un Film Osé et Dérangeant

De : Luca Guadagnino

Avec Julia Roberts, Ayo Edebiri, Andrew Garfield, Michael Stuhlbarg

Année : 2025

Pays : Etats-Unis, Italie

Genre : Drame, Thriller

Résumé :

Une professeure d’université est confrontée à un tournant personnel et professionnel lorsqu’une étudiante brillante porte une accusation contre l’un de ses collègues, tandis qu’un sombre secret de son propre passé menace d’être révélé.

Avis :

Luca Guadagnino, c’est le réalisateur italien qui navigue entre les genres avec une aisance déroutante : drame intimiste, romance sensuelle, horreur baroque, remake ambitieux… Il peut passer d’un film solaire à un film glacial, d’une histoire d’amour délicate à une œuvre radicale. Ce qui caractérise son cinéma, c’est cette manière très personnelle de filmer les relations humaines, les tensions psychologiques, les désirs qui brûlent sous la surface. Il est prolifique, parfois inégal, mais il ose. Et rien que ça, ça le rend passionnant.

L’imprévisible Luca Guadagnino est de retour. À peine neuf mois après « Queer« , voici que le réalisateur italien change de cap, d’époque et de sujet, et nous plonge dans un film particulièrement inscrit dans son époque. Au départ prévu en salle chez nous, le film a été un immense échec aux États-Unis, ce qui fait qu’il débarque finalement chez nous par surprise (enfin… si on peut appeler ça comme ça) sur Amazon Prime. « After The Hunt« , c’est un drame très intéressant, et surtout, loin d’être politiquement correct. C’est un film à double tranchant : à la fois un drame qui observe notre société et confronte plusieurs générations, et un thriller psychologique extrêmement bien orchestré. « After The Hunt« , c’est un film libre, qui n’a pas peur de déranger, de pointer du doigt, de questionner, et oui, peut-être même de juger. Et c’est peut-être bien ce qui n’a pas plu.

« Luca Guadagnino livre un film qui ne passe pas par quatre chemins »

Alma et Hank sont tous les deux professeurs d’université à Yale. Reconnus et réputés parmi leurs pairs, ils ne devraient pas tarder à obtenir un bel avancement. Très amis dans la vie, pour ne pas dire inséparables, voici qu’un événement va venir troubler l’ordre des choses. Un soir, après une soirée chez Alma, Hank raccompagne l’une de ses étudiantes. Le lendemain, cette même étudiante vient trouver Alma… et lui révèle que Hank a abusé d’elle.

Luca Guadagnino est un réalisateur à la filmographie passionnante. Certes, elle est inégale, mais il y a chez lui une envie de cinéma, une audace, un appétit. Il n’a pas peur de s’engouffrer dans un sujet ou un genre, tout comme il n’a pas peur d’oser faire un remake d’un film culte, quitte à se faire détester. Après « Queer« , qui se pose comme l’un de ses films les plus particuliers, il revient avec « After The Hunt« , un film qui, comme je le disais, est tout sauf politiquement correct. À travers l’histoire de cette amitié brisée et de ce professeur accusé de viol, Luca Guadagnino livre un film qui ne passe pas par quatre chemins pour juger ses personnages, et surtout leur milieu, leur confort moral, leurs codes, leurs contradictions.

« After The Hunt » commence comme un drame presque banal : un homme accusé, une parole contre une autre, un choc dans une institution prestigieuse. Mais très vite, le film devient un véritable labyrinthe psychologique qui va bien plus loin que la simple question « qui dit vrai / qui dit faux ». Ce point de départ n’est qu’un prétexte. Le vrai sujet, c’est l’analyse d’un milieu, d’une communauté, d’une façon de penser. Extrêmement bien écrit, cérébral et dérangeant, le film scrute le monde des grandes universités américaines : la lourdeur des institutions, la peur du scandale, le « pas de vagues », le confort bourgeois, le manque de courage face à ce qui demande justement du courage.

« Le film est trop long pour ce qu’il raconte »

Et derrière ça, ce qui est le plus virulent, c’est la critique acerbe que Luca Guadagnino ose adresser à la nouvelle génération : des jeunes qui, selon lui, se victimisent pour exister, utilisent les luttes sociales comme un levier personnel, transforment la fragilité en stratégie. C’est un discours très frontal. Courageux, dérangeant, difficile, assez terrifiant. Le film ose. Oui, il ose. Les confrontations s’enchaînent, certaines absolument magistrales, superbement tenues par Julia Roberts et Andrew Garfield. Le « wokisme » en prend un coup, tout comme l’hypocrisie des institutions. Luca Guadagnino ne choisit pas un camp. Il tape sur tout le monde, et tant pis si ça ne plaît pas. Et franchement… ça faisait longtemps que je n’avais pas vu un film qui ose autant. Ça fait du bien. On respire.

Mais évidemment, tout n’est pas parfait. Le film est trop long pour ce qu’il raconte. Aller jusqu’à deux heures et vingt minutes n’était pas nécessaire. Il y a facilement une vingtaine de minutes qui traînent, surtout dans son ouverture, très lente, qui pose des bases importantes mais qui prend trop de temps à s’installer. Puis au milieu du film, il y a un ventre mou. Un moment où le récit semble tourner un peu sur lui-même, comme si Luca Guadagnino cherchait son élément déclencheur pour repartir vers la conclusion. Et plus loin encore, certaines décisions de mise en scène donnent la sensation que le réalisateur n’a pas cherché à mettre son public à l’aise, ce qui n’est pas un défaut, mais un choix.

Dans un cinéma d’aujourd’hui qui bouge très vite, Luca Guadagnino prend volontairement le contre-pied : il ralentit, crée une ambiance étrange, lourde, presque oppressante. Et la BO n’aide pas toujours. Elle est parfois décalée, parfois brillante, parfois trop insistante et dérangeante. C’est voulu. Tout ici est voulu. « After The Hunt » est un film qui a été pensé comme ça. Et tant pis si ça passe ou si ça casse.

Ainsi donc, ce nouveau film de Luca Guadagnino est un film osé et courageux. « After The Hunt » est un film étonnant, qui va jusqu’au bout de lui-même quitte à nous laisser avec des interrogations et même une sensation de flou. Il n’offre pas de réponses. Il est plus vicieux que ça. C’est un film tenu par un casting magistral, Julia Roberts et Andrew Garfield en tête. C’est un film soutenu par une mise en scène qui a son cachet. C’est un film porté par un ton presque réactionnaire, tant il tape sur tout le monde, avec réflexion, contradiction et jamais de manière gratuite, car bien souvent, il y a un effet miroir à ce que propose le réalisateur.

Certes, il a ses défauts. Certes, il est long. Certes, il va déranger. Mais il est libre. Il propose. Il ose. Il défend son point de vue sans trembler. Ce n’est pas propre. Ce n’est pas lisse. Ça se fiche de vexer. Et ça, à notre époque, ça fait du bien. Bref, « After The Hunt » est un film très intéressant.

Note : 16/20

Par Cinéted

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