
Titre Original : Murder at the Embassy
De : Stephen Shimek
Avec Mischa Barton, Richard Dillane, Mido Hamada, Antonia Bernath
Année : 2025
Pays : Angleterre
Genre : Policier
Résumé :
1934. Miranda Green quitte l’Angleterre pour l’Égypte, espérant échapper à la notoriété après avoir brillamment résolu une affaire criminelle. Mais lorsqu’un meurtre est commis à l’ambassade britannique du Caire, on fait naturellement appel à elle pour enquêter. Dans ce lieu supposé inviolable, chacun devient suspect : un photographe venu couvrir le séjour d’une célèbre actrice, le chef de la sécurité et la traductrice de l’ambassadeur, sans oublier l’ambassadeur lui-même et sa fille. Mais le vol d’un document top secret, la nuit du crime, change la donne : et si l’affaire dépassait le simple meurtre pour ébranler les plus hautes sphères du pouvoir, jusqu’à la famille royale ?
Avis :
Depuis plus de quinze ans, Stephen Shimek est un réalisateur réputé pour fournir des films au rabais, essentiellement destinés au marché du DTV et de la télévision. S’il a pu s’essayer à différents registres, il se focalise surtout sur les productions familiales avec une bonne dose de niaiseries pour dissimuler l’absence d’ambitions véritables. Avec Invitation au meurtre, il proposait une incursion négligée et rudimentaire dans l’œuvre d’Agatha Christie. La faute à une histoire simpliste, des personnages stéréotypés et un caractère ultra-référentiel qui lui ôtait toute identité. Malgré un résultat assez pathétique, le cinéaste signe et persiste. Deuxième enquête de la « truculente » Miranda Green, Meurtre à l’ambassade semble réitérer les mêmes erreurs.

Ici, l’intrigue insuffle l’exotisme du Moyen-Orient avec un séjour en Égypte. Associé au patronyme de la reine du crime, le cadre demeure indissociable de Mort sur le Nil, dont le récit reste l’un des plus astucieux et marquants de son œuvre. D’emblée, Meurtre à l’ambassade ne s’embarrasse guère de circonvolutions pour régurgiter tous les clichés inhérents au pays, à sa culture et à son histoire. Entre deux déambulations au cœur du souk, on a droit à des plans de coupe maintes fois ressassés pour présenter les éléments emblématiques du Caire, non sans délayer quelques anachronismes (plus ou moins ostensibles) au passage. Du reste, il faut se contenter de fréquents allers-retours au sein même de la propriété de l’ambassade.
« une incapacité à ménager le suspense »
À certains égards, on nous prépare à un traitement en huis clos. Cela porte sur la nuit du crime ou le confinement des invités, autrement dit les principaux suspects. Pour autant, la sensation de prise au piège ou un danger latent, inhérent à la présence du coupable, demeure éphémère. La faute à l’absence de suggestion, à tout le moins d’une incapacité à ménager le suspense et étayer une montée en tension progressive. On reste ancré dans une évolution linéaire qui ne souffre d’aucune surprise ni de retournements de situation. Avec son flegme habituel, Miranda Green mène ses investigations au gré de soubresauts scénaristiques à la prévisibilité confondante. Même le crime initial se départit de toute singularité dans le mode opératoire et les circonstances.
S’il y a une affaire à résoudre, elle s’affranchit de toute énigme propre aux faits. On ne retrouve en rien la sophistication des histoires d’Agatha Christie, ces éléments qui caractérisent des enquêtes hors norme. On doit alors se contenter de témoignages laborieux et d’un cheminement parsemé de découvertes opportunes. Celles-ci portent sur les indices à même de mettre en lumière un mobile ou un secret. De plus, la dimension géopolitique, inhérente au lieu et aux fonctions avancés, se veut mal maîtrisée. On aurait pu s’attendre à des ingérences des autorités ou des conséquences sur les relations diplomatiques, en vain. Tout juste aborde-t-on les archaïsmes du film d’espionnage à l’ancienne avec une ribambelle de caricatures ambulantes.
« un panel de personnages toujours aussi inconsistants »
Ces dernières relèvent d’un panel de personnages toujours aussi inconsistants. Les portraits dépeints demeurent superficiels et se résument à rabâcher les poncifs propres à une classe sociale, une profession ou une origine ethnique. L’approche est percluse de maladresses et autres bévues de façade. Cela vaut également pour la présence de nazillons du dimanche et d’un groupe clandestin pour contrecarrer leurs plans. Lesquels, au juste ? Là encore, on se contente d’explications à l’emporte-pièce qui ne viennent même pas justifier tant d’efforts ou de risques. Au travers de déductions attendues, le dénouement multiplie les facilités pour mettre un terme cahin-caha à ces investigations au cheminement alambiqué, et ce, en dépit d’aboutissants sommaires.

Au final, Meurtre à l’ambassade s’inscrit dans la continuité de son prédécesseur. Ce qui n’est en rien un gage de valeur, encore moins de réussite. Stephen Shimek démontre une fois de plus son incapacité à retranscrire la subtilité et l’atmosphère des récits d’Agatha Christie. Sous couvert d’un opportunisme manifeste, il se cantonne à proposer une vision paresseuse, proche de la caricature, de ses meilleures intrigues. Entre des protagonistes sans intérêt, une narration ronflante ou des enjeux binaires, cette nouvelle affaire menée par Miranda Green ne surprend guère, pas même dans sa médiocrité. Mention spéciale à une course poursuite dans les rues du Caire d’une rare indolence. Entre whodunit et cosy mystery, il en ressort une appropriation bancale de ces registres et contestable à de nombreux égards.
Note : 09/20
Par Dante
