
Avis :
Films d’horreur et musique Métal ont toujours fait bon ménage. Allez savoir pourquoi, mais la violence visuelle se marie bien avec la violence auditive, et de ce fait, le mariage des deux médiums culturels était rapidement acté. Du coup, si des films d’horreur utilisent de nombreuses musiques métal pour mettre l’ambiance ou habiller un générique, de nombreux groupes s’amusent avec les codes de l’horreur, aussi bien dans leurs visuels que dans leurs paroles. Et à ce petit jeu-là, Exhumed va loin, très loin. Jusqu’à afficher une pochette bien dégueulasse, que l’on ne peut retrouver sur les réseaux sociaux, sous peine d’une petite restriction. Formé au début des années 90, le groupe fait du Goregrind à la Carcass, avant d’aller plutôt vers le Grindcore et le Death dans sa deuxième partie de carrière. Carrière qui prendra fin en 2005, avant de connaître une résurrection en 2010.
Red Asphalt est le dixième album des américains, et le troisième sans avoir un changement de line-up. Il fait suite à To the Dead, un album qui a eu de bons retours lors de sa sortie en 2022. Volontairement provocateur via sa pochette immonde, Exhumed va encore s’amuser avec les codes de l’horreur pour fournir un album court (un peu plus de trente-six minutes) mais dense, qui frappe fort et se balade entre les genres ultra virulents du Goregrind, Grindcore ou encore d’un Death plus classique. Tout commence avec Unsafe at Any Speed, un titre qui ne fait pas dans la dentelle, et joue avec les codes de tous les sous-genres précités. Ça fait du gargarisme, du growl, la ligne de basse tabasse et les riffs sont saturés au maximum, jusqu’à frôler l’écoutable. Bref, on est bien chez Exhumed, qui ne ment jamais sur sa marchandise.
Mais attention, derrière son côté bravache, le groupe américain n’oublie jamais de présenter sa belle technique et de frapper fort. On a droit à un joli break sous la forme d’un solo hyper véloce, et la performance du guitariste est impressionnante. Bref, derrière son côté brut, le groupe possède ses fulgurances techniques qui lui permettent de sortir du tout-venant. D’ailleurs, Red Asphalt suit le même chemin, via une introduction instrumental forte et marquante. Bien évidemment, par la suite, le groupe part dans le gras et le virulent, mais c’est toujours manié avec une extrême intelligence, évitant de partir dans quelque chose qui n’aurait aucun sens mélodique. Le début de Shock Trauma évoque un Thrash de la belle époque, façon Slayer, et par la suite, le rythme ne va jamais désemplir. Il est certain que ce n’est pas à la portée de toutes les oreilles, mais ça reste massif.

Shovelhead reste un titre assez simple dans sa structure et dans son déroulé. C’est un bon défouloir, mais il ne possède rien de particulier. Par contre, The Iron Graveyard est un morceau d’un brutalité dingue, qui n’épargne rien, ni personne. Les amateurs de violence pure, avec un blast de poulpe, apprécieront certainement ce passage sans temps mort. Puis Crawling From the Wreckage va avoir l’intelligence de ralentir le rythme et de poser une ligne de basse sourde qui va mener la danse dans son démarrage. On s’approche presque d’un Hardcore doomy dans les accords, et cela représente une vraie pause au sein de l’album. Il s’agit peut-être de l’un des morceaux les plus accessibles de la galette, même si sur sa deuxième moitié, les choses s’accélèrent de façon exponentielle. Cependant, on voit que le groupe sait apporter de la variation à ses créations.
De plus, le solo proposé est vraiment excellent, sortant clairement le groupe de sa zone de confort. Signal Thirty va renouer avec une vitesse excessive, mais le chant, moins dans le gargarisme, fait que l’on prendra peut-être plus de plaisir dans l’écoute. Bon, jusqu’à ce qu’arrivent lesdits gargarismes, mais qui ont pour fonction d’appesantir une ambiance déjà bien poisseuse. Death on Four Wheels poursuit le travail de sape opéré avec le morceau précédent, et on va se prendre une nouvelle mandale dans la tronche. Puis Symphorophilia va revenir au fondement même du Grind, à savoir un morceau de moins de deux minutes, qui ne s’arrête pas une seule seconde, avec un growl profond et sale. Cela permet alors d’aborder The Fumes de façon presque sereine, en se disant que ça ne peut pas aller plus vote et plus fort. Ce sera le cas, mais ce dernier titre demeure très bon.
Au final, Red Asphalt, le dernier album de Exhumed, est un très bon album de Goregrind à tendance Death. Les américains démontrent qu’ils sont en très grande forme en ce moment, et ils prouvent aussi que l’on peut faire un genre extrême, tout en jouant sur les textures et les solos techniquement irréprochables. Alors oui, ça ne sort pas d’un carcan que l’on connait d’avance, et le groupe sort rarement de sa zone de confort, mais d’un autre côté, c’est tellement réconfortant, qu’on leur pardonne aisément cette petite facilité.
- Unsafe at Any Speed
- Red Asphalt
- Shock Trauma
- Shovelhead
- The Iron Graveyard
- Crawling From the Wreckage
- Signal Thirty
- Death on Four Wheels
- Symphorophilia
- The Fumes
Note : 14/20
Par AqME
