
De : Eugene Kotlyarenko
Avec Joe Keery, Sasheer Zamata, David Arquette, Mischa Barton
Année : 2020
Pays : Etats-Unis
Genre : Horreur
Résumé :
Comment devenir célèbre sur les réseaux sociaux ? Rien de plus simple pour le jeune Kurt Kunkle : diffusez vos meurtres en ligne, et, ainsi, les followers tomberont du ciel.
Avis :
La vie d’un film dépend énormément de sa communication, mais aussi du bouche-à-oreille qu’il suscite lors de sa sortie. En 2020, Spree a fait beaucoup parler de lui. En premier lieu parce qu’il mettait en scène Joe Keery, alors fraîchement sorti de Stranger Things, dans un rôle de composition où il se met à tuer des gens en live sur internet. En deuxième lieu, parce que le film d’Eugene Kotlyarenko promettait une mise en scène inédite, avec un type qui se filme H24 sur les réseaux sociaux, afin de faire le buzz et d’être connu. Très rapidement, le long-métrage est porté par une excellente rumeur, qui va alors susciter de nombreuses curiosités, jusqu’à devenir un quasi évènement. Cependant, il faut toujours se méfier des mouvements populaires dans le septième art, car ils sont souvent soumis à des conditions, et notamment celle de ne pas connaître suffisamment les films d’horreur.

Spree est un film relativement simple, qui va suivre un parcours brisé d’un Gen Z qui veut à tout prix la notoriété sur les réseaux sociaux. Avant le générique de début, on a droit à un carton qui évoque Kurt Kunkle, un jeune adulte qui tient une chaîne en live où il raconte sa vie. Malheureusement, ses vues ne dépassent jamais les deux chiffres, et malgré une accumulation de vidéos et de concepts, ça ne fonctionne jamais. Un autre carton apparaît alors, nous expliquant que finalement, Kurt Kunkle va trouver le succès. Le scénario part alors très vite dans une explication frontale, où le jeune homme devient conducteur sur l’application Spree, et il va s’amuser à tuer différentes personnes en direct. Dès lors, le format va constamment jouer sur la mise en scène en multipliant les caméras et les effets de prises de vue.
« tout cela reste bien timide, et déjà vu »
D’un point de vue purement factuel, Spree ne révolutionne en rien le genre. Le concept a déjà été vu maintes fois, et sous divers genres, notamment le thriller. On a droit à un type qui nous parle, qui fait ses lives dans l’espoir d’appâter le chaland et qui devient totalement accro aux likes et à cette culture du vide. Du moins, les choses ne tournent pas comme il l’entend, jusqu’à ce qu’il s’en prenne à un autre vidéaste qui possède une communauté solide, puis à une reine des réseaux sociaux qui fait du stand-up. Une fois le succès au rendez-vous, le type ne peut plus s’arrêter, devenant complètement addict à la notoriété, et allant toujours plus loin dans le crime crapoteux. On voit bien que Spree essaye de raconter une histoire qui a du fond, et une réflexion très moderne, mais tout cela reste bien timide, et déjà vu.
De plus, il faut vraiment adhérer à la forme. Bien entendu, on va avoir de multiples explications sur les différents champs visuels, puisque l’on voit Kurt installer toutes les caméras dans sa voiture. Le problème, c’est que parfois, ça part dans tous les sens, et l’ensemble demeure difficilement lisible. Tout comme on alterne de temps à autre sur d’autres objectifs que son téléphone ou ses caméras, et la cohésion du film en prend un coup. L’autre gros problème avec ce genre de mise en scène, c’est que ça ne recherche jamais le beau. On est constamment en mouvement, sur le vif, et l’histoire ne prend jamais le temps de vraiment s’installer, tout comme le réalisateur ne prend jamais le temps de poser sa caméra pour faire des scènes marquantes. Et du coup, on s’ennuie, car malgré le côté frénétique du film, il n’y a rien de vraiment sulfureux ou impactant.
« Heureusement qu’il y a la prestation de Joe Keery«
De plus, d’un point de vue gore, ou tout du moins de la mise en scène des mises à mort, il n’y a rien de vraiment original. Notre psychopathe s’amuse à piéger l’eau à disposition dans la voiture, pour ensuite faire ce qu’il veut des clients. Jusqu’à ce qu’il trouve plus amusant que leur rouler dessus, ou encore de les bloquer à travers une fenêtre, jusqu’à ce que des chiens viennent les boulotter. Ça reste très sage, et malgré le côté sulfureux que l’on pourrait avoir à suivre un type qui perd le contrôle de sa vie, on reste dans l’expectative d’un truc un peu plus choquant.
Alors oui, l’un des intérêts réside dans les victimes, qui sont toutes des saloperies, du type raciste au début, en passant par la femme d’affaires impolie ou les jeunes fêtards ayant une haute estime d’eux-mêmes, mais ils rentrent tellement dans des clichés que l’on se fout complètement de leur sort. Heureusement qu’il y a la prestation de Joe Keery, qui semble s’éclater dans ce rôle de zinzin, où il en devient quasiment empathique, tant il est victime d’une addiction dont il ne se sortira jamais. On va plus avoir de la compassion pour lui que pour la final girl, une femme qui fait du stand-up et qui est imbue d’elle-même, à un tel point qu’elle en devient insupportable. Là-dessus, le film est intéressant, car il inverse les rôles, rendant le tueur sympathique, et la survivante pénible, à un tel point que l’on espère qu’elle va mourir.

Au final, Spree est un film assez moyen. Ce n’est pas désagréable, l’idée de fond est bonne, même si elle a déjà été abordée plusieurs fois au cinéma. Le problème provient d’une mise en scène qui se veut moderne, mais qui en oublie la beauté du septième art, refusant alors toute recherche du beau et du marquant. Spree est un film à destination d’un public assez jeune, qui fait ses premiers pas dans le cinéma d’horreur, avec des éléments modernes qui vont parler à cette génération, déjà addict aux réseaux et à la culture du like. Bref, il s’agit-là d’un film lambda, qui ne mérite pas son bouche-à-oreille de l’époque, même s’il demeure sympathique.
Note : 11/20
Par AqME
