
Avis :
C’est fou de se dire que certains groupes sont prêts à renier leurs racines dans l’espoir vain de remplir des stades. Prenons comme exemple les américains de Shinedown, puisque c’est l’objet de cette chronique (ou tout du moins leur dernier album). Le groupe se fonde au début des années 2000 autour du chanteur Brent Smith, et très rapidement, ils vont être rangés dans la catégorie du Métal alternatif. Comprenez par là qu’ils sont affiliés à des formations comme 3 Doors Down, Breaking Benjamin, ou encore Sevendust. Des groupes qui offrent des riffs assez lourds, mais qui ont une forte appétence pour le chant clair et les refrains qui restent en tête. Aujourd’hui, Shinedown a plus sa place dans le rayon Pop Rock, un virage qui s’est amorcé petit à petit, et dont les racines « métal » ne sont plus que des réminiscences fugaces. EI8HT peut en attester.
Huitième album du groupe, comme l’indique son nom, le dernier opus en date marque un élan de générosité qui sera un premier pas de faiblesse. Dix-huit morceaux, c’est beaucoup trop, surtout quand tout se ressemble et rentre dans un carcan taillé pour la radiophonie américaine. Très clairement, il y a bien six morceaux de trop, qui ne servent qu’à faire du remplissage. Mais le principal problème ne réside pas que là. En effet, après plusieurs écoutes plus ou moins laborieuses, on va se rendre compte que le groupe fait le choix de se transformer en un ersatz de Imagine Dragons ou de Coldplay. On sent une forte envie de faire de la musique plus accessible, quitte à y délaisser son énergie et son identité. Cela ne se ressent pourtant pas trop dans les deux premiers morceaux. At the Bottom a ce côté rebondissant dans les riffs du refrain.
Quelques éclats fugaces qui font dire que pour un début, c’est mitigé, mais ça laisse planer le doute sur une possible montée en puissance. Puis Dance, Kid, Dance monte bien crescendo avec un gros riff et une batterie qui est toujours aussi brillante. Oui, c’est très Pop, mais ça fonctionne particulièrement bien et ça peut se voir comme une formidable porte d’entrée dans le genre. Mais derrière ça, il va falloir attendre au moins sept titres avant de reprendre un shoot d’adrénaline. Burning Down the Disco est sympathique mais demeure assez inconséquent, même si on peut lui trouver des qualités. Three Six Five est tout simplement catastrophique. On est sur du mid-tempo sans saveur, avec une mélodie très basique qui ressemble à n’importe quel autre titre Pop-Rock. Puis Young Again n’a aucune imagination. C’est du réchauffé de tous les gros groupes Pop vaguement Rock.

A la rigueur, Dizzy sort un peu du lot. Il faut dire que Brent Smith a une sacrée voix, et cette introduction à capella fonctionne parfaitement, avec des paroles qui restent bien en tête. Mais derrière, Imposter, Machine Gun et Outlaw sont des morceaux qui ne servent strictement à rien. C’est mauvais du début à la fin, ça n’apporte rien au genre, et surtout, ça compte énormément sur ses onomatopées pour faire chanter le public. En plus de ça, ce sont des titres qui ne restent pas en tête, qui manquent de charisme. Heureusement, Safe and Sound arrive à la rescousse et c’est clairement le seul morceau un peu Heavy de cet album. Le démarrage est tonitruant, la batterie joue à la perfection, et les riffs sont relativement lourds. C’est le seul titre de l’album qui vaut vraiment le coup et qui a même un petit solo de gratte.
Malheureusement, derrière ça, ce sera un peu le néant. Un néant qui ne sera pas désagréable, mais qui aura des relents nostalgiques, nous rappelant alors le passé glorieux d’un groupe qui sombre petit à petit dans le mercantile. Searchlight est une jolie ballade, mais on une impression de déjà-entendu qui est assez dingue. Bear With Me est un morceau joyeux, mais qui est d’une naïveté pénible. Deep End est tout simplement catastrophique avec une envie de faire du Depeche Mode low cost. Killing Fields est d’un ennui mortel sinon son refrain qui reste en tête un long moment. Back to the Living compte beaucoup trop sur son chanteur pour proposer quelque chose de neuf. Wide Open est totalement oubliable. So Glad That you Asked est un titre à mettre à la poubelle. Puis The Pilot clôture l’ensemble sur une ballade suave qui manque cruellement d’idées novatrices.
Au final, EI8Ht, le dernier album de Shinedown, s’éloigne considérablement des débuts du groupe, n’ayant plus que des résidus de métal alternatif. Album après album, le groupe devient de plus en plus mainstream, et se perd dans des sonorités que l’on a déjà entendu des milliers de fois, sans y apporter une once de modernité. Certes, le chanteur est toujours aussi bon, la batterie est toujours aussi percutante, mais l’ensemble est noyé dans un marasme qui se destine au tout-venant, et c’est triste.
- At the Bottom
- Dance, Kid, Dance
- Burning Down the Disco
- Three Six Five
- Young Again
- Dizzy
- Imposter
- Machine Gun
- Outlaw
- Safe and Sound
- Searchlight
- Bear With Me
- Deep End
- Killing Fields
- Back to the Living
- Wide Open
- So Glad That You Asked
- The Pilot
Par AqME
Note : 10/20
