
Titre Original : Ani wo mochihakoberu saizu ni
De : Ryôta Nakano
Avec Kô Shibasaki, Joe Odagiri, Hikari Mitsushima, Aoyama Himeno
Année : 2026
Pays : Japon
Genre : Drame, Comédie
Résumé :
Entre Riko et son frère aîné, rien n’a jamais été simple. Même après sa mort, ce dernier trouve encore le moyen de lui compliquer la vie : une pile de factures, des souvenirs embarrassants… et un fils ! Aux côtés de son ex-belle-sœur, elle traverse ce capharnaüm entre fous rires et confidences, et redécouvre peu à peu un frère plus proche qu’elle ne l’imaginait… mais toujours aussi encombrant !
Avis :
Dans le paysage du cinéma japonais, Ryôta Nakano est l’une des nouvelles voix qui s’élèvent. Né en 1973, il fait des études de cinéma et commence comme assistant sur des longs-métrages et des séries. Il renonce un temps, s’éloigne, mais c’est pour mieux revenir. C’est en 2012 qu’il réalise son premier film, « Chichi o tori ni« , qui demeure inédit chez nous. Pour découvrir le cinéma de Ryôta Nakano, il faudra attendre 2023 et le superbe « La Famille Asada« . Le film avait attiré plus de deux-cent mille spectateurs, ce qui est un petit événement pour un film japonais qui n’est pas un film d’animation. Ce succès lui ouvre alors les portes de nos salles de cinéma.

Trois ans plus tard, le réalisateur revient avec « Mon grand frère et moi« , un film qui porte pleinement l’ADN de son cinéma. Ryôta Nakano aime parler de la famille, de la perte d’un être cher et de la reconstruction. Joli, délicat et lumineux, « Mon grand frère et moi » se pose comme un beau drame, capable de toucher son spectateur. Peut-être moins bouleversant que « La Famille Asada« , le film parvient toutefois à nous tenir avec grâce et poésie, et finalement, c’est exactement ce qu’on venait chercher.
« »Mon grand frère et moi » est un joli drame qui parle du deuil »
Rien n’a jamais été simple entre Riko et son grand frère. Il faut dire que ce dernier avait l’art et la manière de se mettre dans le pétrin et d’accumuler les dettes. Un jour, pour Riko, ça a été la demande de trop et elle a coupé les ponts. Aujourd’hui, cela fait sept ans qu’elle n’a pas vu son frère. Elle ne lui répond plus. Puis un soir, le téléphone sonne. À l’autre bout de la ligne, la police lui annonce que le corps de son frère a été retrouvé chez lui. Divorcée de son mari, Riko est alors celle qui doit s’occuper de tout. Elle part donc quelques jours et retrouve sur place son ex-belle-sœur, la mère de son neveu et de sa nièce.
Deuxième film de Ryôta Nakano à arriver chez nous, « Mon grand frère et moi » est un joli drame qui parle du deuil, de ceux qui restent après le départ d’un être cher, et au-delà de ça, de la redécouverte d’un homme qui n’était finalement plus vraiment connu, presque oublié de ceux qui l’avaient aimé.
Des films sur le deuil et sur la redécouverte d’un proche que l’on a mis de côté, il y en a beaucoup. C’est un sujet que les cinéastes du monde entier aiment traiter, et c’est peut-être pour cela que « Mon grand frère et moi » se fait moins fort que « La Famille Asada« . En un sens, on connaît ce schéma presque par cœur. Très vite, on comprend que ce frère n’a plus grand-chose à voir avec le souvenir que cette sœur en avait. Petit à petit, elle va le redécouvrir et devoir composer avec les regrets de ne pas avoir repris contact.
« Une mise en scène pleine de grâce, de poésie »
Mais ce schéma, aussi classique soit-il, n’empêche pas « Mon grand frère et moi » de nous attraper pour ne plus nous lâcher. Si ce n’est pas très original, l’ensemble reste très efficace, et le film le doit beaucoup à la mise en scène de Ryôta Nakano. Une mise en scène pleine de grâce, de poésie, ponctuée de petits moments décalés avec ce grand frère haut en couleur qui s’invite tantôt dans les souvenirs, tantôt comme un fantôme imaginé par cette sœur, écrivaine, qui essaie de faire son deuil comme elle le peut. Cet élément apporte une touche de comédie dramatique bienvenue, comme des respirations au milieu du drame, et ça fait beaucoup de bien.
Le film part aussi à la découverte de cette famille recomposée et des blessures que ce père a infligées à chacun. Là encore, c’est traité avec beaucoup de douceur. Les portraits que le film brosse, que ce soit celui de cette mère de famille, de cette adolescente ou du petit neveu, apportent une vraie profondeur à l’ensemble. Une profondeur qui doit aussi énormément à ses comédiennes. Kô Shibasaki est, une fois encore, parfaite. Elle tient ce rôle avec émotion et une grande dignité. À ses côtés, Hikari Mitsushima est une magnifique révélation dans la peau de cette mère pleine de regrets. Le trio se complète avec Aoyama Himeno, qui incarne un personnage tout en finesse.
Ces trois femmes sont profondément touchantes, et malgré le drame de la perte, « Mon grand frère et moi » conserve toujours une source de lumière. Ryôta Nakano signe un film lumineux qui, tout en parlant de la mort et du deuil, parle avant tout des vivants, nous invitant à profiter de nos proches, à pardonner et à laisser une seconde chance.

Avec ce film, Ryôta Nakano confirme ce que je pensais déjà de son cinéma. Si « Mon grand frère et moi » est loin d’être le film le plus original qui soit, il n’en demeure pas moins un très joli film, qui parle avec justesse du deuil et de la reconstruction. Porté par une mise en scène d’une grande délicatesse, les deux heures passées en compagnie de ces personnages, loin de Tokyo et de l’image carte postale du Japon, offrent un beau moment d’émotions et même de rires. En deux films seulement arrivés chez nous, Ryôta Nakano s’impose désormais comme une voix qui compte, et que j’ai envie de placer aux côtés de mes cinéastes japonais contemporains préférés.
Note : 13/20
Par Cinéted
