mai 6, 2026

Venom – Into Oblivion

Avis :

C’est dans les vieux pots que l’on fait les meilleures confitures. Voilà un adage ultra connu, qui n’est pourtant pas tout le temps véridique, notamment dans le monde de l’art, quand on voit le nombre incalculable de vieux groupes qui s’obstinent à retrouver leur gloire d’antan. Malheureusement, le public change, les mœurs changent aussi, et parfois, ne pas céder aux trompettes de la modernité peut causer du tort. Sauf que cela ne semble pas perturber le groupe emblématique britannique Venom. Fondé en 1979, le groupe anglais s’est rapidement taillé une réputation sulfureuse, étant considéré alors comme les fondateurs du Black Métal (même si cela n’est pas vrai), ou tout du moins comme les piliers du métal extrême. Néanmoins, la carrière du groupe n’est pas lisse, et entre de nombreux hiatus et des changements de line-up, Venom survit tant bien que mal.

Into Oblivion est le seizième album de la formation, qui est stable depuis 2009. Mais cela faisait huit ans que nous étions sans grande nouvelle du groupe, dont le seul membre d’origine est le bassiste et chanteur Cronos. Pour autant, après quelques box sets et des compilations, Venom revient aujourd’hui et on pourrait s’attendre à une sorte de renouveau, de renaissance, avec une tentative d’aller vers les nouvelles technologies. Il n’en sera rien. La première chose qui frappe quand on se lance dans une première écoute, c’est que le groupe ne cède pas aux sirènes de la modernité, et refuse catégoriquement d’ajouter des éléments nouveaux dans ses compositions. Il en résulte un album brut, taillé pour la scène, et qui détient tous les éléments que l’on aime au sein d’un Venom. C’est-à-dire quelque chose de classique et classieux, tout en abordant différents sous-genres du métal.

Tout commence avec Into Oblivion, et on va rapidement entendre que la production du disque n’est pas optimale. Ou disons plutôt que nous sommes loin des surproductions actuelles, où tout est transformé en post-prod. Le morceau épouse un genre plutôt Heavy, avec quelques pointes blacky sur la batterie, mais on reste dans quelque chose d’abordable pour le commun des mortels. Les choses deviendront plus rugueuses avec Lay Down Your Soul. Sec et plus proche du Speed, le morceau envoie du lourd et propose une énergie brute communicative. Difficile ici de ne pas headbanger dans les sens. Bien évidemment, d’un point de vue thématique, on reste dans quelque chose de sulfureux, qui correspond parfaitement à l’image du groupe. Mais ce qui marque le plus, c’est cet aspect « à vif » que possède le titre, et c’est un plaisir très régressif que d’entendre cela en 2026.

Nevermore va aller plus loin dans la lourdeur des riffs. Le morceau est puissant, lourd et rapide, mais il lui manque une aura plus marquée. La structure est semblable au titre précédent, et finalement, malgré la lourdeur, il reste un peu effacé. On préfèrera l’introduction massive de Man & Beast, répétitive à souhait, restant alors en tête avec une rythmique infernale qui ne nous quittera plus. Là encore, Venom ne propose aucun brin de nouveauté, mais l’efficacité brute est bien présente, ne nous laissant pas une seconde de répit. Puis Death the Leveller épouse un Heavy/Speed qui nous replonge immédiatement dans les années 80. Que ce soit dans la production, dans la structure, le thème, on est pleinement dans un retour en arrière qui peut se voir comme un hommage. Et ça fait un bien fou d’avoir ça, avec en prime un joli solo déstructuré.

Après ce titre court, le groupe propose la pièce-maîtresse de l’album, As Above so Below, et c’est un excellent titre, qui peaufine son atmosphère pour mieux nous plonger dans un abysse de noirceur. Certes, musicalement, on est loin d’un Black Métal surpuissant, mais on reste sur un Métal sombre et addictif. Kicked Outta Hell viendra alors apporter un peu plus de spontanéité dans tout ça, avec un titre brut et vif, qui fera clairement parler la poudre. Legend sera un morceau un peu moins marquant malgré sa belle ligne de basse, mais Live Loud viendra rapidement rehausser le niveau. Là encore, la production qui évoque un enregistrement de concert participe à cette sensation de véracité et de pris sur le vif. Metal Bloody Metal propose une rythmique à la Groove Métal, et c’est vraiment grisant. Puis les trois derniers titres seront tout aussi bons, notamment Deathwitch.

Au final, Into Oblivion, le dernier album en date de Venom, est une belle réussite, qui démontre une forte envie de ne pas rentrer dans les carcans de la musique moderne. Résolument ancré dans les années 80, le trio se refuse tout ajout superflu et préfère être honnête avec lui-même, ce qui donne un album franc, puissant, avec une belle sensation de prise live. Le groupe a beau avoir plus de quarante ans, et un train de vie houleux, il n’en demeure pas moins que cet album est réussi, et prouve que les vieux de la vieille ont encore des choses à dire.

  • Into Oblivion
  • Lay Down Your Soul
  • Nevermore
  • Man & Beast
  • Death the Leveller
  • As Above so Below
  • Kicked Outta Hell
  • Legend
  • Live Loud
  • Metal Bloody Metal
  • Dogs of War
  • Deathwitch
  • Unholy Mother

Note : 17/20

Par AqME

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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