
De : Antoine Fuqua
Avec Jaafar Jackson, Colman Domingo, Nia Long, Miles Teller
Année : 2026
Pays : Etats-Unis
Genre : Biopic
Résumé :
Michael dresse le portrait cinématographique de la vie de l’un des artistes les plus influents de notre époque.
Le film raconte l’histoire de Michael Jackson au-delà de la musique, depuis la découverte d’un talent hors du commun en tant que leader des Jackson Five, jusqu’à l’artiste visionnaire dont l’ambition créative a alimenté une quête incessante pour devenir le plus grand artiste au monde.
Mettant en lumière sa vie hors scène et ses performances les plus emblématiques de ses débuts en solo, le film offre au public une place au premier rang pour découvrir Michael Jackson comme jamais auparavant. C’est ici que son histoire commence.
Avis :
Sur le papier, Antoine Fuqua a été choisi pour réaliser “Michael” avec une idée assez claire : apporter une approche plus brute, plus humaine et plus ancrée dans le réel à l’histoire de Michael Jackson. Le réalisateur a expliqué une volonté de faire un film nuancé, qui raconterait à la fois l’icône et l’homme, avec ses zones d’ombre. L’homme avec ses contradictions, ses complexes, ses failles, ses blessures… Le projet était de raconter cette vie hors norme sans pour autant tomber dans le biopic musical facile et la figure figée. Mais ça, c’était la théorie.

Avril 2026, l’événement du mois au cinéma, c’est bien sûr le film qui retrace les premières années de la carrière de Michael Jackson, figure de la pop incontournable et indémodable. Chapeauté par la famille Jackson en arrière-plan, “Michael” est un film qui part du début des Jackson 5 pour aller jusqu’au “Bad Tour” en 1988. Ce premier film (car oui, il va y avoir une suite) retrace vingt ans de vie. Vingt ans de disques, d’audaces, d’envies de révolutionner la musique et, au-delà de ça, vingt ans sous emprise, celle d’un père tyrannique et on ne peut plus envahissant.
« “Michael” est un biopic comme on en voit plein tous les ans »
Sur sa forme, “Michael” est un biopic comme on en voit plein tous les ans, et dans sa fonction de biopic qui retrace en mode fiche Wikipédia, le film d’Antoine Fuqua fait son travail. Les deux heures passent vite, et derrière ça, la musique est là. Et c’est sûrement elle qui fait qu’on passe un meilleur moment devant le film. “Michael”, c’est un film où la musique est tellement présente qu’elle va gommer beaucoup des manques du film.
Gary, Indiana, début des années 60. Dans un quartier noir et pauvre de la ville, Joe Jackson, un père dur, fait répéter ses garçons dans leur salon. L’homme est dur avec ses fils. Il les force à répéter encore et encore, car il croit en eux et veut le meilleur, même si cela implique une discipline féroce. Au sein de cette fratrie, il y a le plus jeune, Michael. Un petit garçon de huit ans, à la voix d’or et surtout au destin extraordinaire.
Parmi les artistes sur lesquels on peut faire un biopic, “Michael” était sûrement l’un des plus difficiles à réaliser et l’un des plus audacieux. Il faut dire que le King of Pop n’a rien perdu de sa superbe, alors même qu’on s’approche des vingt ans de sa disparition.
« “Michael” est un film qui déçoit sur beaucoup de points »
Si l’on prend “Michael” tel qu’il est, on ne peut pas dire que le moment soit désagréable. Le film enchaîne les gros événements très vite. Le rythme est là. Les chansons s’enchaînent très bien. Et derrière cette immense machine de guerre, ce premier film, c’est surtout l’histoire d’un petit garçon devenu jeune adulte qui doit s’émanciper de son père. Un père très présent, trop présent. Un père qui écrase tout et tout le monde.
Face à cela, il y a l’artiste, enfermé dans son monde, avec une envie démesurée de briller, d’être le plus grand, celui dont l’histoire retiendra le nom. Ces deux aspects-là du film sont les plus intéressants. De ce côté-là, le film est touchant, et même s’il ne nous apprend pas grand-chose au final, il se laisse suivre sans problème. Mais voilà, malgré ces bons éléments, “Michael” est un film qui déçoit sur beaucoup de points. La première chose qui frappe, c’est son histoire et les manques criants qu’elle peut avoir. Faire un biopic sur un artiste, c’est toujours faire des choix, mais là, ce n’est plus du tri, c’est de l’angélisme.
Outre le fait qu’on ne mentionne absolument pas des figures essentielles comme Diana Ross ou Janet Jackson, il y a quelque chose d’extrêmement dérangeant : le fait que Michael soit présenté comme un génie totalement inné. Tout va beaucoup trop vite. Le film saute des années entières et, surtout, il ne montre jamais le travail colossal derrière le talent. Michael Jackson était un génie, oui, mais aussi un travailleur acharné. Ici, on ne le voit jamais répéter, jamais chercher, jamais construire. Jamais on ne le voit vraiment danser en apprentissage, jamais travailler avec des chorégraphes. Tout semble venir de lui, instantanément. Même les sessions avec Quincy Jones paraissent anecdotiques, alors qu’elles sont fondamentales dans sa carrière. Ici, Michael sait tout, tout le temps. Même dans la mise en scène, on le voit donner des conseils à John Landis… bon.
« En revanche, Colman Domingo est impressionnant «
En fait, le film préfère rejouer les moments iconiques. Les clips, les concerts, les tubes. On est constamment dans une zone de confort. Le spectateur reconnaît, et donc il adhère. Mais derrière ça, il manque l’essentiel : la construction de l’artiste.
Heureusement, il reste l’interprétation de Jaafar Jackson, qui se donne totalement pour faire revivre son oncle à l’écran. Même si la ressemblance ne m’a pas autant frappé que certains, il est très investi dans le rôle. Il apporte une vraie émotion et donne envie de suivre le personnage malgré les failles du scénario. Autour de lui, les autres personnages sont beaucoup trop en retrait. Les frères sont presque des figurants. En revanche, Colman Domingo est impressionnant dans le rôle de Joe Jackson. Il impose une vraie présence et vole parfois la vedette.

Au bout du compte, “Michael” est un biopic qui fait le travail… mais sans jamais vraiment aller plus loin. Oui, on apprécie le souci du détail, les reconstitutions fidèles, les moments musicaux. Oui, on est touché par cette relation père/fils et cette envie d’émancipation. Mais le film reste en surface. Il oublie des pans entiers de l’histoire, simplifie, arrange, édulcore. Il préfère rassurer plutôt que déranger. Faire plaisir plutôt que creuser.
Ainsi, “Michael” se laisse regarder sans problème, porté par sa musique, son énergie et son acteur principal. Mais ça reste un biopic assez classique, qui donne l’impression d’être grand, sans jamais vraiment l’être. Dommage.
Note : 10,5/20
Par Cinéted
