
De : Gore Verbinski
Avec Sam Rockwell, Juno Temple, Haley Lu Richardson, Michael Pena
Année : 2026
Pays : Etats-Unis, Allemagne
Genre : Aventure, Comédie, Science-Fiction
Résumé :
Un soir, dans un resto minable de Los Angeles, un homme étrange et débraillé débarque avec un détonateur à la main et affirme venir du futur. Ce serait la 117ème fois qu’il remonte le temps pour empêcher l’apocalypse déclenchée par une IA et sauver une humanité lobotomisée par les écrans. Son ultime stratégie : recruter les clients du restaurant pour former une équipe capable de sauver le Monde. Si ce groupe aussi improbable que mal préparé y parvient, alors l’Humanité a peut-être encore une chance… Ou peut-être pas. Qui sait ?
Avis :
Gore Verbinski est un réalisateur américain connu pour son sens du spectacle et son univers visuel très marqué, capable de passer du blockbuster comme “Pirates des Caraïbes” à des projets plus sombres et étranges comme “A Cure for Life”. Justement, après ce film sorti en 2017, le réalisateur disparaît des radars pendant plusieurs années. Une pause qui s’explique par plusieurs choses : l’échec commercial du film, des projets annulés ou repoussés, et surtout une envie de prendre du recul après des années à enchaîner des productions lourdes. Plutôt que de revenir vite, Verbinski a préféré attendre le bon projet, quitte à s’éloigner longtemps des plateaux.

Gore Verbinski est un metteur en scène que j’ai découvert avec le premier “Pirates des Caraïbes”. Je me souviens encore de cette séance au Grand Rex. Une claque et un amour naissant. Derrière, j’ai enchaîné avec les suites, puis j’ai suivi le bonhomme. Et depuis, j’ai vu tous ses films en salle. Alors forcément, après neuf ans d’absence, impossible de passer à côté de “Good Luck Have Fun Don’t Die”. D’autant plus que, dans la production actuelle, ce genre de projet, c’est une prise de risque. Une vraie. Et ça, déjà, ça fait plaisir.
« Ça part dans tous les sens, et en même temps, c’est hyper maîtrisé »
Un type débarque de nulle part dans un diner… Il annonce :
— Ce n’est pas un braquage. Je viens du futur. Un ennemi arrive, il va vous donner tout ce que vous voulez, mais au final, ce sera un gros mensonge. Les choses ne vont pas bien se passer pour vous dans le futur… Dans ce resto, on a une chance de sauver l’humanité… Et voilà comment tout commence…
Un peu de liberté et d’originalité au cinéma, ça ne fait clairement pas de mal. Et encore plus quand ça vient d’un mec comme Gore Verbinski. Franchement, on n’y croyait presque plus. Neuf ans sans nouvelles, après l’échec de “A Cure for Life”, ça sentait presque la fin de carrière arriver. Et pourtant, il revient. Et il revient avec un film complètement barré. “Good Luck Have Fun Don’t Die”, c’est typiquement le genre de film qui ne ressemble à rien d’autre. Un mélange de science-fiction, d’action, de comédie, de réflexion, avec un côté totalement imprévisible. Ça part dans tous les sens, et en même temps, c’est hyper maîtrisé. Et ça, c’est fort. Parce que sur le papier, c’est le chaos total. À l’écran, c’est du chaos, mais qui se suit avec passion.
Le film joue avec les voyages dans le temps, avec son concept, même si l’on comprend très vite que cette mission, cette boucle temporelle, se joue sur cette soirée-là. Peut-être même que ça peut être la bonne boucle. À plus d’un moment, le film s’amuse avec sa tension, avec l’envie de repartir, de tout recommencer, mais ça tient bon et ça avance d’étape en étape, et ça, c’est génial. Surtout que ça tient jusqu’à la toute fin. Et derrière ce côté fun, il y a du fond. Une vraie réflexion. Le film parle de notre rapport à la technologie, à l’intelligence artificielle, à notre dépendance aux écrans. Et ça, c’est fait avec humour, mais aussi avec une petite caricature assez délirante. Le côté film de zombies, parfois, c’est à se tordre.
« Gore Verbinski met une petite claque à pas mal de blockbusters récents »
Ce qui marche aussi très bien, ce sont les personnages. Cette bande de bras cassés fonctionne à fond. Ils sont imparfaits, totalement largués et incrédules, mais ils montent au front presque malgré eux. Et surtout, ils sont attachants. Le film prend le temps de nous les présenter, de les installer et de les faire exister chacun à leur manière. Alors oui, il y a un petit reproche qu’on peut faire. On devine parfois un peu trop facilement qui va s’en sortir ou non, notamment à cause du casting. Certains visages sont plus connus, et du coup, on anticipe un peu. Et c’est dommage, parce que ça enlève une petite part de suspense. Mais honnêtement, face à tout ce que propose le film, ça reste un détail.
Parce que ce qui impressionne vraiment, c’est la créativité. Le film est tourné avec un budget d’environ 20 millions de dollars. Autant dire rien du tout comparé aux standards actuels. Et pourtant, à l’écran, ça ne se voit pas. Ou plutôt, ça se voit dans le bon sens. Tout est utilisé intelligemment. Il n’y a pas de débauche inutile d’effets. Tout est pensé. Chaque idée compte, et surtout, ça nous entraîne vers un final assez dantesque. Et là, clairement, Gore Verbinski met une petite claque à pas mal de blockbusters récents. Des films à 200 millions qui n’ont ni idée, ni âme, ni envie. Là, avec beaucoup moins, il propose un vrai divertissement. Un truc vivant, osé, fou furieux et qui déborde d’envie et d’amour.
Visuellement, c’est aussi très solide. Il y a des idées de mise en scène, des plans qui marquent, des séquences qui restent. Et surtout, il y a un rythme. Ces deux heures et quart sont passées très, très vite. Et puis, comme je disais plus haut, il y a ce final. Un final ultra malin, parce qu’il ne donne pas tout. Il laisse une place à l’interprétation. À plusieurs interprétations. Et ça, ça fait du bien. On sort du film en se posant des questions. Il n’y a pas de frustration. Non, “Good Luck Have Fun Don’t Die” crée de la stimulation et une envie de le revoir, histoire de savoir où ça vrille… ou non.

Au bout du compte, ce retour de Gore Verbinski est ultra plaisant. Le réalisateur livre un film qui peut donner l’impression d’être en roue libre, mais ce n’est absolument pas le cas. Tout est pensé, tout est construit. C’est du divertissement, oui, mais du divertissement intelligent. Et même carrément jouissif par moments. “Good Luck Have Fun Don’t Die”, c’est un film qui a du fond, du style, du caractère. Et derrière tout ce délire autour de l’IA et du temps, il y a une vraie émotion qui finit par s’installer, car le cœur de son histoire est plus profond qu’il ne le laisse imaginer. Bref, des films comme ça, on en veut plus. Beaucoup plus. Parce que ça change. Parce que ça ose. Et parce que ça rappelle pourquoi on aime le cinéma. Merci Gore !
Note : 18/20
Par Cinéted
