juin 1, 2026

Colony – Le Renouveau du Film de Zombie ?

Titre Original : Gunche

De : Yeon Sang-Ho

Avec Gianna Jun, Kyo-Hwan Koo, Ji Chang-Wook, Hyun-Been Shin

Année : 2026

Pays : Corée du Sud

Genre : Horreur

Résumé :

Dans un gratte-ciel du centre de Séoul, une mystérieuse contamination se propage brusquement. L’immeuble est bouclé et toutes les personnes présentes confinées. Au départ, les infectés rampent comme des bêtes. Mais peu à peu, ils évoluent…

Avis :

Yeon Sang-ho est un réalisateur et scénariste sud-coréen devenu l’une des figures majeures du cinéma de genre asiatique. Il se fait d’abord remarquer grâce à ses films d’animation sombres et engagés comme « The King of Pigs » et « The Fake« , avant de connaître une reconnaissance internationale il y a dix ans avec « Dernier train pour Busan« , immense succès critique et public qui relance le film de zombies. Depuis, le cinéaste enchaîne les projets mêlant horreur, fantastique et science-fiction, avec des œuvres comme « Peninsula« , « Jung_E » ou encore « Révélation« . Derrière ses monstres et ses univers fantastiques, Yeon Sang-ho développe régulièrement un regard critique sur la société coréenne et sur les comportements humains face à la peur, au pouvoir ou au fanatisme.

Après plusieurs films arrivés directement sur les plateformes, « Colony » marque donc le retour de Yeon Sang-ho au cinéma. Pour l’occasion, le réalisateur revient à son genre de prédilection : le film de zombies. Enfin ça, c’est sur le papier. Car avec « Colony« , le metteur en scène cherche surtout à réinventer les règles du jeu. Jouant avec les codes de son genre, les détournant parfois, les cassant même à certains moments, « Colony » est un film qui surprend constamment. Cela fait du bien de sentir un réalisateur qui ne se contente pas de refaire ce qu’il a déjà fait il y a dix ans avec « Dernier train pour Busan« . Oui, certaines pistes restent prévisibles, mais dans son ensemble, le film tient remarquablement bien son intrigue, son spectacle et surtout son concept.

«  »Colony » essaie réellement d’apporter quelque chose de nouveau »

En plein cœur de Séoul, un gratte-ciel est victime d’un attentat bioterroriste. Un virus commence à se répandre, contaminant brutalement les personnes présentes dans l’immeuble. Les infectés, dans un premier temps, rampent et courent à quatre pattes. Mais très vite, ils évoluent…

Pour ma part, j’ai beaucoup aimé le film. Déjà parce qu’il ne cherche jamais à être un simple film de zombies. On pourrait croire que Yeon Sang-ho revient à ses premières amours, mais ce serait réducteur. Là où beaucoup de productions du genre se contentent de reproduire les mêmes films depuis des années, « Colony » essaie réellement d’apporter quelque chose de nouveau et ça, c’est cool. L’idée la plus intéressante repose justement sur l’évolution des infectés.

Je ne vais évidemment pas entrer dans les détails, mais le film développe progressivement une réflexion sur le groupe, la communauté et l’apprentissage. Les créatures ne sont pas simplement des monstres qui courent après les survivants. Elles évoluent, s’adaptent et reproduisent certains comportements humains sans forcément les comprendre. Cette idée, qui pourrait paraître simple sur le papier, ouvre énormément de possibilités scénaristiques et installe une forme de suspense permanent de ce côté-là de l’intrigue. C’est ce qui m’a le plus fasciné durant la projection. Voir ces infectés tenter de recréer certaines formes d’organisation sociale apporte quelque chose de troublant. Derrière le spectacle et l’action, le film pose discrètement quelques questions intéressantes sur nos propres comportements collectifs.

« le film nous offre aussi un antagoniste assez fascinant »

Alors oui, le scénario reste parfois prévisible. Il y a certaines révélations que l’on voit arriver très tôt. À plusieurs reprises, je me suis retrouvé à comprendre où le récit voulait aller bien avant les personnages eux-mêmes. C’est parfois un peu frustrant. On se demande même pourquoi certains protagonistes mettent autant de temps à réaliser ce qui paraît pourtant évident. Mais curieusement, cela ne m’a jamais sorti du film. Parce que même lorsque l’on devine certaines directions, Yeon Sang-ho trouve toujours une nouvelle idée, une nouvelle situation ou un nouveau rebondissement pour relancer l’intérêt.

Avec ça, le film nous offre aussi un antagoniste assez fascinant. Là encore, le film évite certains clichés. On a affaire à un personnage qui semble constamment avoir un coup d’avance sur tout le monde. Cela crée de la tension dès qu’il est là. Il en aurait presque, et je dis bien presque, un côté touchant dans ses motivations.

Du côté des personnages, le groupe fonctionne bien. Même si, soyons honnêtes, il n’est pas très difficile de deviner qui risque d’y passer et qui a davantage de chances de survivre. Le film utilise parfois des archétypes assez classiques du genre. Pourtant, grâce à l’énergie des acteurs, cela fonctionne. Parmi eux, deux acteurs sortent particulièrement du lot : Gianna Jun et Koo Kyo-hwan. Tous les deux apportent énormément de présence à l’écran. Ils parviennent à donner de l’épaisseur à leurs personnages tout en conservant une vraie dimension humaine au milieu du chaos ambiant.

«  »Colony » privilégie davantage les effets pratiques, les maquillages »

Et puis il y a toute la partie visuelle. Franchement, le film a de la gueule. Yeon Sang-ho transforme cette immense tour en véritable terrain de jeu. Chaque étage semble pouvoir cacher un danger, une surprise ou une nouvelle étape dans l’évolution des infectés. On grimpe, on descend, on contourne, on revient en arrière, on se cache, on essaie… Bref, c’est très bien fichu. Le réalisateur multiplie les idées de mise en scène et exploite intelligemment son décor. Résultat : on ne s’ennuie jamais, alors que le film est assez long.

Le film est également très généreux. Généreux en action, généreux en tension, généreux en créatures et généreux en spectacle. On sent clairement qu’il y a du budget derrière tout ça. Point bonus : contrairement à « Peninsula« , qui avait parfois tendance à se noyer dans les effets numériques, « Colony » privilégie davantage les effets pratiques, les maquillages et les éléments physiques présents sur le plateau. Et cela change tout. Les créatures possèdent plus de présence. Elles sont plus terrifiantes, plus dégoûtantes aussi.

Enfin, impossible pour moi de ne pas évoquer la musique de MINJOO CHAI, qui se pose comme un coup de cœur total. Les notes sont impeccables. Ça donne une ambiance organique et angoissante au film.

Au bout du compte, « Colony » est probablement l’une de mes plus belles surprises de ce Festival de Cannes 2026. Alors oui, le film n’est pas parfait. Certaines ficelles scénaristiques sont visibles de loin, plusieurs personnages restent assez prévisibles et quelques révélations manquent de subtilité. Mais cela n’empêche jamais le plaisir. Parce que derrière ces défauts, il y a un vrai regard de cinéaste (et moi j’aime ça). Il y a une envie de proposer autre chose. Une volonté de faire évoluer un genre qui commence à répéter toujours la même chose.

Puis derrière ça, il y a du cinéma. Un cinéma généreux, cool et inventif. En fait, mon seul vrai regret concerne son dernier plan. Une conclusion qui semble clairement appeler une suite. Et honnêtement, c’est dommage. Le film se suffisait parfaitement à lui-même. Il racontait son histoire, développait son concept et trouvait une excellente conclusion. C’est chiant, cette obsession actuelle de toujours préparer la suite au cas où ça marche. Un film peut exister seul. On n’a pas systématiquement besoin de penser à la franchise. Heureusement, ce dernier plan ne m’aura pas gâché « Colony« , car le film a su se montrer surprenant et inventif, proposant autre chose qu’un énième film de zombies.

Note : 15,5/20

Par Cinéted

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