
Avis :
Il semblerait que certains musiciens ne puissent jamais se reposer, et doivent multiplier les projets pour assouvir un besoin créatif quasi maladif. C’est un peu le cas d’Etienne Sarthou, batteur de son état, que l’on a découvert avec AqME (groupe qui a une importance capitale pour moi, et qui a bercé toute ma post-adolescence). Après la séparation du groupe, le batteur va se lancer dans divers projets qui iront souvent dans quelque chose de plus virulent qu’AqME (bien que la fin de carrière du groupe fût bien plus puissante qu’au début). On peut noter le projet Death/Grind Grymt, le groupe de Death Freitot, ou encore Karras qui flirte plus avec le Crust. Bref, un stakhanoviste accompli qui, non content d’être un tueur à la batterie, joue aussi de la basse, et de la guitare. C’est d’ailleurs le poste qu’il occupe au sein de Deliverance.
Formé en 2012, ce n’est qu’en 2017 que sort un premier album, CHRST, chez Deadlight Entertainment. Le ton est donné, peu de pistes (seulement six) mais chaque titre est long et emprunte les chemins sinueux du Death, du Sludge et parfois même du Prog. A partir du troisième album, les français filent chez Les Acteurs de l’Ombre, un label aux reins solides, et dont chaque groupe est une petite pépite. Et signer Deliverance n’est pas un hasard, le groupe devenant de plus en plus gros et sophistiqué, avec un univers bien particulier. Univers qui va devenir de plus en plus étoffé avec The Voyager Golden Banquet, le quatrième effort studio du groupe. De la pochette jusqu’aux sonorités, on sent l’évolution du groupe, qui délaisse la violence continue pour fournir quelque chose de plus fouillis, mais aussi et surtout de plus prégnant.
Tout commence avec Hellisual, un long morceau de plus de huit minutes, qui débute au clavier. Par la suite, la guitare commence à se faire entendre par à-coups, avant de prendre les devants pour devenir vraiment prégnante et permettre au chanteur de poser son growl profond. Le résultat est réellement impressionnant, avec une belle sensation d’épaisseur. Il y a du Sludge là-dedans, mais aussi un petit côté Doom, et le tout est en lien avec l’aspect presque rétrofuturiste de la pochette. C’est vraiment une approche marquante qui donne une furieuse envie de e plonger corps et âme dans cet album. Chasing the Dragon sera un morceau plus court que le précédent, mais il garde la même identité sonore. On est sur du Sludge mâtiné de Doom, avec une belle montée en puissance. Certes, c’est moins dense que le précédent titre, mais ça reste un ouvrage savamment pensé et produit.

Headspace Collapse est sans doute le titre le plus représentatif de l’évolution recherchée par le groupe. Sur plusieurs interviews, les membres du groupe ont annoncé vouloir arrondir les angles, et de mettre la violence, non pas de côté, mais au sein de variations rythmiques et de moments plus éthérés. C’est clairement le cas avec ce long morceau qui dépasse les sept minutes et s’avère planant au départ pour monter en pression au fur et à mesure. C’est puissant, entêtant et fait avec un sens inné de la mélodie et de la structure musicale. Ce voyage entre virulence et moments planants trouve son pinacle avec Turn On, Tune In, Drop Out, qui va prendre le revers du précédent morceau. C’est-à-dire que cette fois-ci, le titre commence fort pour descendre ensuite, jusqu’à un final quasi jazzy, mais à l’ambiance sombre et sourde. Bref, un gros banger.
Après un interlude parfaitement spatial avec As Above, so Below, on a droit à Ground Zero. Là aussi, on fait face à un gros morceau plein de panache, qui joue constamment sur les textures et les variations de tempo. Le riff d’introduction est surpuissant, puis il cesse pour laisser place à un chant growlé profond et totalement habité. Le final est dantesque, et laisse la place au dernier diptyque, The Banquet. Le première partie rejoint tout le travail fait en amont, avec un gros riff latent qui déboule comme un rouleau-compresseur, et une douce sensation post-AqME dans la mélodie. Etienne Sarthou étant dans le groupe, ce n’est guère un hasard d’avoir quelques références à l’un des groupes les plus cultes de la scène métal française. Enfin, la deuxième partie peut se voir comme une outro, aérienne dans sa musicalité, mais écrasante par son chant et sa lourdeur.
Au final, The Voyager Golden Banquet, le dernier album de Deliverance, est une réussite sur quasiment tous les points. Restant dans un registre propre au Sludge et parfois au Doom, le groupe français conserve sa violence sourde mais propose aussi un voyage spatial très intéressant, où les nappes sonores s’entremêlent pour mieux nous surprendre ou monter en intensité. Bref, un album plaisant et réjouissant sur une scène française plus vivante que jamais, mais qui manque cruellement d’une meilleure visibilité.
- Hellisual
- Chasing the Dragon
- Headspace Collapse
- Turn On, Tune In, Drop Out
- As Above, So Below
- Ground zero
- The Banquet Part. 1
- The Banquet Part. 2
Note : 17/20
Par AqME
