
Avis :
Il y a des artistes, des musiciens, dont on ne peut que reconnaître le talent, et pourtant, ils nous laissent la plupart du temps sur le bas-côté. Dans un style très particulier, on peut citer Steven Wilson, dont les albums sont toujours des expériences musicales, allant très souvent dans le rock et le métal progressif, mais il faut rentrer dans ses délires. Et c’est un peu ça le problème. On peut avoir la sensation que ces musiciens de talent jouent d’abord pour eux, puis après pour le public, voulant souvent faire dans la démonstration plutôt que dans l’efficacité. Moins « sectaire » que Steven Wilson, Devin Townsend fait partie de ces personnes qui ont un talent monstrueux, mais dont les projets peuvent laisser sur le carreau. Malgré la multiplication de projets et de groupes, c’est dans sa carrière solo qu’il s’exprime le mieux.
Et ça tombe plutôt bien, puisque The Moth, treizième album studio du multi-instrumentiste/chanteur, est sorti, et s’inscrit comme son projet le pus personnel. Pensé comme une sorte d’opéra grandiloquent, The Moth se compose de 24 morceaux, qui sont autant de petits interludes, de passages très courts, allant d’explorations sonores à des ambiances éthérées, avec uniquement quatre titres longs qui peuvent décevoir. Parce que oui, The Moth est un album très difficile d’accès, qui demande une certaine rigueur dans l’écoute, et qui manque cruellement d’une structure claire. S’éparpillant trop, Devin Townsend propose un trop plein qui flirte souvent avec l’ennui. Et pourtant, lé début est plutôt intéressant. Semi-Prologue joue la carte du lyrisme et d’une introduction tout en douceur qui démontre les talents vocaux du chanteur. C’est assez doux et cela permet de rentrer tranquillement dans ce qui semble être une expérience musicale.
Les choses positives se poursuivent avec War Beyond Words. Le titre est très lourd, pesant dans ses riffs, et il y a de nombreuses nuances en son sein. De plus, Devin Townsend garde un côté grandiloquent, orchestral, dans son morceau. C’est très cinématographique aussi, et on imagine sans mal un clip sur un tel morceau. Seulement, après ça, on va avoir droit à deux interludes qui ne trouvent pas forcément grâce à nos yeux. The Moth est un titre qui évoque la Fantasy, mais qui arrive un peu comme un cheveu sur la soupe. Il sera d’ailleurs un représentant du reste de l’album, à savoir quelque chose qui échappe totalement aux liants entre les morceaux. L’artiste teste des choses, expérimente, joue les chefs d’orchestre, mais on reste en dehors de tout ça, car les petits titres sont très nombreux, et un peu en dehors des clous.

Ode to my Eyes aurait pu se greffer à n’importe quel autre titre vu qu’il ne dure même pas une minute. Puis Enter the City résonne comme une longue introduction symphonique pour le titre suivant qui, lui, va dépasser les huit minutes, et peut se voir comme le pinacle de l’album. Covered by Causes est un morceau langoureux, qui prend son temps, qui passe par de nombreuses strates, et propose aussi un chant féminin très touchant. On y ressent de nombreuses influences, comme des sonorités orientales, et c’est vraiment le titre le plus intéressant de l’album. Il est alors suivi par Lexin, un titre qui joue sur les genres, avec de nombreuses fulgurances électro, voire Métal Indus. Le titre n’est pas inintéressant, mais il ne marque pas vraiment et arrive un peu à mauvais escient. Et derrière, on va se taper trois interludes qui n’ont pas vraiment d’intérêt.
Ils ont plutôt tendance à casser le rythme. Il faudra alors attendre Orion pour avoir un morceau à la durée correcte, et on va rester sur notre faim. Le morceau ne marque pas, il reste très cinématographique, mais n’apporte pas grand-chose d’un point de vue auditif. Là-dessus, on aura droit à Home at Night, un morceau symphonique qui ne fait que répéter la même chose pendant cinq minutes. Alors oui, c’est techniquement irréprochable, mais on dirait une pièce d’opéra au sein d’un album où ça n’a pas vraiment sa place. Et par la suite, il ne va pas rester grand-chose à se mettre sous la dent. Devin Townsend tente d’explorer différentes facettes avec des morceaux instrumentaux et des interludes de plus en plus nombreuses, quitte à nous laisser sur le bas-côté. On s’ennuie alors poliment, espérant, au bout d’un moment, trouver un vrai morceau digne de ce nom.
Au final, The Moth de Devin Townsend est bel et bien une expérience à part et dans laquelle il faut rentrer. Grandiloquent, symphonique, l’artiste canadien a décidé de laisser parler son imagination pour nous orchestrer quelque chose de très cinématographique, et qui s’éloigne volontairement du métal, tout en y gardant quelques traces sur certaines pistes. Malheureusement, la répétition de morceaux courts, d’interludes qui manquent de sens et qui cassent le rythme, ainsi qu’une absence de hits en puissance font que l’on s’ennuie sévère sur cet album, qui ne trouvera grâce qu’aux yeux des fans hardcore de ce génie, qui semble un peu trop s’écouter…
- Semi-Prologue
- War Beyond Words
- The Moth
- Ode to my Eyes
- Enter the City
- Covered by Causes
- Lexin
- Runaways
- A Proxy for God
- The Mothers
- Orion
- Stay There
- Home at Night
- Intermission
- Lexin Returns
- The Clergy
- Prepare for War
- The Big Snit
- Silver Princess
- A Life in Review
- Metamorphosis
- Stained Hearts
- Let Go
- We Don’t Deserve Dogs
Note : 08/20
Par AqME
