
Auteur : Jean-Luc Bizien
Editeur : L’Archipel
Genre : Policier
Résumé :
Alors que l`Exposition universelle de 1889 bat son plein aux abords de la tour Eiffel, un assassin sème la terreur dans Paris. Après la découverte de la main momifiée d`une jeune femme, puis du corps mutilé d`un malfrat, les morts s`amoncellent. Alerté par la police, l`aliéniste Simon Bloomberg reprend du service, aidé de son intrépide gouvernante, Sarah Englewood.
Avis :
Au cours de sa prolifique carrière, Jean-Luc Bizien a exploré bien des univers et des genres littéraires. Auteur inspiré, La Cour des Miracles s’est avancée comme une très bonne incursion dans le domaine du polar historique. Près de 15 années après leur parution initiale dans la collection Grands Détectives, ses ouvrages ont bénéficiaient d’une ressortie sous un nouveau patronyme : Les Enquêtes de l’aliéniste. Le premier tome, La Chambre mortuaire, proposait une atmosphère singulière, des personnages marquants et un suspense bien mené. Autrefois publié sous le titre de La Main de gloire, La Danse macabre constitue le second volet de cette trilogie dans le Paris du XIXe siècle.
L’intrigue est une suite directe aux évènements de son prédécesseur. Si le présent ouvrage reste indépendant, le parcours des protagonistes invite à se plonger dans le premier volume, ne serait-ce que pour mieux appréhender leurs relations, leur parcours respectif. On notera d’ailleurs plusieurs allusions qui amènent à connaître les conséquences de leurs actions et du dénouement de leur travail d’enquête. Au demeurant, les figures demeurent toujours aussi bien campées. Leurs compétences sont complémentaires et les échanges permettent de confronter les points de vue. De ce côté, on distingue une prédilection pour la théorisation et la déduction quant aux assassinats.
Les méthodes d’investigation tendent à évoquer les prémices du profilage, sans toutefois s’y plonger de manière frontale. Les observations de l’aliéniste s’appuient sur l’analyse de la scène de crime afin de saisir les intentions du coupable. Les remarques demeurent pertinentes et progressives pour ouvrir de nouvelles pistes de réflexion. Ce qui permet de veiller à une gestion du suspense mesurée et constante. En parallèle, l’enquête de police suit un cheminement plus classique avec la découverte des corps, les autopsies, le recueil de témoignages et l’arrestation de suspects. On y entrevoit néanmoins une évolution dans les méthodes d’investigation, notamment avec l’usage du système Bertillon.
En cela, la présente affaire dispose d’éléments suffisamment singuliers pour interpeller sur la teneur des faits. L’alternance avec le point de vue des antagonistes ou des victimes offre de nouvelles perspectives de compréhension, sans toutefois éventer le cœur du mystère. Bien au contraire, ces séquences l’entretiennent. Contrairement à La Chambre mortuaire, on s’écarte du huis clos propre à l’étrange demeure de l’aliéniste. Le récit s’affranchit également de l’ambivalence que ce personnage et son passé pouvaient susciter jusqu’alors. Il n’en reste pas moins toujours aussi tourmenté, nanti d’une caractérisation complexe et pleine de subtilités.
En matière de reconstitution historique, on y retrouve l’érudition de l’auteur pour donner vie à cette période. Cela passe par des évènements majeurs, comme l’exposition universelle de 1889 ou le terme de la construction de la tour Eiffel. L’intrigue permet d’arpenter des environnements aux antipodes ; des bas-fonds de la capitale jusqu’à la scène du Ba-Ta-Clan. On distingue aussi de nombreuses anecdotes et des précisions sur certains éléments qui renforcent le réalisme et la crédibilité du récit. En fin d’ouvrage, on retrouve le guide Joanne de l’époque. Ce qui donne l’occasion de connaître davantage d’informations sur les différents lieux d’exposition et les thèmes présentés.
Au final, La Danse macabre confirme le très bon a priori qu’on prête aux Enquêtes de l’aliéniste. Jean-Luc Bizien signe une suite maîtrisée qui s’inscrit dans la continuité du premier tome, notamment dans l’évolution et la caractérisation des personnages. Les qualités du roman portent autant sur son affaire que sur sa capacité à immerger son lectorat à la fin du XIXe siècle. Quant aux compétences de l’aliéniste, elles apportent, à nouveau, une dimension psychologique dans les crimes perpétrés et les méthodes pour parvenir jusqu’à leur auteur. Il en ressort un livre recommandable à plus d’un titre, à destination des amateurs de polars historiques bien menés.
Note : 15/20
Par Dante
