mai 3, 2026

La Part des Ténèbres – Sinistre Alter-Ego

Titre Original : The Dark Half

De : George A. Romero

Avec Timothy Hutton, Amy Madigan, Julie Harris, Michael Rooker

Année : 1993

Pays : Etats-Unis

Genre : Thriller

Résumé :

Thad vit parfaitement heureux, et écrit même, sous un pseudonyme, des livres à succès ultra-violents qui lui permettent d’arrondir ses fins de mois. Jusqu’au jour où il décide d’éliminer son héros imaginaire pour s’attaquer à une littérature plus sérieuse. Mais la créature se rebiffe, prend vie et commence à semer la terreur.

Avis :

Quand on évoque le nom de George A. Romero, la première chose qui vient à l’esprit, c’est bien évidemment ses films de zombies. Il faut dire que c’est ce qui lui a permis d’avoir un statut de réalisateur culte dès les années 70, et sa trilogie est d’une qualité indéniable. Cependant, il ne faut pas réduire Romero à uniquement des films de morts-vivants. Dans sa filmographie, il y a d’autres longs-métrages qui valent amplement le coup d’œil, et dans lesquels il n’y a pas une once de chair putréfiée. On pense à Knightriders, formidable film sur la liberté et les laissés-pour-compte de l’Amérique. On peut également citer Martin, film de vampire sans vampire. Bref, Romero était un réalisateur complet qui est parti bien trop tôt, même si ses derniers films étaient moins inspirés. Un autre film fait office d’interrogation dans sa filmographie, c’est La Part des Ténèbres.

Au début des années 90, Stephen King vient toquer à la porte du réalisateur, et il va lui demander s’il veut bien adapter l’un de ses romans. Même si La Part des Ténèbres n’est pas un film de zombie à proprement parler, il possède tout de même une grosse part de fantastique avec un type qui pourrait presque se voir comme tel. L’histoire est assez étrange. Un écrivain nommé Thad Beaumont a du mal à trouver un certain succès avec ses livres. Pourtant, il gagne bien sa vie avec ses bouquins, mais ceux qu’il écrit avec un pseudonyme, celui de George Stark. Lorsqu’un type découvre la supercherie, il veut faire chanter l’écrivain, qui va alors prendre la décision de faire mourir son alter-ego. Manque de bol, ce dernier prend vie, et va se mettre à tuer tous les proches de Thad afin qu’il écrive un dernier livre sous ce pseudonyme.

« Il y a un écho avec Stephen King lorsqu’il écrit sous le nom de Richard Bachman« 

Quand on connait l’écrivain derrière cette histoire, on se doute des thèmes que l’on va y retrouver. Ici, il va être question de se projeter dans un personnage qui peut nous représenter sans inhibition, sans les codes sociaux. Il y a un écho avec Stephen King lorsqu’il écrit sous le nom de Richard Bachman. Ici, les curseurs sont poussés au maximum en accouchant vraiment d’un deuxième être maléfique, qui compte bien ne pas se laisser mourir. Le début est assez gore, avec un Thad enfant qui fait des crises lorsqu’il écrit, et on va voir qu’il a ingurgité son jumeau dans le ventre de sa mère. Jumeau qui se matérialisé dans le cerveau de Thad, avec un œil et des dents dans la tête. Bref, on retrouve des éléments qui sont aussi chers à Romero, avec des passages un peu cracra qui explique un peu l’existence de cet alter-ego.

Le film suit ensuite un chemin assez tranquille. La Part des Ténèbres devient un policier avec des éléments fantastiques qui sont assez discrets. En gros, on assiste à des meurtres de la part de George Stark, puis une enquête de police qui incrimine alors Thad Beaumont, puisque les empreintes digitales sont les mêmes. Il n’y a guère de surprise, sinon dans l’évolution du récit où l’on va avoir droit à une confrontation entre Thad et George, qui vont se rapprocher par la force des choses. Au milieu de tout ça, on y rencontre une femme aimante, deux petits enfants qui seront l’un des enjeux de la survie de Thad, ainsi qu’un policier qui se retrouve à faire tampon et doit croire des choses invraisemblables. C’est assez classique, mais pour les années 90, on est quand même sur quelque chose de novateur et de plaisant.

« George A. Romero possède un œil affûté »

D’ailleurs, le temps n’a pas vraiment d’emprise sur le film. George A. Romero possède un œil affûté, et même si on peut lui reprocher un rythme un peu lancinant, le film retombe toujours sur ses pattes, que ce soit pour le scénario, ou pour la mise en scène. Les éclats sanglants viennent parsemer un récit où l’on découvre un écrivain à la dérive, qui se rend compte du monstre qu’il a créé. Il y aura même une petite touche de mythologie avec l’arrivée des moineaux, ces psychopompes qui viennent emporter certains esprits dans l’au-delà. Pour faire simple, La Part des Ténèbres est un film équilibré, qui arrive à ne pas trop en faire niveau gore, ni à ennuyer son public avec un policier assez simpliste, qui manquerait de rebondissements. Même les acteurs sont relativement convaincants, Timothy Hutton en tête, qui joue deux personnages totalement opposés.

Au final, si La Part des Ténèbres n’est pas le meilleur film de George A. Romero, il demeure tout de même un bon moment de cinéma, doublé d’une fidèle adaptation au roman de Stephen King. On retrouve des thèmes chers à l’écrivain, comme le double qui représente un alter-ego sans contrainte, ou encore ce syndrome de l’écrivain qui a peur de la page blanche et de l’insuccès. De plus, Romero y insuffle quelques éléments sanglants plaisants et originaux, à l’image de ce cerveau au début du film, ou encore à la toute fin, malgré des effets spéciaux qui peuvent sembler dépassés aujourd’hui. Bref, c’est loin d’être un mauvais film, bien au contraire, même s’il peut paraître un peu longuet par moment.

Note : 14/20

Par AqME

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

Voir tous les articles de AqME →

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.