
Auteur : Léo Chérel
Editeur : Astrolabe
Genre : Aventure, Fantastique
Résumé :
Ronges-côtes, Nargs sylvestres, Déterrés… Gouverneurs tyranniques !
L’ordre des Pourpres-Sangs a juré de protéger les plus démunis contre tous leurs prédateurs naturels !
Avis :
Quel est, aujourd’hui, le pari le plus risqué dans le domaine de la littérature ? Certains diront l’écriture, car il faut se faire connaître, avoir une idée et du talent pour coucher sur papier ce que l’on a dans le crâne. D’autres diront que c’est d’ouvrir une librairie indépendante, car le marché est malade, surtout quand on fait que du neuf. Enfin, une minorité évoquera le développement d’une nouvelle maison d’édition, et pourtant, c’est peut-être là le plus compliqué. Il faut trouver des financements, une structure, avoir une idée de ligne éditoriale, puis trouver les talents qui viendront nourrir nos collections. Et ce n’est pas une sinécure. Pire, de nos jours, avec un marché en berne et des ventes qui font la tronche, ouvrir une nouvelle maison d’édition est un risque majeur. C’est pourtant le choix d’Astrolabe, nouvelle édition dans le monde du neuvième art.
Mais attention, le but de cette nouvelle maison d’édition n’est pas de faire tout et n’importe quoi dans sa ligne éditoriale. Le but ici est de en avant des récits de genre. Entendez par là des histoires fantastiques, des thrillers palpitants, de la grande aventure, de la fantasy ou encore de l’horreur. Afin de parfaire ces collections, chacune à un nom bien précis en lien avec la mythologie, ainsi qu’un motif qui apparait en bas à droite de chaque BD pour s’y retrouver en un clin d’œil. Bref, tout cela a l’air bien rodé, et c’est en ce début du mois de Mai que sort le premier ouvrage, celui qui a la lourde charge d’ouvrir le compteur pour Astrolabe, en la présence de Pourpre-Sang. Ici, nous sommes dans un récit de piraterie au sein d’un univers complètement inventé, avec un lore inédit et un talent indéniable.
Léo Chérel, qui est derrière cette BD, fait preuve d’une maturité dans tous les boulots du neuvième art. C’est lui qui scénarise, dessine et fait les couleurs, et on ne peut que saluer le talent de l’artiste. Dès le premier coup d’œil, Pourpre-Sang est d’une beauté sidérante. La couverture ne ment pas sur la marchandise, l’intérieur est du même acabit, avec des planches sublimes, et un sens inné pour mettre en avant l’action. Si on retrouve des codes assez connus autour de la Fantasy et de la piraterie, Léo Chérel arrive pourtant à trouver sa patte au sein d’un univers inédit et inspiré. Car derrière l’héroïne sans peur et sans reproche se cache un monde plein de dangers, dont l’aristocratie fait partie, mettant alors en avant un discours plus profond qu’il n’en a l’air. Les monstres ne sont pas toujours monstrueux.

Et c’est l’une des grandes forces de ce premier tome (car il y aura une suite et on se languit déjà), un scénario solide, qui suit un chemin connu mais pertinent. Le début montre notre héroïne avec son mentor, affrontant un premier monstre. On y voit leur travail, ainsi que leurs caractères. Dans un deuxième acte, les deux pourpre-sang vont faire la rencontre d’une aristocrate qui veut louer leur service lors d’une soirée mondaine. Cette soirée sera alors le premier plot twist de l’histoire, avec deux évènements majeurs pour Lorinte, notre héroïne, qui va subir deux traumas en une nuit. A partir de là, la vraie aventure commence, avec presque un côté Disney, mais relativement mature et quasi adulte. Personne n’est épargné, des choix cornéliens vont devoir être faits, et certains compères comiques font leur apparition. Classique, mais redoutable d’efficacité.
A cela, il faut bien évidemment y amener du fond. Léo Chérel propose alors une vision politique très claire de son monde, avec des aristocrates qui se tirent la bourre, mais de façon différente. Si certains se moquent éperdument des légendes ancestrales, au point de jouer avec des reliques, d’autres sont de fervents croyants, et espèrent alors dominer le monde en utilisant une magie enfouie depuis des millénaires. Les ennemis ne sont finalement pas les monstres que l’on peut rencontrer, qui suivent juste leur nature et leur instinct. Les personnages vont devoir alors se confronter à différents ennemis, et parfois même à leurs démons intérieurs, la faute à une filiation non souhaitée. Il y a de la tragédie là-dedans, et ça fonctionne parce que les personnages sont forts, ont du caractère et une aura qui se fait forte grâce aux dessins.
Au final, Pourpre-Sang est une BD qui est fortement recommandable. Innovante dans son univers et son lore, pertinente dans ce qu’elle raconte et dans les personnages qu’elle met en avant, accessible, avec une aventure qui s’adresse aussi bien aux enfants qu’aux adultes, et surtout, belle à tomber, on peut aisément dire que les éditions Astrolabe arrivent de façon tonitruante.
Note : 17/20
Par AqME
