
Avis :
Il y a des disques qui ont une aura plus forte que d’autres. Cela provient en règle générale d’un fait bien particulier, soit un changement majeur dans le line-up, soit une histoire de deuil et de chant du cygne. On peut citer par exemple The Nothing de Korn, disque qui n’a pas fait l’unanimité à sa sortie, mais qui porte le deuil de Jonathan Davis, chantant alors la douleur d’avoir perdu sa femme. Avec le dernier album de At the Gates, les choses se rejoignent presque, car il est aussi question de deuil. En effet, se sachant malade, le frontman Tomas Lindberg a voulu enregistrer les parties vocales avant de décéder en 2025. De ce fait, dans la voix, dans l’ambiance globale de l’album, on ressent à la fois un sentiment d’urgence, mais aussi de la mélancolie dans cet ultime adieu.
Pilier du Death métal mélodique, avec Dark Tranquillity et In Flames, At the Gates était porté par son chanteur charismatique, véritable passionné de musique. Et forcément, quand on le sait malade, mais poussé par une volonté de laisser une dernière trace dans la musique, réentendre sa voix sur un dernier album post-mortem, ça fait quelque chose. Une impression de fantôme qui plane au-dessus d’un album qui respire la passion, la tristesse, mais aussi une envie de continuer à bousculer les tympans des amateurs de musique violente. Ainsi, avec son titre très cynique, The Ghost of a Future Dead marque non pas par son innovation et ses prises de risque, mais plus par le spectre de Tomas Lindberg que l’on ressent. Et cela dès le premier titre, The Fever Mask, qui porte les stigmates d’une volonté d’urgence, d’aller droit au but sans tergiverser éternellement.
Le titre est bon, puissant, même si on peut lui reprocher un certain classicisme. Avec The Dissonant Void, le côté nostalgique/mélancolique prend réellement le dessus. Aussi court soit le morceau, on y entend ces petites guitares aériennes qui viennent adoucir le côté rugueux de certains riffs. C’est à la fois beau, tendre et percutant. Det Oerhörda débute presque comme du Gothic Métal avant de lâcher les vannes avec un riff surpuissant, et une orchestration qui rajoute une belle épaisseur à l’ensemble. Le morceau est virulent, inspiré, et il possède presque un côté viking qui n’était pourtant pas trop présent chez At the Gates. Quant à A Ritual of Waste, il revient à quelque chose de plus classique, de plus simple, mais aussi de très efficace. On pourra juste lui reprocher une structure trop lisible, et une absence de prise de risque.

Mais est-ce finalement un réel défaut ? Au crépuscule de sa vie, est-ce bien le moment de sortir de sa zone de confort ? Pas vraiment, et malgré le côté « classique » de l’album, on ressent un profond plaisir. Cela s’entend dans In Dark Distortion qui arrive à varier les tempos et les ambiances. Ou encore avec le très puissant Of Interstellar Death, qui ne badine pas avec les gros riffs, et envoie la sauce d’entrée de jeu. Encore une fois, on a ce sentiment d’urgence qui revient en tête, avec cette envie de vite frapper dans la tête des gens, pour laisser une trace indélébile. Et ça fonctionne plutôt bien. Et puis on a toujours nos petites madeleines, comme Tomb of Heaven, qui rentre pleinement dans la case du Death mélodique, avec son chant caractéristique et ses riffs plus doux que le Death old school.
En abordant Parasitical Hive, on sait que l’on va rester dans un genre que l’on connait par cœur. Néanmoins, la production est solide, le son est massif, et on prend un énorme plaisir à l’écoute. Tout comme avec The Unfathomable, qui ne sort jamais de son carcan death mélodique, mais qui fait ça relativement bien. The Phantom Gospel sera aussi un titre réjouissant, avec des riffs en forme de rouleau-compresseur qui font mal et démontre la bonne forme du groupe, malgré une atmosphère qui a dû être particulière lors de l’enregistrement. Förgängligheten fera office de ballade instrumentale qui ajoutera cette touche mélancolique à l’ensemble, nous faisant alors penser à ce frontman disparu. Puis enfin, Black Hole Emission viendra clôture l’ensemble avec une ferveur retrouvée, mais aussi des pointes plus nostalgiques. Un dernier morceau qui donne forcément envie d’y retourner pour retrouver cette hargne si particulière.
Au final, The Ghost of a Future Dead, le dernier album de At the Gates, possède une aura très particulière et étrange. Malgré son côté rugueux et le classicisme des morceaux, on ne peut qu’apprécier cette galette en mémoire à Tomas Lindberg qui donne vraiment tout ce qui lui reste d’un point de vue vocal. C’est tenu de manière admirable, c’est carré, et malgré ce sentiment d’urgence qui ressort de chaque morceau, on a toujours un côté triste qui en ressort, sachant pertinemment la finalité de la formation. Bref, un excellent album en guise de chant du cygne, et un vibrant hommage au Death mélodique scandinave.
- The Fever Mask
- The Dissonant Void
- Det Oerhörda
- A Ritual of Waste
- In Dark Distortion
- Of Interstellar Death
- Tomb of Heaven
- Parasitical Hive
- The Unfathomable
- The Phantom Gospel
- Förgängligheten
- Black Hole Emission
Note : 16/20
Par AqME
