mai 6, 2026
BD

Màlphas

Autrices : Serena Meo et Moloko

Editeur : Ankama

Genre : Fantastique, Comédie

Résumé :

Craignant qu’elle ne le détrône un jour, Lucifer, seigneur des enfers, envoie Màlphas sur terre dans une quête impossible : trouver l’héritier du Christ. Semant le chaos sur son passage, l’archiduchesse démoniaque traverse les époques en vain. Ses pouvoirs commencent à s’affaiblir ; elle est coincée parmi les humains, la dépression la guette et le doute l’assaille : Lucifer lui aurait-il menti ?

Avis :

Ce qui est intéressant dans le neuvième art, c’est que d’un point de vue graphisme, il y en a pour tous les goûts. Certains préfèrent les dessins réalistes, d’autres ont plus d’appétence pour les traits droits et vifs. Et il arrive que de nombreux bédéphiles se foutent royalement du dessin, pourvu que le scénario soit en béton. Bref, les choix sont multiples, et les façons de choisir une œuvre sont dépendantes de ses goûts et couleurs. Mais parfois, il est bon de prendre des risques et de sortir de sa zone de confort. Entendez par là de choisir une bande-dessinée qui ne correspond pas forcément à vos goûts artistiques, mais qui brasse un thème intelligent. C’est en faisant cela que vous pouvez tomber sur Màlphas, une BD italienne autour d’une archiduchesse démone qui souhaite gérer l’un des neuf cercles de l’enfer, mais son père, Lucifer, l’en empêche.

Bien entendu, la première chose qui frappe avec cette BD, c’est son approche graphique. La couverture est très colorée, voire saturée d’un vert pomme qui attire le regard, mais il faut alors adhérer au dessin de couverture. On y voit Màlphas dans un design très particulier, avec des traits anguleux, et une pause sur un type qui ressemble plus à un Barbapapa qu’à autre chose. En gros, on a clairement l’impression d’être face à une BD jeunesse, qui joue énormément sur un graphisme à la fois coloré et vif, sans viser le réalisme, ou des dessins qui frôlent l’œuvre d’art (bien que cela soit totalement subjectif en fonction des goûts et des couleurs des personnes). Et quand on ouvre l’ouvrage, on ne sera pas trompé sur la marchandise. Les couleurs sont très vives, les dessins ne sont pas toujours très beaux, mais il y réside une bonne ambiance.

C’est-à-dire que Màlphas n’est point une BD pour les enfants, et l’histoire, aussi rocambolesque soit-elle, détient quelques moments d’humour noir bien vus. Le démarrage a pour but de nous présenter Màlphas dans son quotidien, essayant de faire du mieux qu’elle peut pour entretenir son domaine, et ainsi plaire à son père, qui lui a plus ou moins promis de devenir une reine de l’un des neuf cercles des enfers. Mais elle a beau se donner tout le mal possible, accompagné par son acolyte Blorb, son père lui refuse l’accès à ce nouveau statut. Il lui demande alors de partir sur Terre, et de retrouver l’héritier du Christ afin de damner son âme. Une aventure se met en branle, avec un joli voyage dans le temps. Et c’est là que réside tout le fond de cette bande-dessinée, jouer autour de la religion.

Les deux autrices prennent un gros risque en allant vers un sujet risqué et fragile. Se moquer de la religion à travers le regard d’une démone, mais aussi d’un personnage LGBTQ, cela risque fort de choquer une partie de la population et de créer des polémiques. Car oui, si on suit le parcours de Màlphas lors des guerres saintes, puis dans une autre époque où elle va faire face à un faussaire, on va aussi suivre la vie de Raziel, une jeune fille qui, en grandissant, va se sentir de plus en pus homme. Ou tout du moins, elle s’habille comme un garçon, se grime avec de fausses moustaches, et va même participer à des manifestations, alors que ses parents, conscients de son orientation, lui demandent de se cacher et de taire ses sentiments et émotions. De ce fait, on sent que les thèmes sont sur un fil.

Mais c’est aussi ce qui fait la force de ce récit, qui prône la tolérance, aussi bien dans le culte que dans les orientations sexuelles. A travers le parcours de Màlphas, on voit bien une fille qui est réduite à un simple rôle de subalterne par son propre père, tout ça à cause d’un égo surdimensionné. Le patriarcat est alors vivement critiqué, mais avec une certaine finesse. Les deux autrices ne rentrent pas directement dans le lard du lecteur. Il en va de même avec le combat LGBTQ de Raziel, qui va prendre confiance en elle petit à petit, jusqu’à une réelle explosion, qui risque fort de faire grincer des dents les plus puristes de la religion. Mais c’est ce qui rend cette BD si attendrissante, car derrière le dessin un peu naïf et les situations humoristiques ubuesques, on a un vrai fond qui mérite une réelle attention.

Au final, Màlphas est une BD qui peut un petit peu tromper son lectorat. Il ne s’agit aucunement d’une BD jeunesse, malgré ses dessins un peu naïfs, anguleux et son sens de l’humour aiguisé. On est clairement sur une BD adulte, qui brasse des thèmes importants et très en vogue, comme le patriarcat ou la lutte des LGBTQ pour vivre librement et pleinement, sans besoin de se cacher. Bref, derrière les couleurs et les artifices, il y a un vrai fond, et c’est finalement ce qui sauve cette BD, car il faut clairement accrocher aux dessins, qui risquent de ne pas plaire à tout le monde.

Note : 15/20

Par AqME

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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