juillet 18, 2024
BD

Pixie

Auteurs : Mathieu Mariolle et Aurore

Editeur : Delcourt

Genre : Fantasy

Résumé :

Suite à l’un de ses nombreux larcins, Pixie se retrouve embarqué au royaume étrange de Somnanbulia en compagnie d’un jeune prince nommé Aël. Ils y croiseront la route d’Elvynn, une guerrière expérimentée bien décidée à faire un bout de chemin avec eux dans la région… ou dans d’autres mondes parallèles ! Des mondes peuplés de créatures étranges qui semblent n’avoir aucun secret pour Aël.

Avis :

Quand on est scénariste de bande-dessinée, il faut bien commencer quelque part. Pour Mathieu Mariolle, cela se traduit par deux séries qu’il va écrire simultanément, De Sang Froid, un thriller d’espionnage un peu délirant avec Kyko Duarte et Miki aux dessins, puis Pixie, un récit de fantasy très coloré avec Aurore aux crayons. Si la suite de la carrière du scénariste n’est plus à prouver, il n’en demeure pas moins qu’avec ces deux séries, il démontre son éclectisme et sa volonté d’écrire des histoires qui n’ont rien à voir. Car même si Pixie s’inspire des contes pour enfants et pioche des idées à droite et à gauche, on reste dans une histoire originale et très accessible. Parfois un peu trop, car malgré les bons points que l’on peut accorder à cette histoire, on sent de la précipitation et des ruptures de tons qui ne marchent pas forcément.

Pour la petite histoire, on va suivre Pixie, un bandit des grands chemins vivant à Daïmoon et qui aime vivre de petits larcins. Peu courageux, il accepte tout de même de voler un artefact qui appartient au prince Ael. Manque de bol, dans la panique, il kidnappe l’enfant et lui découvre un pouvoir, celui de voyager dans les contes et les divers mondes parallèles lorsqu’il s’endort. Victimes d’une machination, les deux personnages vont alors faire des rencontres impromptues pour découvrir un complot machiavélique mis en place par Ankou. C’est dans les grandes lignes l’histoire principale de Pixie, qui n’hésitera pas une seule seconde à mettre en avant des mondes féériques et différents pour nous faire voyager, plus que pour faire avancer l’intrigue. Car premier écueil, même si on reste sur une histoire complète en quatre tomes, on a du mal à aller de l’avant.

Le premier tome pose clairement les bases. On y découvre les quatre personnages principaux, à savoir Pixie, Ael, Elvynn, une jeune femme fougueuse et pleine d’entrain, ainsi que Balor, un loup-garou savant. On y verra le grand méchant de l’histoire, Ankou, un jeune prince qui n’hésite pas à tuer pour venir à ses fins et tente de trouver des âmes pour nourrir sa machine à détruire les mondes imaginaires. Le démarrage est assez rapide, mais on traine assez vite des pieds pour ne pas raconter grand-chose, si ce n’est les atermoiements de Pixie qui râle tout le temps ou encore les plans mauvais d’Ankou qui ricane dans son coin. On va vite se rendre compte que les tomes suivants, hormis le quatrième, ne sont que des voyages dans des mondes imaginaires, où tout un chacun cherche à tirer la couverture vers lui.

On va voir les prêtresses de la cité d’Earis, ou encore les tidiens, un peuple aquatique qui vit pour l’art, mais vit une terrible guerre des classes. Afin de raconter tout ça, ou tout du moins de nous présenter ces peuples et ces castes, on a droit à une séparation de l’équipe, avec un Pixie en mission suicide et un Ael en danger car il est convoité par tout le monde avec son pouvoir. Cette division permet à l’auteur d’épaissir son univers, mais jamais de vraiment rentrer dans les détails. D’ailleurs, on va vite se demander pourquoi les mondes ne consistent qu’en une seule cité, et pas en une planète entière. On est focus sur des détails, alors que l’histoire demande à être très grande. Il aurait fallu plus de temps à l’histoire pour s’agrandir et devenir un vrai moment épique.

Mais on sent aussi que ce n’est pas la volonté des deux auteurs. Si on rentre un peu plus en profondeur, on se rend compte que Pixie est à destination d’un public plutôt jeune. Même si on peut avoir des niveaux de lecture différents, notamment sur la guerre des classes des tidiens ou le passif amoureux complexe d’Ankou, en surface, on est clairement dans un récit d’accumulation que l’on retrouve dans les romans jeunesse. Certes, il y aura quelques surprises, mais c’est très balisé, et surtout, on se retrouve avec des personnages secondaires pleins de promesse, mais qui ne sont jamais tenues. Quid de la tueuse mise en place à Daïmoon, qui apparait dans quasiment tous les tomes, mais qui va se faire avoir en deux planches dans le dernier tome ? Ou encore Nour et sa bande de bandits qui ne sert strictement à rien ?

Il manque à Pixie une certaine maturité, ou quelques tomes de plus pour souffler et rendre l’ensemble plus épique. Mais cela provient aussi de deux scories qui font du mal, les ruptures de tons et le dessin. Pour ce dernier, on reste dans un style un peu manga très joli, avec des couleurs superbes et une envie de grandiloquence lorsque les divinités font leur apparition (mais là, on aurait aimé en savoir plus, voire même faire une encyclopédie sur ces déités). Cependant, la gravité de l’histoire ne prend pas à cause de ce style, qui irait mieux avec une histoire plus rigolote. Et l’humour présent dans la BD montre aussi des défauts d’écriture. Cela enlève tout suspens, mais aussi et surtout toute émotion. On ne sera pas touché lorsque Balor ressentira de la peine lorsque son monde sera détruit. Et il ira de même sur la toute fin avec Ael.

Au final, Pixie est une bande-dessinée qui n’est pas désagréable et qui a le mérite d’essayer d’être originale. Même si on y voit des références un peu partout et une redite sur les peuplades (les fées, les hommes aquatiques, etc…), on reste dans quelque chose de frais. Néanmoins, difficile de passer outre des scories évidentes, comme la présence de personnages secondaires inutiles, un humour qui désamorce la trame principale ou encore un dessin très joli, mais qui donne un aspect trop enfantin à l’ensemble. Sans être une purge, Pixie reste une œuvre à destination d’un public jeune et peu regardant sur l’épaisseur que peut avoir une histoire.

Note : 12/20

Par AqME

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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