
De : Yann Gozlan
Avec Pierre Niney, Marion Barbeau, Anthony Bajon, Christophe Montenez
Année : 2026
Pays : France
Genre : Drame, Thriller
Résumé :
Matt est le coach en développement personnel le plus suivi de France. Dans une société en quête de sens où la réussite individuelle est devenue sacrée, il propose à ses adeptes une catharsis qui électrise les foules autant qu’elle inquiète les autorités. Sous le feu des critiques, Matt va s’engager dans une fuite en avant qui le mènera aux frontières de la folie et peut-être de la gloire…
Avis :
Yann Gozlan est un réalisateur français qui aime jouer avec la tension, le doute et les zones d’ombre. Film après film, il s’est spécialisé dans des récits où tout paraît normal au départ, presque trop lisse, avant que quelque chose ne se dérègle doucement, insidieusement. Il aime raconter des personnages qui perdent le contrôle sans vraiment s’en rendre compte, pris dans des mécaniques plus grandes qu’eux. Son cinéma parle beaucoup de manipulation, de pression sociale, d’identité et de pouvoir, avec toujours cette idée que le danger ne vient pas forcément de l’extérieur, mais de l’intérieur. Son cinéma est froid, tendu, très ancré dans notre époque, avec une vraie obsession pour les mécanismes psychologiques plutôt que pour le spectaculaire pur.

Quatre mois seulement après le futuriste « Dalloway« , Yann Gozlan est déjà de retour, et il revient avec un acteur qu’il connaît parfaitement. Après « Un homme idéal » et « Boîte noire« , il retrouve Pierre Niney pour un troisième film ensemble. Et petit détail amusant mais révélateur : à chaque fois que Pierre Niney joue dans un film de Yann Gozlan, son personnage s’appelle Mathieu. Ici encore, on retrouve donc Matthieu Vasseur. « Gourou » est un thriller psychologique très actuel, qui commence comme une critique de notre époque, de ses failles et de ses illusions, avec ces personnages qui exploitent les fragilités des autres en leur vendant du rêve, du mieux-être, du contrôle sur soi. Puis, petit à petit, ce contrôle glisse vers la paranoïa, la manipulation et la perte totale de repères, entraînant le film dans une spirale sombre et anxiogène.
« la prestation hallucinante de Pierre Niney«
Matthieu Vasseur est coach en développement personnel, et il cartonne. Il est même considéré comme le meilleur coach de France. Ses séminaires sont pleins à craquer, ses conférences affichent complet, ses discours sont rodés, millimétrés, presque hypnotiques. Il sait parler aux gens, il sait où appuyer, il sait quoi dire et quand le dire. Son image est parfaitement maîtrisée. Mais l’émergence massive de ces coachs, et surtout leur influence grandissante sur des milliers de personnes, pousse l’État à se pencher sur la question et à envisager la création d’un diplôme d’État obligatoire. Un diplôme qui pourrait bien ruiner le business de Matt. Et alors que cette loi est en discussion, une série d’événements va peu à peu fissurer son équilibre mental, jusqu’à l’emmener très loin, beaucoup trop loin.
La première chose qui frappe à la découverte de « Gourou« , c’est clairement la prestation hallucinante de Pierre Niney. Pierre Niney est totalement habité par son personnage, qu’il emmène avec une intensité folle jusqu’aux confins de la paranoïa et de la perte totale de contrôle. Et soyons honnêtes : si « Gourou » fonctionne aussi bien, c’est avant tout grâce à lui.
Parce que si l’on regarde l’intrigue dans son ensemble, le film de Yann Gozlan reste relativement prévisible. Le concept est excellent, l’univers est passionnant et peu exploré au cinéma, et le sujet de société est ultra pertinent : l’emprise psychologique, la manipulation douce, la façon dont une personne peut remodeler la vie d’une autre uniquement par le discours, la posture, l’autorité et la promesse d’un mieux-être. De ce côté-là, le film tape juste.
« »Gourou » suit une trajectoire que l’on devine assez rapidement »
Mais malgré tout, « Gourou » suit une trajectoire que l’on devine assez rapidement. On sait que ça va mal finir. On sait que l’ego, le pouvoir et la peur vont faire exploser quelque chose. Et pourtant, même en voyant venir certaines choses, le film reste prenant. Pourquoi ? Parce que Pierre Niney est absolument incroyable. Il rend son personnage à la fois séduisant, drôle, charismatique, attachant, puis de plus en plus inquiétant. Il est fascinant à regarder. On comprend pourquoi les gens le suivent, pourquoi ils l’admirent, pourquoi ils boivent ses paroles. Et en même temps, on voit très bien le monstre qui se construit, lentement, presque malgré lui. Son Matthieu Vasseur est un homme qui croit contrôler son monde, mais qui finit prisonnier de sa propre mise en scène. Il manipule, il influence, il écrase parfois, mais il se fait aussi rattraper par ce qu’il a créé.
Yann Gozlan filme cette descente avec une vraie précision. Les scènes de coaching sur scène sont particulièrement glaçantes. On observe la mécanique, la théâtralité, le spectacle presque religieux de ces moments. Tout est chorégraphié, calibré, pensé pour produire de l’adhésion. C’est fascinant et terrifiant à la fois. Et plus le film avance, plus on sent que Matthieu perd pied, que la paranoïa s’installe, que le contrôle devient obsessionnel.
Tout n’est pas parfait, bien sûr. Certains personnages secondaires sont moins développés, notamment celui incarné par Marion Barbeau, qui semble parfois sous-exploité. Mais malgré ça, le film tient grâce à sa tension constante, à sa mise en scène sèche et efficace, et à cette impression permanente de malaise. « Gourou » ne cherche pas à rassurer, il met mal à l’aise, il questionne, et il dérange parfois.

Au final, « Gourou » se pose comme un thriller psychologique solide et très ancré dans notre époque. Ce n’est pas le film le plus surprenant de Yann Gozlan, mais c’est un film pertinent, tendu, porté par un acteur en état de grâce. Grâce à Pierre Niney, grâce à son personnage complexe et dérangeant, « Gourou » s’impose comme un bon moment de cinéma, intelligent, sombre, et franchement efficace.
Note : 15/20
Par Cinéted
