février 2, 2026

Baise-en-Ville – Portrait d’un Looser Magnifique

De : Martin Jauvat

Avec Martin Jauvat, Emmanuelle Bercot, William Lebghil, Sébastien Chassagne

Année : 2026

Pays : France

Genre : Comédie

Résumé :

Quand sa mère menace de le virer du pavillon familial s’il ne se bouge pas les fesses, Sprite se retrouve coincé dans un paradoxe : il doit passer son permis pour trouver un taf, mais il a besoin d’un taf pour payer son permis. Heureusement, Marie-Charlotte, sa monitrice d’auto-école, est prête à tout pour l’aider – même à lui prêter son baise-en-ville. Mais… C’est quoi, au fait, un baise-en-ville ?

Avis :

Martin Jauvat est un jeune cinéaste qui se pose comme l’un des plus discrets du paysage du cinéma français. Autodidacte, il réalise et produit lui-même ses premiers courts-métrages. Avec un style bien à lui et des personnages qu’on peut aisément qualifier de losers magnifiques, Martin Jauvat grandit et se fait remarquer.

En 2023, il sort son premier long-métrage, « Grand Paris« , une enquête décalée pleine de charme et de curiosité. Le film était sorti discrètement, sans faire grand bruit, mais il a conquis ceux qui sont tombés dessus. Trois ans plus tard, Martin Jauvat est de retour avec une nouvelle comédie décalée, et il passe clairement à la vitesse supérieure. Gardant le charme qui fait son cinéma, le réalisateur, qui est aussi le scénariste et le comédien de son film, nous entraîne dans une nouvelle comédie qui, pour le coup, se fait hilarante. Pleine de répliques géniales, de personnages aussi improbables que hauts en couleur, Martin Jauvat séduit, amuse et, au-delà de ça, avec ce deuxième long-métrage, on peut dire que la comédie française tient un nouveau nom.

« Les films de Martin Jauvat, ce sont des bonbons »

Corentin Perrier, dit Sprite, a vingt-cinq ans. Séparé depuis un an, obligé de retourner vivre chez ses parents, Sprite est perdu. Sa mère le pousse à trouver un job, quelque chose, n’importe quoi, mais qu’il se bouge. Devant se payer son permis, Sprite trouve alors un boulot assez improbable : nettoyeur de fêtes privées. Oui, oui, il y a vraiment des gens qui paient d’autres gens pour venir nettoyer en pleine nuit après une fête… Avec cet argent, il peut commencer à se payer son permis, et c’est là qu’il va faire la connaissance de Marie-Charlotte, une monitrice d’auto-école pour le moins grande gueule.

Allez, on va s’amuser à faire des comparaisons. Les films de Martin Jauvat, ce sont des bonbons qu’on prend plaisir à déguster, et si « Grand Paris » était une fraise Tagada, « Baise-en-ville« , c’est une couille de Mammouth… Oui, cette énorme boule qu’on peut mâcher pendant des heures avec toujours le même plaisir. Pour son nouveau film, Martin Jauvat pousse le curseur de la comédie absurde encore plus loin, et il est bien difficile de ne pas succomber à ses délires. Engueulades, moments ubuesques, peuplé de losers magnifiques, « Baise-en-ville« , c’est l’histoire d’un mec paumé qui trouve un job de paumé et qui s’y accroche pour pouvoir aller de l’avant.

« une vraie délicatesse et de vraies blessures »

Dans un style qui est désormais reconnaissable, on suit donc avec une certaine délectation les mésaventures de Sprite, personnage maladroit et gauche avec les filles. D’ailleurs, derrière les délires, derrière les engueulades et autres provocations en auto-école par une monitrice totalement délurée campée par une Emmanuelle Bercot en roue libre totale (et hilarante dès qu’elle ouvre la bouche), derrière les conversations gênantes avec ses parents, notamment autour de vieux souvenirs d’un baise-en-ville qui a parfaitement servi à papa pour tirer des coups, derrière les fêtes improbables en pleine nuit, derrière les moqueries sur Macron et son 49.3, derrière AC/DC, George Baker, Calogero, Passi, Grandaddy, Gazo, derrière cette mise en scène qui rappelle, dans ses cadres et ses couleurs, un Wes Anderson en banlieue parisienne… Bref, derrière tout ça, « Baise-en-ville » tient quelque chose de très surprenant : une vraie délicatesse et de vraies blessures.

Ce loser magnifique campé par Martin Jauvat est plus complexe qu’il n’en a l’air. En effet, si « Baise-en-ville » parle d’une France qui taffe derrière ses allures de ne rien faire, il y a surtout ce cœur brisé. Ce romantique qu’on pousse à s’envoyer en l’air. Puis cette pression autour de la consommation, comme s’il fallait absolument baiser à vingt-cinq ans parce qu’il y a la jeunesse, l’énergie, la vigueur. Bref, il y a cette dualité en sous-texte entre baiser et faire l’amour, et la façon dont le personnage de Sprite se livre là-dessus est touchante. Ça offre une profondeur inattendue au film. Puis au-delà de ça, Martin Jauvat nous a prouvé à plus d’une reprise qu’il savait nous faire rire et nous amuser. Aujourd’hui, il nous prouve qu’au milieu des rires, il est aussi capable de toucher et d’être bien plus sérieux qu’il n’en a l’air.

Ainsi donc, ce deuxième film pour Martin Jauvat se pose comme une belle surprise. Hilarant et tendre en même temps, plein d’aventures, de délires et d’authenticité, « Baise-en-ville » oscille entre des moments géniaux, des répliques tordantes (plus d’une d’ailleurs restent en tête), et il y a ces personnages, et surtout ce personnage, Sprite, qu’on adore suivre d’un bout à l’autre. En deux films, Martin Jauvat impose un univers, un style bien à lui et des personnages qu’on adore. On attend maintenant un troisième film avec beaucoup d’envie !

Note : 14,5/20

Par Cinéted

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