
De : Chloé Zhao
Avec Paul Mescal, Jessie Buckley, Emily Watson, Joe Alwyn
Année : 2026
Pays : Angleterre, Etats-Unis
Genre : Drame
Résumé :
Angleterre, 1580. Un professeur de latin fauché, fait la connaissance d’Agnes, jeune femme à l’esprit libre. Fascinés l’un par l’autre, ils entament une liaison fougueuse avant de se marier et d’avoir trois enfants. Tandis que Will tente sa chance comme dramaturge à Londres, Agnes assume seule les tâches domestiques. Lorsqu’un drame se produit, le couple, autrefois profondément uni, vacille. Mais c’est de leur épreuve commune que naîtra l’inspiration d’un chef d’œuvre universel.
Avis :
Quand Chloé Zhao arrive sur « Hamnet« , ce n’est pas pour faire un biopic sur Shakespeare, mais pour raconter ce qui se joue avant l’œuvre. Adapté du roman de Maggie O’Farrell, le film s’intéresse à la perte de son fils et au deuil intime d’un couple, en particulier du point de vue de sa femme. Un sujet qui résonne fortement avec le cinéma de Chloé Zhao, elle qui filme depuis toujours les silences, l’absence, la mémoire et le lien entre les êtres et la nature. Avec « Hamnet« , la réalisatrice poursuit son cinéma de l’intime, loin du film d’époque classique, et c’est très bien comme ça.

« Hamnet« , c’est le cinquième film de Chloé Zhao et il est porté par un excellent bouche-à-oreille. Réalisatrice venue du cinéma indépendant, Chloé Zhao s’est très vite imposée comme l’un des nouveaux visages phares d’Hollywood. Pour ma part, je dois avouer que je me méfiais de « Hamnet« . Si j’aime beaucoup ce que Chloé Zhao a fait avec « Les Éternels« , qui reste le Marvel que je préfère, je suis bien plus partagé sur ses films précédents, qui, pour bien d’entre eux, m’ont laissé sur le bas-côté.
« Chloé Zhao livre ici un drame intense »
Mais bon, comme je suis curieux, et surtout fidèle aux cinéastes dont j’ai commencé à suivre la carrière en salle, je suis allé voir « Hamnet« . Et très honnêtement, j’en ressors les jambes coupées. Magnifique, intime et puissant, Chloé Zhao livre ici un drame intense, qui m’a fait pleurer, mais pleurer comme rarement. Pas des petites larmes discrètes. Non. Des vraies vagues d’émotion, qui montent sans prévenir, tant l’émotion vibre partout, dans chaque plan, chaque silence, chaque regard.
Angleterre, années 1520. Un professeur de latin fauché tombe amoureux d’une jeune domestique, considérée par beaucoup comme une sorcière. Cette jeune femme s’appelle Agnès, et lui, c’est William. De leur amour naîtront trois enfants. Une famille simple, fragile, construite dans l’amour, les gestes du quotidien, la nature, le foyer. Puis le destin viendra abîmer le socle de cette femme, de ce couple, de cette famille. Et c’est dans le drame le plus dur, le plus injuste, que naîtra un chef-d’œuvre…
Plus qu’un coup de cœur, c’est bien un coup d’amour qui émane du nouveau film de Chloé Zhao. « Hamnet » est très loin d’être un biopic. Non, « Hamnet« , c’est quelque chose que j’aurais envie d’appeler une tranche de drame. Il y a des films qui nous racontent une tranche de vie, avec un début, un milieu, une fin. Ici, Chloé Zhao raconte une tranche de douleur. Une douleur qui s’installe lentement, presque sournoisement. Un peu comme un fleuve qui coule tranquillement avant de rejoindre l’océan, tout dans « Hamnet » prépare la dernière scène du film. Absolument tout.
« »Hamnet« , c’est donc la rencontre entre deux personnages »
Une scène finale puissante, savoureusement amenée, avec ce qu’il faut de subtilité, de non-dits, de colère, de surprises, et bien sûr énormément d’émotions. Personnellement, ce fut ravageur. J’ai bien eu du mal à me lever de mon fauteuil. J’avais besoin de rester là, quelques secondes, pour reprendre mes esprits, pour laisser redescendre ce que le film venait de m’envoyer en pleine figure.
« Hamnet« , c’est donc la rencontre entre deux personnages qui ne viennent même pas du même milieu. C’est un coup de foudre. Un regard. Un sourire. Une évidence. Puis la vie s’installe. Les enfants. Le foyer pour madame. Les obsessions pour monsieur. Lui qui écrit et s’éloigne. Lui qui fait des allers retours. Elle qui reste, qui ressent, qui encaisse, qui protège. Et c’est là que le film est bouleversant, parce qu’il ne juge jamais. Il ne prend jamais parti. Il observe. Il laisse faire. Il laisse ressentir. Et ça, c’est très touchant.
On sait tous que le film parle de William Shakespeare, mais Chloé Zhao a l’intelligence de ne jamais en faire le sujet principal. Cette dimension restera longtemps hors champ, presque effacée, comme si elle refusait d’écraser son film avec le poids du personnage. Et c’est seulement dans le final que tout prend sens. Cette dernière scène pose l’art comme une catharsis. Comme une manière non pas de guérir, mais de survivre à la perte d’un enfant. De transformer l’indicible en quelque chose qui reste. La mise en scène est grandiose dans sa retenue. Rien n’est appuyé. Rien n’est démonstratif. La salle est suspendue. L’émotion monte, encore, encore, jusqu’à devenir presque insoutenable. Il se passe quelque chose d’immense à cet instant-là, quelque chose de profondément humain qu’on ressent au plus profond.
« Tout le monde est à sa place. Tout le monde sert l’émotion »
Ce qui est d’autant plus fort, c’est que jusque-là, avec les moments de grâce et la très belle mise en scène, presque anti-spectaculaire, il y a quelque chose de volontairement simple dans ce que raconte « Hamnet« . Une rencontre imprévue. Une histoire d’amour. Des enfants. Puis la perte de l’un d’entre eux. Sur le papier, c’est déjà vu. On a tous déjà vu ce genre d’histoire au cinéma. Et pourtant, chez Chloé Zhao, ça devient tout autre chose. Parce que le film ne cherche jamais à faire pleurer. Il ne force rien. Il laisse le temps faire son travail. Et c’est pour ça que l’émotion finit par frapper aussi fort.
L’autre atout immense du film, c’est bien sûr son casting. Jessie Buckley en tête. Ce serait totalement justifié de la voir aller chercher un Oscar en Mars prochain tant elle est incroyable. Elle ne joue pas Agnès. Elle est Agnès. À chaque instant. Dans chaque respiration. Dans chaque silence. Dans chaque regard posé sur ses enfants, sur son mari, sur la nature autour d’elle. À ses côtés, Paul Mescal est d’une retenue bouleversante, presque fragile. Jacobi Jupe est déchirant, et Noah Jupe, dans le final, est absolument magnétique. Aucun acteur n’est en trop. Tout le monde est à sa place. Tout le monde sert l’émotion.

Avec délicatesse et douleur, avec émotion et drame, Chloé Zhao livre ici un très grand film. Plus qu’un film sur Shakespeare, « Hamnet » est avant tout un film sur l’amour, le deuil, la perte, et l’art, non pas pour sauver, mais peut-être pour soigner. Tout est beau ici. Tout est émouvant. Tout est tenu avec une justesse rare. L’ambiance est superbe, le rythme est maîtrisé, et le film prend le temps de raconter ses personnages et son sujet sans jamais tricher. Au bout du compte, quand on additionne tout ça, il n’y a pas cinquante mots possibles. On peut très facilement poser sur « Hamnet » ce mot que beaucoup espèrent, envient, redoutent parfois… chef-d’œuvre.
Note : 20/20
Par Cinéted
