janvier 28, 2026

Bullitt – Incroyable Steve McQueen

De : Peter Yates

Avec Steve McQueen, Robert Vaughn, Jacqueline Bisset, Don Gordon

Année : 1969

Pays : Etats-Unis

Genre : Policier

Résumé :

Bullitt, un lieutenant de police, est chargé par un politicien ambitieux de protéger Johnny Ross, un gangster dont le témoignage est capital dans un procès où est impliqué l’homme politique. Malgré les précautions prises par Bullitt et ses hommes, Ross est grièvement blessé, puis achevé sur son lit d’hôpital. Bullitt s’aperçoit alors que la victime n’était pas le vrai Ross…

Avis :

Il y a des films qui deviennent culte de par leur stature, leur nature et leur histoire. En ce sens, Bullitt remplit quasiment toutes les cases. Sorti en 1969, le film produit et joué par Steve McQueen va engendrer une recette de plus de cinq fois le coût de production, et il va marquer le public via une scène de course-poursuite haletante, encore jamais vue au cinéma à cette époque. Mais faire Bullitt ne fut pas une partie de plaisir, et il a coûté plus ou moins cher à son acteur principal. En effet, c’est lui qui a choisi Peter Yates comme réalisateur, et ce dernier ne voulait faire d’un film en studio. Il a exigé de tourner en extérieur pour casser les codes du polar de l’époque, et c’est Steve McQueen qui a fait pression sur la Warner.

Et quand on dit que ça a coûté cher à l’acteur, c’est que la Warner a décidé par la suite de rompre son contrat avec l’homme, alors qu’elle devait faire encore cinq films avec lui. De plus, certaines tensions vont naître durant le tournage. Des tensions qui n’auront pas lieu entre les acteurs ou l’équipe technique, mais surtout avec certaines associations qui trouvaient anormal que la maire de San Francisco mette à disposition trois policiers pour les tournages en extérieur. Ou encore que de vraies infirmières furent embauchées pour jouer dans une scène, au lieu de prendre des figurants. Bref, Bullitt est un film qui a fait couler de l’encre, mais qui reste aujourd’hui une œuvre grandiloquente, un film majeur du septième art, qui continue aujourd’hui à passionner.

« La mise en scène est lumineuse, les décors de San Francisco sont beaux »

Pourtant, l’histoire est relativement simple. Bullitt est un lieutenant de police très connu et reconnu, et il va être embauché par un politicien pour protéger un témoin important dans une affaire de gangsters. Le début est assez nébuleux, puisque durant le générique de début, on voit un homme qui s’échappe d’un guet-apens et qui va se planquer dans une chambre d’hôtel. On ne comprend pas ce qui se passe, jusqu’au réveil du lieutenant, sa visite chez ce politicien ambitieux, et sa mission de protéger ce fameux témoin. Malgré la simplicité du scénario, on voit déjà poindre quelques velléités entre ce lieutenant nonchalant et ce politicien qui semble être très exigent, cachant sans doute des intérêts dans cette histoire de voyous. La mise en scène est lumineuse, les décors de San Francisco sont beaux, et l’entame est plutôt réjouissante.

Puis le film bascule alors lorsque le témoin se fait assassiner. Il se passe un premier évènement déclencheur étrange, qui va mettre la puce à l’oreille au lieutenant. Il décide alors de cacher la mort de ce témoin au politicien pour mener son enquête, découvrant par la même occasion que ce fameux témoin n’était pas la bonne personne. Il va alors s’ensuivre quelques affrontements avec les gangsters de l’Organisation, et un bras de fer avec le politicien qui veut faire tomber Bullitt pour négligence. Ainsi donc, on tombe dans un polar plus sombre, où les teintes vont devenir plus noires. Peter Yates assombrit sa lumière, et joue alors avec les lieux qu’il explore, comme ce fameux hôpital qui ressemble à un dédale inextricable. Il en profite aussi pour caractériser un méchant en particulier, un tueur à gages particulièrement résistant.

« un impérial Steve McQueen« 

C’est à partir de là que Bullitt va devenir très intéressant dans sa démarche artistique. Au-delà du fait que Steve McQueen a refusé de se faire doubler pour les scènes les plus impressionnantes, Peter Yates va donner du peps à sa mise en scène avec notamment l’une des plus fameuses courses-poursuites du cinéma. Non seulement elle est longue, mais elle est toujours efficace de nos jours, avec des plans savamment choisis et une construction qui force le respect. Alors oui, il a fallu trois semaines pour la boucler, mais cela valait clairement le coup. Il en va de même avec la toute dernière scène, au niveau de l’aéroport, avec une course à pied cette fois-ci, et un montage idéal pour nous inclure dans cette chasse à l’homme.

Bien entendu, ce qui fait le succès du film ne tient pas qu’à sa mise en scène. Le scénario prévoit de nombreuses pistes de réflexion, notamment sur ces politiciens véreux qui se croient au-dessus des lois et qui côtoient des personnages peu fréquentables. De plus, il y a une vraie personnification du héros. Bullitt est un personnage empathique, attachant, humain, avec ses défauts, et il est parfaitement campé par un impérial Steve McQueen. Il est juste dommage que les personnages secondaires soient moins travaillés, comme celui de Jacqueline Bisset qui reste trop en surface et n’approfondit pas vraiment les sentiments du lieutenant de police. Il en va de même avec les antagonistes qui sont assez pauvres dans leur trait de caractère, et dont les enjeux restent encore et toujours autour de l’argent, et d’un type qui leur a piqué deux millions de dollars.

Au final, Bullitt reste un film culte de chez culte. Il s’agit d’un polar qui, pour l’époque, cassait tous les codes préexistants, notamment dans une mise en scène exigeante et de toute beauté. Peter Yates a vraiment su changer la donne en proposant un film loin des studios, dans de vrais décors, et avec une vraie envie de cinéma. Et ce n’est pas un hasard si par la suite, Steve McQueen, malgré la rupture de son contrat avec la Warner, va continuer à faire quelques chefs-d’œuvre, comme Papillon ou La Tour Infernale, démontrant que parfois, il est nécessaire de s’ériger contre les studios pour faire un excellent film.

Note : 17/20

Par AqME

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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