mars 15, 2026

Ne Jamais Trembler – Stephen King

Auteur : Stephen King

Editeur : Albin Michel

Genre : Thriller

Résumé :

« Je vais tuer 13 innocents et 1 coupable. Ainsi, ceux qui ont causé la mort de l’innocent souffriront. Il s’agit d’un acte d’EXPIATION. » Quatorze citoyens dans le viseur d’un prétendu justicier. Signée d’un certain Bill Wilson, la lettre, parvenue à la police de Buckeye City, sème la panique. Surtout lorsqu’il apparaît que le meurtrier choisit ses victimes au hasard. Militante des droits de la femme, Kate McKay vient de se lancer dans une tournée de conférences sulfureuses aux États-Unis. Sans prendre au sérieux les menaces d’un individu qui semble déterminé à la faire taire à tout prix.

Avis :

Depuis une dizaine d’années, Stephen King s’est insinué dans le domaine du polar et du thriller. La trilogie Bill Hodges a inauguré cette incursion de fort belle manière. Puis le personnage d’Holly Gibney est apparu dans d’autres intrigues, rejoignant par la même occasion le panthéon des protagonistes emblématiques de l’auteur. Alors qu’il aurait pu être le point d’orgue de son histoire, Holly s’est avancé comme un roman poussif, banal et répétitif. Le récit privilégiait des considérations sermonneuses et manichéennes à l’ambivalence et au suspense de ses plus grandes œuvres. À bien des égards (et malheureusement), Ne jamais trembler constitue un ouvrage dans la continuité de la précédente enquête de la détective privée.

L’intrigue part d’un postulat intrigant, où le sentiment d’injustice insuffle un parfum de vengeance. Une frustration due aux failles du système qui induit une volonté de s’affranchir des carcans sociaux et moraux pour appliquer sa propre loi, sans doute celle du Talion. Le message alambiqué de l’antagoniste suscite autant d’interrogations que de perplexité. En somme, l’amorce n’est pas pour déplaire. Néanmoins, on s’empêtre bien vite dans des considérations sommaires, simples prétextes à l’expression de valeurs politiques. Au terme de petites évocations sur le Covid et la vaccination (à nouveau), Stephen King se complaît dans la bien-pensance, là où on le connaissait plus subversif et à contre-courant des mouvances idéologiques contemporaines.

Certes, il est tout à fait louable de s’appuyer sur la fiction pour dénoncer des dérives sociétales qui tendent vers l’extrémisme. Pour autant, il n’est pas très pertinent de conspuer ce dernier au travers de son pendant opposé. Au lieu d’apporter de la nuance et de la complexité à une situation ou un contexte, un tel traitement rend caduque les arguments avancés. Bien que les valeurs présentées soient aux antipodes, les méthodes de captation des masses demeurent similaires. En l’occurrence, il n’est nulle question d’égalité ou de tolérance à l’encontre de la différence, de l’autre, mais d’une bataille du pouvoir par le biais d’une emprise psychologique, d’un dogme inaliénable. Une guéguerre puérile où l’on tente de supplanter l’autre, sans réelle conviction, mais avec une vanité manifeste. Le personnage de Kate McKay et ses conférences expriment cet état de fait.

Ne jamais trembler mène donc une tournée politique nationale assez pathétique, où délire de persécution se mêle à un comportement mégalomaniaque. La conversion professionnelle toute temporaire d’Holly en garde du corps pour une misandre de pacotilles agace au plus haut point. Cette partie de l’intrigue multiplie les longueurs et les errances narratives. Entre la gestion organisationnelle du planning et les rencontres artistiques qui confèrent à une masturbation intellectuelle réciproque entre les intervenants, on s’ennuie autant qu’on s’interpelle sur l’intérêt d’une telle incursion. À des considérations d’une banalité sans borne, on assiste aussi à la vendetta d’un paumé qui assassine de pauvres quidams au hasard (ou pas).

Au demeurant, les investigations sont menées avec négligence ou incompétence. Le récit s’appuie davantage sur des concours de circonstances que sur de réels progrès de l’enquête. Les quelques retournements de situation restent attendus, tandis que le discours sur la notion d’autojustice souffle le chaud et le froid, entre une tolérance exacerbée et un caractère sentencieux excessif. On songe, entre autres, au principe de Blackstone qui induit une faille du système judiciaire et prône l’ultra-permissivité pour s’épargner de potentiels dommages collatéraux. Ne serait-il pas plus judicieux de remédier aux faiblesses identifiées et de les anticiper plutôt que de se voiler la face lorsqu’une erreur judiciaire se manifeste tout en fustigeant la fatalité ?

Au final, Ne jamais trembler possède un titre prédictif quant aux intentions qui se cachent derrière le roman. On ne se saisit pas devant les extrémismes dépeints ou à leur montée en puissance, mais plutôt face au conventionnalisme d’une histoire aux ambitions malingres. En d’autres circonstances, les récits de Stephen King apportent une foultitude de détails pour étayer le fonds et le contexte. Ici, il est question d’un enchaînement de longueurs accablantes pour combler un discours versatile et inconsistant, et ce, malgré des propos de base louables. Décidément, l’auteur se montre peu inspiré dans le domaine du polar avec une analyse peu probante des thématiques abordées. Le personnage d’Holly Gibney mérite tellement mieux que ces deux dernières incursions, à la fois surfaites et pontifiantes.

Note : 07/20

Par Dante

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