
Titre Original : Geom-Gaek
De : Jae-Hoon Choi
Avec Hyuk Jang, Man-Sik Jeong, Joe Taslim, Hyeon-Soo Kim
Année : 2020
Pays : Corée du Sud
Genre : Action, Historique
Résumé :
Corée, 1623. Afin de sauver sa fille Tae-Ok, enlevée par des marchands d’esclaves à la solde des nouveaux Maîtres chinois Qing, Tae-Yul, ancien guerrier émérite de la dynastie Joseon pour la défense de laquelle il a perdu l’usage d’un oeil, doit reprendre l’épée qu’il avait abandonnée après la chute du roi Gwanghaegun. Rattrapé par ses blessures et les démons de son passé, il devra combattre et vaincre rivaux et ennemis pour l’honneur des guerriers coréens et la vie de Tae-Ok.
Avis :
À l’échelle locale ou internationale, les films d’action historiques coréens connaissent un grand succès. Ce mélange des genres demeure coutumier au pays du matin calme. Il peut parfois surprendre par des registres aux antipodes, comme la comédie avec le film catastrophe. Ici, le fait d’entremêler une œuvre réaliste à la nervosité d’un style axé sur le divertissement fonctionne bien. On a déjà pu apprécier l’efficacité d’une telle initiative avec Kundo ou The Great Battle. Pour son premier long-métrage, Jae-hoon Choi se lance dans le film de sabre, lorgnant du côté du chanbara, eu égard aux préceptes d’honneur et de loyauté que l’intrigue véhicule.

Sur le plan scénaristique, The Swordsman présente des enjeux assez attendus. À travers le point de vue de son protagoniste, il est question de déchéance, d’exil et de rédemption. Contrairement à d’autres métrages, la narration fait l’économie de scènes d’exposition pour étayer le contexte politico-historique de la période Joseon. Certes, il y a bien des passages pour confronter les forces en puissance, quelques vaines tentatives d’accords diplomatiques qui présagent de la première invasion mandchoue en Corée. Les enjeux sont posés, mais ils demeurent cantonnés à une toile de fond. Un tel choix évite nombre d’atermoiements ou de moments creux pour combler les carences scénaristiques.
« The Swordsman présente des enjeux assez attendus »
En contrepartie, il est nécessaire de connaître à minima la période pour en saisir les visées. L’ensemble n’en reste pas moins compréhensible, même si des concessions sur l’aspect ou la rigueur historique ont été consenties. On se focalise davantage sur le parcours esseulé du personnage principal. Ce dernier dénote par son caractère mesuré, sinon mutique. Cela sans compter sur son aura mystérieuse. Quant aux flashbacks, ils ne tendent pas à faire la lumière sur son passé, mais sur l’évènement clef qui a conduit à son isolement. Les intervenants secondaires et les antagonistes sont bien campés, même si certains rôles n’ont pas autant de relief qu’escompté.
On notera une timide résurgence du handicap chez le guerrier, eu égard au sabreur manchot ou à Zatoïchi. La thématique se montre récurrente dans ce genre de films. Cependant, cette spécificité reste fluctuante, car il s’agit d’une cécité progressive, soumise à des crises ponctuelles et irrégulières. Sa vue est donc altérée, mais son état ne présente que peu d’incidences sur ses capacités martiales. Si l’idée demeure toujours intéressante à exploiter, elle aurait gagné à davantage de nuances afin de rendre l’issue des affrontements plus incertaine. Dans le cas présent, on retient surtout le caractère implacable et l’exceptionnelle maîtrise du sabre du protagoniste.
« les combats constituent l’atout majeur du métrage »
À n’en pas douter, les combats constituent l’atout majeur du métrage. Cela tient au soin et à la méticulosité des chorégraphies. En duel ou face à toute une escouade, leur intensité est évidente. La fluidité des coups portés se fait l’écho de techniques pleines de subtilités. On songe aux confrontations des arts martiaux (à mains nues ou armées) ou aux adeptes d’un style similaire. Exception faite de la joute où les ennemis usent de fusils, on observe une approche réaliste valorisée par une mise en scène qui privilégie les plans larges aux coupes épileptiques. Ce choix d’exécution renforce le caractère esthétique des affrontements, tout en veillant à leur lisibilité et leur célérité.

Au final, The Swordsman est un film de sabre coréen de haute volée. Certes, les tenants et les aboutissants du récit présentent une tournure prévisible. Il n’y a qu’à constater le prétexte pour justifier la chasse qu’entame le protagoniste ou le dénouement pour s’en convaincre. Il n’en demeure pas moins que l’ensemble fait montre d’une efficacité évidente, ne serait-ce que dans sa progression ou sa mise en scène. Cela tient, entre autres, à la splendeur des combats qui profitent de chorégraphies inspirées pour varier les circonstances des affrontements. Le présent métrage pourrait s’avancer comme la convergence coréenne de Zatoïchi et de Kenshin le vagabond. Il en ressort une incursion probante qui délaisse le caractère historique de son propos pour privilégier une vendetta aussi brutale qu’implacable. Une démarche simple, certes, mais ô combien percutante.
Note : 15/20
Par Dante
