
Titre Original : Yip Man Chinchyun
De : Herman Yau
Avec Yu-Hang To, Yi Huang, Biao Yuen, Siu-Wong Fan
Année : 2010
Pays : Hong-Kong
Genre : Biopic, Action
Résumé :
Après le décès de son maître, le jeune Ip Man continue à apprendre les arts martiaux sous les ordres d’un disciple et part à Hong-Kong. Il revient dans sa ville de Foshan où il tombe amoureux de Wing Shing, malheureusement de rang différent de lui. Entre amour interdit, apprentissage de son art et révélation sur son passé, Ip Man entame la plus ardue de ses aventures.
Avis :
Figure emblématique des arts martiaux, Ip Man a connu un regain de notoriété avec la production de biopics romancés dans les années 2000. Interprété avec maestria par Donnie Yen, le personnage s’est distingué par son humanisme et son talent pour le wing chun. Ainsi, on ne résumait plus l’homme au seul maître de Bruce Lee, sobriquet flatteur et néanmoins réducteur au regard de sa contribution au kung-fu et à la culture chinoise. Le maître ne reste plus dans l’ombre de son illustre élève. Aussi, les deux métrages de Wilson Yip se sont avancés comme d’excellentes incursions historiques, non sans faire la part belle à des combats exceptionnels et à une dramaturgie inattendue en pareilles circonstances.

Comme son titre le laisse présager, Ip Man – La Légende est née constitue une préquelle aux précédents films évoqués. En effet, l’intrigue prend place durant les jeunes années de son protagoniste, et ce, dès son apprentissage auprès de Chan Wah-shun. Afin de bien distinguer les différents pans narratifs du récit, cette première partie arbore une teinte sépia qui s’accorde bien à la période. L’exposition de cette première approche avec le wing chun demeure assez succincte, à tout le moins pour poser les fondamentaux de ses acquis. On note toutefois un talent inné pour les arts martiaux, ainsi qu’une indéfectible passion de l’intéressé, tant pour les combats que pour la philosophie qui en émane.
« la dimension historique reste moins appuyée qu’auparavant »
Par la suite, le présent métrage romance le parcours d’Ip Man à Foshan, ainsi qu’à Hong Kong. Cela porte sur ses études, ses rencontres opportunes et cette volonté de parfaire ses connaissances du wing chun. Ces éléments contribuent à développer le personnage, ainsi que le contexte des années 1910, en Chine. Sans patriotisme ostentatoire, il est aisé de distinguer certaines occurrences plus ou moins vivaces de l’époque. On songe, entre autres, au mépris de certains Occidentaux, ainsi qu’à l’ingérence des forces nipponnes. En matière d’antagonismes, on assiste à une sorte de synthèse de ce qui a pu être abordé dans les deux précédents films Ip Man.
Malgré une belle reconstitution des décors, la dimension historique reste moins appuyée qu’auparavant. Elle fait office de toile de fond, mais n’a pas d’impact notable sur les évènements ou le quotidien des principaux intervenants. La seconde partie étaye la vie d’Ip Man avec plus ou moins de libertés consenties avec la réalité. En dépit d’une narration fluide et équilibrée, il est toutefois difficile de faire l’impasse sur des incohérences, voire des anachronismes. L’un des plus flagrants constitue la rencontre entre Ip Man et Leung Bik vers 1916, tandis que ce dernier est décédé en 1911. Autre aberration : la possibilité de voir à l’affiche d’un cinéma le Nosferatu de F.W. Murnau, en 1919… Sacrée avant-première ! De plus, la projection se trompe de version de Dracula. Ce qui est assez maladroit.
« On n’échappe pas non plus à des idylles faciles »
On n’échappe pas non plus à des idylles faciles, en particulier le sempiternel triangle amoureux, où les sentiments ne sont guère partagés et demeurent à sens unique. Quant au dernier acte, les sournoiseries des Japonais confèrent au complotisme alors que leur présence reste en filigrane tout au long de l’histoire. Les enjeux et les mécanismes de manipulation se contentent d’éléments surfaits ; entre agents endormis, corruption des forces de l’ordre et invasion silencieuse qui augurent quelques velléités colonialistes, à tout le moins d’une occupation qui se concrétisera des années plus tard. Exception faite de l’épilogue qui se déroule en 1929, l’ensemble demeure elliptique avec une trame qui s’étend de 1909 à 1920.
Quant aux combats, le film ne déçoit guère. Hormis quelques envolées dans les ultimes affrontements, les confrontations font montre de réalisme. Les chorégraphies sont rigoureuses et usent de différentes techniques pour supplanter et maîtriser l’adversaire. On notera une volonté de concilier les coups et les enchaînements du wing chun « traditionnel » avec des notions tout aussi efficaces pour parfaire l’enseignement de base. Ce qui peut donner lieu à des dissensions entre les puristes et les pratiquants ouverts au changement pour transcender leur art. Les endroits où se déroulent les confrontations et les prétextes pour les amener disposent d’une belle variété.

Au final, Ip Man – La Légende est née demeure un bon film d’arts martiaux, même s’il n’est pas en mesure d’égaler les métrages de Wilson Yip. À son actif, on lui prête volontiers son énergie pour dynamiser une intrigue qui alterne entre le biopic, le drame, l’action, voire l’espionnage. La chorégraphie des combats force le respect avec des techniques propres au wing chun. Il est d’autant plus regrettable de constater des facilités scénaristiques qui privilégient l’aspect fictionnel aux faits avérés, ainsi qu’une tonalité manichéenne prévisible, où certains antagonistes confèrent à la caricature. À cela s’ajoutent des anachronismes qui entachent le travail de fond réalisé sur la reconstitution historique. Une incursion plaisante, mais imparfaite, tant elle aurait gagné à davantage de finitions dans sa structure et sa présentation.
Note : 13/20
Par Dante
