
Titre Original : Yip Man : Jung Gik Yat Jin
De : Herman Yau
Avec Anthony Wong Chau-Sang, Gillian Chung, Jordan Chan, Eric Tsang
Année : 2013
Pays : Chine
Genre : Action
Résumé :
Dans le Hong Kong d’après-guerre, le légendaire grand maître de Wing Chun Ip Man met une fois de plus son talent au service de la justice. Mais alors qu’il tente de mettre un terme à des défis entre écoles de kung-fu rivales, son combat le propulse dans le monde dangereux des triades. Pour défendre sa vie et l’honneur de son école, il n’a d’autres choix que de se battre avec l’aide de ses nouveaux disciples…
Avis :
Depuis le diptyque de Wilson Yip, Ip Man a connu un regain de popularité dans le cinéma d’arts martiaux. Auparavant cantonnée à de brèves apparitions dans des biopics consacrés à Bruce Lee, cette figure incontournable de la culture chinoise dispose d’une aura à la mesure de Wong Fei-hung et de Fong Sai-yuk. En 2013, la sortie d’Ip Man – Le Combat final (titre un rien racoleur) coïncide avec celle de The Grandmaster, autre version de l’histoire du maître du wing chun par Wong Kar-Wai. On doit le présent métrage à Herman Yau qui a déjà officié sur Ip Man – La Légende est née. À l’image de ce dernier ou de Qiu Jin – La Guerrière, il est connu pour fournir des films distrayants, mais standardisés, auxquels il manque un style plus personnel pour retenir l’attention.

Avec Ip Man – Le Combat final, on revisite la période d’après-guerre. De prime abord, on a l’impression d’assister à une variante d’Ip Man 2 – Le Retour du grand maître. Cela tient à l’arrivée du protagoniste à Hong Kong, ainsi que ses difficultés à enseigner le kung-fu tout en disposant d’une source de revenu stable. Par ailleurs, on retrouve une structure narrative et des enjeux similaires. On songe à la rivalité des écoles d’arts martiaux, au climat sociopolitique houleux, au crime organisé qui gangrène le quotidien de la population et corrompt les forces de l’ordre. Cela reste probant pour dépeindre le contexte de cette période, mais la sensation de déjà-vu demeure évidente.
« L’intrigue s’écarte sciemment des luttes sociales »
Par rapport aux précédents films, on note toutefois des différences notables. L’intrigue s’écarte sciemment des luttes sociales, même si elles sont évoquées. Le changement de statut du principal intéressé est tout au plus esquissé. On fait également l’impasse sur ses valeurs familiales. Certes, il y a bien une incursion de sa femme, puis de son fils. Pour autant, les personnages restent prisonniers de carcans archétypaux. Cela sans compter sur une circonspection manifeste dans les lignes de dialogue ou la narration en voix off. Bien qu’Ip Man demeure une figure attachante, le cinéaste a toutes les difficultés à s’écarter d’un portrait lisse, sans grande nuance. À noter que le protagoniste conserve le même physique sur un récit qui s’étend sur plus de 30 ans.
Certes, on peut rapprocher son tempérament d’une force tranquille, où se mêlent maîtrise de soi et excellence technique. L’écriture tente de l’humaniser face à la perte d’un proche ou à des problèmes de santé. On reste pourtant dans un registre classique qui abuse de subterfuges éculés pour développer la vie du personnage principal sur plusieurs décennies. En cela, les ellipses demeurent assez maladroites. De 1948 jusqu’à son décès au début des années 1970, certains évènements s’étendent sur la durée ou leur accomplissement est trop évasif dans leur chronologie. Preuve en est avec les joutes clandestines ou la pseudo-romance avec une chanteuse de cabaret.
« on a droit à des chorégraphies soignées »
En ce qui concerne les combats, on a droit à des chorégraphies soignées qui varient entre des passes informelles, des confrontations individuelles et des batailles rangées entre clans. L’alternance des affrontements offre une belle diversité pour apprécier toutes les subtilités du wing chun et d’autres disciplines martiales, comme la technique de la grue blanche. Les joutes demeurent maîtrisées, sans pour autant se montrer surréalistes ; exception faite d’une visualisation d’un article de presse qui extrapole les évènements dépeints. Une petite touche légère et référentielle au wu xia pan inattendue qui détonne dans un style beaucoup moins exubérant.

Au final, Ip Man – Le Combat final est un film qui laisse une impression mitigée, tant il manque d’identité pour se différencier des précédents métrages sur le principal intéressé. Le registre du biopic reste bancal, tandis que la partie consacrée aux arts martiaux est beaucoup plus enthousiasmante. On peut aussi avancer une reconstitution historique en dents de scie. Il est difficile de ne pas entrevoir les scories d’un tournage en studio et certains lieux restreints au seul cadre de la caméra. À titre d’exemple, on aurait davantage apprécié une incursion sinueuse dans la citadelle de Kowloon, non se cantonner à une progression basique dans une ruelle rectiligne. Il en ressort un résultat inconstant, aux choix narratifs discutables et affublés d’un portrait fantasmé de son protagoniste.
Note : 12/20
Par Dante
