décembre 5, 2020

Zatoichi

De : Takeshi Kitano

Avec Takeshi Kitano, Tadanobu Asano, Michiyo Ogusu, Yui Natsukawa

Année : 2003

Pays : Japon

Genre : Aventure, Action

Résumé :

Au Japon, au XIXe siècle, Zatoichi est un voyageur aveugle gagnant sa vie comme joueur professionnel et masseur. Mais derrière son humble apparence, il est un redoutable combattant, rapide comme l’éclair et dont les coups s’avèrent d’une stupéfiante précision.
Alors qu’il traverse la montagne, il découvre une petite ville entièrement sous la coupe d’un gang. Son chef, Ginzo, se débarrasse de tous ceux qui osent se dresser sur son chemin, d’autant plus efficacement qu’il a engagé un redoutable samouraï ronin, Hattori.

Dans un tripot, Zatoichi rencontre deux geishas, aussi dangereuses que belles. Okinu et sa sœur Osei vont de ville en ville à la recherche du meurtrier de leurs parents. Elles possèdent pour seul indice un nom mystérieux : Kuchinawa.
Dès que les hommes de main de Ginzo croisent Zatoichi, l’affrontement est inévitable et sa légendaire canne-épée rentre en action.

Avis :

Zatoichi est un personnage culte au Japon. Né de l’imagination de l’écrivain Kan Shimozawa en 1961 dans un court prélude destiné à un cycle de romans historiques basés sur des faits réels, il n’aura fallu qu’un an pour voir le personnage sur les écrans, sous les traits de l’acteur Shintaro Katsu. Le premier film sort alors en 1962 avec pour titre La légende de Zatoichi : Le Masseur Aveugle et il amorce alors une saga qui va compter vingt-six films dont le dernier est sorti en 1989, réalisé par l’acteur principal lui-même. Mais Zatoichi, ce n’est pas que du cinéma, c’est aussi une série télé avec le même acteur qui va durer quatre saisons et cent épisodes entre 1974 et 1979. Bref, le personnage est une institution à lui tout seul et de nombreux autres films ou mangas s’inspirent de ce héros, masseur aveugle et redoutable bretteur. Au début des années 2000, une productrice va alors s’approcher de Takeshi Kitano, qui vient de réaliser Dolls, un drame romantique, pour lui proposer de faire une version personnelle de Zatoichi. Premier film de commande pour le japonais, il accepte tout en prenant certaines libertés, aussi bien sur le personnage que sur l’histoire en elle-même. Il en résulte alors le plus gros succès commercial du cinéaste et un film récompensé partout dans le monde (Lion d’argent à Venise, prix du public à Toronto, etc…).

La première chose qui surprend quand on regarde pour la première fois le film de Takeshi Kitano, c’est son aspect un peu vieillot et ses effets spéciaux franchement immondes. En effet, le film s’ouvre sur un combat entre trois malfrats et le héros qui va les découper façon bouchère. Et on va subir de plein fouet les incrustations dégueulasses de sang synthétique. Les giclées ressemblent à un ajout au feutre et c’est très mal fait, même pour l’époque. On remarquera aussi, durant le reste du film, une volonté d’en mettre des caisses dans les séquences un peu gores et le numérique fait un peu peine à voir. Fort heureusement, ce ne sera quasiment que le seul défaut du film qui visiblement trouve bien de mettre ces moments gênants alors qu’ils ne sont pas obligatoires. Si on enlève ces passages, ces incrustations numériques, on se rend compte que le film est tout aussi bien et que cette décadence gore ne sert strictement à rien. Mais Takeshi Kitano est généreux et c’est finalement assez proche de son style, maniant le mauvais goût avec un style tout particulier.

Un style complètement hybride qui s’assume pleinement. En effet, Zatoichi ne sera pas qu’un film de sabre dans un Japon médiéval. Il sera un savant mélange de plusieurs genres comme le western, la comédie ou encore le drame. Avec ce film, Takeshi Kitano va expérimenter plusieurs choses et livrer un film à la fois étrange et envoutant. Etrange car il alterne des moments d’une grande violence avec des moments comiques un peu burlesques qui dédramatisent certaines situations. Le personnage de Shinkichi sera l’atout comique du film, mais il apportera une certaine naïveté à l’ensemble et sera presque le seul élément « pur » du métrage, n’ayant pas une once de méchanceté en lui, bien au contraire. Ainsi, ses interventions sur le combat à l’épée, sur le fait que Zatoichi trouve toujours les bons résultats aux dés ou encore lorsqu’il évoque le côté androgyne d’un personnage, il apporte une certaine candeur et démontre non seulement sa générosité, mais aussi sa tolérance. A côté de cela, certaines séquences sont d’une grande cruauté et on retrouve le côté western du film lorsque les malfrats vont du chantage auprès des commerçants et lorsqu’ils n’hésitent pas à tuer quiconque se met en travers de leur chemin. La mise en scène de Kitano va permettre de mettre en avant ces sales types qui n’ont aucun scrupule.

Une mise en scène qui va aussi permettre au réalisateur de s’amuser et de rendre quelques hommages, dont le plus appuyé est celui fait au film Les Sept Samouraïs de Kurosawa. Un combat sous la pluie nerveux et dantesque, avec une photographie à tomber par terre. Cependant, la mise en scène est aussi présente pour mettre en avant des personnages complexes et très travaillés. Si Zatoichi bouffe tout l’écran lorsqu’il est présent, il reste en retrait par rapport à d’autres protagonistes qui vont amener du fond au film. En premier lieu, le garde du corps du bad guy de l’histoire est très intéressant. Menaçant, redoutable, il fait cela pour une bonne raison, trouver de l’argent pour soigner sa compagne. Une raison suffisante pour faire tous les sacrifices, quitte à devenir un mauvais homme. Ce que ne supporte pas sa compagne. Ici, on voit bien l’ambivalence du personnage, qui fait de mauvais choix pour sauver celle qu’il aime et il sera alors difficile de détester cet antagoniste. Il en va de même pour les deux geishas, qui cachent un lourd secret, que l’on présente comme des assassins mais qui ont une raison, une vengeance à épancher. Là aussi, le scénario va s’évertuer à leur donner un fond intéressant et intelligent, afin de ne pas livrer quelque chose de manichéen. Et Takeshi Kitano a l’intelligence de faire une narration éclatée pour son film, présentant à travers des flashbacks de courts moments de vie de tous les personnages. C’est bien fait et surtout, cela montre l’importance donnée aux personnages.

Au final, Zatoichi est un film relativement surprenant de par ses ruptures de tons. Alternant entre un humour burlesque, presque idiot et des séquences plus violentes avec un fond lugubre, Takeshi Kitano prend des risques payants à travers une belle réalisation inspirée et surtout des personnages imposants qui ont de l’épaisseur et pour lesquels on va ressentir de l’empathie. Si le film semble imparfait dans des choix numériques hasardeux et une propension pour un gore malhabile, le cinéaste japonais rend tout de même hommage de la plus belle des façons à une icône emblématique du pays du soleil levant, qui continue aujourd’hui d’inspirer.

Note : 15/20

https://www.youtube.com/watch?v=sK3GLXyewzI

Par AqME

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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