décembre 6, 2022

La Revanche des Crevettes Pailletées – Encore Mieux que le Premier!

De : Cédric Le Gallo et Maxime Govare

Avec Nicolas Gob, Alban Lenoir, Michaël Abiteboul, Bilal El Atreby

Année : 2022

Pays : France

Genre : Comédie

Résumé :

Alors qu’elles sont en route pour les Gay Games de Tokyo, les Crevettes Pailletées ratent leur correspondance et se retrouvent coincées au fin fond de la Russie, dans une région particulièrement homophobe…

Avis :

Après avoir longtemps collaboré avec Noémie Saglio avec qui il a co-réalisé deux films, « Les voies impénétrables » et « Toute première fois« , Maxime Govare a réalisé une comédie tout seul, « Daddy Cool« . Une comédie somme toute sympathique, mais loin d’être marquante. Pour son quatrième film, Maxime Govare va croiser la route de Cédric Le Gallo, comédien et réalisateur de reportage, qui à ses heures perdues fait du water-polo au sein des Crevettes Pailletées, une équipe de water-polo gay. Entre Govare et Le Gallo ça matche, et avec l’aventure des vraies crevettes pailletées, il y a de quoi faire un film. Cette première coréalisation sera l’une des très belles surprises de 2019 avec un film qui ira jusqu’à atteindre un peu plus de six-cent-mille entrées.

Avec ce succès surprise, Universal a alors évoqué l’idée d’offrir une suite aux « … crevettes pailletées » et comme le dit Cédric Le Gallo,  » – On ne pouvait refuser le tapis rouge que nous offrait Universal », d’autant plus que le studio leur a laissé carte blanche pour aborder ce qu’il voulait. Très vite, Govare et Le Gallo, aidés de Romain Choay, se sont mis au travail.

L’idée de faire une suite, après un premier succès, est intéressante, car ça prolonge l’aventure, mais cette dernière apparaît aussi comme opportuniste, et il faut la prendre avec des pincettes, car bien des suites ont déçu, n’ayant plus la surprise des premiers instants, et n’ayant pas grand-chose à raconter, surfant finalement sur le succès de son aîné. En ce qui concerne cette « … revanche des crevettes pailletées« , nous ne sommes absolument pas dans ce cas-là. Le premier est une petite bombe d’humour et d’émotion, et on voyait mal comme les deux metteurs en scène arriveraient à faire mieux… Eh bien, c’est chose faite avec cette suite qui gagne en tout !

Cela fait deux ans maintenant que Jean est mort, et les Crevettes survivent comme elles le peuvent à cette disparition. Aujourd’hui, en mémoire de Jean, elles embarquent pour Tokyo, où les Gay Games se tiennent et elles ont bien l’intention de remporter tous leurs matchs. N’ayant pas trop les moyens, l’équipe a pris un vol low cost qui fait une escale en Russie, et durant cette escale, les crevettes vont être pris dans une mésaventure assez folle, en pleine Russie homophobe…

C’est un beau et très grand oui pour cette suite des « … crevettes pailletées » qui nous offre l’occasion de démontrer qu’une suite peut parfois être mieux que l’original. Il était difficile de fait mieux que le film sorti en 2019, et cette suite, même si elle véhiculait avec elle beaucoup d’impatience, on avait du mal à voir que ce que les deux réalisateurs et leur épique allaient bien pouvoir raconter. Très différent du premier film, tout en empruntant les mêmes sentiers, cette « …. revanche des crevettes pailletées » va quelque peu oublier les compétitions de water-polo pour nous emmener dans un film plus sombre, sur fond d’homophobie et thérapies de conversion en pleine Russie hypocrite en ce qui concerne les droits LGBT.

Ce qui est très bon avec cette suite, c’est qu’elle tient un scénario qui étoffe tout ce à quoi il touche. Ainsi, l’histoire, qui suit parfaitement le premier film, épaissit tous les personnages, mais aussi le fond et les sujets que le film veut défendre. J’avoue qu’avec ce choix d’entraîner nos crevettes prises au piège de thérapie de conversion, j’avais la crainte de tomber dans un film militantiste à fond et heureusement, Govare, Le Gallo et Choay, même s’ils livrent un film engagé, ne tombent pas dans la leçon de militantisme, tenant parfaitement la mesure de leur sujet, arrivant à osciller entre la comédie et le drame, la bravoure, les messages de tolérance.

Grace à cette mesure, l’aventure est aussi drôle que touchante, et chaque personnage aura son moment pour briller. C’est même assez dingue ce que les réalisateurs ont réussi à faire avec ce film, car aucun des dix personnages que contient cette suite n’est laissé sur le carreau. Tous, que ce soit les anciens ou le petit nouveau, sont à la même hauteur, et tous grandissent à travers des sous-intrigues, là encore, aussi drôles pour certaines qu’elles peuvent être touchantes pour d’autres. Le deuil, le mensonge, la peur de se montrer, la transphobie, l’acceptation de soi et celle des autres, l’acceptation et le coming out en banlieue, sont autant de thèmes qui sont abordés en plus des gros succès qui tournent autour de ce voyage impromptu en Russie.

Les réalisateurs en profitent aussi pour parler des combats cachés qui sont menés là-bas par des anonymes. Puis bien sûr, derrière ça encore, il y a le portrait de cette Russie hypocrite au possible, qui n’interdit par l’homosexualité, mais pénalise toute sa « propagande », et à ça est inclus le simple fait d’être reconnu en tant qu’homosexuel dans la rue… Bref, cette suite, en laissant un peu de côté le fun du water-polo, gagne en intrigue, en défi, en émotion et en bravoure.

Maxime Govare et Cédric Le Gallo, tout en livrant un film sérieux, n’oublient jamais non plus ce qui a fait l’un des succès du premier film, c’est-à-dire le fait qu’on puisse passer un moment divertissant et drôle. Très mesuré encore une fois, leur réalisation est superbe. On sent que les deux réalisateurs ont plus de budget, et au-delà de ça, ils ont plus confiance en eux, connaissant désormais parfaitement leur épique. Ainsi, cette « … revanche des crevettes pailletées » est un film qui est très riche en mise en scène. C’est un film qui est capable de passer par beaucoup de genres en l’espace de peu de temps.

Puis c’est un film qui est capable de conjuguer en une scène la comédie et le drame, rendant drôle ce qui ne devrait pas l’être, et inversement. Puis cette « … revanche … » est parcouru, tout comme le premier, de moments qu’on retiendra instantanément. Une séduction japonaise, Romain Brau au piano, l’ouverture délirante qui donne le ton de suite, une évasion assez folle, une confrontation de lutte hilarante et dramatique, ou encore l’une des plus beaux moments lors d’une messe, les deux réalisateurs ont vraiment su quoi faire pour cette suite, et les presque deux heures que dure le film ne se sentent pas passer.

Puis enfin, c’est avec un très grand plaisir qu’on retrouve tous ces personnages hauts en couleurs qui sont tous toujours aussi bien tenus par cette troupe d’acteurs qui, on le sent bien, s’éclatent à faire vivre tous ces personnages, qui vont avoir chacun des blessures, des failles, mais aussi beaucoup de courage et de bonne humeur. Parmi eux tous, il est vrai que le film fait une jolie part à Romain Brau et Geoffrey Couët ou encore le petit nouveau dans la bande, Bilal El Atreby. À noter tous les comédiens ukrainiens et russes qui sont très bons, notamment l’actrice qui incarne la directrice du centre de thérapie de conversion, qui est flippante, et parfois même possédée par son rôle.

Cette « … revanche des crevettes pailletées » est donc une très belle réussite, qui fait mieux que son aîné. Empruntant les mêmes sentiers, le film développe tout et s’il peut perdre en fun, il gagne en tellement plus d’éléments. Rires et émotions sont au rendez-vous de cette mésaventure russe pour la plus attachante des équipes de water-polo. Une mésaventure qui derrière ses strass et ses paillettes, se trouve être plus importante qu’elle n’en a l’air. Après ça, il ne nous reste plus qu’à dire un grand Merci à Maxime Govare, Cédric Le Gallo et toute leur épique pour de terribles moments passés en leur compagnie.

Note : 18/20

Par Cinéted

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