
De : Tony Scott
Avec Denzel Washington, Chris Pine, Rosario Dawson, Ethan Suplee
Année : 2010
Pays : Etats-Unis
Genre : Action, Thriller
Résumé :
Un ingénieur et un chauffeur vivent une véritable course contre la montre. Les deux hommes tentent de stopper un train qui transporte des produits toxiques avant que celui-ci ne déraille et répande une flaque toxique qui décimera la ville complète.
Avis :
En 2001, aux Etats-Unis, un train de marchandises a été laissé en marche sans conducteur. Résultat des courses, il fut stoppé une centaine de kilomètres plus loin, ayant le temps de traverser trois comtés. Cela aurait pu devenir un drame, et il n’en fallait pas plus pour que des producteurs hollywoodiens y voient la possibilité d’en faire un film rentable. Dès 2004, le projet se met en branle, mais il ne se passe rien. Des réalisateurs comme Martin Campbell ou Robert Schwentke sont approchés, mais les choses ne se finalisent jamais. Le tournage va alors échouer dans les mains de Tony Scott, avec quelques réserves de la part de la Fox, demandant au cinéaste de baisser son salaire, ainsi que celui de Denzel Washington, qui va alors se retirer du film, avant de revenir dessus deux semaines plus tard. On ne peut pas dire qu’Unstoppable démarre sous les meilleurs auspices…

Pourtant, un petit miracle va se produire. Il faut dire que Tony Scott n’est pas un manche, et qu’il sait mettre en valeur de petits scénarios avec une mise en scène et un montage très nerveux. Ce sera le cas ici. L’histoire est toute simple. Un conducteur de train de marchandises fait une boulette, descend de sa cabine pour un aiguillage, mais se casse la figure avant de remonter. Les freins lâchent, et le train long de huit cents mètres va partir à vive allure. Problème, certains wagons contiennent des produits toxiques et hautement inflammables, et si jamais le train n’est pas arrêté, il risque de finir sa course dans la ville de Stanton, et la rayer définitivement de la carte. Mais deux hommes qui sont sur le chemin du train va alors tout faire pour l’arrêter et sauver tout ce petit monde. C’est simple au possible.
« Tony Scott va peaufiner ses personnages afin de les rendre empathiques »
A partir de ce synopsis, Tony Scott va peaufiner ses personnages afin de les rendre empathiques. Pour cela, il utilise tous les clichés du buddy movie. D’un côté, on a un vieux de la vieille en la présence de Denzel Washington, qui maîtrise son élément, mais qui délaisse sa famille au profit de son boulot. A ses côtés, on a le jeune premier, incarné par Chris Pine, qui est menace pour les vieux conducteurs, le voyant comme un potentiel concurrent et remplaçant. Côté vie personnelle, il a lui aussi des problèmes avec sa femme qui ne veut plus le voir, et il n’a plus le droit de voir son petit garçon. Les deux personnages ne s’aiment pas trop au début, chacun voyant son côté perso prend le pas sur les points communs qui les unissent. Là aussi c’est simple, mais c’est crédible, et l’évolution des personnages s’insinue parfaitement dans l’intrigue.
Forcément, comme on ressent des émotions pour ces deux personnages, il est évident que l’on s’implique plus dans l’histoire, et dans leurs moments héroïques. On est un peu comme toutes ces personnes qui regardent les informations à a la télé et qui vibrent pour ces deux hommes dont le courage est exemplaire. Mais Unstoppable n’est pas qu’un film de personnages et d’acte de bravoure. C’est aussi une critique acerbe envers les bureaucrates et les dirigeants qui sont incapables de prendre de bonnes décisions, mais qui menacent à tout-va si les gens n’exécutent pas leurs ordres. On ressent cela à travers le personnage joué par Kevin Dunn, qui est dans son bureau en haut d’une tour et prend des décisions ubuesques, ou en lien avec de possibles pertes financières. Tony Scott ne les épargne pas et démontre que ce sont ceux sur le terrain qui s’y connaissent le mieux.
« la mise en scène zinzin de Tony Scott«
Et bien évidemment, on ne peut pas parle d’Unstoppable sans évoquer la mise en scène zinzin de Tony Scott. Le cinéaste joue avec ses gimmicks et ses caméras tournantes pour mieux nous plonger dans l’histoire. Le montage s’y prête aussi, dynamisant le récit pour ne jamais susciter le moindre ennui. Certains diront que c’est trop, car même dans les moments intimes (qui sont très rares dans ce film), la caméra bouge beaucoup, et le montage est très saccadé. Mais c’est aussi ce qui fait le charme de ce long-métrage et crée un sentiment d’urgence. Certaines séquences sont clairement tendues, comme le fameux passage dans le virage, ou encore la possible rencontre avec un train transportant des scolaires, et il fallait tout le talent de Tony Scott pour rendre cela incluant et impressionnant.

Au final, Unstoppable semble être un film plus ou moins mal aimé dans la filmographie du réalisateur. Pourtant, seize ans plus tard, le film n’a pas pris une ride et n’ennuie jamais. Il est d’une efficacité rare, en plus de présenter deux personnages ultra empathiques, qui jouent avec les codes du buddy movie. Il en résulte un film très plaisant, dynamique, avec en plus quelques éléments profonds, comme cette critique acide envers les dirigeants qui ne mettent plus les pieds sur le terrain, et ne jurent que par l’argent et les pertes financières. Bref, le regretté Tony Scott signe encore un film qui a son empreinte, et les réalisateurs capables de cela de nos jours sont très rares.
Note : 16/20
Par AqME
