janvier 30, 2026

Exil – Karga

Avis :

Comment percer quand on fait du métal en France ? Qui plus est, du Post-Black métal. Et qui plus est, avec des paroles qui oscillent entre le français, le russe et le kazakh. C’est pourtant le choix aussi bien osé qu’original d’Exil, nouveau groupe qui nous vient tout droit de Lille. Si les paroles ont du russe et du kazakh, ce n’est pas un hasard. Formé en 2019, le groupe se construit autour du chanteur/guitariste Arsen Raziyev, qui vient du Kazakhstan. Et forcément, le processus créatif s’est rapidement goupillé autour de plusieurs langues, donnant alors une plus-value incontestable à leur musique. Après un EP en 2019, puis un split en 2021, le groupe se sépare de son batteur d’origine et en recrute un nouveau, en la présence d’Alan Dujardin, qui joue aussi pour le groupe A la Lanterne, e tune démo sort en 2023.

Tout ce travail se fait en indépendant, bien entendu, mais cela n’empêche par Exil de faire pas mal de concerts, notamment dans le Nord de la France. Cela attire les oreilles attentives de Source Atone Records, qui va alors produire leur premier album, Karga. Et on peut dire que les types de chez Atone ont eu l’oreille fine, tant ce premier album est une réussite sur bien des points. Déjà, en termes de production, c’est une folie. Rarement un premier effort studio n’aura été aussi puissant et profond dans son enregistrement. On a l’impression d’entendre un groupe qui a de la bouteille, et qui a eu des financements de zinzin. Ce n’est certainement pas le cas, et pourtant, tout résonne comme un album massif et hyper bien produit. L’entame, avec Abîme, est un exemple flagrant de tout le talent du groupe.

Introduction mélancolique au possible sans aucune parole, on fait face à une entrée en matière qui donne une forte envie d’écouter la suite. Et c’est Karga qui déboule. Le titre est une vraie petite pépite de Post-Black, avec tous les éléments du genre. On a des riffs velus, une rythmique puissante, une ambiance lourde, et le chant crié est clairement habité. Bien sûr, tout cela est contrebalancé par un riff plus aérien en arrière-plan, et quelques riffs plus légers qui viennent apporter un côté nostalgique à l’ensemble. C’est dense, produit aux petits oignons, et la batterie résonne clairement comme si nous étions en live. Bref, c’est un premier pas engageant dans un album qui ne va plus jamais nous lâcher. L’introduction de Rodina en surprendra plus d’un avec sa guitare sèche qui scande un rythme qui va devenir ultra entêtant, pour être repris ensuite par l’électrique.

Le morceau est dense et puissant, et ne laisse que peu de répit, malgré quelques fulgurances folks qui viennent poindre le bout de leur nez à certains moments. Puis déboule alors le morceau-fleuve de l’album, Tschujoï et ses plus de sept minutes, qui ne vont jamais nous lâcher. Ici, même si on coche toutes les cases du Post-Black moderne, on a une vivacité qui nous transporte et nous donne forcément envie de headbanger dans tous les sens. De plus, on notera quelques éléments presque punks dans les riffs de guitares, qui collent parfaitement à l’ambiance délétère recherchée. Parce que oui, Exil se revendique de la mouvance DSBM, à savoir le Depressive Suicidal Black Métal. Comprenez par-là que le groupe joue énormément sur des sonorités mélancoliques et tristes. Et c’est parfaitement réussi, comme le break de Tschujoï qui se fait particulièrement mélancolique, mais d’une sublime beauté.

Pour se remettre de ça, il fallait bien un interlude avec Délivrance. Encore une fois, le groupe fait preuve d’une immense maturité avec ce pont qui donne des frissons tellement il est beau. De plus, cela donnera plus de poids aux deux titres suivants, qui seront des rouleaux-compresseurs. Avec ou Sans Vous démarre calmement avant de lâcher les chevaux et de nous fournir un Post-Black qualitatif et roboratif. Puis Poussière va faire parler la poudre, ne baissant quasiment jamais le rythme pour mieux nous saborder le moral. C’est dense, profond, et rien, absolument rien, n’est laissé au hasard. Enfin, pour clôturer l’album, on a droit à une ballade, où le chanteur laisse sa place à Amy Tung Barrysmith, chanteuse pour Amenra et Year of the Cobra, et c’est tout simplement une mandale mélancolique que l’on se prend en travers de la gueule. C’est d’une douceur innommable.

Au final, Karga, le premier album d’Exil, est une sublime surprise, une véritable petite pépite de Post-Black qui n’a rien à envier aux cadors du genre. A la fois violent et doux, mélancolique et parfois rentre-dedans, ce premier effort résonne comme une véritable révélation qui ne doit rien au hasard. Recherché, à vif et tranchant, mais n’oubliant jamais sa beauté dans la tristesse, on peut dire qu’Exil vient de frapper un grand coup, et on se languit déjà un nouvel opus, ou de les voir sur scène !

  • Abîme
  • Karga
  • Rodina
  • Tschujoï
  • Délivrance
  • Avec ou Sans Vous
  • Poussière
  • L’Exil feat Amy Tung Barrysmith

Note : 17/20

Par AqME

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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