
Titre Original : Return to Silent Hill
De : Christophe Gans
Avec Jeremy Irvine, Hannah Emily Anderson, Robert Strange, Evie Templeton
Année : 2026
Pays : France, Allemagne, Angleterre, Etats-Unis
Genre : Horreur
Résumé :
Lorsqu’il reçoit une mystérieuse lettre de Mary, son amour perdu, James est attiré vers Silent Hill, une ville autrefois familière, aujourd’hui engloutie par les ténèbres. En partant à sa recherche, James affronte des créatures monstrueuses et découvre une vérité terrifiante qui le poussera aux limites de la folie.
Avis :
Christophe Gans est un réalisateur rare qui prend son temps entre deux projets. Il y a vingt ans de ça, le réalisateur avait réalisé « Silent Hill« , qui reste encore aujourd’hui l’un de ses plus gros succès, mais surtout l’un des films d’horreur les plus marquants des années 2000. Même s’il l’avait réalisé avec passion, Christophe Gans a toujours dit qu’il avait eu l’impression de n’avoir fait qu’effleurer l’univers du jeu, notamment du côté spirituel, psychologique et symbolique. L’envie de retourner à Silent Hill ne l’a donc jamais vraiment quitté.

Les années ont passé, Christophe Gans a travaillé sur plusieurs projets qui n’ont jamais vu le jour, puis il y a eu le Covid. Et c’est justement pendant cette période qu’il commence à écrire ce qui deviendra « Retour à Silent Hill« , un film très librement inspiré de Silent Hill 2, mais pensé avant tout comme un film de cinéma personnel, intime et sombre.
« Christophe Gans revient en grande forme »
« Retour à Silent Hill« , contrairement à ce qu’on pourrait imaginer, n’est ni une suite directe du film sorti il y a vingt ans, ni un remake, ni un reboot. Non. On retrouve la même ville, la même brume, le même malaise, mais avec de nouveaux personnages et une toute autre histoire. Et pour le coup, on peut le dire : Christophe Gans revient en grande forme. Plus sombre, plus ambitieux, plus complexe, plus psychologique qu’horrifique, endeuillé et même romantique par moments, ce nouveau Silent Hill est un véritable cauchemar éveillé. Un film où le personnage principal se perd autant dans la ville que dans ses propres limbes. Et au milieu de la douleur, des visions et de l’horreur, le film surprend… et touche. Vraiment.
James n’est plus que l’ombre de lui-même depuis qu’il a perdu Mary, l’amour de sa vie. Rongé par le chagrin, il noie sa douleur dans l’alcool. Un jour, après une énième biture, en rentrant chez lui, il découvre une lettre signée de Mary, sa petite amie pourtant décédée, qui lui demande de revenir à Silent Hill. James n’hésite pas une seconde et retourne dans cette ville… qui a énormément changé.
« Retour à Silent Hill« . Ce titre est déjà tout un programme. Il dit énormément de choses. C’est évidemment le retour à Silent Hill pour Christophe Gans, qui se permet ici de développer des éléments qu’il n’avait pas pu ou voulu explorer dans le premier film. C’est aussi le retour à Silent Hill pour James, qui connaît peut-être cette ville bien plus qu’on ne l’imagine. Et puis c’est aussi un retour à Silent Hill pour nous, spectateurs, quatorze ans après la dernière incursion que Hollywood nous avait proposée.
« Le scénario est bien plus cérébral, bien plus méta »
Comme je le disais, « Retour à Silent Hill » n’est ni une suite, ni un remake, ni un reboot. C’est une nouvelle histoire dans cet univers, et clairement, elle risque d’en dérouter plus d’un. Elle est très loin de ce qu’on attendrait d’un film d’horreur classique. Et je précise : je n’ai jamais joué aux jeux, donc je parle ici uniquement du film. Mais quoi qu’il en soit, cette nouvelle proposition est radicalement différente du premier Silent Hill, aussi bien dans ce qu’elle raconte que dans la manière dont elle le fait.
Le scénario est bien plus cérébral, bien plus méta. Là où le premier film était un cauchemar frontal, celui-ci se pose davantage comme l’anatomie d’une folie, d’un regret, d’un deuil impossible à faire. À travers les déambulations de James, le film explore la perte de l’être aimé, les remords, la culpabilité, l’envie presque maladive de revenir en arrière, de réparer, de changer le passé. Il y a quelque chose qui rappelle clairement le mythe d’Orphée et Eurydice : James est prêt à descendre en enfer pour tenter de ramener Mary, quitte à s’y perdre complètement.
Pour raconter ça, Christophe Gans propose un film très métaphorique, presque labyrinthique, où chaque lieu, chaque apparition, chaque créature semble renvoyer à l’état mental du personnage. Le film est extrêmement riche, parfois même trop lors d’un premier visionnage. Il y a énormément de pistes, d’idées, de symboles, au point que le film appelle naturellement un deuxième visionnage. Pas pour “comprendre”, mais pour confirmer, ou au contraire remettre en question ce qu’on a ressenti. D’ailleurs, en sortant de la salle, nous étions deux, et nous n’avions pas du tout la même lecture du film. Pas la même théorie, pas la même vision. Et c’est justement ce qui est génial : le film ouvre le débat. Il ne donne pas toutes les réponses. Il laisse le spectateur faire une partie du chemin.
« »Retour à Silent Hill » n’est pas un film parfait »
Évidemment, « Retour à Silent Hill » n’est pas un film parfait. Il y a des éléments qui posent question, des choses qui vont et viennent. Visuellement, par exemple, retrouver certaines créatures emblématiques du premier film peut sembler étrange, voire incohérent avec l’histoire très intime et psychologique de James. On peut se dire que ces monstres-là n’auraient peut-être pas dû être là. Mais encore une fois, tout est sujet à interprétation. On peut aussi regretter une forme de redite autour des sectes. Une nouvelle secte dans la même ville, ça commence à faire beaucoup. Mais là encore, le film permet plusieurs lectures, et rien n’est complètement gratuit.
Du côté de la mise en scène, « Retour à Silent Hill » a un vrai cachet. Christophe Gans signe des moments de pur cinéma d’horreur, très forts, très visuels, avec cette sensation constante d’être perdu dans un labyrinthe. Visuellement, le film est bel et bien le cauchemar qu’on espérait. Et surtout, un élément s’infiltre peu à peu, sans qu’on l’ait vu venir : l’émotion. Car au fond, « Retour à Silent Hill » est un film profondément triste, presque romantique dans sa manière de parler de l’amour perdu.
Côté acteurs, tout n’est pas toujours parfait, notamment du côté de Jeremy Irvine, qui peut sembler un peu raide au début. Mais plus le film avance, plus le personnage prend de l’épaisseur, et plus on se laisse embarquer avec lui dans cette descente aux enfers.

Au final, ce retour de Christophe Gans dans les salles obscures est extrêmement prometteur. Visuellement impressionnant, parfois brutal, parfois d’une poésie inattendue, « Retour à Silent Hill » n’est clairement pas le film qu’on attendait… et c’est précisément pour ça qu’il fonctionne. Plus complexe, plus méta et plus cérébral que le premier, explorant des thèmes plus intimes, le film laissera sans doute certains spectateurs dubitatifs. Mais pour ma part, malgré ses défauts, il m’a clairement conquis. Mieux encore, j’ai déjà envie d’y retourner, de replonger dans la brume, histoire de vérifier si ce que j’ai compris… tient toujours la route.
Note : 15/20
Par Cinéted
