février 8, 2026

Batman – Le Dernier Halloween

Auteurs : Jeph Loeb, Tim Sale, Eduardo Risso, Klaus Janson, Mark Chiarello, Cliff Chiang, Bill Sienkiewicz, Enrico Marini, Dave Johnson, Becky Cloonan, Chris Samnee, Matteo Scalera

Editeur : Urban Comics

Genre : Super-Héros

Résumé :

Gotham City réapprend à craindre Halloween alors qu’un terrible événement menace de détruire la vie de Jim Gordon et met plus à l’épreuve que jamais le travail d’équipe de Batman et Robin. Dans une ville peuplée de menteurs, de justiciers masqués et de criminels… peut-on encore faire confiance à qui que ce soit ?

Avis :

En 1996, une mini-série autour de Batman voit le jour, Un Long Halloween. Scénarisé par Jeph Loeb et dessiné par Tim Sale, ce run raconte l’histoire d’une guerre de gangs au sein de Gotham dans laquelle Batman va mettre son grain de sel, et rencontrer tous les méchants de son lore. Le succès est retentissant, cette histoire devient culte, et une suite se met en branle pour sortir courant 2002, Amère Victoire. Là aussi, la réussite est pleinement méritée, les deux histoires devenant alors des immanquables de l’univers du Dark Knight. Voulant en faire une trilogie, un troisième tome est prévu. Malheureusement, en 2022, Tim Sale est emporté par la maladie, laissant alors quelques dessins et couvertures alternatives, ainsi qu’un premier chapitre qui prendra la forme d’une genèse. Jeph Loeb demande alors à dix dessinateurs de poursuivre l’histoire pour faire les dix chapitres de ce qui formera Le Dernier Halloween.

Succéder à deux chefs-d’œuvre du genre, c’est compliqué, et cela l’est encore plus lorsque l’un des têtes pensantes n’est plus. Pour autant, c’est un honneur pour les dessinateurs choisis de participer à ce projet, car cela signifie que leur travail est récompensé et qu’ils ont ce petit truc en plus pour succéder à la légende Tim Sale. Malheureusement, cela entache tout de même le plaisir de lecture, car on peut y voir un troisième tome mercantile, qui surfe sur le décès d’un dessinateur aimé de tous. Et à la fin de la lecture, on peut se poser des questions sur la légitimité de ce troisième opus. Et ce n’est même pas le dessin qui va être remis en cause, mais simplement le scénario de Jeph Loeb qui peine vraiment à convaincre et n’apporte pas grand-chose aux deux précédents tomes, qui se suffisent à eux-mêmes.

Ici, on retrouve un Batman qui a de la bouteille, mais qui est dans la force de l’âge. Il vient de recruter Robin pour l’aider dans ses enquêtes, mais il a tendance à le surprotéger. Les choses se corsent lorsque tous les méchants considérés comme des monstres de foire se font tirer dessus lors de fêtes, évoquant le possible retour du tueur Holiday, ou tout du moins un copycat. Il faut ajouter à cela le kidnapping du fils de Jim Gordon, et un Double-Face en proie à un gros dilemme avec son épouse Gilda. Bref, c’est un joyeux bordel, et des liens seront tisser avec le passif de la famille Falcone, alors au cœur des précédents tomes. Et il est très compliqué de s’y retrouver dans cette histoire, qui semble surtout devenir un défilé des grand méchant, qui auront presque leur propre chapitre.

Si on retrouve des thématiques intéressantes et importantes, Le Dernier Halloween n’évite pas la redondance de narration. Chaque chapitre rappelle l’histoire, fait une redite autour de Holiday et présente un nouveau méchant qui va se faire tirer dessus. Le défilé est intéressant car il permet de voir les choix artistiques de chaque dessinateur pour un vilain bien précis, mais il est compliqué de faire des ponts avec l’histoire principale. On sent que ça traine en longueur, et que certaines choses sont rajoutées pour épaissir l’ensemble, sans que ce soit réellement pertinent. Par exemple, il suffit de voir le coup du kidnapping de James Gordon, le fils du commissaire, qui se conclut par une recherche rapide, et une conclusion qui l’est tout autant. Il n’y a pas vraiment de point d’ancrage, d’enquête, et tout est dilué dans une affaire qui semble plus brasser du vent qu’autre chose.

Alors oui, certaines directions sont intéressantes et permettent de travailler plus en profondeur les personnages. Jim Gordon va perdre sa famille à cause de son implication dans son travail, et le kidnapping de son fils va mettre de l’huile sur le feu. Batman devient lui aussi un « père » de substitution pour Robin, qu’il va surprotéger, l’empêcher d’aller sur le terrain, de peur de le perdre comme il a perdu ses parents. Il y a vraiment une volonté de construire des personnages qui ont du vécu, du background, et qui sont en proie à des sentiments humains. On peut aussi évoquer Harvey Dent, alias Double-Face, qui sera l’un des principaux vilains de cette histoire, et que l’on affuble d’une folie douce, tout en se rappelant l’homme de loi qu’il fut. Malheureusement, ce ne sera pas le cas de tous les personnages, et certains ne seront que des apparitions.

On a parfois la sensation qu’il faut faire du fan-service, et donc sortir quelques vilains du chapeau pour attirer le chaland. Le Joker, par exemple, n’a strictement aucune importance dans le récit, et ses apparitions ne sont là que pour plaire aux fans de la première heure. Il en va de même pour Le Sphinx, le Pingouin ou encore Poison Ivy, qui sont présents sur un chapitre, mais qui ne font pas avancer l’intrigue. Une intrigue trop diluée pour nous accrocher, oubliant de bien construire son enquête et de poser une Gotham gothique à souhait, avec sa propre aura. On peut aussi évoquer les dessins, qui sont très beaux, mais qui manquent de liant. On a beau nous dire que les dessinateurs ont tous essayé de coller au mieux au trait de Tim Sale, on voit un certain manque de cohérence, comme des costumes qui changent d’un chapitre à l’autre.

Au final, Batman – Le Dernier Halloween est sans aucun doute possible le moins bon de la trilogie. Malgré un objet de qualité mis en avant par Urban Comics, avec en prime soixante pages de bonus et d’interviews des différents dessinateurs, ainsi que deux versions collector, on est resté sur notre faim quant à l’histoire. C’est redondant, il y a de nombreuses ellipses, le côté enquête est relégué au second plan, et on a la sensation de suivre un défilé de grands vilains pour faire plaisir aux fans. S’il y a de bons côtés, comme des thèmes intéressants explorés autour de Batman ou Jim Gordon, ils sont noyés dans un scénario trop diffus, trop dilué pour pleinement nous convaincre.

Note : 12/20

Par AqME

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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