
Avis :
Parfois, la reconnaissance est un long chemin de croix pour certains groupes, et de temps à autre, le succès arrive très rapidement. C’est le cas pour Urne, groupe anglais dont le genre est assez difficile à définir. Sorte d’enfant bâtard entre le Sludge, le Prog et des élans Metalcore, les londoniens se sont formés en 2016 et ont sorti un premier EP deux ans plus tard de façon indépendante. Le groupe signe alors chez Candlelight Rcords, une filière de Spinefarm Records spécialisée dans le Thrash, le Doom, le Black et autres joyeusetés métalliques, et sort un premier album en 2021. Après un changement de batteur, un deuxième skeud sort en 2023. Puis 2025 va marquer un tournant dans la carrière du jeune groupe, qui recrute un deuxième guitariste et voit le label le mettre dans sa grande filière estampillée Spinefarm Records pour ce troisième album.
Joliment intitulé Setting Fire to the Sky, Urne continue son exploration d’un genre hybride qui peut en dérouter plus d’un. Faisant toujours des efforts studios plus ou moins longs, alternant les pistes courtes et percutantes avec des titres plus complexes, les anglais semblent insaisissables, et c’est un peu ce qui se passe avec ce troisième album. Mais cela ne veut pas dire que ce soit mauvais, bien au contraire. Ce côté surprenant, cet aspect protéiforme donne du grain à moudre et l’impression que nous ne pouvons pas tout saisir d’une seule lecture. Là où le Metalcore moderne tend à faire simple dans ses structures pour plaire à la masse, Urne se détourne volontairement de ça pour plonger dans quelque chose de plus progressif, de plus transgressif, et forcément de plus marquant. A l’image du premier morceau, Be not Dismayed, qui épouse des élans Metalcore pour mieux les détourner.
Déjà, le morceau avoisine les six minutes, ce qui est une exception dans le Metalcore. Mais il y a quelques moments qui ne trompent pas, comme le refrain en chant clair qui revient, et la percussion de certains riffs. Cependant, on y trouve un vrai solo de guitare et une structure beaucoup plus complexe. Même au niveau de la voix, il y a des sonorités qui ne sont pas habituelles. Le chant clair est torturé, fragile, alors que le chant crié résonne comme une vraie douleur. Bref, Urne fait très fort et surprend dès son entame. Weeping to the World ira voir dans un tout autre style. On sera plus dans le métal alternatif, avec une ambiance très particulière. La batterie ressort du lot, avec un travail de zinzin et une force de frappe impressionnante. Néanmoins, on a la sensation d’avoir un titre qui n’a pas de fin.

L’arrêt est assez abrupt et démontre toujours cette envie de surprendre. The Spirit, Alive viendra alors titiller nos nuques autour d’un riff sauvage et d’une puissance façon rouleau-compresseur. Un morceau court et taillé pour la scène. Qui va permettre de donner encore plus de force et de rage à Setting Fire to the Sky. Ce morceau est une très grosse pépite, complexe, mais qui se dévoile à chaque écoute, pour devenir un immanquable de la playlist. La structure est impressionnante de maîtrise, les musiciens ont chacun leur partition à jouer dans ce mastodonte du genre, qui représente bien l’esprit du groupe. On ne sait jamais où ça va partir, mais c’est toujours un plaisir pour les oreilles. Et surtout, ça ne fait pas dans la condescendance, ça ne prend pas son auditoire pour des débiles à qui il faut fournir constamment le même style de musique.
Ce qui est assez marrant, c’est que ce morceau, homonyme de l’album, est la bascule. C’est-à-dire qu’après ce titre, on aura que des morceaux longs et progressifs, qui frappent fort comme ils peuvent nous émouvoir. The Ancient Horizon joue autour d’une ambiance très mélancolique, ralentissant alors le rythme lors des couplets, pour mieux nous percuter lorsque le chant crié déboule. Puis Towards the Harmony Hall va fournir un défouloir de plus de sept minutes, avec des riffs ultra riches et des fulgurances qui forcent le respect, aussi dans le cadre d’une certaine douceur, ou d’une violence renouvelée. Mais la pièce maîtresse est clairement Harken the Waves, un long projet de neuf minutes qui laisse K.O. On passe par toutes les strates du métal, ressemblant clairement à une synthèse de tout ce qui représente le groupe. Puis Breathe viendra clôturer tout ça en douceur et mélancolie.
Au final, Setting Fire to the Sky, le dernier album de Urne, est une sublime réussite qui demeure inclassable. En mélangeant tous les styles qui composent leur discographie mentale, les anglais offrent un effort surprenant à plus d’un titre, résolument moderne, et d’un côté insaisissable qui donne forcément envie d’y retourner pour découvrir de nouvelles strates. Bref, un album rare et diablement original.
- Be not Dismayed
- Weeping to the World
- The Spirit, Alive
- Setting Fire to the Sky
- The Ancient Horizon
- Towards the Harmony Hall
- Harken the Waves
- Breathe
- Nocturnal Forms (Bonus Track)
Note : 17/20
Par AqME
