février 4, 2026

Le Peuple de l’Enfer – Albinos au Centre de la Terre

Titre Original : The Mole People

De : Virgil W. Vogel

Avec John Agar, Cynthia Patrick, Hugh Beaumont, Alan Napier

Année : 1956

Pays : Etats-Unis

Genre : Aventure, Science-Fiction

Résumé :

Des archéologues découvrent un peuple d’êtres humains albinos vivant sous la terre.

Avis :

Dans les années 1950, le cinéma de genre se penche sur des thématiques qui font écho au contexte géopolitique de l’époque, a fortiori aux États-Unis. On songe aux films d’envahisseurs venus d’un autre monde pour diaboliser la « menace rouge » ou aux récits post-apocalyptiques afin d’étayer le risque d’une annihilation nucléaire. En parallèle, les films de monstres disposent aussi d’une belle cote de popularité, eu égard au travail de cinéastes tels que Jack Arnold, Eugène Lourié ou Val Guest. En 1956, Virgil W. Vogel entame sa carrière de réalisateur avec Le Peuple de l’enfer. À la croisée du film d’aventures, de l’horreur et de la science-fiction, cette première itération démontre des intentions enthousiasmantes, même si les moyens ne sont pas à l’aune des ambitions avancées.

Trois ans avant la sortie de Voyage au centre de la Terre d’Henry Levin, l’intrigue s’inspire de l’œuvre de Jules Verne en évoquant la théorie de la Terre creuse. En guise d’introduction, la présentation didactique d’un professeur tend à crédibiliser le propos par des hypothèses historiques, essentiellement basées sur les connaissances scientifiques du XIXe siècle. Puis la fiction reprend le pas avec des recherches archéologiques en Asie Mineure. Dès lors, on songe à d’autres récits similaires, où l’on part en quête de cités ou de continents perdus. L’ambiance qui gravite autour de cette expérience n’est pas sans rappeler La Source de feu ou Horizons perdus. Cela tient à ce parfum d’aventures et cette indéniable curiosité pour appréhender de nouvelles découvertes sur l’origine de l’humanité.

« l’ensemble se laisse suivre sans déplaisir. »

Certes, le propos n’est pas exempt d’approximations ou d’erreurs grossières quant à la représentation d’anciennes civilisations. Preuve en est avec cet amalgame entre les Sumériens et les Mésopotamiens, le tout servi par des pictogrammes et autres symboles issus de différentes cultures et époques. Mais Le Peuple de l’enfer n’a pas vocation à faire dans le réalisme ou la reconstitution historique rigoureuse. La découverte d’une cavité, puis d’un monde souterrain offre davantage de perspectives fantaisistes, promptes à la déambulation de l’imaginaire du public. En cela, le film de Virgil W. Vogel fonctionne, et ce, en dépit d’un budget malingre (à peine 200 000 $) et du rendu que certains environnements confèrent.

Certes, les panoramas les plus impressionnants relèvent de panneaux peints. Il est également difficile de se départir du carcan d’un tournage en studio avec des décors en carton, représentés dans plusieurs séquences. Ce qui induit un sentiment de redondance et un manque de variété dans les situations, les confrontations. Il n’en demeure pas moins que l’ensemble se laisse suivre sans déplaisir. Le fait d’appréhender cette rencontre avec une civilisation inconnue reste intéressant à bien des égards. Elle marque tout d’abord un clivage entre les représentants de la société moderne, considérés comme les émissaires des dieux, et un peuple antédiluvien qui tyrannisent des êtres souterrains, communément appelés les créatures des ténèbres.

« la violence et l’asservissement sont les maîtres mots »

L’évolution ramène alors à des instincts primaires, où la violence et l’asservissement sont les maîtres mots. Les apparats de la monarchie et ce recours à l’esclavagisme renvoient à des notions intemporelles et universelles, sans stigmatisation d’une localisation géographique précise. Les principes de croyances et de religion sont aussi évoqués par un refus de contredire le dogme établi, l’incapacité à se remettre en question. On remarque également un contraste sur les spécificités physiques, où ces hommes albinos ont évolué de manière différente pour s’adapter à leur environnement. En contrepartie, leur extrême sensibilité à la lumière les condamne à rester prisonniers de leur royaume. À certains égards, on assiste à une sorte de voyage dans le temps que ne renierait pas H.G. Wells.

Au final, Le Peuple de l’enfer constitue une modeste et louable incursion de la part de Virgil W. Vogel pour sa première réalisation. Sous l’angle du pragmatisme avancé en amont, le propos initial pourrait prêter à sourire. Or, l’histoire s’appuie sur une base tangible, bien qu’improbable, pour développer un récit distrayant et entraînant. On peut passer outre sur les maladresses formelles afin de se focaliser sur le caractère aventureux de l’entreprise, prompte à l’exploration et la découverte de l’inconnu. Le film se montre imparfait ou facile à l’usage de certaines ficelles scénaristiques. Toutefois, il n’en demeure pas moins intéressant dans son interprétation de la Terre creuse, et ce, bien avant d’autres adaptations à la patine et la renommée plus prestigieuses.

Note : 14/20

Par Dante

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