
De : Kelly Reichardt
Avec Josh O’Connor, Alana Haim, John Magaro, Hope Davis
Année : 2026
Pays : Etats-Unis
Genre : Drame, Policier
Résumé :
Massachussetts, 1970. Père de famille en quête d’un nouveau souffle, Mooney décide de se reconvertir dans le trafic d’œuvres d’art. Avec deux complices, il s’introduit dans un musée et dérobe des tableaux. Mais la réalité le rattrape : écouler les œuvres s’avère compliqué. Traqué, Mooney entame alors une cavale sans retour.
Avis :
Kelly Reichardt est une réalisatrice qui s’est imposée comme une figure du cinéma d’auteur américain. C’est un électron libre, une voix singulière, une femme qui refuse les compromis et qui signe des films où le temps, les silences, les gestes du quotidien prennent souvent plus de place que l’action en elle-même. Pour beaucoup de cinéphiles, elle est devenue une référence, une cinéaste respectée, célébrée dans les festivals, et qui fait entendre une autre voix que celle du cinéma américain dominant.

Mais pour moi, et je le dis franchement, à chaque fois que j’ai laissé une chance à Kelly Reichardt, je suis toujours passé à côté. Il y a des cinémas qui ne touchent pas, et le sien en fait partie. Pourtant, avec « The Mastermind« , j’étais curieux, parce que pour la première fois, c’est un film qui sort directement de son esprit : elle en signe le scénario, ce qu’elle n’avait jamais fait jusqu’ici. Alors je me suis dit : pourquoi pas ?
« le début de « The Mastermind » fonctionne très bien »
Au début, j’y ai cru. Vraiment. Le film démarre bien. C’est drôle, énergique, étonnant venant de Kelly Reichardt. On est presque dans une comédie. Ça surprend parce que ce n’est pas du tout son terrain habituel. Franchement, qui aurait vu la réalisatrice s’aventurer sur le terrain de la comédie de braquage ? Et pourtant, ça marche. C’est mordant, ça a du rythme, ça a une vraie personnalité. On est plongé dans les années 70, et là-dessus, la réalisatrice réussit très bien son coup. Mais voilà, après une première partie de film, « The Mastermind » est rattrapé par les démons de sa réalisatrice. Dommage.
JB est un père de famille sans histoire. Le jeune homme vit de petites reventes d’œuvres d’art. Un jour, on lui commande de voler quatre tableaux dans le musée de sa ville. C’est un gros coup pour lui. JB organise tout et ça ne peut que bien se passer… Enfin, ça, c’était la théorie car la pratique, malgré un braquage réussi, va être tout autre…
J’étais donc très intrigué de voir ce que pouvait donner le nouveau film de Kelly Reichardt. Il faut dire que la réalisatrice s’aventure sur des sentiers qu’on n’avait pas vus venir dans sa filmographie.
Comme je le disais, le début de « The Mastermind » fonctionne très bien. Le film tient une chaleur et un humour qui sont les bienvenus. Il y a quelque chose de léger qui va très bien au cinéma de Kelly Reichardt. La première partie tient très bien son spectateur. Le film offre de quoi s’amuser. C’est bien filmé, il y a beaucoup d’humour, c’est tenu avec rythme et au-delà de ça, le plaisir des acteurs est palpable à l’écran. On ne croirait presque pas à un film de Kelly Reichardt et c’est terriblement réconfortant.
« on n’arrive jamais à dépasser l’ennui ressenti. »
Malheureusement, ça ne va durer qu’un temps, car après une première partie pleine de promesses, les vieux démons reviennent. Après cette première partie qui marche bien, Kelly Reichardt refait ce qu’elle sait faire… c’est-à-dire qu’elle arrête tout. Elle arrête le temps. C’est long ! Non mais vraiment, c’est long ! Nom de dieu que c’est long. D’un coup, on a l’impression de passer dans un autre film. Un film où le temps s’étire, où les minutes n’en finissent plus, où on attend, on attend, et il ne se passe rien. Elle avait trouvé un rythme qui fonctionnait, qui surprenait, et paf, elle casse tout pour revenir à son truc : filmer le silence, les regards, le vide, les travellings qui prennent leur temps.
Il y a même des scènes où l’on reste figé, en se demandant quand est-ce que ça va enfin passer à autre chose (coucou la scène où on change la photo du passeport… ou encore celle des tableaux dans la grange…). Alors oui, c’est sa marque de fabrique. Mais pour moi, c’est plus que compliqué. On est à la limite du supportable, pour celui-ci. Là où d’autres te racontent un truc fort en deux minutes, elle, elle t’allonge ça sur vingt, et sans que ça apporte quoi que ce soit de plus. Résultat, on décroche. Et c’est terrible parce que le film m’avait eu au début. Après, je ne pourrais pas dire que j’ai piqué du nez, car un tel résultat face à cette première partie agace plus qu’autre chose. Et l’agacement tient en éveil.
Ce sentiment est plus que frustrant car le film a de très bons éléments pour lui. L’époque est bien rendue, Josh O’Connor est bon, la BO est sympa même si elle sature au bout d’un moment… puis c’est très bien filmé, avec une belle patte. Mais voilà, on n’arrive jamais à dépasser l’ennui ressenti.

En fait, à bien y réfléchir, je me dis que le cinéma de Kelly Reichardt n’est franchement pas fait pour moi. C’est la troisième fois que je me frotte à ses films. J’ai essayé, vraiment. Mais je crois que ça va être la dernière. Je n’arrive pas à entrer dedans. Je comprends ce que d’autres peuvent aimer, je respecte, mais moi ça ne me touche pas. Au contraire, ça me repousse, ça m’agace… Et The Mastermind me l’a encore prouvé : le début était une bonne surprise… puis non… les vieux travers reviennent et ça gâche tout.
Pour ceux qui aiment Reichardt, je pense qu’il y aura de quoi se régaler. Pour ceux qui, comme moi, ont toujours eu du mal à accrocher à son cinéma, je crois que ce film ne changera pas grand-chose. Dommage, vraiment…
Note : 10/20
Par Cinéted
