
D’Après une Idée de : Chris Chibnall
Avec Mia McKenna-Bruce, Edward Bluemel, Martin Freeman, Helena Bonham Carter
Pays : Angleterre
Nombre d’Episodes : 3
Genre : Policier
Résumé :
Angleterre, 1925. Lors d’une fête somptueuse dans une maison de campagne, une plaisanterie semble avoir mortellement mal tourné. Il revient alors à la plus improbable des détectives, la curieuse et pétillante lady Eileen « Bundle » Brent, de démêler cette intrigue glaçante qui va changer sa vie et révéler tout le mystère de la cossue demeure.
Avis :
L’œuvre d’Agatha Christie constitue un vivier inépuisable pour des adaptations en tous genres. En matière d’intrigues criminelles et énigmes policières, l’auteure n’a pas son pareil pour brouiller les pistes, tisser des histoires ficelées avec une rigueur évidente. Si les enquêtes d’Hercule Poirot ou de Miss Marple restent ancrées dans la culture populaire, elle a écrit d’autres récits non moins notables. C’est le cas pour le couple Beresford ou le superintendant Battle. Souvent cantonné à un rôle secondaire, ce dernier est l’un des protagonistes des Sept cadrans. Au début des années 1980, ce roman avait déjà fait l’objet d’une adaptation, sous la forme d’un téléfilm : Le Mystère des sept cadrans.

Si les deux récits restent indépendants, Les Sept cadrans peut être considéré comme la suite du Secret des Chimneys. Cela tient à la présence de personnages communs et au cadre. Certains éléments du premier volet s’avèrent pratiques pour distinguer certains rôles ou relations entre les intervenants. Néanmoins, la narration demeure parfaitement intelligible pour ceux et celles qui ne connaissent pas la précédente affaire. Une telle approche pourrait même aider à épaissir le mystère initial, à tout le moins dans la mise en place des tenants et des enjeux en puissance. D’emblée, on nous expose des scènes qui décontenancent par les contrastes qu’elles opposent, l’incapacité à trouver un lien originel entre les évènements présentés.
En cela, le scénario se montre habile et méticuleux pour poser les fondamentaux de son énigme. On songe à l’importance et à la signification desdits cadrans, a fortiori lorsqu’ils se matérialisent sous la forme de réveils ou d’horloges. Si les bases demeurent bien amenées, elles n’en sont pas moins attendues. Il suffit d’être familiarisé avec l’exercice du whodunit et d’avoir un minimum d’acuité pour distinguer le ou les coupables, ainsi que le mobile du crime. On a beau tenter de nous induire en erreur, la teneur de certaines séquences affiche de trop grosses ficelles pour flouer le spectateur. À titre d’exemple, c’est le cas des confrontations nocturnes, de la surveillance du superintendant ou d’allusions évidentes au sein de plusieurs dialogues.
L’ensemble n’est pas déplaisant à suivre, mais les aboutissants restent donc prévisibles. Le récit présente des atours conventionnels, presque ronflants au regard de ce qui est avancé. Cela tient aux péripéties qui s’enchaînent ou à la tournure des investigations. Là où les protagonistes atermoient sur des déductions à la facilité déconcertante, il est aisé d’anticiper et de comprendre ce qu’il en est. Cela porte sur les motivations individuelles ou des enjeux globaux qui lorgnent vers la sphère géopolitique et de sombres affaires d’espionnage. Sur ce point, on essaye également de malmener toute complaisance d’a priori moraux et sociétaux. Néanmoins, le conformisme et la déférence de certaines valeurs s’imposent pour ne pas froisser un discours prônant le « politiquement correct ».
À ce propos sans prise de risque, Les Sept cadrans possède aussi une réalisation impersonnelle. La mise en scène est dépourvue de toute singularité. Cela porte sur la présentation des échanges, les phases d’enquête ou les séquences d’action, assez rares au demeurant. La reconstitution historique des années 1920, elle, se cantonne à des lieux plein de raffinement et des costumes d’époque. Cela reste bien fichu, mais très classique. Pour certains plans en extérieur, on nous inflige des effets numériques grossiers, où les fonds verts affichent un rendu artificiel, en totale opposition avec l’authenticité recherchée dans une telle production. On peut aussi regretter le caractère furtif de bonnes idées, comme l’assimilation d’un agencement de rues à un cadran d’horloge, en plan aérien.

Au final, Les Sept cadrans s’avancent comme une minisérie traditionnelle et prévisible, en matière d’énigmes criminelles. Cette création de Chris Chibnall, à qui l’on doit Broadchurch, n’est pas déplaisante à suivre. Elle s’avère même distrayante à plus d’un titre. Néanmoins, elle multiplie les stéréotypes au profit des conventions établies pour ne pas froisser l’audimat. Cela tient à la caractérisation des protagonistes et aux conséquences des investigations menées avec un certain enthousiasme, presque avec insouciance. Les conjectures peuvent décevoir quelque peu les amateurs des récits alambiqués de la reine du crime. Une production sympathique, mais qui demeure anodine, au regard d’un mystère facile à éventer et de la bien-pensance des propos défendus.
Note : 12/20
Par Dante
