février 8, 2026
BD

Un Battement d’Aile de Papillon

Auteur : Loïc Malnati

Editeur : Paquet

Genre : Fantastique, Fantasy

Résumé :

Le monde des pantins mécaniques est en pleine déchéance : la jalousie, l’avarice, la violence et le mensonge paraissent être les seules valeurs universellement adoptées. Pourtant, dans un laboratoire de l’université de la cité de Vapor Sordidum, deux chercheurs en médecine mécanique s’efforcent de percer le mystère de cette dégénérescence collective. Un jour, alors qu’ils examinent le cœur d’un pantin tueur en série, ils font une découverte qui pourrait bouleverser leur monde à jamais.

Avis :

Certaines couvertures peuvent être trompeuses, même dans le monde de la bande-dessinée. Prenons comme exemple Un Battement d’Aile de Papillon de Loïc Malnati. Si on se focalise uniquement sur le dessin de la couverture, on se dit que l’on va faire face à une nouvelle version de Pinocchio, dans un univers Steampunk. Et ce ne sera absolument pas le cas. Pour cela, il faudra attendre encore un peu, puisque le dessinateur, fort du succès de cette bande-dessinée, s’est acoquiné les services de Alain Ayroles pour faire une relecture de Pinocchio. Mais restons sur l’ouvrage qui nous intéresse ici, et qui prend place dans un univers totalement inventé, unique en son genre, et qui va brasser des thèmes très intelligents. Car oui, derrière son apparat sublime, il y a aussi une réflexion très intéressante autour des sentiments et des défauts, pour une approche humaniste de nos émotions.

Le début est assez déroutant. On suit des insectes qui ressemblent à des criquets, et l’un d’eux est en train de mourir. Rapidement, d’autres insectes lui font manger de la pomme pour le revigorer, et on apprend que ces pauvres insectes souffrent du froid, et certains cherchent une solution pour ne plus avoir à se baigner dans de la compote chaude. Cette introduction complètement barrée pose alors l’arrivée des pantins. Après ce prologue, on se retrouve dans la ville de Vapor Sordidum, où les habitants sont des pantins mécaniques. On y croise alors deux professeurs qui essayent d’enrayer la vague de violence qui semble toucher les habitants. L’un des deux professeurs, en auscultant le corps d’un pantin serial killer, découvre une anomalie, une chrysalide cachée dans le cœur, qui serait alors responsable de tous les maux qui touchent les pantins de la ville.

L’histoire est racontée en plusieurs chapitres. Loïc Malnati va essayer de raconter les recherches d’un professeur qui pense avoir trouver la solution pour guérir tous les pantins en supprimant toute la nature, et un autre professeur qui préfère alors créer une machine qui prédit plus ou moins l’avenir. Malheureusement, dans les deux cas, des problèmes vont survenir. Pour ce qui est de la machine qui prédit l’avenir, chaque évènement changé entraine un nouveau drame, et finalement, elle ne sert à rien. Et pour ce qui est de la nature, ce professeur va se rendre compte qu’elle permet aux pantins de fonctionner, et que s’ils sont moins agressifs, c’est tout simplement parce qu’ils deviennent amorphes. Le scénario montre alors deux têtes pensantes qui se font bouffer par leur ambition et leurs certitudes. Un point de réflexion qui est plutôt bien amené ici.

Ce qui est aussi très malin dans cette histoire, c’est la façon dont est amené le côté presque écologique de cette fable. La nature disparait, les pantins meurent d’inanition. Elle revient, et les pantins reprennent vie, tout en gardant leurs défauts. On peut y faire un parallèle entre le fait que la nature nous permet de vivre, de respirer, et que sans elle, on meurt tout simplement. Mais Loïc Malnati va plus loin dans la réflexion, en imposant la nature à ce monde. C’est-à-dire que malgré tous les efforts des pantins pour créer un monde artificiel, en tuant les animaux par exemple, ou en arrachant les pommiers pour en planter des faux, la nature revient. Elle se glisse entre les machines et les tuyaux. Elle vole dans le ciel ou survit cachée dans certains interstices. Quoi qu’on fasse, la nature est plus forte que tout.

Mais ce qu’il y a de bien dans cette BD, c’est aussi que derrière l’aventure, derrière les blagues un peu potaches, on aussi une réflexion sur ce qui fait de nous des humains. En utilisant des pantins mécaniques, Loïc Malnati fait un parallèle avec notre humanité, nos émotions, nos sentiments, nos défauts, ce qui fait ce que nous sommes. La nature nous permet de vivre, et parfois de succomber à des pulsions malsaines. Mais cela demeure minoritaire, et quand on voit le professeur anti-nature se nourrir de larves pour survivre, on peut y faire un parallèle avec les politiques qui mentent et font le contraire de ce qu’ils disent. Finalement, Un Battement d’Aile de Papillon a un vrai contexte politique et écologique, en plus d’avoir un fond humaniste. Ce qui peut paraître étonnant, puisque ce sont des machines qui sont au cœur de cette histoire.

Au final, Un Battement d’Aile de Papillon est une bande-dessinée qui est très intéressante à plus d’un titre. Si les réflexions autour de l’humanisme et de nos défauts qui font ce que nous sommes sont assez téléphonées et sans grande surprise, le dessin absolument sublime et l’atmosphère générale de cette bande-dessinée font que l’on passe un excellent moment de lecture. Loïc Malnati fait étalage de tout son talent et offre un one shot superbe, qui vaut clairement le coup d’œil.

Note : 15/20

Par AqME

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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