février 11, 2026

Karnivool – In Verses

Avis :

Pour certains groupes, sortir un album tous les deux/trois ans est une normalité qu’il faut respecter. Cela n’est pas gage de qualité, mais la créativité peut prendre plus ou moins longtemps en fonction des personnalités et des envies de chacun. Cependant, ce qui est rare, c’est de sortir un album avec treize ans d’écart avec le précédent opus. C’est pourtant le cas chez Karnivool, groupe de métal progressif australien qui s’est formé à la fin des années 90. Si les membres du groupe adoptent ce nom, c’est tout simplement parce que lors de leurs prestations scéniques au lycée, ils étaient considérés comme une bande de clowns. Mais quand on fait du progressif, en règle générale, on est loin d’être un clown, et c’est le cas ici. Le premier album sort en 2005, suivi en 2009 du deuxième effort, puis en 2013 arrive Asymmetry, le troisième opus.

Si le groupe était toujours en activité, notamment avec la sortie d’un single en 2019, la raison principale de cet écart de temps, c’est tout simplement parce que les cinq membres n’habitent pas au même endroit en Australie, et ils ne se réunissent que quelques fois par an pour enregistrer quelques pistes. Une excuse comme une autre, mais pour nous, auditeur, le plus important est de savoir si l’attente en valait la peine. Et clairement, elle en valait plus que la peine. In Verses est un petit bijou de métal progressif. C’est long, c’est bon, c’est parfois rugueux, souvent touchant et mélancolique, et après plusieurs écoutes, l’album n’a pas fini de se livrer. C’est clairement l’adage de tous les grands albums, qui s’écoutent à plusieurs reprises, et dévoilent des nouveautés à chaque fois. Et là, tout commence avec Ghost, un premier morceau alambiqué.

Après une longue introduction un peu timide, les riffs déboulent et viennent poser une belle chappe de plomb sur le morceau. C’est lourd et lent, mais c’est contrebalancé par un chant clair suave qui va montrer différentes facettes au fur et à mesure du titre. Les fulgurances brutales viennent côtoyer des moments plus aériens, et au final, c’est ce qui définit le mieux la musique de Karnivool. C’est à la fois tendre et percutant, donnant un sentiment de complétude. Par moment, on pense à Leprous dans cette propension à manipuler la lourdeur des riffs avec une mélancolie et une émotion palpable. Drone sera un titre un peu plus timide, qui rentre un peu plus dans une structure simple. Le refrain est facilement identifiable, et on se réjouira de riffs puissants sur certaines envolées. Bref, le groupe livre un titre qui se livre après plusieurs écoutes, et c’est vraiment bon.

Le pinacle va arriver avec Aozora. Le morceau est long, maîtrisé, mais surtout, il permet au chanteur d’exploiter pleinement sa voix. Il y a une émotion palpable qui se dégage du chant, qui fait que l’on rentre directement dans ce long morceau. Il sera d’ailleurs bien difficile de ne pas chanter au bout d’un moment, tant on rentre pleinement dans ce titre qui émeut vraiment. Puis Animation vient poursuivre cette excellente lancée avec un riff entêtant et une mélodie qui fonctionne à 100%. Le chant, parfois murmuré, joue constamment avec nos sensations, et on adore ça. Conversations pourrait alors prendre la place de pivot au sein de l’album, avec ses huit minutes d’écoute. Plus calme que les autres titres, ce n’est pas pour autant que le morceau soit moins bon, au contraire. On est emporté par une vague de sensibilité qui frôle l’indécence. C’est beau, tout simplement.

Reanimation aura alors tendance à nous réveiller malgré une première moitié d’une beauté transcendante. La seconde moitié monte en tension, et délivre un moment surpuissant et entêtant. Puis All it Takes, morceau enregistré en 2019, mais réenregistré en 2025 pour l’album, vient nous foutre une grosse tarte dans la tronche avec un riff lourd et percutant, qui va nous mettre K.O. Cette violence, on va la retrouver avec Remote Self Control, qui brille néanmoins par un refrain plus doux dans son chant, offrant une dichotomie intéressante avec les riffs plus violents. Mais avec Opal, le groupe va atteindre des sommets. C’est clairement le morceau le plus beau de l’album. Avec des élans presque Pop, le groupe offre un titre d’une émotion surpuissante. Enfin, Salva vient clôturer avec maestria cet album, qui est parfait en tout point, jouant encore entre sensibilité et virulence.

Au final, In Verses, le dernier album de Karnivool, est une réussite sur tous les plans. On navigue en plein métal progressif de qualité, qui manie à la perfection les moments violents et les passages d’une douceur infinie, n’oubliant jamais de mettre en avant les instruments, et notamment la basse qui tient un rôle très important. Bref, attendre treize ans pour ça, ça en valait clairement la peine, et on se languit déjà notre prochaine réécoute.

  • Ghost
  • Drone
  • Aozora
  • Animation
  • Conversations
  • Reanimation
  • All it Takes
  • Remote Self Control
  • Opal
  • Salva

Note : 19/20

Par AqME

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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