février 10, 2026

Medal of Honor Warfighter

Résumé :

En pleine guerre contre le terrorisme, c’est aux commandes des soldats d’élite Opérateurs du Tiers 1 que le joueur voyage des Philippines à la Somalie pour secourir des otages. L’accent est mis sur le réalisme des opérations et sur le vécu émotionnel des soldats de cette unité et de leurs familles.

Avis :

Avec le titre éponyme de 2010, Medal of Honor souhaitait redorer son blason. Jusqu’alors cantonnée à la Seconde Guerre mondiale, la saga avait perdu son statut de précurseur, en particulier face à Call of Duty et Battlefield. Deux franchises qui ont puisé leur inspiration à la source même de leur concurrent. Cependant, celui-ci avait tendance à ronronner, à se contenter de ses acquis. Bien que perfectible à différents égards, la dernière mouture de Medal of Honor s’est avérée sympathique et distrayante, mais guère marquante. En cause, une proposition tardive face à la concurrence et plusieurs maladresses dans la production. Aussi, Medal of Honor Warfighter tente d’ajuster le tir tout en confirmant la nouvelle direction de la franchise.

Les travers de la guerre… encore et toujours

Avec Medal of Honor, on plongeait le joueur en pleine guerre d’Afghanistan, plus particulièrement lors de l’opération Anaconda survenue au début du conflit. Bien que la variété des missions fut au rendez-vous, il était nécessaire de se cantonner à un cadre restreint, contrainte géographique oblige. Avec le présent opus, on embrasse la guerre contre le terrorisme aux quatre coins du monde. Pour ce faire, on retrouve les membres du Tier 1, dont certaines figures familières. Ici, il est question de déjouer les manigances d’un groupuscule dont les agissements sont susceptibles d’ébranler le « monde libre ».

L’idée n’est pas pour déplaire afin d’apporter une nouvelle dynamique à la franchise. Pour autant, l’histoire de Medal of Honor Warfighter renoue très vite avec la narration manichéenne de son prédécesseur. À savoir, les valeureux sauveurs occidentaux contre le reste du monde (ou presque). On ne s’embarrasse guère de considérations quant aux motivations des différents partis en présence. De même, la diabolisation du camp ennemi ne présente aucun travail sur la caractérisation des antagonistes. Il se résume à des figures impersonnelles, sans identité ni aspérité dans leur tempérament.

Des guerriers et des hommes

Si ce n’est pas la priorité d’une telle expérience vidéoludique, tout comme pour un film d’action, l’histoire aurait gagné à davantage de soins dans ses fondements. Il n’est pas question de fustiger son intensité au travers de séquences spectaculaires, mais d’apporter un minimum de cohérence et de fonds dans ce qu’elle sous-tend. Certes, on peut apprécier que les passages intermédiaires ne se résument plus à des briefings fades, même si ceux-ci subsistent encore çà et là. Pour autant, l’ensemble manque de relief afin de prétexter cette chasse aux terroristes à l’échelle internationale.

Là où Medal of Honor dépeignait des portraits de soldats sans distinguer l’homme sous la tenue, cette suite tente de timides incursions dans le quotidien d’un des protagonistes. La vie de famille chaotique, l’écartèlement entre responsabilités personnelles et devoir patriotique, l’impact des choix sur l’entourage… Tout cela est évoqué, mais reste ancré dans les carcans du politiquement correct. Certaines situations éculées confèrent même à des clichés de circonstances, lorsqu’il est nécessaire de délaisser un moment convivial pour partir au front ou se perdre dans une dispute téléphonique.

De l’approche cinématographique du combat contre le terrorisme

En ce qui concerne les missions, on dispose d’une belle variété d’objectifs, d’enjeux et d’environnements. La séquence d’introduction reste assez mémorable, tandis que l’incursion aux Philippines, en pleine tempête, s’avère inspirée en matière de direction artistique. On songe aux rafales, aux inondations qui emportent les frêles bâtisses ou à ses pluies torrentielles qui malmènent le parcours du joueur. Bien que la dangerosité du phénomène météorologique demeure scriptée, elle est bien amenée et originale dans un tel contexte.

On apprécie également de sympathiques tentatives de varier à minima l’approche des missions. Cela vaut, entre autres, pour ces passages aux commandes d’un robot autonome ou à cette opération de piratage sur fond de courses-poursuites dans les rues de Dubaï. Le pilotage du véhicule est arcade, mais reste efficace. Ces aspects essayent d’emprunter une réalisation propre au registre cinématographique. Sur ce point, le résultat est convaincant et le jeu fonctionne bien avec une mise en scène rodée.

L’art de proposer un gameplay aussi accessible que ronflant

En revanche, le gameplay reste assez timoré dans sa proposition. S’il n’est pas nécessaire de réinventer la roue à la sortie d’un nouveau FPS, Medal of Honor Warfighter réitère les acquis du genre, sans apporter sa touche personnelle. On notera l’absence de pouvoir sélectionner la vision infrarouge à sa convenance, comme dans le précédent volet. Ici, ces rares passages dépendent de la narration. On peut aussi avancer des déplacements qui manquent d’énergie et peuvent se révéler confus lorsqu’on se heurte à un obstacle non conçu pour être franchi ou surmonté, même à faible hauteur.

Proposer différentes méthodes d’enfoncer une porte ne change pas grand-chose à l’expérience de jeu ou à la manière d’appréhender un assaut surprise face à un nombre variable d’ennemis. Au demeurant, ces derniers s’avèrent autant retors que bêtes. Si le terrain le permet, les contourner vous donne l’occasion de les tirer comme des lapins. Ils peuvent faire preuve d’une précision diabolique à des distances improbables et rater un éléphant dans un couloir, au sens presque littéral. Quant à leur résistance, la localisation des dégâts demeure capricieuse, y compris lorsqu’on vise la tête avec soin. En ce qui concerne les grenades, leur létalité est aléatoire au possible, tout comme les tirs au fusil à pompe qui, une fois n’est pas coutume, sont redoutables à distance.

Une guerre aussi brève qu’intense

Si Medal of Honor pâtissait d’une durée de vie malingre, sa suite se targue de l’amoindrir un peu plus. En dépit de combats intenses et d’un rythme qui ne souffre d’aucun temps mort, l’incursion s’étend sur 4 à 5 heures pour un total de 13 missions. La rejouabilité se résume à découvrir le mode difficile. Les collectionneurs ne peuvent même pas se pencher sur les secrets et autres objets cachés dans les niveaux. Il n’y en a aucun.

On pourrait alors penser que Medal of Honor Warfighter se focalise sur le multijoueur, mais non. Avec huit maps dont on fait rapidement le tour et un système de classe guère maîtrisé, on se lasse vite des parties en ligne. Cela sans compter sur une affluence de bugs, plus nombreux que dans la campagne solo. Le contenu se veut donc rachitique, reléguant le titre à un produit de consommation périssable, tant il ne tient pas sur la longueur.

En conclusion…

Au final, on aurait pu penser que les développeurs de Danger Close Games auraient tiré parti de leur travail sur le précédent opus pour transcender la formule de la saga. Or, Medal of Honor Warfighter s’avance comme un FPS standardisé par le cahier des charges du genre (et du studio). S’il gomme quelques défauts, il en occulte un certain nombre, comme une intelligence artificielle déficiente ou de fréquents ralentissements. Cela sans compter sur une durée de vie anémique et un mode multijoueur anecdotique qui ne rehausse guère l’expérience.

Quant au gameplay, il se montre sommaire, et ce, en dépit de la variété des situations au cours des missions. On a beau apprécier une réalisation spectaculaire et tonitruante, Medal of Honor Warfighter se contente de reprendre la formule de Call of Duty. Il est aussi à regretter une histoire prévisible. Le scénario ressasse des considérations basiques, relatives au patriotisme américain, au sacrifice de soi et à d’autres valeurs honorables, mais dont les intentions détournées apportent une tonalité propagandiste à l’ensemble. Une incursion distrayante, mais sans grande conséquence pour le genre.

Note : 12/20

Par Dante

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.