août 10, 2022

After Yang – Real Humans?

De : Kogonada

Avec Colin Farrell, Jodie Turner-Smith, Malea Emma Tjandrawidjaja, Justin H. Min

Année : 2022

Pays : Etats-Unis

Genre : Science-Fiction, Drame

Résumé :

Dans un futur proche, chaque foyer possède un androïde domestique, appelé « techno-sapiens ». Dans la famille de Jake, il s’appelle Yang, et veille plus particulièrement sur la jeune Mika, assurant pour cette petite fille adoptée d’origine chinoise, un rôle de tuteur, d’ami, de confident. Aussi, le jour où Yang tombe en panne, Jake met toute sa vie en pause pour tenter de le réparer. Mais le parcours va se révéler beaucoup plus compliqué que prévu, et va mettre Jake aux prises avec des questionnements existentiels et intimes vertigineux.

Avis :

Kogonada est un cinéaste au parcours assez particulier. Passionné de cinéma, au début des années 2010, il se met à faire des montages vidéo autour de films et de séries qu’il aime. Bien souvent, il prend un détail dans une série ou un film, et il axe sa vidéo là-dessus. Sa vidéo la plus connue étant celle autour de « Breaking Bad » vu sous l’angle des objets. Ses vidéos se faisant remarquer, le jeune réalisateur va avoir un peu plus de visibilité et c’est en 2017 qu’il réussit à faire son premier film, « Columbus« . Présenté à Sundance, le film se fait une petite réputation. Chez nous, le film aura été présenté au Champs Élysées Film Festival, mais demeure toujours inédit en salle.

Cinq ans après ce premier essai, le réalisateur américain et originaire de la Corée du Sud, revient avec un deuxième film tout à fait singulier. Œuvre d’anticipation assez unique en son genre, avec ce nouveau film, Kogonada questionne notre humanité, ou plutôt l’humanité en elle-même, à travers les sentiments et les souvenirs. Film fascinant de par ses réflexions qui sont particulièrement intéressantes, on notera toutefois que « After Yang » manque de rythme et a tendance à se faire long et répétitif, ce qui l’empêchera de passer dans la catégorie supérieure. Il reste cependant un bon film, qui sort du lot, aussi bien de par son fond, que dans sa forme.

Dans un futur plus ou moins proche, l’humanité se porte bien et il n’existe plus vraiment de problème géopolitique. Dans ce futur, les androïdes font partie du quotidien de la population et chaque foyer en possède un. Chez Jake, cet androïde s’appelle Yang et il est d’ »origine » asiatique, car Jake et sa femme ont adopté une petite fille d’origine asiatique et ils voulaient qu’elle apprenne sa culture et d’où elle vient. Yang fait partie intégrante de la famille et personne ne se voit vivre sans lui, alors quand ce dernier tombe en panne, Jake va mettre sa vie entre parenthèses, et tout faire pour essayer de le réparer. Avec cette panne, un manque commence à se faire sentir, et ce manque va emporter Jake et les siens vers des questionnements auxquels il n’aurait jamais pensé.

Pour son deuxième film, Kogonada se lance dans un film de science-fiction qu’on pourrait très facilement qualifier d’intimiste, tant il est intime dans sa mise en scène qui nous emmène au cœur de cette famille, mais au-delà de ça, le film est tout aussi intime, voire même plus, dans les réflexions qu’il pose autour de la conscience, des souvenirs, de la mémoire et par extrapolation même du deuil.

« After Yang » est sûrement le film le plus profond qu’on trouvera cette année au cinéma. Écrit par Kogonada, l’intrigue de « After Yang » entraîne ses personnages, et nous-même pour l’occasion, vers des réflexions grandioses. Qu’est-ce qui fait de nous des humains ? Qu’est-ce qui nous confère une humanité ? D’ailleurs, à quoi juge-t-on l’humanité ? Dans ce futur idéalisé, les androïdes, appelés techno-sapiens, font partie du quotidien. Ils sont plus vrais que nature, et se fondent parfaitement dans les familles, au point que chez le personnage de Jake, Yang est considéré comme un fils et un frère, et lorsque Kogonada pose une panne qui semble bien irréversible, le manque qui se fait sentir dans cette famille a tout bonnement l’air d’être un deuil.

Le film, à travers une ingénieuse idée, va alors proposer d’aller explorer les souvenirs de cet androïde, ce qui donne naissance à des scènes vertigineuses, et derrière ça, Kogonada en profite pour poser tout un tas de questions autour des souvenirs, et ce que ces derniers peuvent représenter pour un androïde. Puis derrière ça, on a bien l’idée de mémoire, et plus loin encore, en fouillant cette mémoire au travers de ce qui a été gardé et selectionné, des sentiments, un attachement, et plus grand encore une forme de conscience a tout l’air d’être présente. Tout ceci viendrait-il d’une programmation, ou est-ce véridique ? Ce qui impliquerait la question de la nature humaine ! Un robot, un androïde peut-il être humain ? Bref, beaucoup de questions qui bousculent petit à petit les personnages, notamment celui de Jake, impeccablement tenu par Colin Farrell. Puis ces questions existentielles et méta, le cinéaste arrive à nous les faire poser, ce qui rend le film encore plus intéressant qu’il ne l’était déjà.

Après, comme je le disais aussi, tout n’est pas parfait non plus. Dans sa forme, le film est sublime, nous offrant bien des séquences extraordinaires. Toujours dans sa forme, il pose une science-fiction intime, comme on en voit rarement. Sur bien des formes et des réflexions, le film fait penser à « Her » de Spike Jonze. Mais « After Yang » impose un rythme très lent. Souvent contemplatif, manquant parfois de vie à travers ces personnages qui parlent lentement, qui marchent très lentement, « After Yang » a une tendance à se faire longuet au fur et à mesure de son intrigue, ce qui dénote un peu, car l’intrigue reste passionnante en un sens.

On ajoutera à cela que parfois aussi, le film de Kogonada a tendance à tourner en rond, car il fait des allers/retours entre les réflexions de ses personnages, la découverte des souvenirs de Yang, puis de nouveaux des réflexions sur ce qui vient d’être vu. On restera aussi déçu que le réalisateur n’explore pas plus le futur qu’il nous propose. Alors c’est vrai qu’il n’a pas beaucoup de budget, mais le peu qu’il nous présente, que ce soit dans les costumes ou les décors, notamment la maison du couple, Kogonada arrive à créer un bon univers et une belle ambiance, et il y a comme une frustration qui se créée tant le film appelle à plus. Frustration qui se fait aussi sentir lorsqu’on quitte le film, ou plutôt lorsque celui-ci nous quitte brusquement, car même s’il se fait un peu long, au final, on est bien avec lui et Kogonada nous laisse un peu sur notre faim avec cette fin-là.

« After Yang« , plus qu’un film, est une expérience de cinéma. Kogonada nous entraîne dans un film aussi passionnant qu’il est particulier et nous sort des sentiers battus. Imparfait certes, prenant trop son temps, se faisant longuet, et frustrant dans son final, il n’empêche que devant tout ça, « After Yang » pose des questions passionnantes quant à la nature humaine, quant à la mémoire, aux souvenirs, aux sentiments, aux émotions, et même autour du deuil. On ajoutera à cela un très bel univers, une bonne ambiance, et un casting au top dont ressort Justin H. Min en techno-sapiens qui se pose des questions sur lui-même et sur ses origines… Bref, « After Yang » est une belle proposition, doublé d’un bon film qui mérite qu’on se déplace pour le découvrir dans les meilleures conditions possibles.

Note : 14/20

Par Cinéted

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