
Avis :
S’il existe de fortes accointances entre le métal et l’horreur, il en existe aussi avec la science-fiction, et de nombreux groupes s’inspirent de l’espace et de possibles rencontres avec des vies extraterrestres pour faire des albums à thème. Ce qui est rigolo, c’est que c’est bien souvent dans le Technical Death Metal que l’on retrouve ça, comme chez Fallujah par exemple. Formé en 2011 avec une typographie différente d’aujourd’hui, Cryptic Shift va galérer un certain moment avant de se faire connaître, ou tout du moins de signer sur un label. La première démo sort en 2014, suivi d’un EP (Old Chapel), puis une deuxième démo et un EP sortent en 2015, et encore un nouvel EP voit le jour en 2016 sous un petit label. En 2020, un changement de guitariste s’opère dans le groupe, et un premier album voit le jour sur Blood Harvest.
Visitations from Enceladus pose déjà les bases du Tech Death arpenté par le groupe. C’est-à-dire qu’il y a peu de morceaux (seulement quatre), mais il y a plus de quarante-six minutes d’écoute, avec notamment un premier morceau qui dépasse les vingt-cinq minutes d’écoute. En signant chez Metal Blade Records, le groupe s’offre une meilleure visibilité, et il faut croire que cela leur a donné des ailes, puisque Overspace & Supertime est un gros pavé, pas loin d’être indigeste. Il faut dire que la formation anglaise pousse tous les potards au maximum avec cinq morceaux pour une heure vingt d’écoute, soit trois morceaux de dix minutes, un morceau de vingt minutes et un morceau de trente minutes. Oui, on peut clairement parler d’album concept, qui va demander une certaine rigueur d’écoute, un investissement de la part de l’auditoire, qui va voyager dans des contrées lointaines, très lointaines.
Le premier morceau, Cryogenically Frozen, fait partie des trois titres qui durent environ dix minutes, et c’est peut-être l’un des plus accessibles. Le début pose une ambiance spatiale un peu étrange, pour ensuite partir vers quelque chose de plus violent et percutant, notamment avec des riffs syncopés et des arpèges qui alourdissent l’ensemble. On évolue dans un univers étrange et complexe, parcouru de ruptures et de moments virevoltants, où le chant clair est banni. Le problème ave ce genre de morceau, c’est que chaque rupture marque un changement de mélodie au sein du titre. Et on peut se demander s’il n’aurait pas été judicieux de couper cela en deux, voire trois, morceaux distincts, pour plus accrocher l’oreille de celui qui écoute. Là, on comprend le but de cette manœuvre, et l’envie du groupe de montrer de quoi il est capable, mais ça nous laisse un peu en dehors du délire.

Et ce sera encore pire avec Stratocumulus Evergaol, longue pièce maîtresse qui avoisine la demi-heure d’écoute. Le début est lent, avec des fulgurances jazzy, mais c’est aussi très long, et l’ensemble manque cruellement de mélodies entêtantes. On entend les velléités de la batterie qui ne demande qu’à pousser les curseurs au plus vite, on se doute que tout cela va démarrer, mais c’est très long à se mettre en place. En fait, on a clairement l’impression d’assister à un délire de free jazz mais au format métal à l’atmosphère pesante. Puis il y a une chose qui pèse beaucoup, c’est qu’à la fin, il ne nous reste de l’écoute. Trente minutes, c’est bien trop long pour que l’on garde une mélodie en tête. Alors certes, on ne peut qu’acclamer la maestria technique, mais quand ça vire à la branlette de manche, ça reste peu intéressant.
Derrière, Hyperspace Topography joue les petits bras avec ses dix minutes. Néanmoins, cela permet au groupe de foncer tête baissée et de fournir un titre plus emblématique, plus marquant, et qui possède enfin des riffs percutants. Alors oui, on retrouve toujours ces interruptions intempestives pour poser une ambiance étrange, mais globalement, c’est plus intéressant que le morceau précédent. Du moins d’un point de vue musical dans le sens plaisir premier. Hexagonal Eyes (Diverity Trepaphymphasyzm) (même les titres sont à rallonge) fait aussi une dizaine de minutes, mais il nous plonge dans un univers dissonant qui peut nous laisser sur le carreau. Alors oui, quand ça démarre, ça défouraille, mais encore une fois, c’est tellement complexe que ça ne marque pas vraiment. Puis tout termine avec Overspace & Supertime, vingt minutes au compteur, une ambiance léchée, mais qui manque d’éléments vraiment marquants.
Au final, Overspace & Supertime, le dernier album de Cryptic Shift, ne manque de technique et de prouesses musicales. On ne peut qu’applaudir un tel niveau de maîtrise, ainsi que la prise de risque qui est majeure en ces temps de facilité musicale. Néanmoins, quand c’est trop, on se rend compte qu’il ne reste pas grand-chose en mémoire, et que le côté à vif, catchy, n’y est pas. Et tout ça à cause d’une technique trop mise en avant, et de recherches de sonorités qui sortent d’un champ connu. A la rigueur, si le groupe avait mis une paire de titres plus accessibles, l’album aurait été parfait, mais là, c’est bien, mais ce n’est pas une orgie auditive…
- Cryogenically Frozeon
- Stratocumulus Evergaol
- Hyperspace Topography
- Hexagonal Eyes (Diverity Trepaphymphasyzm)
- Overspace & Supertime
Note : 13/20
Par AqME
